LE MD DE ROSSIGINOLS
hlcs ù ce qui n'était pas musique. Kilos ilottuicnt dans un vague mélodieux , et ne percevaient presque le monde réel que par les sons. Elles comprenaient admirablement bien le bruissement du feuillage, le murmure dos eaux, Ip tintement de l'horloge, le soupir du vent dans la cheminée, Je bourdonnement du rouet, la goutte de pluie tombant sur la vitre frémissante^ toutes les harmonies extérieures ou intérieures; niais elles n'éprouvaient pas, je dois le dire, un grand, enthousiasme à la vue d'un soleil couchant, et elles étaient liussi peu çn état d'apprécier une peinture que si leurs beaux yeux, bleus et noirs, eussent étç couverts çVune taie épaisse. Elles avaient la maladie de la musique; elles en rêvaient, elles en perdaient le boire et le manger; elles n'aimaient rien autre chose au monde. Si fait, elles aimaient encore autre chose; c'était Valentin et leurs fleurs : Valentin, parce qu'il ressemblait aux roses; les roses, parce qu'elles ressemblaient à Valentin. Mais cet amour était tout-à-fait sur le second plan. Il est vrai que Valentin n'avait que treize ans. Leur plus grand plaisir était de chanter lo soir ù leur fenêtre la
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musique qu'elles avaient composée dans la journée.
Les maîtres les plus célèbres venaient de très loin pour les entendre et lutter avec elles. Ils n'avaient pas plus tôt écouté une mesure qu'ils brisaient leurs instruments et déchiraient leurs partitions en s'a vouant vaincus. En effet, c'était une musique si agréable et si mélodieuse que les chérubins du ciel venaient à la croisée avec les autres musiciens et l'apprenaient par cœur pour la chanter au bon Dieu.
Un soir de mai les deux cousines chantaient un motet à deux voix; jamais motif plus heureux n'avait été plus heureusement travaillé et rendu. Un rossignol du parc, tapi sur un rosier, les avait écoutées attentivement. Quand elles eurent fini, il s'approcha de la fenôtre et leur dit en son langage de rossignol : « Je voudrais Faire un combat de chant avec vous. »
Les deux cousines répondirent qu'elles le voulaient bien et qu'il eût à commencer.
Le rossignol commença. C'était un maître rossignol. Sa petite gorge s'enflait, ses ailes battaient,