‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 110 sur 370 · I.AMARTI.tE · texte numérisé non relu

I.AMARTI.tE

11 existe chez les Musulmans un genre trcs- Gommun île l)ravourc, qui doit sa naissance au fatalisme, h ce système qui fait croire que tous nos jours sont comptés, qu'une chaîne invisijjle nous conduit à un but que nous ignorons, et que i'iieurc do notre mort est tellement arnHée et marquée, ({iranninc témérité et qu'aucune prudence n'en peuvent accélérer ou retarder l'instant'.

On conçoit qu'une telle opinion nous rende

inaccessibles h la crainte ; en efFet , si le péril qui nous alarme ne doit pas , selon l'ordre du destin , nous élre fatjii, pourquoi le craindre? et , s'il est écrit qu'il nous sera funeste , à quoi bon le fuir, puisipi'on ne peut l'éviter?

Je sais (pie ce système peut paraître insensé, et qu'en le poussant un jieu loin , on arriverait promptement à des conséquences absurdes2. L'homme, ainsi conduit par la destinée , n'est plus qu'une machine , son iime qu'une esclave , sa volonté qu'un ressort. Il n'en est pas moins vrai que , de tout temps , cette idée a eu de célèbres partisans ; elle se lie aux idées de l'ordre qui régit l'univers et à celles de la prescience de Dieu. Eh! quel homme aurait jamais pu croire aux prophètes, aux oracles , aux augures, aux présages, s'il n'avait pas pensé que l'avenir était réglé d'avance , et que tous les événements futurs sont' écrits dans le livre du Destin * ?

De notre temps , on a vu un homme extraordinaire, porté, par cette croyance &, aux plus audacieuses entreprises, et persuadé que rien ne pouvait changer son sort ; aucun obstacle n'arrêtait sa marche, aucun danger n'excitait sa crainte; et l'impulsion de son ambition lui semblait l'ordre du génie qui le conduisait dans une carrière de gloire , dont le but et le terme lui étaient inconnus.

Un jour, il venait d'échapper à un complot hardi ^ tramé contre sa vie : on lui représenta qu'il s'était exposé imprudemment et sans nécessité aux coups qu'on pouvait et qu'on voulait lui porter. — Quand ils auraient tiré , dit-il, ils auraient peut-être tué ou blessé un de mes aides de camp. — Et pourquoi pas vous-même? lui répondit-on. — Parce que je pense qu'il n'en est pas encore temps. Croyez-vous que j'attribue à moi seul et à mon habileté les choses extraordinaires que j'ai faites? Non , une puissance supérieure me pousse, et me mène à un but que j'ignore : tant que ce but ne sera pas atteint, je suis invulnérable, inébranlable; mais, dès que je ne serai plus nécessaire , il suffira d'une mouche pour me renverser. » Ce fait, aussi singulier que vrai, explique bien des énigmes : quel péril, quel obstacle, ([uel conseil , auraient pu arrêter les pas de l'homme pénétré d'une pareille idée? La terre soulevée pouvait-elle lui paraître une barrière contre une ambition qu'il croyait inspirée par le Ciel, et gravée par le Destin 7?

— Le comte de Ségur. —

M'nyri le 15 avril ',

• — Il faut dire ici : Oii'aiiciiue témérité ;u' aucune prudence. (Voyez maOraminaire, n" 770.)

2 — Il n'y a pas lA le moindre doute.

' — 11 y a di-scordancc grammaticale eiilre l'eiii l>loi des verbes était et sont, qui doivent exprimfr ici la même idée. Le fait n'étant pas énoncé comme

une vérité incontestable, les deux verbes devaient être au passé. (Voyez ma Grauunnire . n" 650.)

4 — Toutefois, lu iiue pUisii-urs euteinient par fatalilc n'est antre chose «pie la l'rovidenre. mais une Providence qui ne détruit pas la liberté de l'homme . qui n'intervient pas dans tous les cas particuliers de la vie et dans chaque événement de l'histoire. Il est seulemiMit certains faits {généraux, et essentiels à l'accompiisseuD-iit des destinées humaines, (pii nécessilcul la venue de certains hommes pour les réaliser; et ces hommes apparaissent toujours en temps et lieux opportuns.

* — Créance dit davantage et conviendrait mieii.x ici.

* — Kvhappcr aux suites d'un complot hardi serait plus exact.

^ — l ne ambition jieul être inspirée par le Ciel, mais non (jiarcc parle Destin. Cette expression manque de justesse.

Ohsprration rjénernlp. Ce fragment eut écrit avec goût; la plupart des idrcs sont Justes et piquantes. Cette réponse de ^apoléon explique «l'une manière tout à fait neuve certains faits inconcevables de sa vie.

- 1819. — Parga, ville de la Grèce, est vendue â Alipacha par les Angl.iis, sous ta prulcctiuii desquels elle était depuis longlcinps.

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