‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 112 sur 370 · LE TASSE · texte numérisé non relu

LE TASSE

Tnrqiialit , d'a&ilr m A^tl^, L'i-nvie ow m \-aiii l'assiéger ; ^ EnfanI ilfc Miisi**, sois trai|<l(iUU' ! Tun Rmaiitl \ ivn cuniiiie Vt-hillr :

L'arrit «lu Toinp» doll !<• venger.

— Dr. K..,TA»r..—

Né à Sorri'iite U- ii mars ij44, Torquato Tasso ne pouvait inU-rroi;» r sans anuTliiniLses premiers souvenirs: «Mes malheurs, ilisait- «. il , ont commenrc avce ma vie. Livré dès «1 i'enfaneeanx traits d'une divinité implaea- <i ble •, je fus impiloyaltlement arraché aux «1 embrassements de ma mère : ali ! je merap- «: pelle en soupirant les baisers dont elle me «! couvrit, les larmes amères qu'elle répandit « à mon départ. Je n'ai pas oublié ses vœux «1 ardents, «lue les vents ont emportés. Je ne <! devais plus être serré dans ses bras, ni rap- « proeher mon visa^je du sien. Malheureux, <t semblable à Ascagne et à Camille^, jesuivis, «1 d'un jias mal assuré, mon père errant et '! proscrit : c'est dans la pauvreté et l'exil que " j'ai grandi. •>

Au commencement de 1575 , la Gerusalommc Ubcrata était terminée. Fatigué d'un long travail , le Tasse avait besoin de se rel>oser dans le bonheur et dans la gloire; mais il touchait h l'époque fatale de son existence ^. W avait ccnlîé sou manuscrit à quelques savants qui le lui renvoyèrent charge de criti- (|ues. Il fallut que , pour justifier son chefd'œuvre , il épuisât l'imagination qui s'était déjà usée à l'enfanter. Ce dernier eifort, plus pénible que le premier, jeta le trouble dans son intelligence; intjuiet sur le mérite de son pot'ine, il conçut des doutes sur sa foi, lui qui venait de chanter une victoire chrétienne ! il trembla pour sa vie, lui qui savait si bien la défendre les armes à la main !

Poursuivi par toutes ces terreurs, un soir, chez la duchesse d'I rbin-». il voulut tuer d'un coup de couteau l'un des domesticjues de cette princesse, persuadé qu'il était au nombre de ses ennemis. Une détention de deux jours, triste prélude (riiiie capti^ité j)lus longue et moins méritée, punit cet acte d'extravagance. Craignant la colère d'Alphonse, qui pourtant ne lui témoignait encore que de l'intérêt , le Tasse quitta Ferrare, sans argent, sans guide, sans vêlements. Sous les haillons d'un pAtre. il se rendit ;i Naplcs, chez sa sœur; mais bientôt il revint ;i Ferrare. cpi'il quitta «encore pour errer de Mautoue à Turin , et pour retourner (nfin vers ce séjour, où il ne pouvait plus vivre et dont il ne pouvait se passer.

I Alphonse venait de se marier en troisièmes I noces avec Marguerite de Gonzague, fille du duc de Mautoue. Le Tasse arriva le 21 février 1579 au milieu des réjouissances de l'hymen. Le duc et ses sœurs refusent de le voir; les courtisans l'évitent; rebuté même des domestiques du prince, il n'obtient cju'avec peine un asile obscur. Alors il éclate en invectives contre le duc, contre sa famille et contre les principaux personnages de sa cour; il regrette les années qu'il a perdues ;i leur service, et finit par les traiter de biches et d'ingrats. Alphonse s'irrite à son tour , et fait enfermer le 'lasse dans un hôpital de fous, où il reste sept ans.

Sept ans dans un hôpital ! sept ansparmi des fous ! Jamais la puissance n'insulta plus cruellement ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes, le génie. Tandis (jue le Tasse languissait dans un cachot, en proie aux caprices de ses geôliers qui lui dérobaient souvent le papier et les plumes, qui lui refusaient jus- (ju'à \\\\{^ lumière pour s'éclairer la nuit, son pol'me, furtivement imprimé, circulaitdemain en main, volait de bouche en bouche; les presses de l'Italie et de la France ne pouvaient suffire à l'impatience des lecteurs ! Counne, pour en mieux constater les succès, une académie naissante le frappait de sa réprobation*, le Tasse employait les longues heures de sa solitude à réfuter l'arrèlqui flétrissait moins son pot'me que ses juges.

Ce succès de la Jérusalem provocjua enfin une tardive justice : la ville de Bergame , les ducs d'Urbin , de Mautoue , de Toscane , et le Pape lui-même réclamèrent la liberté du Tasse, qui la recouvra îe 16 juillet i586. Alphonse n'osa pas soutenir les regards de sa victime. En accablant la mémoire de ce prince de toutes les injures et de tous les mépris , lord IJyron a acquitté la dette de l'indignation publi(pie.

C'est à Naples qu'il se fixe pour reconstruire en secret et sur un nouveau plan le monument impérissable de sa gloire : à la Jérusalem délivrée, il veut opposer uik' Jérusalem conquise, qu'il rêve encore plus belle, plus pure, plus divine ! Il l'achève avec transport et court la ])résenter lui-même au cardinal CinthioAldobrandini, neveu du pape Clément VI 11. Sur la route de Naples à Rome, les brigands même l'escortent de leurs hommages *. 11 revient; il entreprend un nouveau poème, sur un sujet puisé dans la Genèse. Tout à coup il appr(!nd (|ue Rome lui décerne les honn<urs du triomphe : <i C'est un cercueil <c (]u'il faut me préparer, s'écria-l-il. Si vous <i me destinez une couronne, réservez-la pour " mon tombeau. Cette pompe n'ajoiilera rien <i an mérite d(! mes ouvrages, mais elle trou- <( blera mon bonheur, comme ell<; a empoi- '1 sonné les derniers jours de Pétrarque '. »

2î5 AVRIL.

Vaincu par les instances tic ses admirateurs, le Tasse va à Rome, où le peuple, les nobles, les prélats, les canlinaux, les neveux du pape se pressent sur ses pas, et le conduisent en triomphe au Vatican. Le Pape ** lui dit : it Venez honorer cette couronne, qui a « honore tous ceux qui l'ont portée avant ti vous. •> Mais avant le jour de la cérémonie, atteint d'un mal mortel, le Tasse demande la faveur d'ôtre transporté au couvent de Santo- Onofrio où il expire.

— Edouard Monîiais. —

nOimAIS [ Edouard),

Né à Paris, le 27 mai 1798. Dès l'âge de vingt ans, il se livra , avec une égale ardeur, à la littérature et à sa profession d'avocat , qu'il a exercée pendant cinq ans ; mais, vers t824, il quitta le barreau pour se vouer entièrement à ses goûts littéraires.

On lui doit plusieurs pièces de théâtre, entre autres la Première cause et la Contre-lettre, qu'il a composées en société avec Paul Duport , son ami et l'un de nos plus spirituels vaudevillistes. Il a aussi publié Mimili, petit roman traduit de l'allemand , et divers articles dans des journaux, dans des revues, sous la tutelle littéraire du bon M. Tissot.

Mais ce qui a fondé la réputation de M. É. Monnais , c'est la part active et laborieuse qu'il a eue à la publication des Éphémérides universelles, en «2 volumes in-s» dont il a coniposé près de la moitié des articles. Cet excellent ouvrage est un des recueils historiques les plus intéressants que nous possédions ; parmi les principaux collaborateurs on remarque les meilleurs écrivains de notre époque.

Depuis 1832, M. Edouard Monnais est attaché à la rédaction du Cotirrier Français pour les théâtres et la partie littéraire, et il s'acquitte de ses fonctions avec autant de zèle que de talent, et surtout avec une rare impartialité.

* — Il croyait sans doute à la prédestination.

2 — Àscagne (Jules), fils û''Énée et de Creuse. Il fut sauvé de l'embrasement de Troie par son père, qui l'emmena en Italie. Camille, reine des Volsques , fille de Mélabus et de CasDiilla, fut élevée dans les bois, et nourrie de lait de cavale. C'est un personnage fabuleux de l'Enéide.

' — Cette phrase est obscure : l'auteur veut dire sans doute qu';7 touchait à l'époque des plus grands malheurs qui ont afjligé son existence.

* — Ce fut le cardinal d'Est, frère d'Alphonse, duc de Ferrare, qui introduisit le Tasse à celte cour, où brillaient alors Lucrèce , duchesse d'Urhin , et Léonore d'Est , sœurs d'Alphonse et filles de Renée de France , que Louis xii eut d'Anne de Bretagne.

Le Tasse lisait quelquefois aux deux sœurs des fragments de son nouvel ouvrage. Léonore l'écou- (ait,dit-on, avec un tendre intérêt, auquel l'amourpropredu jeune poêle ne fut pas insensible ; toutefois il paraît douteux qu'il y ait eu quelque liaison de cœur entre lui et cette princesse, pédante, maladive et privée de tous les avantages de la beauté. Il n'est pas même démonln* que X^Leonora, célébrée dans les sonnets du Tasse, soit la sœur

d'Alphonse ; car à cette époque trois dames de ce nom vivaient à la rour de Ferrare, et l'on ne sait a laquelle de ces personnes les sonnets ont été adressés.

^ — L'Académie de la Crusca , fondée en i582, |)ublia , pour son début littéraire , ses Critiquas du Tasse, comme l'Académie française , celles de Corneille!

6 — Une aventure semblable était arrivée à l'Arioste.

^ — Ce fait est inexact. Pétrarque naquit à Arezzo , le 20 juillet 1304. Il fut couronné au Capitole,le8avrili34i,â l'âgedesTans; il mouruten 1374, âgé de 70 ans, trenle-trois ans après son triomphe.

•*— C'était Clément vin, élu le 30 janvier 1592. Il se distingua par sa i)iété, sa justice et la protection dont il honora les savants. C'est lui qui reçut, cette même année, l'abjuration d'Henri iv. Il mourut en leos.

Obser\;ati(m générale. La destinée errante du Tasse, son Renie inquiet, irritable et ombrageux, cette vie d'infortune et de gloire, qui sYcoula dans l'exil, dans les persécutions, dans la misère, et s'éteignit enfin dans l'éclat d'un triomphe, sont retracés avec force et précision dans cette analyse rapide de la vie et des malheurs du chantre de Renaud.

— 1672. — Arrêt qui donne la liberté à tous les prisonniers détenus en Normandie pour cause de magie ou de sortilège.

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