IL N>7 A PAS SE SORCIERS
U est , je croîs sorcier. — Sorcier, je Ven déiiu ! — La Foictaise. —
Je me souviens d'avoir lu, dans un petit livre où l'on fait parler une espèce d'ogre pour faire peur aux enfants : u Je ne m'appelle pas Croque-Mitaine pour manger des muscades. » La peur est un mauvais maître qui fait de mauvais écoliers '. C'était bien assez des nourrices et des bonnes pour effrayer la première enfance avec des contes de fées ou de revenants. On a fait aussi des livres pour ajouter aux charmes de la férule et du fouet. Avec tous ces moyens ridiculement dangereux, combien on a faussé d'imaginations et de caractères ! Les premières impressions reçues s'effacent si difficilement! Dans mon enfance je croyais aux loups-garous, et j'en avais peur.
On enterrait encore alors dans les églises, et je n'aurais pas voulu m'y trouver seul quand les ombres du soir descendaient dans leur enceinte; je frémissais en passant, la nuit, sous les murs d'un cimetière.
Je me souviens que j'aimais beaucoup à m'asseoir dans la cuisine, sous le large manteau de la cheminée, lorsqu'une vieille domestique, assise elle-même devant un grand chaudron, y faisait cuire de la farine de maïs :
je lui domaiiilais des histoires, et elle me faisait des eoiites à dormir tleboiit : mais je n'étais «jue trop éveillé!... j'avais peur, je tremblais, 1 1 pourtant c'était pour moi un plaisir intini.
La vieille me faisait deseendre des fées dans la eheininée: je les suivais allant au sabbal ; et, à leur retour, je les voyais à eheval sur \\n manelie à balai : il y avait aussi des trépassés tpii ilansaient dans leurs linceuls, «les Oj^res qui mangeaient des enfants, des Juifs (pii les ejjor^îeaient.des hérétiques (|ui les rôtissaient, même quand ils étaient bien saines; des diables noirs, cornus et fotu'chus ; des barbesbleues, des vampires ^, des uéeromans, des histoires effroyables — et toujoin-s épouvanté, j'étais toujours coulent... j'avais sept ans.... ti. lorsque j'entrai dans l'adolescence, je vis lentement la raison repousser ces croyances absurdes, mais les impressions reçues furent longtemps encore à s'effacer.
— VlLLE>.VVE. —
VILLEHAVE ( Mathieu-Guillattmc-Therfse),
Né à Saint-Félix de Caraman (Haute-Garonne), le 13 avril i762. 11 sp fil d'abord connaître par la liclalion du royogc des \:>i Nantais, qui a élé traduite en plusieuis ianj^ues. et eut à Paris cin(( ou six éditions en la jours (1794); par son Plaidoyer ilans le ]>rocès de Carrier et du Comité rérohttioiiitaire de Aanfcs, dont il y eut aussi plusieurs traductions; et par sa Défense du général C/iarefte, etc. Ses principaux titres littéraires sont : une Traduction des Métamorphoses, qui a eu trois éditions, en trois formats. C'est la meilleure l't la plus estimée; une fie d'Ovide, dans laquelle, de l'avis de savants nationaux et étranjjers, il parait avoir enfin résolu le |irobIéine des causes de l'exil de ce |)0(He ; une Traduction de l'Enéide, »laiis la Hibliothèque latine-française de M. Panckoucke; un très j^rand nombre d'articles et de notes dans la liioqraphic unirersellc (r,o vol. in-g"); unecooi)ération active à V Encyclopédie des (jens du monde; nni\ ans de professorat à l'Athénée royal sur VJJistoire littéraire de la France; un volume sur .Ibailard et Ilélo'ise, leurs malheurs et biirs ouvrajfes, qui a obtenu un [jrand succès; un mémoire curieux relatif à VInfluence des Gaulois sur la cirilisatinn des Grecs et des Romains (dans le journal de i'iiislilul hisluricine. u"'- 1 et 2); un discours sur (elle question : Quelle u été l'influence de l'imprimerie sur les langues et les littératures?
M. V'illenave a donné de bonnes éditions des oeuvres complètes de /iourdaloue, de Thomas, de Duclos, de Murmontcl el de l'abbé liarthélemy, avec des noies «'Stimées sur leur vie el sur leurs ousrajfes. Il a été ndaeleur en chef de plusieurs .j(»ijriian\ . enire autres les Annales politiques et litlrraires , (|ui sont devenues dans ses mains le Courrier Français, dont il a été le premier adminislr.iteur. On lui doit .aussi un Floije du comte Lacépéde, des hioqraphies diverses, etc., etc. Il a été secrétaire iicrpéluel de V Académie Celtique. <le la Société roya'r des Jtiliquaires, de la Société J'hilotcchvique, et il a|tparlient à plusieurs autres
' sociétés savantes cl littéraires, .^ujourd'lmi. Agé de 74 ans. il est encore un de nos iillérateurs les plus laborieux.
On doit ;"> sa fille, madame Mélanie Jf'aldor, un délicieux recueil de poésies, et de charmants ouvrages d'éducation.
' — Un mauvais maître qui fait de mauvais écoliers est un maître doiU les b ^;ons ne sont suivies d'aucun résultat; mais il n'en est point ainsi de la |)enr : ses effets au contraire sont malliem-eusemenl certains, el l'auleur le prouve assez bien ensuite. Cette phra.se n'exprime donc i)as sa pensée qui était sans doute : La peur est un maître qui fait de mauvais écoliers, ce qui ne i»résente pas encore un sens satisfaisant.
^ — On doimo ce nom , suivant une supersiition populaire accréditée par un ouvrage sérieux du bénédictin don Calmet, h des morts que l'on jirétend sortir la nuit de leurs cimetières pour venir sucer, à la gorge ou au ventre, le sang des vivants, après (|noi ils rentrent dans leiu-s fosses. Celte superstition a été particulièrement répandue en Pologne, en Silésie, en Hongrie, en Moravie et en Lorraine.
Observation générale. Ce morceau rend avec fidélité et d'une manière pittoresiiue les impressions attrayantes et funestes à la fois <|ue i;ravent dans Tima- Rinalion de l'enlancc tous les récits inerveilleiix et fanlasticiuesde la féerie et delà snper.slilion.t.e style, simple el naturel, rappelle relui de.)/. Charles .\odier, si supérieur, comme on le sait, dans ces sortes de souvenirs.
— 1702.— Mort de Jean Bartli qui, fils J'un simple pécheur parvint par ses exploits au grade de chef d'escadre.
Cet intrépide marin fil attacher au niAt <Ie son vaisseau sou propre fils, aspirant de marine, qui tremblait en assistant, pour la première Tois, a un combat naval.