‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 116 sur 370 · L'HOMME BIENVEILLANT · texte numérisé non relu

L'HOMME BIENVEILLANT

Sœur dr la nirnfniiaiirr.

L'aimable llirnvrillnnrr, Kirlir dr «f« favnir», S'attire tuus le» ro-urs.

— l'lIILIl■P01«-DE-L*•MADKi.AI^E —

Il en existe encore de ces cœurs francs .

simples, honnêtes, ouverts aux plus vives impressions de la vertu, bons par nature, généreux sans son<;er au retour , heureux du bien qu'ils font , du bonheur ipi'iis procurent; gais de la joie des autres, ils plaisent à tout le monde ; sans intention de briller, ils donnent des éloges sans projet d'être loués. Sans défiance, parce qu'ils sont sans méchanceté, ils aiment tous ceux (pii paraissent les aimer ; ils oublient le mal qu'on leur a fait ,ne se souviennent que du bien qu'ils ont reçu, ne connaissent la haine que pour en avoir entendu parler 5 jugeant tous les cœurs d'après leur propre cœur, agissant avant de raisonner, lorsqu'il faut rendre un service; trompés cent fois, mille fois , toujours , et ne croyant jamais l'être.

Si leurs bonnes actions ne sont pas réfléchies, ils n'en arrivent que plus vite à leur but. Ils franchissent tous les intervalles , tous les obstacles ; ils ne disent point : « C'est bien difficile! Je ne réussirai pas!... «Ils mettent en action » tout le temps que les autres emploient à calculer et à prévoir ; et la chaleur de leur àme les sert souvent beaucoup m'ieux que ne pourrait le faire l'esprit d'intrigue le plus raffiné. Leur imagination s'exalte pour tout ce qui est grand , noble , généreux. Ils voient souvent de la grandeur dans les actions les plus simples, et revêtent des .couleurs les plus brillantes les causes les plus communes.

— Adrien de Sarrazin. —

SARRAZIN (le comte ^dr2e« de).

Né à Vendôme, en 1778, il débuta dans la carrière littéraire par une imilation en vers des Quatre Printemps de Kleist, po(;te allemand , du Premier Naiigateur et<i\i Délugede Gessner, et d'une éléjçie de Gray sur tm Cimetière de campagne. Ces poésies eurent peu de succès : M. Adrien de Sarrazin était, par sa vocation , plutôt prosateur que poète. Aussi ne s'est-il véritablement distingué que par ses autres ouvrages , qui sont : Y Auteur et la Critique, comédie en un acte, représentée au théâtre Français ; 2" le Caravansérail, ou recueil de Contes orientaux ; ô° Contes Nouveaux et Nouvelles Nouvelles; 4° Bardouc ou le Pâtre du mont Taurus. On remarque dans ses contes une imagination brillante et tout orientale, un style élégant et harmonieux; une ingénieuse moralité s'y cache sous le voile de l'apologue.

L'auteur n'a pas oublié que la morale est sœur delà vérité, la simplicité sa parure, la noblesse sa grûce, le naturel son éloquence.

• — Ils mettent à agir serait plus exact et plus en rapport avec la suite de la pbrase.

Observation générale. Ce portrait, écritavec pureté et avec coût, quoique fort court , abonde en observations justes et bien exprimées.

■ 1705. - Mort (le PabbO Viartheienix, auteur du Forage du jeune Jnacliarsis.

SOCRATZ: A SES JUGES.

Qui d^ii.uMf une v(rili-, '

A dit un grave por.soiinage.

l,a gardrr<t pour soi, s'il est i|u<'lqni' peu sngi-, Et ch^'i'it sa tranquillité.

Je comparais devant ce tribunal pour la première fois de ma vie , quoique L%e de plus de soixante-dix ans. Ici , le style , les formes , tout est nouveau pour moi ; je vais parler une langue étrangère', et l'unique grâce que je vous demande, c'est d'être attentifs plutôt à la raison qu'à mes paroles , car votre devoir est de discerner la justice , le mien de vous dire la vérité ^. On prétend que je corromps la jeunesse d'Athènes' : qu'on cite donc un de mes disciples que j'aie entraine dans le vice. J'en vois plusieurs dans cette assemblée ; qu'ils se lèvent et qu'ils déposent contre leur corrupteur. S'ils sont retenus par un reste de considération, d'où vient que leurs pères, leurs frères , leurs parents n'invoquent pas , dans ce moment, la sévérité des lois? D'où vient que Mélitus* a négligé leurs témoignages? C'est que , loin de me poursuivre, ils sont eux-mêmes accourus à ma défense.

Ce ne sont pas les calomnies de Mélitus et d'Anytus qui me coûteront la vie; c'est la haine de ces hommes vains ou injustes dont j'ai démasqué l'ignorance ou les vices, haine qui a déjà fait périr tant de gens de bien et qui en fera périr tant d'autres ; car je ne dois pas me flatter qu'elle s'épuise par mon supplice. Je me la suis attirée en voulant pénétrer le sens d'une réponse de la Pythie s qui m'avait déclaré le plus sage des hommes. Étonné de cet oracle , j'interrogeai, dans les diverses classes des citoyens , ceux qui jouissaient d'une réputation distinguée; je ne trouvai partout que de la présomption et de l'hypocrisie. Je tâchai de leur inspirer des doutes sur leur mérite , et m'en fis des ennemis irréconciliables: je conclus de là que la sagesse n'appartient qu'à la Divinité, et que l'oracle, en me citant pour exemple , a voulu montrer que le plus sage des hommes est celui qui croit l'être le moins.

Si l'on me reprochait d'avoir consacré tant d'années à des recherches si dangereuses , je répondrais qu'on ne doit compter pour rien ni la vie ni la mort, dès qu'on peut être utile aux hommes. Je me suis cm destiné à les instruire; j'ai cru en avoir reçu la mission du Ciel même. J'avais gardé, au péril de mes jours, les postes où nos généraux m'avaient placé à Amphipolis, à Potidée, à Déliura ; je dois gar-

lier avec plus de courage celui que les dieux m'ont assigné au milieu de vous ^ ; et je ne pourrais l'abandonner sans désobéir à leurs ordres, sans m'avilir à mes yeux.

J'irai plus loin : si vous preniez aujourd'hui le parti de m'absoudre à eondilion que je garderais le silence, je vous dirais : O mes juges! je vous aime et je vous honore sans doute ; mais je dois obéir à Dieu plutôt qu'à vous. Tant ipieje respirerai, je ne cesserai d'élever ma voix comme par le passé , et de dire à tons ceux qui s'offriront à mes regards; N'avfZ-vous pas de honte de courir après les richesses et les honneurs, tandis cpie vous négligez les trésors de sagesse et de vérité qui doivent embellir et perfectionner votre Ame ^? Je les tourmenterais à force de prières et de questions ; je les ferais rougir de leur aveuglement ou de leurs fausses vertus et leur montrerais que leur estime place au premier rang des biens qui ne méritent que le mépris s.

Voilà ce que la Divinité me prescrit d'annoncer sans interruption aux jeunes gens, aux vieillards, aux citoyens, aux étrangers; et comme ma soumission à ses ordres est pour vous le plus grand de ses bienfaits, si vous me faites mourir , vous rejetterez le don de Dieu, et vous ne trouverez personne qui soit animé du même zèle. C'est donc votre cause que je soutiens atijom-d'hui, en paraissant défendre la mienne; car enfin Anytus et Mélitus peuvent me calomnier, me bannir, m'ùter la vie; mais ils ne sauraient me nuire: ils sont plus à plaindre que moi, puisqu'ils sont injustes. Pour échapper à leurs coups, je n'ai point, à l'exemple des antres accuses , employé les menées clandestines, les sollicitations ouvertes. Je vous ai trop respectés , pour chercher à vous attendrir par mes larmes, ou par celles de mes enfants et de mes amis rassemblés autour de moi. C'est au thédtre qu'il faut exciter la pitié par des images touchantes; ici la vérité seule doit se faire entendre. Vous avez fait un serment solennel déjuger suivant les lois: si je vous arrachais un parjure , je serais véritablement coupable d'impiété. Mais, plus persuadé que mes adversaires de l'existence de la Divinité , je me livre sans crainte à sa justice, ainsi qu'à la vôtre î*.

— Barthélest. —

BARTHÉLÉMY (Tabbé Jean-Jacques) ,

yf" à Cassis, en Provence, le jo janvier I7i6.

Sa vaste érudition lui valut le titre de membre de l'Académie des inscri|ilions, en 1747. Descelle /;poque il travailla an chef-d'œuvre qui lui acquit une si grande et si juste célébrité, le Foyarjc du jeune Anucharsis en Grèce, ouvrage immense d'études (t de recherches, qui. terminé seulement en itsk, fut accueilli avec renllioiisiasnie qu'il méritait. On admira le travail consciencieux de l'auteur, son érudition profonde, son habileté

dans l'ordonnance des détails, et surtout Péléganoe . la noblesse, le charme de son style, ce (|ue, jusiiu'alors, on n'avait jamais remarqué dans ces sortes de travaux.

l'n an après la publication de cet immortel ouvrage. l'Académie française ouvrit ses portes à Barthélémy. En 1793, il fut arrêté; mais le savant et inoffensif vieillard fut bientôt rendu ;"» la liberté : il était alors conservateur des médailles. Il termina, ù l'Age de so ans, sa laborieuse et honorable carrière, en 1795.

1 — Je sens que je vous p.nrle une langue <Mr.Tngère,

dit Hippolyte à Aricie, dans la tragédie doP/icdre.

^ — Esorcle calma et plein d'une dignité modeste.

' — J'roposilion, énoncé du sujet.

^ — Mélitus, .tiirlus et Lycon furent ses trois accusateurs devant l'aréopage.

* — La prêtresse du temple d'Apollon à Delphes; on rap|)elait aussi l'ylhonis.se.

^ — Socrale. en se livrant à la philosophie, n'avait point renoncé à être utile à .son pays dans une autre carrière. Il se distingua dans les armes par son courage, et se trouva à plusieurs batailles; c'est dans l'un de ces combats qu'il sauva la vie à Alcibiade et à Xénojdion , ses amis et ses disciples.

^ — Apostroi»Iie vive et animée.

* — Fin de la réfutation, qui est fort éloquente.

^ — Péroraison simi-.le et solennelle : il n'iin- ])lore pas ses juges, il croit à leur justice comme à celle de Dieu.

Observation f/énérnic. Le caractère sublime de Socrate , son inébranlable fermeté, sont peints avec un rare talent dans ce discours. Socratcdans un langage plein de raison j noble el élevé, parle comme devait parler celui fjui toute sa vie avait prati(iué la vertu et cherché la vérité. Il se justifie sans insulter ni ft.iUer ses juges ; il ne craint pas la mort, et il songe plutôt à défendre sa doctrine qu'à défendre sa vie.

-1831.— M. Champion, ce bicnr.Titciu- de la classe pauvre (lu peuple . el que loul le ninndc connaîl A Paris sous le nom <le f Homme au petit manteau, reçoit la décoration de la Légion d'bonucur.

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