J. R«CI»E
Au delà (les deux mosquées et de remplacement du temple, Jérusalem totU entière s'étend et jaillit ', pour ainsi dire, devant nous.
sans que l'œil puisse en perdre un toit ou une pierre, et comme le plan d'une ville en relief ((lie l'artiste étalerait sur unetaMe. Cette ville, non pas comme on nous l'a re])résentée, amas informe et confus de ruines et de cendres sur lesquelles sont jetées (juclques chaumières d'Arabes, ou plantées quelques tentes de Uédouins; non pas comme Athènes, chaos de poussière et de murs écroulés ^ où le voyageur cherche en vain l'ombre des édifices, la trace des rues, la vision d'une ville '\ mais ville brillante de lumière et de couleur! — présentant noblement aux regards ses murs intacts et crénelés, sa mosquée bleue avec ses colonnades blanches, ses milliers de dômes resplendissants sur lesquels la lumière d'un soleil d'automne tombe et rejaillit en vapeur éblouissante ; les façades de ses maisons teintes, par le temps et par les étés, de la couleur jaune et dorée des édifices de Pœstum * ou de Rome; ses vieilles tours, gardiennes de ses murailles, auxquelles il ne manque ni une l)ierre ni une meurtrière, ni un créneau; et enfin, au milieu de cet océan de maisons et de cette nuée de petits dômes qui les recouvrent, un dôme noir et surbaissé, plus large que les autres, dominé par un autre dôme blanc: c'est le Saint-Sépulcre et le Calvaire: ils sont confondus et comme noyés, de là, dans l'immense dédale de dômes, d'édifices et de rues qui les environnent &, et il est difficile de se rendre compte ainsi de l'emplacement du Calvaire et de celui du Sépulcre qui, selon les idées que nous donne l'Évangile, devraient se trouver sur une colline écartée hors des murs, et non dans le centre de Jérusalem ! La ville , rétrécie du côté de Sion , se sera sans doute agrandie du côté du Nord pour embrasser, dans son enceinte, les deux sites qui font sa honte et sa gloire: le site du supplice du Juste, et celui de la résurrection de l'Homnie-Dieu s !
Voilà la ville du haut de la montagne des Oliviers! Elle n'a pas d'horizon derrière elle, ni du côté de l'Occident, ni du côté du Nord. La ligne de ses murs et de ses tours, les aiguilles de ses nombreux minarets, les cintres de ses dômes éclatants, se découpent à nu et cruement sur le bleu d'un ciel d'Orient ; et la ville, ainsi portée et présentée sur son plateau large et élevé, semble briller encore de toute l'antique splendeur de ses prophéties, ou n'attendre qu'une parole pour sortir tout éblouissante de ses dix-sept ruines successives, et devenir cette Jérusalem nout^elle qui so?'t du sein du désert, brillante de clarté!
— De LAMAKTIÎiE. —
( Voyez page 23.;
' — Cette expression, qui peut paraître hardie, est justifiée par l'optique, car, dès qu'on a gravi
lîi Jl ILLKT.
la rolline, la ville, qui apparaît tout à coup, scnilile sortir de terre.
2 — .llhènes, .uiiourtl'hui eni)it;)lc do la GriVe, renaît de ses cendres, et sera, assure-l-on, par ses nouveaux monuments, digne de son antique célébrité.
' — L'auteur a sans doute voulu dire Vapparence d'une ville; mais le mot vision ne saurait se prendre en ce sens.
* — Pœ.stiiniou Posxithnia, ville d'Italie, dans la Lucanie. sur le i;olfe de même nom.
* — Celle phrase donne lieu aux observations suivantes : i" ISous crciyons qu'il y a abus de la métuphore dans renipb^i du mot noyés; nous no saisissons pas bien trailleurs ranalo[;ie qui pourrait exister entre les Mots mobiles et les mai.sons. V De là est plus que familier, et n'a pas le sens <|ue lui i»rète l'auteur, qui |iouvait dire : De co point t/r rue. ils paraissetil.
♦■ — Si(e est ici un mol improjire; on dit le lieu, le théâtre du sujiplice.
Ohservation i/éuérnte. Les roideiirs de la poésie sont un peu pnxiiiîiiées dans ce tableau : l'aiiteiu* b^s uu'nagc ([iiebpiefois avec i)lus de disceruement. La diction eu pourrait être plus soignée.
Kn comparant cette description de .lérusalem avec celle qu'en a donnée ( hàleaubriand, il semble que de ces deux illustres voyat;eurs. l'un s'attache <»|)his au pa.ss«''. et l'auli-e à l'avenir : l'un peint les mines de l'antique Jéi-usalem. l'antre peint la splcndetu' et la beauté de la .li'rusaleui nouvelle, el l'on dirait ipic sou regard prophétique salue l'aurore naissante de ses destinées futures.
- lRf»1. — Mûri (le Vahbf Cosson , sav-mt profcsscnr, tr»iliicteurdG Tile-Live el auteur d'un t)on ^logc de Ba\ard.