‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 18 sur 370 · L'EXILÉ · texte numérisé non relu

L'EXILÉ

Vas-tu revoir demain l'éternelle lumière? (hj, dans ce lieu d'exil , de deuil et de misère, Dois-ta poursuivre encor ton pénible chemin? — Lamartide. —

Il s'en allait errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé !

J'ai passe à travers les peuples , et ils m'ont regarde , et je les ai regardés, et nous ne nous sommes pas reconnus. L'exilé partout est seul.

Lorsque je voyais, au déclin du jour, s'élever du creux d'un vallon la fumée de quehpie chaumière, je me disais : « Heureux celui qui retrouve, le soir, le foyer domestique et s'y assied au milieu des siens ' ! » L'exilé partout est seul.

Où vont ces nuages que chasse la tempête ? elle me chasse comme eux, et qu'importe où ! L'exilé partout est seul.

Ces arbres sont beaux, ces fleurs sont belles; mais ce ne sont pas les fleurs ni les arbres de mon pays^ ; ils ne me disent rien. L'exilé partout est seul.

Ce ruisseau coule mollement dans la plaine ; mais son murmure n'est pas celui qu'entendit mon enfance : il ne rappelle aucun souvenir à mon âme. L'exilé partout est seul.

Ces chants sont doux ; mais les tristesses et les joies qu'ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies. L'exilé partout est seul.

On m'a demandé : « Pourquoi pleurez-vous ? » et quand je l'ai dit, nul n'a pleuré, parce qu'on ne me comprenait point. L'exilé partout est seul.

J'ai vu des vieillards entourés d'enfants, comme l'olivier de ses rejetons ^ ; mais aucun de ces vieillards ne m'appelait son fils, aucun de ces enfants ne m'appelait son frère. L'exilé partout est seul.

J'ai vu des jeunes filles sourire d'un sourire aussi pur que la brise du matin * à celui que leur amour s'était choisi pour époux , mais pas une ne m'a souri. L'exilé partout est seul.

Il n'y a d'amis, d'épouses, de pères et de frères que dans la patrie 5. L'exilé partout est seul.

Pauvre exilé! cesse de gémir; tous sont bannis comme toi, tous voient passer et s'évanouir pères, frères, épouses, amis.

La patrie n'est point ici-bas ; l'homme vainement l'y cherche ; ce qu'il prend pour elle n'est qu'un gîte d'une nuit.

Il s'en va errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé !

L'abbé de L.v Menais.

( Voyez le H janvier. )

1 — Réflexion louchante et heureusement amenée. Le fond de cette idée est emprunté à ces vers de la première églogue de Virgile.

Et jam summa procul villarum culmina fumant ; Majorcsque caduntaltisde montibus umbrse.

2 — Ici l'emploi du complément négatif pas n'est pas une faute, comme on pourrait le croire. (Voyez ma Grammaire, no 702. )

8 Charmante comparaison empruntée à la Bible. «Votre épouse sera comme une vigne fertile appuyée sur le mur de votre maison ; vos enfants

seront autour de votre table comme de jeuues oliviers. » (Ps. CXWIII. 3.)

* — Un sourire aussi pur que la brise du matin. On est f;Ulu'' de rcinaniuerdaiis les termes de cette comparaison uiuiéfaul complet do similitude. Uue l'haleine d'une jeune fille soit aussi pure que la brise du malin, à la bonne iieure, que son sourire soit aussi giacieuxqueles premiers rayons de l'aurore , cela se conçoit; mais un sourire aussi pur «lue la brise du malin , cela ré|)U(;ne.

Nous ferons observer, en passant, que des est employé avant jeunes filles . parce que ces deux mots n'en forment qu'un dans l'esprit de l'auteur, c'est comme un substantif composé. (Voyez ma Grammaire, n" 479.)

* — Ceci n'est exact que du point de vue choisi par l'auteur de celle pièce remarquable : un excès de mélancolie qui rend son exilé inaccessible à toutes les consolations. Il est heureusement vrai que. hors de la patrie, on peut trouver quelquefois des amis et des frères; nous avons éprouvé la p;énéreuse hospitalité des peuples du Nord, et l'un d'eux, si digne d'inlérét, reçoit aujourd'hui chez nous les mêmes lémoignages d'affection.

Observation générale. Ce style appartient au genre biblique, que nous avons déjà signalé. Il coule pur et onclueiix comme l'huile sainte des tabernacles. Les phrases sont lentes, et les mots se distillent un à un comme les youttcs d'une liqueur précieuse propre à amollir les cœurs.

Le poète a donné à sa desciiption. remplie d'images simples et gracieuses, le ton d'un chaut plaintif avec ses couplets à l'imitation des versets de l'Ecriture.

Quelle touchante peinture il nous présente des maux de l'evilé ! Oue de force dans cette exclamation douloureuse qui tombe à la fin de chaque période comme une laimc échappée aux yeux de l'exilé! Mais quelle pensée grande et consolatrice succède à ces plaintes louchantes ! La patrie est dans le ciel ; la terre est un exil pour t«us, et les exilés reverront tous la patrie !

En vérité, celte page peut être mise en parallèle avec les psaumes les plus magnifiques de la littérature hébraïque.

- 1752. — Fin d'une horrible lempèle qui , dans la baie de Cadix, a fait périr 50 vaisseaux et un nombre prodigieux d'euibarcalious.

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