ONE TEMPETE
SittivrnI sur lr« mors où te joue 1^ Irnipèle aux aile* tic fru, Jr- vo}nis yitMtT ftur nia proue I.C liant inàt que Ir vrnt MTOue f.l ]>ourriui la v.igne fst un jru !
Set ToilcH ouvrrlrw ri plciiic« Aspiraient le souffle des fluls , Kl ses vigoureuses antennes Halanraient, sur les vertes platnr .Ses ponts cliatf;és de matelots.
— LtliSSTISE. —
Le vent se modère , il tourtie un peu pour nous ; nous fuyons , par un ciel f^ris et lirumeux, vers le );olfc de Daniictlc; nous [icrdons de vue toute terre ; la journée, nous faisons bonne route; la mer est douée, mais des
signes précurseurs de tempête préoccupent le caiiitaiiu^ et le second ; elle éclate au tomiier du joiu-'; le vent fraîchit d'iieure en heure, les vagues deviennent de plus en plus montucuses; le navire crie et fatigue^; tous les cordages sifflent et vibrent sous les coups de vent connue des fii>res de métal ; ces sons aigus et plaintifs ressemblent aux lamentations des femmes grec<iues aux convois de leurs morts; nous ne portons plus de voiles, le vaisseau roule d'un abîme à l'autre , et chaque fois {[u'il tombe sur le flanc, ses mâts semblent s'écrouler dans la mer' comme des arbres déracinés , et la vague écrasée sous le poids rejaillit et couvi'e le pont ; tout le monde , excepté l'équipage et moi , est descendu dans l'entre-pont * ; on entend les gémissements des malades et le roulis des caisses et des meubles qui se heurtent dans les flânes du brick. Le briek lui-même , malgré ses fortes membrures et les pièces de bois énormes qui le traversent d'un bord à l'autre , craque et se froisse comme s'il allait s'entr'ouvrir. Les coups de mer sur la poupe '•' retentissent de moment en moment comme des coups de canon ; à deux heures du matin la tempête augmente encore; je m'attache avec des cordes au grand mât , pour n'être pas emporté par la vague et ne pas rouler dans la mer, lorsque le pont incline presque perpendiculairement. Enveloppé dans mon n)anteau, je contemple ce spectacle sublime, je descends de temps en temps sous l'entre-pont pour rassurer ma femme couchée dans son liamac. Le second capitaine , au milieu de cette tourmente affreuse , ne quitte la manœuvre que pour passer d'une chambre à l'autre, et porter h chacun les secours que son état exige : homme de fer pour le péril et cœur de femme pour la pitié ^ ; toute la nuit se passe ainsi. Le lever du soleil, dont on ne s'aperçoit qu'au jour blafard qui se répand sur les vagues et dans les nuages confondus , loin de diminuer la force du vent, semble l'accroître encore; nous voyons venir, d'aussi loin que porte le regard, des collines d'eau écumante derrière d'autres collines. Pendant qu'elles jiassent, le brick se torture dans tous les sens, écrasé par l'une, relevé par l'autre; lancé dans un sens par ime lame, arrêté par une .iulre qtii lui imprime de force une direction nouvelle, il se jette tantôt sur un flanc , tantôt sur l'autre; il plonge la proue en avant comme s'il allait s'engloutir ; la mer qui court sur lui fond sur sa i)oupe et le traverse d'un bord ;i l'autre; de tcmjis en temps il se r(;lève ; la mer , écrasée par le vent , semble n'avoir plus de vagues et n'être cpi'un champ d'écumes tournoyantes; il y a comme des plaines, entre ces énormes collines d'eau, qui laissent reposer un instant les mais ; mais on rentre bientôt dans la région des hautes vagues , on roule de nouveau de précipices en
précipices. Dans ces alternatives horribles , le jour s'écoule; le capitaine me consulte; les eûtes d'Egypte sont basses, on peut y être jeté sans les avoir aperçues ; les côtes de la Syrie .sont sans rade et sans port; il faut se résoudre à se mettre en panne au milieu de cette mer "> , ou suivre le vent qui nous pousse vers Chypre. Là, nous aurions une rade et un asile, mais nous en sommes à plus de quatre-vingts lieues; je fais mettre la barres sur l'ile de Chypre , le vent nous fait filer trois lieues à l'heure , mais la mer ne baisse pas. Quelques gouttes de bouillon froid soutiennent les forces de ma femme et de mes compagnons toujours couchés dans leurs hamacs. Je mange moi-même quelques morceaux de biscuit , et je fume avec le capitaine et le second , toujours dans la même attitude sur le pont, près de l'habitacle 9, les mains passées dans les cordages qui me soutiennent contre les coups de mer. La nuit vient plus horrible encore ; les nuages pèsent sur la mer, tout l'horizon se déchire d'éclairs , tout est feu autour de nous : la foudre semble jaillir de la crête des vagues confondues avec les nuées ; elle tombe trois fois autour de nous ; une fois, c'est au moment où le brick est jeté sur le flanc par une lame colossale ; les vergues plongent •'^ , les mâts frappent la vague , l'écume qu'ils font jaillir sous le coup s'élance comme un manteau de feu déchiré dont le vent disperse les lambeaux semblables à des serpents de flamme; tout l'équipage jette un cri; nous semblons précipités dans un volcan; c'est l'effet de tempête le plus effrayant et le plus admirable que j'aie vu pendant cette longue nuit; neuf heures de suite, le tonnerre nous enveloppe *' ; à chaque minute nous croyons voir nos mâts enflammés tomber sur nous et embraser le navire. Le matin , le ciel est moins chargé, mais la mer ressemble à une lave bouillante ; le vent , qui tombe un peu et qui ne soutient plus le navire, rend le roulis plus lourd ; nous devons être à trente lieues de l'ile de Chypre.
— Lasartise. —
LAMARTINE {Alphonse de prat , de )
De l'Académie française et membre de la chambre des députés.
Né à Màcon en 1792. Élevé par sa mère dans la douce pratique de la religion, il dut à cette première éducation les principes qui lui ont inspiré tant de sublimes pages. Ce ne fut cependant qu'à l'âge de vingl-liuit ans qu'il publia ses premières Méditations religietises qui, accueillies avec enthousiasme, révélèrent une poésie nouvelle, plus belle et plus vraie que la poésie antique. Ce n'était plus cette fade imitation du passé , ce culte sans foi des muses païennes, cette mythologie si attrayante pour les Grecs , mais si froide et si décolorée pour nous. La poésie de M. de Lamartine, harmonieux
écho de notre société, exprimait ce que le cœur de l'homme du xix« siècle a de plus intime, cette mélancolie de la pensée , celte vague tristesse de l'âme, ces doutes inquiets, cesdésespoirs profonds où nous jette une société vieillie sans illusions ; elle était l'expression fidèle de cet état de mysticisme qui succède aux croyances effacées, qui s'assied en rêvant sur les ruines des temples écroulés et attend l'avenir. Chacun retrouvait donc, en lisant cette œuvre admirable, ses propres méditations ; on les retrouvait exprimées en vers mélodieux, en chants si doux, si tristes, si pleins d'une suave harmonie, que l'âme les écoute quelquefois sans chercher à les comprendre, comme les mille voix de la nature qui murmurent à notre oreille, comme un écho lointain des concerts du ciel : voilà ce qui explique leur immense succès. La mission de M. de Lamartine était dès lors manifestée. Les Noucelles Méditations poétiqiies parurent avec l'empreinte d'un génie plus mùr et plus religieux encore. Enfin , dans ses Harmonies poétiques et religieuses , le poète semble avoir dérobé la lyre des séraphins pour chanter ici-bas les cantiques du ciel. Dans Childe-Harold , il s'est montré digne de continuer lœuvre interrompue de Byron, et de ramasser, sur les champs de bataille de la Grèce , la harpe du barde anglais. Dans la Mort de So- 'Crate, il a pensé et parlé comme le divin Platon. Comme Pythagore, il est allé naguère demander la sagesse à cet Orient d'où la lumière se lève pour la nature et pour l'intelligence.
Ses Souvenirs de Voyage cependant n'ont pas répondu à ''attente de ses admirateurs. .\vec plus d'ordre , plus d'exactitude et moins de diffusion , une seconde édition obtiendra sans doute un grand succès.
' — yéu tomber du jour, néologisme qui cependant est admissible, puisqu'on dit: le jour tombe. On dit aussi à la tombée de la nuit , mot nouveau conoacré par l'Académie.
2 Fatiguer peut s'employer absolument. (Voyez ma Grammaire, n" 669. )
5 — Image fausse, métaphore vicieuse. Un mât, quoique composé de plusieurs parties, ne saurait s'écrouler. Un corps s'écroule comme une muraille, quand il tombe subitement par l'affaissement de sa base. Un mât se plonge, s'abîme dans la mer.
* — Étages compris entre les deux ponts d'un vaisseau.
5 La poupe est l'arrière du vaisseau , et la proue en est l'avant.
6— Cette antithèse ne me paraît pas exacte. Je crois qu'on ne peut opposer la pitié, qui est un sentiment, au danger, qui peut inspirer un sentiment , mais qui est une chose tout extérieure. Pour que l'analogie fût complète, que roppositu>n fût rationnelle, l'auteur devait dire : Homme de fer pour la crainte, el cœur de femme pour la pitié.
T — Se mettre en panne, ou mieux mettre en panne, c'est disposer les voiles de manière à demeurer en place.
8 — La barre est une pièce de bois qui entre dans la tête du gouvernail et sert à le faire mouvoir.
9— Lieu où l'on renferme la boussole, la lumière et l'horloge.
10 Les eergfttei sont des^ pièces de bois longues
et rondes, fixées en travers du mal, pour soutenir les voiles.
II Métaphore vicieuse.
Obseri-otion générale. Tableau siiblinif et terrihlc, et d'autant plus vrai, que l'auteur peint ce ilont il a été témoin Ini-inèine. Son style pot"tit|iu' . flexible, et en même temps énergique, convient parfaitement au grandiose de l'effrayante peinture d'une tempête.
!lal»saDcc de Jactjues- Henri Bernardin de Saint- Pierre.