PAR LES PRÉTORIENS, SOUS MAXIME ET BALBIN
Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle . S'il n'a l'àme et la Ijre et les yeux de Néron! Pendant que l'incendie en fleuve ardent circule Des temples aux palais , du cirque au Panthéon 1 — De Lamartike. —
Quand on eut rompu les canaux qui portaient l'eau dans leur camp, les Prétoriens 2 reconnurent aussitôt qu'il leur était impossible de se défendre derrière ces remparts où les insultes du peuple allaient toujours les assaillir, et ils se demandèrent, en regardant leurs armes, s'ils devaient attendre que la mort vînt les chercher là. Tout à coup, sans qu'aucune voix se fût élevée pour donner conseil , comme si le même péril eut inspiré à tous la même pensée , mille bras agitèrent à la fois les piques longues et pesantes, et un cri unanime et furieux se fit entendre jusqu'au forum : n Hors des portes ! Hors des portes ! 1' Et, en même temps, rangés en bon ordre sous la conduite de leurs chefs , ils s'avancèrent . d'un pas rapide et régulier, contre le
10 Jl ILLET.
I!) JIJLLKT.
I»euple qui fit d'abonl lutniie conlcnance, et repoiitlit, p;ir(li'j;ran*lcscl;iintMirs('ttlt's coups porlés au li;is;uil . ;i l.i grtMo de traits ijui vint foniliT sur lui. Kn avant di' la fouU' . (juchpus };lailiat.urs , e't. parmi eux, ce i'.lailiateui- h haute stature qui . sur tous les jioiuls de l'Hinpire. ne niainpiaità aueun desordre, élalait-nl. avee une sorte de eoniplaisance et de bravade, leurs toiles alliléticpies et leur dextérité à manier iB^ouelier et l'épée. D'un autre oùlé. riallie.inus ^ et (pie!(|ues autres sénateurs, qui avaient jiousséle peuple dans eelte entreprise, et qui faisaient par.ide d'unir leurs intérêts aux siens, pareouraient les (groupes avee de.; paroles tour à tour violentes cl flatteuses, et des j)roniesses qui ne donsiaient à cette masse turbulent' ni courage ni discipline. Aussi le premier choc des Prétoriens la dispersa; et, refoulée dans les rues de Home , le désordre de sa fuite y porta l'epouvanle et le désesjjoir. Les Prétoriens, en etfet. qui la suivaient, l'épée aux reins, et dont on avait engage si maladroitement l'existence dans cette lutte, justiliaicnt amplement ces terreurs par l'horrihle carnage que faisaient leurs armes de toute cette populace, qui n'était plus !à fuyant et tournant ledos,que pour se laisser tailler en [lièces. Ils reprenaient leur pouvoir d'assaut, et Rome avait tout à redouter d'être emportée ainsi de vive force. Aussi la i)opulatioii entière, qui s'était jtrécipilée dans toutes les avenues, qui avait envahi toutes les maisons dont les portes avaient pu être forcées, dès qu'elle se vit hors d'atleinlede leurs lances, retrouva son courage avec sa haine, et, du haut des terrasses, des galeries , de toutes les ouvertures pratiquées sur les rues, où les cohortes étaient engagées, elle fit pleuvoir tout à coup des pierres , des meubles eu débris, d'énormes poutres, et tout ce dont le désespoir armait ses mains infatigables.
Les Prétoriens, étonnés, lèvent la tète avec une <lédaigneuse fureur, et entendent le fteuple rugir lie joie, alors que quehpiesiins des leurs tombent accablés sous (piebpies débris : des deux côtés de la voie Appienne ■". c'est la même défense , ce sont les mêmes insultes , les mêmes dangers ; ils regardent avec horreur ces blessures, que n'a point faites le fer d'une lance ou d'iuie flèche, et répondent aux coup.i tpii les atteignent de si loin, par des imprécations'^.
Mais un soldat gaulois, (pii a vu son camarade renverse à côté de lui, sous une large dalle, lancée du haut d'ini toit, fait ini saut eu arrière, et , saisissant , au coin d'im palais, quehpies brins de foin qui avaient servi de couche à un malheureux juif: «i S'ils condiallent conune des renards, s'énrie-t-il , eni'unions-les dans leurs lannières. » Et, se [irécipitant dans un vestibule enfoncé, où brillail une lampe en l'honneur d'un tlieu lare '', il y
allume le brandon qu'il agite, le montre à ses conqiagnons qui applaudissent , et pénètre dans la maison qu'il livre de tous côtés à la flamme. Le feu! I<efeu! répètent aussitôt les Prétoriens; et, se saisissant des débris île meubles et de toitures dont les mes sont eucoml»rées. ils en font des monceaux sous les portiques des |)al3is, et y mettent le feu, qu'ils attisent en vomissant tPhorribles menaces contre un ennemi (pii les force à ce genre de combat.
(^e fut uu elfrayaut spectacle, sitôt que la fumée monta au faite des maisons, de voir cette UHillitude (pii s'y trouvait amoncelée, se regarder avec étonnement, s'interroger, \rM\r et pousser <'nfin d'alfr.ux gémissements à chaque jet de flanunes qui , se faisant jour à travers les ouvertures que ses propres mains avaient pratiquées, lui montraient dans toute son horreur le danger qui la pressait. Où fuir? Où se sauver ? Dans les maisons , le dévorant incendie; dans les rues, les lances prétoriennes. On courait en foule sur les toits des palais, où la flamme ne s'était pas encore njontrée; et les flèches des soldats lancées contre une masse qui ne se cachait plus à leurs coups, car elle avait changé d'ennemi . harcelaient et décimaient celte foule . à Lupielle ne restait plus aucun refuge. Pour comble de malheur, un vent furieux, qui souillait du même côté que celui par letpiel s'avançaient les cohortes, vint s'emparer tout à coup du désastre (pi'elles avaient commencé, et, poussant l'incendie de maison en maison, semblait s'acharner à son tour, avec ses nuages de flannne , contre ces misérables dont la moitié était ensevelie sous les décombres embrasés.
C'était un des plus beaux cpjartiers de Rome, celui de la Snliurra 7; c'eût été dans les provinces une ville entière, tant il y avait de palais et de temples. Les temples surtout étaient encombrés de peuple ; mais l'incendie ne respectait rien , et les malheureux tpi'il venait saisir au pied des autels, y succombaient avec la douleur de douter de leurs dieux. Aussi, dans toute sa vaste enceinte, la gran<le Rome fut fraj)|»ée d'une soudaine terreur, au bruit effroyable (pii partait de ce (juartier désolé ; car les lamentations, les cris de rage, les écroulements des toitures, les sitTlemenls de la flamme et des vents, les vociférations des soldats barbares, les hurlements des bêtes du circpie, (pie l'ardeur de l'embrasement épouvantait, se conlondaient en un seul cri. connue celui d'un volcan (pii l'ilate: et les vieillards se demandaient, en fuyant à travers la campagne , si Rome était livr<'e aux Scythes et aux Sarmales, ou s'il y avait, en haut de (|uel(pie tour, un enqxreur (pii, une harpe d'or à la main, eût de nituveau besoin d" s'inspirera l'horreur d'un tel sj)ectacle **.
- \i.n\AM)nK (iiinMii. —
llavim
ALEXATTORE GIIRAID ( Pierrc-Marie-Thérâse, haroi\ ).
Poeiedr;iin;i(i(ni»;ot incinbrcde rAcailéinie française, iiaiinil il I.iinoiix. en L;injjiiCi!oc . le i5 dtcemlire nss.
Ses premiers essnis poéti<|iii's furent coiironn.'s par l'Acndt mie des .li'ti.\ llmaiix. iiK' oile piil)liée en 1820 en foreur des Gras, nisrila d'être imprimée dans pliisieur.s journaux étran;;ers : elle est remplie d'un enthousiasme poéli(|ue et I)! Iliqueux. Plusieurs tra[;éilies. les SJacfiahées, |)ièee en cinq actes, (|ui renferme des vers sublimes; le coiule Julien ou l'F.xpialion. de même en s aeles, et dont le sujet est intéressant, la coneeption forte et l'exécution brillante ; / irginie, où se lrou\ent aussi de grandes beautés de détails, fixèrent sa réputation , qui reçut un nouvel éclat jtar la publication de ses L'ié'jics saccxardes, poésies charmantes, empreintes d'un sentiment pieux et mélancoliiine; de ses ('liants èlégiaques, ouvrafye remarquable |)ar réléj^Hnce et la n(d)lesse du style, jiar le sentiment profond et rimaj;ination rêveuse qui l'animent; de ses Cluints hellènes, liymnes guerriers où respire l'amour de la pairie et de la liberté.
On doit aussi à M. Guiraud plusieurs romans dont le principal est Flan'en on de Home nu désert, ouvrage remarquable parréclat du style, la beauté des descriptions , et tes sentiments religieux.
' — Maxime ou Pupivn était fils d'un forgeron. L'an 236, il fut élevé ù l'Empire par le Sénat, avec IJalbin et le jeune Gordien. Maxime se préparait à porter la guerre chez les l'arthes, quand la garde i>réloriennc se révolta et l'égorgea avec lialbin pour donner l'Empire au jeune Gordien seul, l'an de J.-C. 208. — Sous le règne de ces empereurs, il s'éleva entre les soldats et le i)eui)Ie une vi(dente querelle, qu'ils n'eurent pas la force de réprimer.
2 — Troupes qui formaient la garde de l'empereur. Ils se rendirent bientôt tout-i)uissauts. firent et défirent les empereurs à leur gré; ils allèrent même jusqu'à mettre l'empire à l'encan.
3 — Gallicanus, consul, natif de Carthage. excita une violente sédition dans Rome sous Maxime et Balbin, et excita le peuple à assiéger les prétoriens dans leur camp.
*— La plus célèbre de toutes les voies romaines; elle fut construite parle censeur Claudius, l'an de Rome «2. Elle sortait de Rome par la i)orte Cupène et s'étendait jusqu'à Brindes, à l'extrémité de l'Italie (ôfii milles). De chaque côté il y avait de sujterbes trottoirs, et le pavé était de pierres très-dures parfaitement jointes sans aucun ciment.
^ — Ce complément serait mieux placé après le verbe.
* — Les dieux Lares étaient les dieux domestiques, les dieux du foyer, protecteurs de cbaque maison et de cbaque famille. Aussi les représentait-on qiiel(|uefois sous la figure de deux cbietis; c'est de là (pie nous viennent nos chenets, aulie- Umehiennels, qui dans l'urigiiie avaient deux petits cbiens pour ornement.
^ — 11 est jirobable que la Suhurra, rue fréquentée par les courtisanes et les hommes débauchés, n'était pas un des plus beaux quartiers de Rome. L'auteur a sans doute voulu parler du quartier appelé Suburhana, cest-à-dire j'uubounj.
" — Ouplqu'iin ayant dit en présence de Néron : " '>ue le monde hr ûle quand je senti mort, • il répliqua : •■ (Uûil bn'tle et que je le rote.' En effet, peu de temps après, l'an 6< de .l.-C. il fit mettre le feu aux ijuatre coins de Rome. L'incendie diMM neuf jr)iirs. Dix ([iiarliers de; la ville et les plus beaux munumentsde l'anticpiilé furent réduits en cendres. Néron monta sur une hauti; tour pouijouir plus à son aise de cet affreux spectacle.
Observation générale. Cette dcscrUùn est semiîe de beautés du i)i'emier ordre. Rien d^^is frappant, de jiliis vrai . ipie le tableau de celle nuilliliide amoncelée sur les toits au moment de l'incendie. Il n'y a point d'expressions and)ilieiiscs; tout est juste, tout est (jrand. Le style de cette pièce, souple, ferme, éner- {jicpie, se plie naturellement à toutes les phrases de la catastrophe que l'auteur y décrit.
— 1798. — Buiiaparte se prépare à livrer aux Jlaniclouks la Bataille des Pyramides .