BATAILLE DES PYRAMIDES
Dans rliiilr, Albion a trc-nibU-, Quanti de nos soldats iiitrt-pidrs Les rhanis d'allcgrrssc uni iruubk- Les vieux ^'Chus des Pyramides.
. — BcRA^CKH. —
Le 21 juillet, l'arraée , partie d'Omdinar pendant la ni'.it, arrive sur les deux heures après midi à une demi-lieue d'Emba'beh ', et voit le corps des 3lamelucks se dé];loyer en avant du village, Bonaparte fait faire halle; l'excès de la fatigue et de la chaleur accablait les troupes : un repos d'une heure seulement est le besoin du soldat ; mais les mouvements de l'ennemi leur en commandent le sacrifice, et l'ordre de bataille devient un besoin plus impérieux.
Tout est nouveau pour les Français. En arrière de la gauche de l'ennemi s'élevaient les Pyramides , ces immobiles témoins des plus grandes fortunes et des plus grandes adversités du monde 2. Ya\ arrière de la droite coulait majestueusement le vieux Nil, brillaient les trois cents minarets du Caire , et s'étendaient les plaines jadis si fertiles de l'antique et populeuse Memphis ^. Le costume magniii- ([ue , l'éclat des armes , la beauté des chevatix de la cavalerie des Bcys, contrastaient singulièrement avec runiforme et l'armement sévère des bataillons français, dont le général se confond avec eux par la simplicité *. C'est Léonidas luttant avec ses Spartiates contre la fastueuse armée des Satra|>çs ^; mais il n'y eut pas de Thermopyles. Les Pyramides furent heureuses aux Français. « Soldat, s'écrie i: Bonaparte . songez que , du liaid do ces y. monuments , quarcmte siècles tous con- <t temnicnt''. •
Û\yO
20 JlILLET.
Mourad-Rey ^ appuie sa droite au Nil, vers lequel il a conslruit îi l;i li.^te un camp retranché . ;;arni dccpiarantc pièces do canon , et défeiidn par une vinj;laine de mille hommes , Janissaires et Spahis; sa tTauehe. qui se prolonj^e vers les Pyramides . comprend dix mille Mamelueks servis ciiacnn par trois rdlahs*^, et trois mille Arabes. Bonaparte dispose son armée coiunie a (Ihebreiss . mais de manière à présenter pl^s de feu aux ennemis. Desaix occupe noire droite; Vial , noire gauche ; I)uf;ua . le centre^. La rccoiuiaissance du camp retranché nous appreml que son artillerie n'est point sur alVills de campai;ne, et ne pourra sortir, non pins tpie rinranlerie qui n'oserait le faire sans canons. Aussitôt Bonaparte ordonne un mouvement de toute son armée sur sa droite, en passant hors delà portée des pièces du camp : dès lors l'artillerie et l'infanterie deviennent presipie inutiles à l'ennemi, et nous n'aurons aifaire qu'aux Mamelueks.
i\ë avec l'instinct de la guerre et doué d'un coup d'oeil pénétrant, Mourad sent (pie le succès delà journée dépend de ce mouvement, et qu'il faut l'empêcher 'a tout prix. Il part avec six 'a sept mille chevaux, et vient fondre sur la colonne du général liesaix. Attaipiée en marche, cette colonne paraît ébranlée et même en désordre un moment '^; mais les carrés se forment et reçoivent avec sang-froid la charge des Mamelueks dont la tête seule avait commencé le choc. Reynier" flanque notre gauche. Bonaparte , qui se tenait dans le carré du général Dugua , avance aussitôt sur le gros des Mamelueks et se place entre le Nil et Reynier. Les Mamelueks font des efforts inouis pour nous entamer; ils périssent foudroyés par le feu de nos carrés , comme sous les murs d'autant de forteresses. Ces remp.Trts vivants font croire à l'ennemi que nos soldats sont attachés les uns aux autres. Alors les plus braves acculent leurs chevaux contre les baïonnettes de nos grenadiers, et les renversent sur eux ; ils succombèrent tous. La niasse tourne autour de nos carrés en cherchant à pénétrer dans les intervalles; dès lors leur but est mantpié : au milieu de la mitraille et des boulets , une partie rentre dans le camp; Mourad , suivi de ses plus habiles officiers, se dirige sur Gizeh'-, et se trouve ainsi séparé de son armée. Cependant la division Bon se porte sur le camp retranché, tandis (juc le général Ranqton vole occuper une espèce de défilé entre Gizeh et le camp où règne la plus horrible confusion. La cavalerie se jette sur l'infanterie, qui. voyant la défaite des Mamelueks. s'enfuit vers la gauche d'Kmbabeh : un bon nomltre parvient à se sauver a la nage ou avec des bateaux . mais beaucoup sont précipités dans le Nil par le général \ ial. Les autres divisions françaises gagnent dn terrain; pris
entre leur feu et celui des carrés. les Mamelueks essaient de se f.iire jour, et tondient en desespérés sur la petite coloinie du général llampou ; tout leur courage échoue contre ce nouvel obstacle : ils tournent bride, mais un bataillon «le carabiniers, devant lecpiel ils sont obligés de jtasser à cinc] jkis. en fait une elfroyable boucherie ; tout le reste périt ou se noie. Mourad Bey n'emmène dans sa retraite que deux mille cinq cents Mamelueks sauvés comme lui du carnage. Le camp tles ennenïis enlevé à la baïoiuielte, les einipiante j>ièces (le canon (]ui le défendaient, «piatre cents chameaux, les vivres, les trésors, les bagages de cette noble milice d'esclaves, l'élite »le la cavalerie de l'Orient , et la possession du (laire , furent les troph('es de la victoire d'Kmbabeh. Bonaparte, tpii connaissait toute la puissance des anciens souvenirs, et aspirait sans cesse à semer sa vie de glorieuses comparaisons avec les grandes choses, voulut donner à cette brillante journée le nomdeifaiail/e des Pyramides.
— De Norvins. —
( Voyn 11' 5 mai.)
' — Village (le la nasse-Égyptc, sur la rive gauche du Nil.
2 — Les pyramides de l'Egypte forment deux groupes : au Nord sont les trois jdus grandes; ce sont celles Gizeh. La priiieipaleaUrd)Ut'e à Chi'ops, qui régnait vers le temps de la guerre de Troie, a une base de près de -oo pieds de coté, et une hauteur d'environ 6.-) pieds. Klles étaient, dit-on. destinées à la sépullure des rois.
3 — Meni])lt(.s, ancienne capitale de l'Egypte.
■* — Diction néglij;ée. On i)eut rendre la pensée de l'auteur en disant : des bataillons français, dont le chef est armé el vêtu avec la niênie simplicité.
^ — Léonidas , roi des Lacédémoniens . défendit le défilé des Tliermopyles contre rarmée innombrable de Xercés, avec 5oo hommes seulement, l'an 480 avant J.-C. ; Léonidas et ses héros y iterdirentla vie.
s — De telles allocutions sont sublimes et surtout efficaces.
7 — Moiirad-Bey, le plus intrépide des chefs mameloucks qui gouvernaient l'Egypte, lorsque Bonaparte en fit la conquête : c'était un héros digne de se mesurer avec le chef de l'armée française. Kléber. après le dépari de Bonaparte, conclut la paix avec Mourad-Bey, <|ui. juscpi'A sa mort, resta fidèlement allaclié aux Français. 11 mourut de la peste, ie 22 avril rsoi.
8 — Les Fellahs sont les indigènes ou cultivateurs égyptiens.
^ — Desaix, né près de Riora, en Auvergne, général de la répuldiqiu' française, se distingua dans l'expédition d'ÉgyiJle. Il fut tué à la bataille <ie Marengo, le ii juin isod. Le général Dufjua, né à Valeneiennes, mourut à Saint-Doniingiu; en i8n2.
'" — Un moiiicnl serait mieux placé a|)rè.s le verbe.
*^—Iieym'er, lieutenant général, né à Lausanne le 11 janvier 1771, se distingua pendant l'expédition d'Egypte, il mourut à Paris, le 27 février 1815, Agé rie 4i ans.
'* — Gizeh, ville de la Moyenne-Éuyple, surhi rive gauche du Nil, un peu au-dessus du Caire.
Observation générnle. I,<; style de cettcî narration est aninu'. harnionirux; il est r\<'nipl des petits dùlails qui poiinaii'iit iMitravcr la marche du récit, dont l'in- Icrêl se soutient jusiprà la lin.
— lOOl.— Mort flu pape yicolas ii ( GOrard de Bourgogne).
KAISON DU CHRISTIANISME.
Quf ma raiïioii se taisr , et qiie mon roptir adoro. La croix â mi'S regards rcvele un nouveau jour ; Aui pieda d'un Dieu mourant puis-je douter encore? Non : ramour m'explique l'amour.
De LiUARTlSE. —
Nous sommes en droit de placer au nombre des croyances sans lesquelles riionime ne saurait reposer ses aifeetions en Dieu , celle qui nous donne sur l'origine et la cause du mal une explication telle, que nous soyons convaincus que l'univers peut être tel qu'il est, et Dieu être en même temps plein tte miséricorde et de tendresse pour les hommes.
Mais . quand nous aurions foi dans une pareille solution de la question du mal, une autre croyance serait nécessaire pour que nous pussions maintenir nos rapports d'amour avec notre Créateur. Nous devrions être persuadés que lorsque nous l'olfensons, par suite de la fragilité de notre nature corrompue, il existe pour nous un mode expiatoire, qui nous lave de nos fautes, et nous rouvre, au prix de notre repentir, un accès certain dans les trésors de son amour. En effet, quand nous avons commis une olfense contre Dieu . nous sentons que nous avons démérité de sa bonté; le découragement peut donc s'élever dans notre cœur; nous ignorons s'il ne nous a pas retiré ses célestes miséricordes ; nous ne sommes plus certains de l'union de notre Ame avec lui ; et, pour que nous reprenions nos sublimes rapports avec cet être éternel , il faut que nous- ayons un gage toujours subsistant de son pardon.
En outre, l'union de notre âme avec lui serait impossible , si notre pensée s'égarait dans l'immensité de ses perfections»; il faut en conséquence que sa divinité s'accommode à notre faiblesse, il faut que toutes les fois ({ue notre Ame la cherche, elle la trouve sans peine, à l'aide d'ime conception déterminée, précise , (pii nous permette de suivre avec Dieu des relations dépourvues de tout vague et de toute incertitude, et assorties à notre nature^.
De plus . il est nécessaire <pio nous soyons convaincus que nous pouvons lui parler et
être entendus tle lui, lui exprimer nos vœux et croire (pi'il les exaucera, s'ils sont conformes à notre amour pour lui.
Il importe enfin que nous ayons un gage de la possibilité de notre iniion avec notre Créateiu' , et que nous soyons i>ersuadés par la foi qu'il descend dans notre Ame pour se confondre avec elle.
Telles sont les diverses croyances qui doivent accompagner dans le ca^ftr humain la conviction de l'existence de Dieu , pour que nous goiMions dans son amour la félicité complète que nous cherchons vainement ailleurs sous des formes menteuses et ^lérissables.
L'homme qui professe ces croyances trouve la puissance infinie, la science infinie, l'amour infini, l'immortalité infinie, la sagesse infinie , l'activité infinie. 11 possède ces biens complètement , et en jouit complètement, car nous avons vu que l'Ame ne possède un bien qu'en l'aimant et qu'en s'unissant avec cet objet adoré.
Or , est-il un homme qui professe toutes ces croyances? Oui , cet homme est le chrétien ^.
Le chrétien croit dans un Dieu^ possédant tous les attributs que nous avons énumérés.
Il croit dans une explication de l'origine du mal , qui , loin de diminuer à ses yeux la justice et la miséricorde célestes, fait éclater pour lui les prodiges de la clémence et de la bonté de Dieu.
Il croit dans un médiateur divin qui rachète sans cesse nos fautes par ses mérites infinis , et qui nous fait recouvrer, au prix de notre repentir, l'amour de notre Père céleste offensé par nos égarements.
Il croit dans un Dieu incarné, qui, en se revêtant de notre humanité, s'est accommodé à la faiblesse de nos esprits , et il ne s'égare plus dans l'idée infinie de la perfection qu'il adore, lui qui peut se la figurer sous une forme déterminée qui n'ôte rien à la grandeur incommensurable de l'essence divine.
Il croit dans la prière , mode de communication perpétuelle entre Dieu et lui , entretien doux et sublime de la créature avec le Créateur , lien facile et sacré entre l'Ame de l'homme et l'esprit de Dieu, garantie de notre union avec cet être tout-puissant , qui nous écoute et nous répond à chaque heure de notre existence mortelle.
Enfin il croit dans un sacrement institué par Dieu même, qui hii donne un gage de la visite que ce Dieu peut faire dans son Ame, et qui lui interdit de douter que Dieu descende réellement et en vérité dans le cœur de l'homme pour se confondre avec sa créature.
L'homme, par cela seul qu'il est chrétien, atteint donc sur la terre à un bonheur réel et
il JLILLKT.
complot. Nous devons ajouter qu'il touche eu nii^uii' temps à une sajjesse vraie et aelievée, ear il ne peut se rassasier île ce bonheur que dans son union avec la vukuité (U> son Dieu; or celle union se rëalis- par l'ohéissanee perpétuelle de son .1iue à toutes les lois de l'èlre qu'il adore.
Ainsi un vrai chrclicn sera nécessairement le |)lus heureux et h' plus saf^e des hommes . aussi loih^tcmps qu'il ne se reneoiilri ra j>as une autre loi qui puisse renqiiir aussi com]»lttemt-nt ipic le ehrisliauismc toutes h-s eouditions sans lesquelles l'amour divin ne saurait Iirûlerdans le cœur de Tlionnue. Jus(|u'à présent il n'a apjiartenu (pi'à cette reli|ifion de concilier l'existenee du mal avec la !)onléde Dieu , d'enseij;nerledog:me d'ime rédemption et il'instiluer un sacrement dans le<pu»l l'àine consomme l'unité qu'elle cherche avec l'être infini. Le chrétien seul a donc trouvé à satisfaire complètement tous les instincts qui pressent la nature humaine^.
— E. Alletz. —
( Voyez \e 6 muiï.)
■ — Car comment les facultés finies de l'Iiomme pourraient-elles embrasser les atlribus infinis de l»ieu?
^ — Lp culte et les cén^monies religieuses, qui déterminent et précisent ces relations, sont clone une iiéeessilé de la nalnre humaine, qni. par son essence, i st finie et n'embrasse que le fini. On a lorl (le ilire que c'est rai)etisser Dieu que de le renfermer dans lenceinle des temples, que de ré{!,Ier le temps, le lieu et la forme du culte : l'esprit humain ne comprend que ce <pii est limité comme lui. et Dieu n'a pu se révéler à l'homme qu'en se faisant homme lui-même.
•" — Il fallait ici : et cet homme est le chrétien.
* — L'expression croire daus, fréquemment employée par l'auteur de cet extrait, n'est point < lurccte : on croit à. on croit e/j, on croit quelque ( hose ; mais on ne croit pas dans.
^ — Il n'est peut être pas fort exact de dire des instincts *\\ï' ils pressent la nature liuniaino; le innl presser, même employé fij;urément impliipie l'idée d'ajîents extérieurs, tandis (|ue les instincts sont au dedans de nous, et intimement liés à la nature humaine.
oliservation gôni'rnlc. Dans cette analyse du clirisli.mismc, l'aiileni' comrnenre pai- <'iiurnt rcr les conditions iieces!«aires à une reii(;ii)ii pour «in'i'Mo soit vraie; I>.'ir ditcrminer les hesoins qu'elle dciit satisfaiie et le liiit qirijli; doit atti-iii<lre ; puis ap|ilii|ii.'int la mélliode- < rnpiriqiie à la métliode spécidativr-. il montre que I.' rhrislianisme seul atteint ce but. satisfait ces hesoins, remplit ces conditions. M. K. Alletrestiin de nos moralistes les plus reli);ieux; ce morceau, .iiissi reinarqiialile par leslylf que jiar la justesse ( t l'eiicliainenteiit des pensées, tait lioniieur à son talent et à «on caractère.
2i2 JUILLET.
IS32. — l.edncde Relchstaitt, flis ile ?(apolCoii , inciirl au clidlcau ileScba'iibrunii.
LA nSOKT SU DUC OE REICHSTADT.
Tuusdeui sont morU. — .Sfignfur, vulrc tlroile ckl Ifriililr, \'oiis ovrx cominriic^ par le innilrr iiivinciblv .
Par riiuniiiH' lri<>iii|ili.iill; Puis Tou» avrx enfin -conipU-tr l'n.s'i'i.iirr. Dix uns vous ont suffi pour filrr If &uairo
Du piTp el lie l'rnfant ; — VicToa lli oo. —
Le prince s'alfaililissnit visililcnu-nt , et son états'ajjjjravait chaipiejour. (Jiilc transportait |)arfois dans une enceinte partieulière (les jardins de Seha'nltrUnn '; souvent ou le iihu'ait sur le balcon saillant de son ajipartemeiit. afin (pi'il pût chercher cet air ipie n'as|)irait plus qu'avec eifort sa poitrine déchirée. iJientot, il tut impossible de l'ôter de son lit. Il était dans cette lluctualiond'esi)oir et dedecouiagenieut, synqjtùme caractéristitpu: de sa maladie; mais, quand il nous parlait de sa mort prochaine, c'était avec la fermeté impassible d'un brave*.
Le 21 juillet, dans la matinée, ses souffrances deviin-ent si poignantes ^ , il éprouva de telles angoisses, que, pour la iiremière fois, il avoua à son médecin qu'il souffrait. Alors il manifesta un profond dégoiit de la vie. Ouand donc se terminera ma pénible existence , disait-il au milieu des tourments d'une fièvre dévorante. Dans cet instant méme31arie- Louise entrait : il eut la force de commander à son Ame; avec un calme apparent, il répondit h ses demandes crainli>es, qu'il était bien ; il chercha même à la rassurer sur son sort. Pendant le reste du jour , (|Uoi(pie ses soulfrauces n'eussent pas diminué , il prit part à ce qu'on disait autour de lui, et parla j)lusieurs fois , avec satisfaction , du voyage qu'il devait faire en automne.
Le soir, le docteur Malfatti nous annonça qu'il y avait tout à redouter i»oin' la nuit suivante. Le baron de Moll ne tjuitta pas la chambre du Prince, mais à son insu; car il ne pouvait pas supporter la pensée que quelqu'un restât de nuit atipirs de lui. Pendant quehitie tenqis , il parut s'assoupir; vers trois heures et demie, il se leva tout à coup sur son séant, el s'écria: «Je succombe!... Je succondie !.,. '» Le baron de Moll et son valet de chandire le prirent dans leurs bras , cherchant à le calmer, u Ma mère !... Ma mère!... » s'ëcria-t-il. Ce fin-ent ses dernières paroles... Ls])érant d'abord que c'était nue faiblesse passagère, le baron de Moll hésitait encore à aller avertir l'archiduchesse; cependant, quand il vit les traits du Prince se fixer ■* et prendre un caractère de mort, il le confia au valet de chambre, et courut avertir la grande maîtresse de Mari(;-Louise et rareliiditc Fran-
çois , ;i (nii le Prince avait demande do l'assister dans ses derniers nionients. Tous ae- «oiirurent éperdus. 3Iarie-Luuise s'ctail eru la force «le rester debout près de son (ils expirant ; elle lonilia îi (genoux à cAté de son lit. Le duc de Ueiclistatlt ne pouvait plus jiarler : ses yeux éteints, se fixant sur sa nièir, chereliaient à lui exprimer les sentiments (pie sa liourhe n'avait plus la faculté d'articuler'^ ... Alors, le prélat qui l'assistait lui montra le ciel ; il leva les yeux ])our repondre à sa \)cnsee... A cin(( heures huit miiuites, il s'éteip,nit sans convulsions, dans cette même chambre qu'avait occupée Napoléon triomphant ; à cette même place où, i)our la dernière fois, dictant la [)aix en concpiérant, il s'endormait dans toutes les illusions de la victoire et de ses triomphés, se promettant un glorieux hymen et l'éternité de sa dynastie... Celait le 22 juillet; anniversaire de l'acte qui avait donné an duc de lleichstadt son dei*nier nom et son dernier titre; anniversaire du jour où le jeune prince apprit à Schœnbrllnn la mort (le Napoléon !
— ^I. DE MONTBEl. —
MO.VTtEL {Guillaume-Isidore, baroinîe),
Ancien membre du ministère de Charles x, naquit à Toulouse, en i7S6. d'une famille trùs-considérée. Après la seconde restauration, il fut appelé à des fonctions municipales, et, lors(pie M. de yUlcle, son ami parlioulier, cessa d'être maire de Toulouse, jM. de Montbel fut désigné pour lui succt der. En i827. il fut élu député par le collège de Toulouse, dont il ètnil président. le s août 1829. Lors de la formation du ministère Polignac , M. de Monlbel fut ajjpelè à Paris par sa promotion au ministère de rinstruction publique et des affaires ecclésiastiques. Le is nnvend)re, il passa au ministère de l'intérieur ; il eût. dit-on, préféré retourner û Toulouse re|)renilre ses modestes fonctions municipales; u;ais il crut devoir obéir à la volonté expresse de Cli srles x. Enfin arriva le moment fatal des ordonnances. Drms le mémoire qu'il a adressé i'i la chambre des pairs . il déclare que c'est avec conviction ou connaissance de cause, et non par condescendance pour la volonté de Charles x, <pril lui doniia le conseil de recourir à des mesures extraordinaires. Aux journées de Juillet, le Roi auintéié obligé d'ajjaiidonner Saiiil-Cloud. vi. de /Mon/bel le suivit jusqu'à Knmt)0uillcl ; de là il revint secrètement à l'aris d'où il partit pour Vienne, en Autriche, où il est encore aujourd'hui. Il a publié 1» une Profestatioii contre la procédure instruite contre lui devant les Pairs convoqués en cour de justice, et un 7-S.rposc de sa conduite avant et pendant les érénenicnts de Juillet isôo ; 2° Le duc de /îcichsiadt, un vol. in-8", qui avait paru en partie dcius le Dictionnaire de la Conrersation.
' — Beau château de plaisance delà iVIaison d'Autriche, ù une lieue S.-O. de Vienne.
' — La bravoure est une qualité militaire qui ne se déploie (pi'en pré.sence du i)éril des
combats; hors de l.i un homme peut montrer du courufje.mnisi] ne saurait montrer delà è/o 10?/ re. D'ailleurs /'ernidé impassible d'un brarc présente une alliance de mots vicieuse : il fall:iit dire d'un s.'oïcien.
3 — Poignant se dit d'une impression intétérieurc, permnnente et vive, d'une souffrance morale, d'une peine de l'espril, m;iis non d'une douleur corporelle : aiguës serait le mot pro|)ie.
< — Se fixer, \>ouv devenir ji.ve, i/miiobile, est une acception nouvelle (pii ne me parait pas blâmable.
^ — u-1rticuler, qui convient ici mieux qu'ei'primer, peint la difficulté de renonciation.
Observation générale. C,e itih\c;in dos dornlors moments d'nn prince infortuné offrait de lui-même no inférétqiii rendait facile la tàebe di- l'écrivain, l.e stylo est simple; mais la diction déoùli- par intervalles une liliime peu exercée.
— 1749. — Publication île Vlllstoire naturelle de Buffon.