‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 191 sur 370 · LE MAKECHAL DE BIRON · texte numérisé non relu

LE MAKECHAL DE BIRON

A SES JUCF.S.

I.t f:til>lrsAr pour mcMe a IVxIrcmf inOtilgrnrr , tl rcxlrcinc justice est prosqiir la vrngrance,

— CasIMIK DelIVIC!*!!. —

Je vous ai rétablis, Messieurs , sur les fleurs de lis ' d'où les saturnales de la Ligue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de vous aujourd'hui, n'a veine ^ qui n'ait saigné pour vous. Cette main , (jui a écrit ces lettres produites contre moi, a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivait...

Il est vrai, j'ai écrit, j'ai pensé, j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne «levais faire. Mais où est la loi «pii iniiiit «le mort la légèreté de la langue et le mouvement «le la pensée? \e pouvais-je pas desservir le Roi en Angleterre et en Suisse? cei)endanl j'ai été irrë- |irochable «laiis ces deux ambassades ; et , si vous consiilérez avec «piel cortège je suis venu, dans quel état j'ai laissé les places de Bourgogne, vous r«'«omiailrcz la confiance d'un homnte qui compte sur la parole de son

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roi '; et la fidélité d'un sujet, bien éloigné de se rendre souverain dans son gouvernement *...

J'ai voulu mal faire; mais ma volonté n'a point passé les bornes d'une première pensée, enveloppée dans les nuages de la colère et du dépit, et ce serait chose bien dure, que l'on commençât par moi à punir les pensées. La reine d'Angleterre m'a dit que, si le comte d'Lssex eiU demande pardon, il l'aurait obtenu *; je le demande aujourd'hui : le comte d'Essex était coupable, et moi , je suis innocent.

Est-il possible cpie le Roi ait oublié mes services? Ne se souvient-il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois, couvert de feu et de plomb , courir tant de hasards , pour donner ou pourrecevoir la mort? Le cruel! il ne m'a jamais aimé que tant qu'il a cru queje lui étais nécessaire. Il éteint le Hamijeau en mon sang, après qu'il s'en est servi. Moii pèrca souffert la mort pour lui meltre la couronne sur la tète ^ ; j'ai reçu quarante blessures pour la maintenir; et , pour récompense , il m'abat la tète des épaules '. C'est à vous , Messieurs, d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne , et de lui conserver un serviteur, à l'Etat un bon guerrier, et au roi d'Espagne un grand ennemi ».

— Mezehvy. —

(Voyez, le 10 jiiillel.)

* — Les sièges sur lesquels se plaçaient autrefois les magistrats et même les simples éclieviiis des villes étaieiil orn(''S de fleiiis de Ils ; d'où l'on disait siéger sur les fleurs de lis pour l'ei/iplir une fonction judiciaire.

^ — La suppression de l'adjectif déterminatif (article) donne ici plus de force à l'expression.

* — H est démontré jus(}u'à l'évidence, par les actes mêmes du procès, qu'Henri iv lui avait pardonné pendant son séjour A Lyon, à la suite d'un entretien qu'ils eurent ensemble.

* — De chercher à se rendre, exprimerait mieux la pensée.

* — Robert Derereiix, comte d'Essex, favori de la reine Elisabeth, na(|uit à ?yelher\vood, en i567. Se voyant à la veille de i)er(lre les bonnes grâces de cette princesse, il chercha à se faire des ])arHsans dans tontes les classes de citoyens, et entretint des liaisons secrètes avei! Jacques, roi d'Ecosse, héritier présomptif de la Ik-ine. Il se préparait â s'emparer|>ar la forcedu palais d'Elisabeth, lorsque ses projets furent découverts. Traduit devant une cour comjiosée de vingt-cin(| pairs, il fut condamné à être décapité. L'exécution eut lieu le » février leoi. (^e sujet a heureusement inspiré Thomas Corneille.

* — ylrmand de Gonlaut. père de Biron, fut tué ausiéffed'Épernay. enChampagne, le 26 juillet 1592.

J — Un goût sévère blàmeraitaiijnurd'hui comme triviale et commune celle expression, forte cependant, et alors usitée.

^ — Philippe m, né en 157R. et mort en imi d'une maladie lente, dont le terme fut hâté par une circonstance fort singulière. Étant au conseil, il se

sentit incommodé par la vap-iir d'iui brasier; ou s'eiii|iiessa de chercher l'oHicier de la chambre chargé du service de ces foyers mobiles, encore en usage aujourd'hui en Espagne; mais personne ne s'avisa de le remplacei' dans les soins de son attribution, et le maliieiireux roi fut victime de cet absurde respect pour l'étiquelle.

Observation générale. Discours |)lein d'une éloquence pathétique, i/orateura sa vie à déteinlre. ses auditeurs sont ses juftes , et l'échafaiid attend l'accusé, qu'il ait bien ou mal plaidé sa cause, .\ussi la voix de Kiroii a-l-elle (|uel<|ne chose de grave et de prolondément triste dans ce moment solennel. Il parle comme devait parler le compatjnoii d'armes de Henri iv ; il en apiiclleau passé contre le présent, à ses actions contre ses pensées et ses i)aro!es; il cherche à attendrir se» juges par le souvenir de sa gloire et de ses services; il se plaint de l'ingratitude du Koi et iuvo<|ue la justice de ceux ((ui sont résolus à l'envoyer à la mort.

\.d mort de tiiron est une page hoateuse de la vie d'Henri iv. Il avait été entraîné dans la c«)nspiration des rois d'Kspagne et de Sardaigne contre le roi de France, ou plutôt il avait promis d'appuyer les prétentions de l'iispagne dans le cas de vacance du trône , si Henri mourait sans postérité; mais il avait abjuré son erreur depuis la naissance du Dauphin. L ne de ses lettres , produite au procès et adressée au traître Lalfin , son délateur, avant son voyage à Lyon, suffisait pour son entière justilication. H y avait' eu de la part de Uiron tentative de crime, mais l'exécution avait été suspendue par une circonstance dépendante de la volonté de l'accusé : il n'était donc point coupable. Les cent douze jugesde Riron l'ont condamné, parce que, suivant eux. il y avait absolution de /"a/f. mais non pas absolution de droit.

Le discouis que lui prête ici Mezeray se trouve en partie dans les ré[)onses qu'il tit à ses juges ; mais elles sont devenues, sous la plume de l'historien, une des plus belles pages qu'on ait écrites en aucune langue.

biron fut exécuté à la Bastille, le 51 juillet leoi. Il croyait aux prédictions. Pendant le cours du procès , il demanda de quel pays était le bourreau ; on lui ré- ])ondit qu'il était bourguignon : «Je suis perdu, s'écria-t-il ; on m'a prédit (lue. si je pouvais éviter par derrière le coup d'un Bourguignon , je serais roi ! »

— n'I. — Mort de (irar , poëte anglal.«, auteur U'uiif élégie intitulée le Cimetière de Campagne.

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