LE CIMETIÈRE DE CAMPAGNE
Arrêtons-nous ici : J'apcrrois sur la terre D'agresles monuments t.Tpi.s.s{'S de bruyère ; I.e sombre sycomore et le triste cyprès (Couvrent ce lieu sacré de leurs d«>mes épais.
— Dcs.iHLCHO» . —
11 est placé au bas d'une colline et sur le bord de la grande route; une haie vive, qui s'élève autour de son enceinte , ne l'empêche pas d'être aperçu des voyageurs; un gazon toujours vert recouvre la plupart des cercueils; la terre, fraîchement remuée , marque la place des tombes nouvelles. Sur chacune de ces tombes on aperçoit une croix de bois, monument simple et champêtre, auquel l'amitié en deuil suspend (piclques guirlandes de fleurs des champs , dans la belle saison '.
ôl JLILLKT.
Vous n'y trouveriez pas iVépitaphes comme J tlaiis les cimetières des villes (car les épilaphes aniioiieeiU déjà la civilisation), encore moins ces fij^uros île marbre qui parent le deuil des tombeaux , et que les luunmes des grandes cites semblent avoir chargées de pleurer pour eux. Un ne voit dans tout le cimetière qu'une seule inscription : ce sont les paroles de Kieu bii-niéni(> qui console un père qui laissait, en mourant, son épouse et ses fils dans l'indigeuce.
< Laisse-moi tes enfants, je prendrai soin de leurs jours; et que la veuve place en moi sa confiance. »
(les paroles, tirées de Jérémie, et prononcées par le défunt à sa dernière heure, ont été écrites en gros caractères sur une planche de bois de hêtre ; elles seront bientôt elfacées; mais tout le villa^fe en gardera longtemps le souvenir.
— He JOIY. —
(Vo)ei le 4 avril.)
' — La construction suivante serait phis lieureusc : L'amitié en deuil suspend, dans la belle saison, quelques guirlandes de fleurs des champs.
Obsertatinu générale. Talilcau moral, loucliant et «fiin !>tyle simple cl naturel , en tiarmonie avec le sujet.
— 1784. — Mort de Diderot, philosophe du 18» .siècle.
didekot' .
. . . Ils ont l'an dp détruire (I) . MatK ils il'éU'venI rien , et ce n'est pas instruire. Quels fruits attendcz-vouï de leurs vains arguments ? Je n'en prévois que trop les effets aflligcanls.
PàLlSSOT.
La faculté iihilosophique du siècle avait besoin, pour s'individualiser en un génie, d'une tète à conception plus patiente et plus sérieuse que Voltaire, d'un cerveau moins étroit, et moins eftilé (|ue Condillac; il lui fallait plus d'abondance, de source vive et d'élévation solide que dans BufFon 2, plus d'ampleur et de décision fervente que chez d'Alembert , une sympathie enthousiaste pour les sciences , l'industrie et les arts , (jue Rousseau n'avait pas. Diderot fut cet lionnne ; Diderot, riche et fertile nature, ouverte à tous les germes . et les fécondant en son sein, les transformant prestpic au has.ird par une force spontanée et confuse'; moule vaste et bouillonnant, où tout se fond, où tout se broie, où tout fermente; cajiacite la plus encyclopédique (jiii fût alors, mais cai»acilé active,
(I) Les phlloftophca.
de\orante à la fois et vivifiante, animant . embrasant tout ce qui y tombe, et le renvoyant au ilehors dans des torrents de tlamme et aussi de fumée; Diderot, passant d'une machine à bas, »pi'il démonte et décrit, aux creusets «le d'Holbach et de llouelle, aux considérations de Hordeu * ; dissetpiant. s'il le veut, l'homme et ses sens aussi dextrement ipie Condillac; dédoublant le fil de cheveu le plus ténu sans tpi'il se brise; puis, tout d'un coup, rentrant au sein de l'être, de l'espace , de la nature, et taillant en plein dans la grande géométrie métaphysitpie (piebpu'S larges liimbeaux , qiu'bpies pages sublimes et lumineuses que Malebranche ou Leibnitz ^ auraient pu signer avec orgueil s'ils n'eussent été chrétiens; esprit d'intelligence, de hardiesse et de conjectures, alternant du fait à 1 la rêverie, flottant de la majesté au cynisme, I bon jusque dans son désordre , un peu mystiipie dans son incrédulité, et ampiel il n'a mampié , connue à son siècle , pour avoir riiarinonie, (pi'nn rayon divin, \n\ fiât lux , une idée régulatrice, un Dieu. Tel devait être, au dix-huitième siècle, l'homme fait pour présidera l'atelier philosophique, le chef du camp indisl'i|)li!)e des penseurs, celui qui avait puissance pour les organiser en volontaires, les rallier librement, les exalter par son entrain chaleureux, dans la conspiration contre l'ordre encore subsistant. Entre Voltaire, Bulfon, Rousseau et d'Holbach, entre les chimistes et les beaux- esprits, entre les géomètres , les mécaniciens et les littérateurs, entre ces derniers et les artistes, sculpteurs ou peintres , entre les défenseurs du goût ancien et les novateurs comme Sedaine •>, Diderot fut un lien. C'était lui qui les comprenait le mieux tous ensemble et chacun isolément, qui les appréciait de meilleure grilce, et les portait le plus complaisamment dans son cœur; qui, avec le moins de personnalité et de quant à soi , se transportait le plus volontiers de l'un à l'autre. Il était donc bien propre à être le centre mobile , le pivot du tourbillon; à mener la ligue h l'attacpie avec concert, inspiration et quebpie chose de tumultueux et de grandiose dans l'allure. La tète hante et un peu chauve, le front vaste, les tempes découvertes, l'œil en feu ou huniidt! d'une grosse larme, le cou nu et, comme il l'a dit. déhraillô , le dos bon et rojid, les bras tendus vers l'avenir ; mélange de grandeur et de trivialité, «l'emphase et de naturel, d'emportement fougueux et d'humaine sympathie; tel «pi'il était, et non tel «pie l'avaient g.1té Falconet et Vanloo ^ , je me le figure dans le mouvement théorique du siècle, précédant dignement ces hommes d'action (|ui ont avec lui un air de famille, ces «•lieis d'un ascendant sans morgue , d'un héroïsme souillé d'impur , glorieux malgré letns
ôl JUILLET.
vices, gigantesques dans !;i niôléc, au fond lueilleurs que leur vie : Miralteau , Danton , klébcr'* !
— Sai>te-Belve.—