‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 205 sur 370 · DANS LA MER GLACIALE DU SUD · texte numérisé non relu

DANS LA MER GLACIALE DU SUD

I/iimlc aux vaissraux surpris n'offrp que (iM rocliris , Et Ir froid m statue n ciiang^ les ilucliers. — Delili.b. —

Cook bravait des dangers inconnus à l'au-

lu AOL T.

dace liuni;ùnt\ L'hiver ni/'ine ne |iouvait enchaiiier sa rapiilité; e'elait ilejà eciii(|iiérir le temps •'. L'imajîiiialioii ne se re|neseiile pas sans elfroi (pielt|iies niorlels lénieraires eiilaniant les glaces (In pôle anslral el s"<Mit\riiiaiil dans les frani',es de eelte innnense eonp(»le'>. Tout à eou|» rein[»ire des iiivers lenr dteonvic sa p:)le nnclite. denil de la natnre. et londiean «le la végétal icin. l/eponvantalde era(]nenient des places . les eanx jaillissant de lenis .infraetnosités, des tonis. des jtyrainides, des monts entiers rotdanls snr leurs hases sul»niergées, tons les monstres de la mer gravissant * a grands eris siu" ces énormes excroissances de l'Océan congelé, le feu des volcans déchirant ces masses (|u'il ne peut écliauli'er, dunuenl à cette scène de mort une activité terrible; et cependant le démon des orages, jetant ses bras d.uis les cieux. en fait deseendi'o les frimas et les neiges, et. de ses [)ieds turbulents *, presse les courants impétueux et chasse au loin les éeneils mobiles. Ou( bpiefois. ouvrant sur ce chaos son bel tiuil de saphir, l'aurore australe y l'orme le plus ravissant de tous les granils contrastes de la nature s.

Sans doute au milieu de ces elfroyaldos décombres, un Diiu veille sur le frêle asile de Cook, imprègne de frimas, hérissé île glaçons, et bien moins sendilable à un vaisseau qu'à une fragile congélation. Attachés à ses réseaux traus[»arenls.(pielqnes mortels retiennent à peine la chaleur nécessaire à la vie. L'air qu'ils respirent est déchirant; leur haleine se durcit, leurs vêtements se raidissent, et leurs maius teignent de sang les agrès dentelés. Cook imperturbable , sans impatience et sans terreur, condiine ses forces, tente tons les passages, poin-snit une nature inconnu*', interroge un ciel d'airain ^, et renqdil sa mission. One dis-je? son audace change les dangers en ressources ; il aborde tièrem<iit bs pics flottanisde la mer. et ces concrélionsd'nn li(|uide saum;Ure se fondent dans ses mains en eau douce el salutaire''. On jouit tlu bienfait sans concevoir le prodige. Ainsi le peuple épuisé du désert vit, avec reconnaissance, jaillir une source du rocher amolli sous bs coups du j»rophète "i.

— P. I-. I,»;momey. —

LLMi)M b^ { l'ierrc-Eilotturil ,

ISaqml ri Lyon, en i762. D(>s sa jeunesse, il siii\if »{;,T|pmenl la earriên' du l»arn'aii et celle îles I,<( Ires. r.|i;irf;é (!<■ la ij^daclioii ilii ealiici' île r\.^iiii l)lt'-c ••liMtorak-de l.ynw c.ilra munis. \\ liil. <|imI <|iii- leinps après, noninii'- iI('-|mU«^ ihi KIm'iik-, a la premirre nsscmblip |éi;islali\f. Kn ihui, il oiiliiil la pln«e de ehff rl<- la « niiiinissiifii ponr la (riisiiir «les pi«ei-.s dt- lli<'à(rc. foin linns «in'il niii|tlil jii:;iju'A ré|)0<|iie dr .s;i iniirt . le v? juin i)>2i.. l'.n isii. Napoléon l'avait décoré de la «toI-x de la Li'-gion

U AOIT.

d'honneur, et ;■« isia l'Académie française lui avait ouvert ses portes.

M. Lviiionln n public de nombreux «Vrils qui, de son vivant, ont été {;énéraleinenl accueillis avec faveur. 1-a manière <le cet écrivain n'est pas exemple de reclierelie . soi! j'i cause du ( lioix des sii|els, soit par la nature même de son style. V\usieiiis de ses compositions ont déjà un caractère suranné qui leur est |ieu fa\oial>le.

l-es i)rineipaH\ ouvrages de M. Leinontey sont, selon leur ordre chroiiologicpie : 1° l'aima ou le /'oya(/i' en <!rcce, opéra «pii obtint qiiebpu-s succès; 2" naisD/i, Folie, ehavun son mol. />etit loiirsdi- morale mis à la parlée des ri'cii.v en- I fatils, ouvrage satirique, en |)|iisieurs opiisciibîs, où il sijïiiale avec esprit les ridicules de répo<|ue; 5" Les Uhserrulcurs tleJa femme. inéiani;e lieureiiv de gaité et de philosopiiie; A" La famille du Jura, ou irons-nous à Paris? roman ipii parut à l'occasion du eouroiuiemeiil de iNnpoléoii. el ipii eut un succès de cireonslance; o" l'hibault, ou la -Naissance d'un comte de Cliampaiine , i»oeme liéroï-comi(]ne, en pr(»se et en vers, oomi»osé pour eéléhier la naissance i\u roi de Home; f." /Jssai sur l'Établissement monarchique de Louis xiv; 7" Les bons JCff'els de la caisse d'éparqne et de ))rérorance ou les trois f isiles de AI. Bruno, petit éeril Irès-ingénieux. qui a beaucoup favori.se j'établissem'ent des caisses de prévoyance; s" De ht Peste de Marseille et de la Provence, peiida'il les années i7io et 1721. extrait d'un grand ouvrage inédit; y" Elude littéraire sur la partie historique du roman de Paul et lirqinie; 10" des l»iscoiirs sur divers sujets, des articles dans des journaux, etc.. etc. Il a laissé en maïuiscrils une Histoire critique de France.

On a .souvent jjlosé sur les travers de M. Levionley. Le .seul que nous signalerons ici est le contraste remar(|ual)le <|ui existait entre la hardiesse de ses écrits et sa timidité dans les habitudes de la vie. Le succès de (|uelipies-uns de ses ouvrages el l'espèce d'effroi qu'il en ressentait l'a fait comparer ù nu canon ipii recule après avoir fait l'eu.

' — Jacques Cook, célèbre navigateur, né on 172S, d'un simple journalier, fi Marton. village du (luclié d'Yoïik. en .\n;ileterre. Il fut d'abord employé aux mines de charbon, el, en 17...'.. il servit en (pialilé de simjde malelol. .Son avancement devint rapide : il pai'\inlde grade en grade à celui de capitaine. Cet illustre marin, donl les voyages sont assez connus, fut massaeié. le i4 février 1799, dans l'ib; d'O-Taïli. la pins grande de r.Vrchipel de la .Société, (l;uis roeé.iiiie . p.ir les insulaires (|ui l'avaient d'abord favorahlemenl accueilli.

2 — C'est conquérir le tem/is. cpie consacrer, pour voyager, une .saison pendani laipielle on s'était ju.sipie l;i abstenu de le l'aire. ^éanmlMns. celle lo cul ion présente de l'affeclalion. et a peu de cl.ulé.

^--Oiioiipie l'raïuje. \enanl du voilie latin //vn/ ,7*?/e, briser, signifie ét\ incdonicpieinenl (/éc//// »/e, nnfractuosité, la ligure employée ici par l'auleinest forcée el peu intelligible.

* Ici les i>arlieipes pré.senis, employés adjeetiveinent, foiilimage. (Voyez ma grammaire, 11"' 57.> à :•«.->.)

•'' -- Cette expression n'est pas lienreuse ; l'csinil d'ailleurs ne saisit pas f.ieilemeni celle iinai;e.

^ — Toute cette description, plus ()ue poéli(|iii', présente une accumulation d'image* fatigante.

^JSI

Celte proPiislon do niélapliorcs est aujourd'hui rei;;iidée avci- r;iisoii coiiiiiic un drf.iul d<' slv le.

^ — Le elioix ilc celle é|ij|liele</Vr//«/// n'est |t;is facile A JiisliHer. I.e i iel ( si d'oiruin dans la zone liiriide. dans nn cliuial hrùlant, mais Jamais dans une conlr; <■ itlaciale.

*> — l,"anle:ii' venl dire (|ne, par un procédé (pril s'ahstient dedéirire. le capitaine Cool, clianj;eail en eau douce l'eau jrlacie de la nier; mais c'''sl un anachninisnie : ce moyen n'a été découvert ipie depuis, et l'on n'en a encore retiré que très-peu tl'avanlaiîes, vu les diHiciiltés qu'il présente.

y — Belle comparaison.

Oliserrntinn (/éiirrn/c. 'M;dt;ré l'aliiis de la métapliorc , celle description prcseiile de riiitérùt ; le style en esl pitloi'uscpio el assez harmonieux. Ouelipies helles images font excuser ce qu'il peut y avoir de hasardé.

- 1744.— Naufrage du vaUseau le Saiut-Oera7i , sur les récifs qui sont au large de l'île d'Ambre, prés de l'Ilede-France, et oi"! pOrit yirginie, liéroinc de l'adiiiiralilc roDiaii de Bernardin de Sainl-rierrc.

L'AMI DE PAUL < IIKRCUH A LE CONSOLER Dr LA PERTE DE VIRCIME.

Dr cel amour si pur qui n'a plaint les malheurs ? Gloire au talent ilivin consacré par des pleurs! — Casimir DEL.vviG>t. —

<i Mon fils , Dieu ilonne à la vcrlti tous les événements de la vie à supporler , pour faire voir (piVlle seule peut en faire usage, et y trouver du bonli(;ur et de la gloire. Quand il lui réserve une réputation illustre, il l'élève sur un grand théâtre et la met aux prises avec la Mort; alors son courage seit tl'exemple, et le souvenir de ses malheurs reçoit h jamais un tribut de larmes de la postérité. Voilà le monument immortel qui lui est réservé sur une terre où tout passe, et où la mémoire mémo (le la plupart tics rois esl bientôt ensevelie dans un éternel otibli.

• Mais \ irginie existe encore. Mon lîls, \oyez (pie tout change sur la terre, et tpie rien ne s'y perd'. Aucun art humain ncpoiirrait anéantir la jilus petite particule de mali('re^; et ce (pii fut raisonnable, sensible, nimanl. vertueux, religieux, aurait péri, lorsque les éléments, (huit il était revêtu, sont indestructibles! Ah! si Virginie a été heureuse avec nous . elle l'est maintenant bien davantage. Il y a un Dieu, mon lils; toiilc; la nature l'aiinoiice ; je n'ai pas besoin de vous le prouver. Il n'y a (pio la méchanceté des hommes «pii leur fasse nier une Justice (|u'ils craignent. Son scntinieiit esl dans votre ctiiiir, ainsi (pu; ses ouvrages sont sous vos yeux, ('royez-voiis donc tpril laisse Virginie sans recompcnsi!? Croyezvous (pie celle même puissance, qui avait revêtu cette âme si nolile d'une forme si belle, où

vous sentiez un art divin, n'aurait pu la tirer des Hols? (pie celui (pii a arrange le bonheur actuel des hommes i»ar des lois ipie vous no connaisse/ pas, ne puisse en préparer un autre à Virginie par des lois «pii vous sont également inconnues? Quand nous étions dans \i' néant , si nous eussions elé capables de j)cnser, aurions-nous pu nous former une itlée de notre existence.' et maintenant (juc nous sommes dans cette existence ténébreuse et fiigilive-*, pouvons-nous prévoir ce cpi'il y a au ilelà de la mort, par où nous en devons sortir? Dieu a-t-il besoin, comme l'homine , du i)etit globe de notre terre, pour servir de théâtre à son intelligence et à sa bonté? et n'a-t-il pu proi)ager la vie humaine que dans les champs de la morl^? Il n'y a pas dans l'Océan une seule goutte d'eau qui ne soit pleine d'êtres vivants qui ne ressortissent à nous^; et il n'existerait rien pour nous parmi tant d'astres qui roulent sur nos têtes! Quoi! il n'y aurait d'intelligence suprême et de bonté divine, précisémenl que là où nous sommes ! et, dans ces globes rayonnants et innombrables, dans ces champs inlinis de lumière qui les environnent , que ni les orages , ni les nuits n'obscurcissent jamais, il n'y aurait tpi'un espace vain et un néant éternel^! Si nous , qui ne nous somiues rien donné , osions assigner des bornes à la puissance de laquelle nous avons tout rec:u, nous pourrions croire que nous sommes ici sur les limites de son empire, où la vie se débat avec la mort, et l'innocence avec la tyrannie !

<; vSans doute , il est quelque part un lieu où la vertu ref;oit sa réconijfense. Virginie maintenant est heureuse. Ah! si du séjour des anges elle pouvait se communiquera vous^, elle vous dirait, comme dans ses adieux : «; 0 Paul ! la vie n'est qu'une épreuve. J'ai été trouvée fidèle aux lois de la nature , de l'amour et de la vertu. J'ai traversé les mers pour obéir à mes parents; j'ai renoncé aux richesses pour conserver ma foi; et j'ai mieux aime perdre la vie que de violer la pudeur. Le Ciel a trouvé ma carrière suffisamment remplie. J'ai échappé pour toujours à la pauvreté, à la calomnie, aux tempêtes, au spectacle des douleurs d'aulrui*'. Aucun des maux qui effraient les hommes ne peut plus désormais m'atteindrc; et vous me plaignez! Je suis pure et inalléralde connue une parlicule dt! lumière; et vous me rappelez dans la nuit de la vie^! 0 l'.iul ! (') mon ami ! souviens-toi de ces jours de bonheur où, dès le matin, nous goûtions la volupt(' des cicnx , se levant avec le soleil sur les |)itoiis de ces rochers , cl se répandant avec ses rayons au sein de nos forêts.

«iNoiis eproiivitms un ravissement dont nous ne pouvions com|ircndrc la cause. Dans no.'v souhaits innoccnls, nous désiritms être tout vue. pour jouir des riches couleurs de l'an

2Si

rore; tout oilorat, pour sentir les parfums dt' nos plantes; tout ouio. pour ontentlro les concerts île nos oiseaux ; tout eirur, pour reconnaître ces bienfaits "^' . Maintenant, à la source de la ln-auté d'où découle tout ce qui est agréable sur la terre " . mon Ame voit, fjoilte, entend, touche inuuédiatement ce (ju'elle ne pouvait sentir alors (jue par «le faillies orj^anes '* . Ah ! tpielle lan^^ue pourrait décrire ces rivag;esd'un orient éternel, quej'haltite pour toujours! Tout ce «[u'une puissance infinie et une bonté céleste ont pu créer pour consoler un être malheureux ; tout ce (pu-Tamitié d'une infinité d'èlres. rejouis de la même félicité, peut mettre d'harmonie dans des transports communs, nous l'éprouvons sans mélans^c.

Soutiens donc ré|)reuve <pii t'est donnée, afin d'accroître le bonheur tle ta Virginie par des amours (pii n'auront jdus de terme, par un hymen dont les flandieaux ne pourront plus s'éteindre. Là , j'apaiserai tes regrets; là , j'essuierai les larmes. 0 mon ami ! mon jeune époux ! élève ton Ame vers l'infini , pour supporter des peines d'un moment'-' . n — Bernardin de Sai>t-Pierre. —

(\oje7 le 19 janviiT )

*— Tout Change, tout pOrit, tout passe; mais, hélas! Excepté les mortels, rien ne meurt ici-bas. Lamartink.

' — L'homme peut décomposer, mais il ne peut anéantir; il peut modifier la forme des choses, mais ne |)eul rien sur leurs éléments; ce qui est simple est indivisible, et par conséquent impérissable.

'— Aolre rie est le passage d'une ombre , a dit saint Basile.

* — Admirable antithèse.

' —C'est-à-dire, qui ne soient faits pournous, qui ne se rapportent à nous, nouvelle acception du verbe ressortir, signalée par Boiste, mais qu'a omise l'Académie.

^ — Puissions-nous, parcourant les monde» Je respace, Dans tous ces i;lobes (J"or prendre un jour notre place Et , montant tour à tour ces degrés glorieux , Graviter d'astre en astre, errer de cicuxencleux, Écouler des soleils la tran(|uille harmonie. Et chercher sans repos , sur l'échelle innnic, te Dieu que les mortels appellent Jéhova , I.e Dieu que nul n'atteint , d'où tout vient , oii tout va !

' — Celte acception du verbe communiquer est un heureux néolrij;isiiie, qui donne |»lus de force à l'expression : communiquer, c'est /'aire part^ transmettre, donner à connaître, à sentir, a (jouter une cfiose à notre disposition. Alors échanger ses idées, ses sentiments, ses volontés avec autrui, s'épancher aii|»rès d'un ami, faire passer son Ame dans l'Ame d'un être aimé, n'est-ce psa se donner, se transmettre, se /ù/c; d;ins la parlie I.t plus nobleet la plus vivante de soi-même.' n'est-ce pas se communiquer? L'Académie n'emploie ce verbe que dans le sens de se rendre familier, al)ordable, accejition d'où dérive immédiatement celle que nous signalons.

* — Admirable gradation, ipii place le spectacle

des douleurs d'autrui comme le plus grand des maux pour l'Ame sensible de Virginie ;

^ — I\e serait-il pas à plaindre, dit Platon, celui qui, retiré du sein des ténèbres, pour voir face à lace l'éternelle lumière, serait rendu ensuite à son obscur cachot?

"^ — Délicieuse énumération. Le mot tout y est invariable, comme adverbe. i)arce quelessiibstanliCs. odorat, ouïe, rue, crrur, y soiilemiiloyésad jectivement. C'est ainsi que lluffun a dit: Le chien est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance , et (lu'on dit : ^ous étions tout }'eu.v, tout oreilles. (Voyez ma Grammaire. n<> 452.)

" — Celle idée, toute jilalonicienne, appartient A la jibilosophie spirilualisle. Dieu est l'essence absolue, le ty))e éternel du beau, du vrai, du bien; et tout ce (|iii porte ici-bas rempreinte de ces qualités n'est (|u'une émanation de l'essence absolue, un relletdu type éternel.

'2 — Car la lumière de la vérité n'arrive A l'Ame à travers les organes du corps, que comme la lumière du soleil vient au captif A travers les barreaux de sa prison. L'Ame, sortie du corps, voit donc la vérité face A face, et peut saisir toutes les réalités, comme le cajiHf, sorti de sa prison, peut voirie soleil, et toucher chaque objet.

'"' — Celte touchante prosopopée est peut-être la plus belle p^ge d'un livre que Chénier:\ dit approcher de la perfection; c'est du moins une des parties de ce même livre où l'auteur l'a assurément atteint.

Observation générale. C'est bien ainsi que devait parler le sa^je vieillard au malheureux l'aiil. C'est bien ce langage à la fols grave, solennel et louchant (|iii était fait pour charmer la douleui' du jeune homitie. Il s'adresse tour à tour à sa i-aison et à sonrn'ur, à son Cd'ur surtout ; caria raison toute seule n'a jamais consolé une douleur ni essuyé une larme. Puis, quand Paul est ainsi captivé et attendri . la voix de l'objcl aimé vient parler à son âme par la bouche du vieillard, et lui porte un dernier coup; cette voix est vraiment celle d'un ange; elle vient bien du ciel, tant ses accents sont doux , harmonieux et pleins d'amour.

— 1780. — Mor/ de Frédéric ii , roi de Prusse.

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