‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 206 sur 370 · FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II

Des Muscs KrM^iir connut l'Iiourcux délire , A son sceptre de fer il suspendit sa lyre; Dans le temple des arts, abjurant la flerl^ , Le despote germain chanta la liberté.

— De I'oxoehvillb. —

La nature sembla réserver pour lui celle gloire extraordinaire, que, né sur le trône, il fut le premier de sa nation el de son siècle ' . Également remartpiable par l'audace de sa pensée, la sagacité de son esprit, l'énergie de sa prudence^ et la fermeté de son caractère, on ne sait (pi'admircr le plus, de ses talent» variés, de sou jirofond jugcnieiil, ou de sa grande Ame^. IJrillanl de toutes les qualités [iliysiques et morales, fort comme sa volonté, beau comme le génie, actif jusqu'au prodige, il

ptrfeclionna , il compléta tous ses avantages, et ne fut pas moins éminemment son propre ouvra(j<' que celui de l;i iKiture. .\é facile, il S(; rendit sévère. Absolu jusqu'à l;i plus redoutable impatience, il fut tolérant jusqu'à I;i longanimité. Vif, ardent, impétueux, il se fit modéré , calme, réfléchi. Sa destinée fut telle. que les événenienls tournèrent à son avantage, souvent par le concours de sa bonne conduite, quebjuefois nialf,ré ses fautes; et tout , jusqu'au tribut d'erreurs qu'il paya à l'humaine faiblesse, porta l'empreinte de sa grandeur, de son originalité, de son indomptable caractère!

Jamais mortel ne fut constitué poiu- le commandement comme lui '. 11 le savait. 11 semblait se croire l'âme universelle du monde ^, et n'admettait aux autres hommes ^ que je ne sais quelle ilme sensilive 7, instinct animal plus ou moins ingénieux. Aussi lei méprisait-il; et cependant il travailla infatigablement , selon ses lumières , à leur bonheur. Ainsi l'extrême justesse de son esprit fit plus pour le rendre équitable et bienfaisant, que n'eût fait l'équivoque bonté des cœurs nés sensibles. Il ne connut qu'une passion, la gloire, et il fut l'ennemi de la louange ; qu'un goût, soi-même, et sa vie entière fut pour les autres; qu'une occupation, son noble métier de roi. 11 le fit avec la plus inimitable persévérance pendant quarante - six années, sans discontinuation, jusqu'au jour qui précéda sa mort philosophique et simple, après dix-huit mois de douleur et d'angoisses, qui ne lui arrachèrent pas une plainte.

Frédéric cessa de vivre le n août itsg. Il ne cessa de régner que la veille.

Mais c'est h l'histoire à peindre Frédérie-le- Grand»; c'est a elle à noter ses hauts faits, ses succès éclatants, ses ressources inconcevables, la grandeur de son règne, la simplicité de sa vie et de sa mort; c'est à elle à dire ce qu'il fit pour rehausser sa nation , pour éclairer l'espèce humaiiu'. Pour moi. qui l'ai vu, qui l'ai entendu ; moi qui nourrirai jusqu'au tombeau le doux orgueil de l'avoir intéressé, je frémis encore, et mon âme s'indigne du spectacle^ qu'offrit Berlin à mes yeux stupéfaits, le jour de la mort du héros qui fit taire d'etomioment, ou parler d'admiration l'univers. Tout était morne ; personne n'était triste; tout était occupé; personne n'était affligé; pas un regret, pas un soupir, pas un éloge «0 î

C'est donc là qu'aboutissent tant de batailles gagnées, tant de gloire, un règne de près d'un demi-siècle, rempli d'une multitude de proj diges! On en était fatigué jusipi'à la haine... Qu'atlendaienl-ils? les dépouilles du trésor!... Le seul général Ma-llendorf pleurait. Au serment des troupes, son regard profondément triste, ses larmes involontaires, son parler mâle et attendri , sa contenance d'un héros

blessé, brisaient l'dme de l'observateur sensible. Mais il était le seul dont on aperçût la douleur, et je le dis pour sa gloire.

Pourquoi cette farouche ingratitude? c'est que Frédéric aima plus ceux auxquels il se devait que ceux (pii se devaient à lui ; et ces derniers seuls entouraient sa tondje.

— MiKABEAU. —

MIRABEAU (Honoré-Gabriel Riquf.tti, comte de; ,

Né à Arles, en i749. 11 embrassa d'abord la carrière niililaire, et, après avoir servi quelque temps en Corse, épousa, à vingt ans, une jeune et riche héritière de la ville d'Aix.

Il dissipa bientôt la fortune qu'il avait reçue de sa femme et s'endetta considérablement. Son père le fit alors interdire el confiner sur ses terres. Là, le jeune comte trouva dans les plus sérieuses éludes un aliment à sa bouillante activité. A la suite d'un duel, pour lequel il avait rom]iu son ban, il fut successivement enfermé au fort de Joux. où il parvint à séduire Sophie Rnff'cy. l'épouse du gouverneur du château ; puis au donjon de Yincennes , où. pendant trois ans de détention (de 1777 à i78o), il se livra tout entier à l'élude et au travail. Quelque temjjs après avoir recouvré sa liberté, Mirabeau fut chargé, par le ministre Colonne, d'une mission secrète en Prusse.

Revenu en F."ance. au moment où les esprits fermentaient, il fut rejeté des élections par la noblesse de Provence ; mais, renonçant aux droits de sa naissance, il loua un magasin, y plaça cette enseigne : Mirabeau, marchand de draps, et parvint à se faire élire député du tiers-état d'Aix.

Ce ne fui qu'à la célèbre séance du 20 juin (voyez page 210), qu'il montra son énergie et son caractère, et qu'il commença à exercer sur l'Assemblée sa puissante intluence. Ce jour, il fit prononcer l'inviolabilité des déi)ulés, et. bientôt après, il fit demander la formation des gardes nationales, l'éloignement des troupes qui environnaient Paris, le renvoi des ministres, etc., etc.

Ce même homme, qui fut accusé par le Châtelet d'avoir i)ris pari aux troubles du « octobre, el d'avoir contribué à faire insurger la capitale, s'éleva, sur la fin de sa carrière, contre les fanatiques de liberté qu'il n'aimailpas plus que les autres fanatiques ; il annonça qu'il dévoilerait les factieux partout où il les verrait agir. On a cru que ce discours avait été son arrêt de mort. Frappé d'une maladie subite et qui ne fut pas de longue durée , il expira le 2 avril 1791, âgé de 42 ans. Tous les partis s'accusèrent mutuellement de l'avoir fait em|)oisonner. On lui fit de magnifiques obsèques, son corps fut transporté au Panthéon et placé à côté de celui de Descaries. Il en fut retiré par ordre de la Convention, et Marat fut mis à sa place. Mirabeau avait reçu de la Cour de l'or el des caresses, et avait promis, dit-on, d'arrêter dans sa marche la révolution française. C'était avoir une foi peut-être excessive dans sa propre puissance; mais un mot célèbre ne permet pas de douter de sa confiance à cet égard. Vers la fin d'une entrevue qu'il eut avec la Reine, dans les jardins particuliers de Saint-Cloud (juin 1790), après lui avoir exjdiqné son plan el ses espérances, Mirabeau la pria de lui donner sa main à baiser, et se retira plein

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