DERNIERS MOMENTS DE CHARLES IX
Dos cruels ont instruit ma bouche a Timposlur^' Lfur voix a d^ns mou âme étouffe la n.iture. J'ai Iralii la patrie, et riionneur, et les lois ; Le Ciel , en me frappant , donne un cxetiiple aux — M. J. Chésier. -
Charles ix languissait depuis deux années; il se félicitait de n'avoir point de fils, de crainte que ce fils n'eût été aussi malheureux que lui. Ayant appris un soulèvement des princes : «1 Au moins , dit-il , s'ils eussent attendu ma mort : c'est trop m'en vouloir. » Il mourut au château de Vincennes, le 30 mai 1574. Deux jours avant qu'il expirât, les médecins avaient fait retirer tontes les personnes de sa chambre, « hormis trois, savoir : La Tour, Saint- >t Pris , et sa nourrice, que S. M. aimait beau- «i coup, encore qu'elle fût huguenote. Comme « elle se fut mise sur un cotîre , elle commente çait à sommeiller; ayant entendu ]e Roi se « plaindre, pleurer et soupirer, elle s'approt( che tout doucement du lit, et, tirant sa cus- «: tode ^, le Roi commença à lui dire, jetant te un grand soupir et larmoyant si fort, que t( les sanglots lui coupaient la parole : — « A/i! ma nourrice, ma mie, ma nourrice, « que de sang et que de meurtres lAh ! que y. j'ai suivi un méchant conseil. O mon t( Dieu ! pardonnc-le-moi ^ s'il te plait... 'c ()ue ferai-je ? je suis perdu. Je le t'ois ti bic7i. Alors la nourrice lui dit : — Sire, les
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'• meurtres sot/en t sur ceur qui vous les ont ^fait faire ; mais de vous, Sire, tous n'en .: pouvez mais '. ef. puisque vous ti't/ pré- >■ fez pas consentement et en avez regret, '. croyez que Dieu ne vous les imputera » jamais, elles couvrira du manteau de •1 ta justice de son fils, auquel seul faut <■• qu'ayez votre recours; mais, pour l/ton- *■• neur de Dieu, que f. M. cesse de tarit moyer *. Kt sur cela , lui ayant été quérir " un nicuiciioir pour ce tjuo le sien était tout » mouille de larmes, après (jue S. M. IVrtl •i pris de sa main, lui fît sijjne qu'elle s'en " alh^t et le laissiU reposer. '>
Ce roi tpii tirait par les fenêtres de son palais sur ses sujets huguenots, ee monanjue ealholique se reprochant ses meurtres, rendant r;lme au milieu des remords, en vomissant son saujî, en poussant des sanglots, en versant des torrents de larmes, abandonné de tout le monde, seulement secouru et consolé par une nourrice huguenote ! n'y aural-il pas quelque pitié pour ce monarque de vingt-trois ans, né avec des talents heureux, le goiU des lettres et des arts, un caractère naturellement généreux . qu'une exécrable mère s'était plu à dépraver par tous les abus lie la débauche et de la puissance ?
Charles ix avait dit à Ronsard '•>, dans des vers dont Ronsard aurait dû imiter le naturel et l'élégance :
Tous deux également nous portons des couronnes ; Mais, roi. je la reçois. poCle, tu la donnes.
Heureux si ce prince n'avait jamais reçu ime couronne doublement souillée de son propre sang et de celui des Français, ornement de tète incommode pour s'endormir sur l'oreiller de la mort ^.
Le corps de Charles ix fut porté sans pompe à Saint-Denis, accompagné par (iuel(|ues archers de la garde, par quatre genlilshonmies de la chambre et par Brantôme '' , raconteur cynique qui njoulait les vices des grands hommes comme on prend l'empreinte du visage des morts.
— De Chateai'bria^d. —
(Voyez le C janvier.)
'—Charles ix. né en i55n. second fils dV/ennii et de Catherine ilc Mcdicis. siircéda à l'nnieois 1 1 , son frèn-. l'an i./,(>. sous l;i liilellcde la Ktiiie-nièri;, qui cependant n'ciM point le litre de ré{;ente. Catherine de Mi'diiis inéc()nl<tila les Protestants. qui liientot se révoKèrenl. Il sVn snixil unei;nerre civile où le parti insiiri;'- eut le dessous. I,e massacre de 1,1 Sainl-Barlhéleniy. .iirivéle ïi août f'j72. a souillé d'une (jiclie ineft.icilde la tnénioire «le Charles i.\, qui inoiuiil deux ans ajtrès, à{;c de 34 ans.
' — Custode, rideau de lit.
* — Mais esl in un ancien ad\erl)e qui vient de ntngis, plus.
< — Expression pleine de naïveti^ et (|ui peint bien la (généreuse confiance de la nourrice en lu miséricorde divine.
'•> — Jînnsard, poète français, né en ib24 ; il fut sinnommé. de son temps, le prince des |toetes. Henri ii, François ii. Charles i\ cl Henri m. le ri)ml)It''renl de bienfaits et de faveurs. Il uioiirul en \:^r,. Ronsard, enivré de ses succès, se retjarda comme le léijislaleurdela i)oésie française; et alors, voulant tout régler, il brouilla tout :
tl sa musc en fiMiiçais p.irla Rrcc et latiu, (Boil-EAU.)
Son érudition le rendit inintelligible et presque toujours ridicule.
••— Pensée recherchée et d'un effet médiocre.
^ — lirantÔDic, historien. ;;eiUilliomme ordinairede la chambre des rois Cliaries i\ et Henri m, né vers i5>7, et mort en icu. On a de lui : l'ie des Hom mes illustres et grands Capitaines franeais.
Observation générale. Ce récit d'une énergique simplicité, qui nous fait assister aux derniers moments de Charles ix, parvient à nous intéressera sa déplorable destinée, malgré l'horreur légitime qu'insi)ire son nom. Ces remords, ee délaissement et ces paroles historiijues, si pleines d'une naïve douleur , ee vieux langage emprunté aux historiens du temps, achèvent de donner A la scène sa véritable physionomie , sa véritable couleur.
- 1419. — Jean de noitrgogjie se rend û une entrevue que lui avait proposée le Dauphin, depuis Charles vu, au pont de Moutereau-FauU- Yonne; il y est assassiné sous les yeux de Charles par Tanncguy Duchâtel , et par <iuelqucs autres de ses serviteurs.