‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 233 sur 370 · ASSASSINAT BU DUC DE BOUKGOGNI · texte numérisé non relu

ASSASSINAT BU DUC DE BOUKGOGNI

Hourgognc aloi's se levé et louche son ép^e ; Tn dei> témoinâ saisit sn main tl^jà frappée. El rattit-cen fureur .-.ux mainc île Duchàtel Dont In hache aussitôt l'ubal d'un eoiip mortel. Les ruisseaux de son saug, qui soudain se répandent I.iii cachent les amis dont les bras le défendent! Secours trop vains! Il meurt. Tanneguy s*élançant Kmporle hurs du lieu Bourgogne pùljssant.

Le 10 septembre ui9, Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et Charles, dauphin de France 2. oubliant leurs longs discords ^, et se rendant à la voix du |)euple fatigué, devaient enfin s(; jurer, à tout jamais, paix et alliance. Le nulieii du pont de Montereau. sur^^()mleet la .Seine, fut choisi potir lieu de l'eutrevue ; mie loge en charpente y fut élevée. Le l)au|ihiu accompagné de son secrétaire, s'y rendit , suivi de dix hommes d'.irmes de distinction, parmi lesquels son fidèle confident, Tamieguy Duchàtel ^ Jean, duc de Hourgogne , vint bientôt le joindre; il avait à sa suite même nombre de guerriers choisis, et, à leur télé, messire Pierre de (lyac , .son jeune favori. Les barrières du pont se fermèrent alors aux cxlré-

mités; Français 5, sur la rive droite de rVonne, Bourguignons, sur la gauche de la Seine, en gardaient les avenues.

Arrivé devant son rival et maUre, le Duc Ole son eliaperon et met genou en terre ; mais lui. croisant lièrement les bras: Vous avez mal tenu votre parole envers nous, Monsieur le duc; sujet l;kiie et déloyal, vous avez^... Assez, dit le Duc, et, se relevant, il allait répondre; mais Tanneguy se baissa, ramassa derrière la tapisserie la hache qui, la veille, était pendue à sa ceinture; puisse redressant de toute sa hauteur: Il C}>t temps, dit-il, en levant son arme sur la tùte du Duc.

Le Duc vit le coup qui le menaçait; il voulut le parer de la main gauche, tandis ({u'il l)ortait la droite à la ganle de son épée; mais il n'eut pas même le temps de la tirer; la hache de Tanneguy tomba, abattant la main gauche du Duc, et du mt-me coup lui fendant la ttHe depuis la pommette de la joue jusqu'au bas ilu menton.

Le Duc resta encore un instant debout, comme un chêne qui ne peut tomber ; alors Robert de Loire lui plongea son poignard dans la gorge, et l'y laissa.

Le Duc jeta un cri, étendit les bras, et alla tomber aux pieds de Gyac.

11 y eut alors une grande clameur et une affreuse mêlée; car, dans cette tente, où deux hommes auraient eu à peine de la place pour se battre, vingt hommes se ruèrent les uns sur les autres. Un moment, on ne put plus distinguer au-dessus de toutes ces têtes que des mains, des haches, et des épées. Les Français criaient : Tue ! Tue ! A mort ! Les Bourguignons criaient : Trahison! Trahison! Alarme! Les étincelles jaillissaient des armes qui se rencontraient , le sang s'élançait des blessures. Le Dauphin épouvanté s'était jeté le haut du corps en dehors de la barrière. A ses cris, le président Louvet arriva, le prit par dessous les épaules, le tira dehors, et l'entraîna presque évanoui vers la ville ; sa robe de velours bleu était toute ruisselante du sang du duc de Bourgogne, qui avait rejailli ji^ue sur lui.

Cependant le combat et les cris continuaient dans la tente ; on marchait sur le Duc mourant, que nul ne songeait à secourir. Mais les Dauphinois mieux armés avaient le dessus ; les Bourguignons, voyant que toute résistance était inutile, prirent la fuite. Les Dauphinois les poursuivirent, et trois personnes seulement restèrent sous la tente vide et ensanglantée.

C'était le duc de Bourgogne, étendu et mourant; c'était Pierre de Gyac, debout, les bras croisés, et le regardant mourir; c'était enfin Olivier Layet (pii, touché des soulfrances lie ce malheureux prince, soulevait son haubergeon pour l'achever par dessous avec son épée ''. Mais de Gyac ne voulait pas voir abré-

ger cette agonie dont chaque convulsion semblait lui appartenir; et, lors(|u'il reconnut l'intention d'(.)livicr , d'un violent coup de pied, il lui lit voler son épée des mains. Olivier étonné leva la tête. Eh! sang dieu! lui dit en riant de Gyac. laissez donc ce pauvre prince mourir tranquille.

Puis, lorsque le duc eut rendu le dernier soupir, il lui mit la main sur le cœur pour s'assurer ipi'il était bien mort; et, comme le reste l'inquiétait peu. il disparut sans que personne fit attention à lui.

Le curé de Montereau vint prier au milieu de ce sang , à côté de ce corps inanimé, jus- ([u'à minuit ; puis à cette heure, aidé de deux hommes, il le porta dans un moulin près du pont, le déposa sur une table, et continua de prier près de lui jusqu'au matin ; et. à huit heures, sans cérémonie, sans bruit, le Duc fut mis en terre, en l'église Notre-Dame, devant l'autel Saint-Louis. , ,.

— AXEXAT!DRE DUMAS.—

(Voyez le tC ft-viier.-)

* — Jean-saiis-Peur, duc de Bourgogne, naquit à Dijon en 1071. Il succéda à son père, Phflippe-le Hardi, en i404, huit ans après avoir été fait prisonnier par Bajazet 11, empereur des Turcs, à la bataille de NicopoJis. En uo7, il fit assassiner le duc Louis d'Orléans, son ennemi mortel, frère de Charles vi, et devint à sa place l'arbitre de Paris pendant la minorité du Dauphin. Plus lard, forcé de fuir, il se réfugia en Flandre, puis il pnrvinl à se rendre une seconde fois maître absolu delà France: d'affreuses guerres civiles furent la suite de cette révolution. (Voyez le 31 août.)

2 — Charles, dauphin de France, qui fut depuis Charles vu, naquit à Paris le 22 février i403. Déshérité en 1420 par suite de l'odieux traité de Troyes (voyez le 31 août), il reconquit son royaume sur les Anglais et les Bourguignons, et^ dut en partie son triomphe au prestige que Jeanne-d' À rc , la |)ucelle d'Orléans, exerça sur l'imagination des j)euples et de l'armée par ses merveilleux faits d'armes, Charles vu mourut en 1435. Louis xi, son lils, lui succéda.

z—Discord est un vieux mot qui signifie ce qui rompt l'accord, ce qui (ail qu'on n'est pas d'accord.

^— Tannerjiir Duchâtel, vaillant capitaine et politique habile. Tandisque les Anglais ravageaient la France. Tannecjuy, pour engager le duc de Bourgogne à ne pas s'unir aux ennemis communs, facilita entre lui et Charles une entrevue où le Duc fut lâchement assassiné. Ce crime fut imputé |)ar quelques-uns à Tannequy, tandis ((ue d'autres l'en ont disculpé. Il mourut en Provence, en 1449, âgé d'environ so ans.

* — Construction elliptique qui lient de l'imitation du vieux langage dont les formes se reproduisent souvent dans ce récit.

^—Apostrophe dont le dernier membre manque à la vraisemblance historique.

^ — Ici l'historien disparait évidemment pour faire place au dramaturge. Ces détails sont invraisemblables ; mais leur combinaison donne à la nar-

11 SFPTEMBRE.

11 SEPTEMURK.

ration de l'intérêt et de la vie, but que s'est proposé l'auteur.

Obserfalinn générale. Ce nUit circonstanci<^ do la mort du duo do i;otn'i;tif;no doit sans doiito autant à riniagiuation du narrateur, ([u'aiix lunuuinonts do l'histoire. Los détails ont do l'intorol . ot . s'ils no sont pas tons exaols. ils ont du moins pour la plupart los caractères do la vérité. La peinture dos nufurs ot lo langage contribuent surtout à cet égard à rendre Tillusion complète.

177". — l.afa.rettf Cil blessé en Amérique, A In première bal.-iille livrée pour Pùulépeiul.inccdes tl-it*-tnis.

LAFATETTE '.

La Kraiicc en liberté , l'AmériqiiP affranchir, Aimrnl djiis Lafayrtle un héros citoyon; Biiston , pour te saiivf-ril prodigitu sa vie. Paris, â tun rrposil immola le sien.

FatMONT. —

Lafayctle, issu (rune f;iinille ancienne ot demeurée pure au milieu de la corruption des grands, doué d'un esprit droit, d'une iliuc ferme, amoureux de la vraie gloire, s'était ennuyé des frivolités de la cour et de la discipline pédanlesque de nos armées. Sa patrie ne lui offrant rien de noMe à tenter, il se décida pour l'entreprise la plus généreuse du siècle, et il partit pour rAméricpie le lendemain du jour où l'on répandait en Europe qu'elle était soumise '^. Il y combattit à côté de Washington 3, et décida raiftanchissement du Nouveau-Monde par l'alliance de la France. Revenu dans son pays avec un nom européen, accueilli à la Cour comme une nouveauté, il s'y montra simple et libre comme un Américain. Lors(jue la philosophie, qui n'avait été pour des nobles oisifs (ju'un jeu d'esprit , exigea de leur part des sacrifices, Lafayetle presque seid persista dans ses <)j)i nions, demanda les Etals généraux * , contribua puissamment à la réunion des ordres, et fui nomme, en récompense, commandant général de la garde nationale. Lafayetle n'avait pas les passions et le génie (pii font souvent abuser de la puissance: avec une ;1me égale, un esprit fin, un système de désintéressement invariable, il était surtout propre au rôle qu<: bs «irconstances lui avaient assigné, celui de faire exécuter les lois. Adoré de ses troupes sans les avoir captivées par la victoire, plein de calme et de ressources au milieu des fureurs «le la midlilude. il maintenait l'ordre avec une vigilance infatigable. Les partis , qui l'avaient trouvé incorruptible, accusaient 8on habileté, parce qu'ils ne pouvaient accu-

ser son caractère. Cependant il ne se trompait pas siu' les événements et sur les hommes, n'appréciait la Cour et les chefs du parti que ce tpi'ils valaient, l(>s protégeait au j)eril de ,sa vie sans les estimer, et luttait souvent sans es|)oir contre les factions, mais avec la constance d'un homme (pii ne doit jamais abandoimer la chose ptdilique, alors même qu'il n'espère plus pour elle.

— TiiiEns.—

Histoire lie la Rcvolution fr.nnraisr. (Vojci le 9 mari.)

• — Lo/«re^/e (Marie-Paul-Jean-Rocli-Yves- Gilbert Mofter mar(iiiis de), né le 6 septemlire 1757, à Cliavagnac, on .\iivorgne (Haute-Loire), est mort ù Paris, lo 20 mai is.ti.

^ — il fallail dire ici : Le h ruit courait en Europe, ou Fou faisait répandic le bruit.

5 — //'ashiitglon (George), gonoral américain, l'un des londaleiiis de la répiil)li(|ue des ÉtaLs-Unis dont il fut le premier prosidonl. 11 nat(!iil, en itôî, ti a Ils la 'S irginie, fui promu au grade d"oHicier supoiicur en 1751, nommé dopuléen 1771. et. Tannée suivanle, chef des troupes de rinsiirrection. Pendant une guerre de huit ans, i) fil preuve d'une j haute capacité, d'une rare prudence et d'une 1 constance inébranlable. En i783. l'indépendance des I États-lnis fut enlin solennollomenl leronnue par I Gcorfje m ; ot en i7S7, /f'ashingfon fut élu président ; réélu en i7'J3, il refusa une troisiùine élection en 1797. et, après avoir installé son successeur, se relira dans ses terres oit il mourut, en 1799, le u décembre. Sa mort fut regardée comme une calamité l)ul)li(iue. Tous les citoyens des États-Unis portèrent le deuil pendant un mois, et l'on donna son nom à la ville fédérale.

*— États généraux de France, assemblées des députés des trois ordres, le clergé, la noblesse, et le tiers état,lil)remeiitélus, soit dans une réunion commune de tous les citoyens d'une même juridiction, soit par une réunion spéciale des électeurs de chaque ordre d'une même localité plus ou moins étendue. Ces Étals datent de la jiremière année du XIV siècle : ce hil Philippe-lc-Jh'l i\m les convoqua en lôoi. le 30 avril, et la réunion eut lieu dans la ealliodrale de Paris. C'est on i789 (]ue se fit la dernière convocation des États jjénéraux qui prirent alors le titre d\tsse>nbléc nationale, et plus tard, en 1791 celui (Wlsscmb/éc constituante, puis enfin le nom de Convention nationale, le 10 aoûl 1792 ; mais ses séances ne fiirenl ouvertes <(ue le 21 septomiire. Sa longue et oiagousc session fut terminée, le i liriim.iire de l'an iv, par un décret (|iii aliolil la peine do mort. A daler de la paix gé iiéralo. une nmiiislio pour tous los délits poliliipies commis pendant la Hévolulion fut aussi décréléo le même jour ; ce fut la dernière et la plus belle page de son histoire.

Obsrnalidnfjrnoralr.C.o porirait rot race une pliysiononiie |)loino do grandeur et de simplicité. Lo style noble, calme et pur, est parfaitonioni d'accord avec lecaraclèriMlo celle pliysionomie. Ma la couleur tpii convenait le mieux à la peinture d'une iiine sans rc proclics cl d'une gloire sans tache.

n SE1'TE31B11E.

1 104. — Naissaiico <Ic l'ranrois l'

FKAMÇOIS I"

Osircio hrurruiml les ait» idi.liiiiirciil . Où de François lp sccplie pi-olcrleur, Suiitint l'ossor des I-ctlies qui flpuiirciit , Pour honorer le rt*gne de Tlionneur.

— >l. I.E CO»TK UE PrADEL.

François i"""^ ovait le couraj^c crun soldat. renthousiasnio il'uii héros, la {générosité d'un chevalier, la galanterie d'un espagnol, la politesse et les vices d'un aimable courtisan , et la prodigalité d'un héritier du trùne qui n'est jamais entré dans une chaumière. L'éducation n'avait pu corriger en lui un discerneyicnt médiocre , le désir insatiable des conquêtes . l'amour de tous les plaisirs, un naturel impétueux et la témérité sans bornes unis à la t"aiblesse du caractère. Un mauvais génie lui opposa des rivaux que la prudence des conseils et leiu- situation défendaient contre lui ^ ; il eut à lutter contre les plus ambitieux, les plus puissants elles plus fourbes des princes^; ses succès, ses revers, son administration, son règne enfin , tout est expliqué d'avance. S'il gagne avec beaucoup de gloire la bataille de Marignan , il doit perdre celle de Pavie ou toute autre ^ , et rester prisonnier de son plus cruel ennemi; une longue captivité ne changera ]»as son imprudence et ses desseins ; maigre des échecs multipliés, il voudra toujours reconquérir l'Italie; attaipiéde toutes parts, il défendra la France avec le courage d'un lion ; mais , au sortir d'un péril, il la jettera dans un autre. Avec un tel guide, tout sera perdu en quelques années , s'il ne vient (pielque secours du dehors. Ce secours est trouvé dans le nouveau système d'équilibre <pii commence à s'établir parmi les nations de l'Occident.

— TiSSOT. — Iiilroduclioii des Fastes civils de la France. (Voyez le 27 mai.)

' — François i" (comte (rAnîîoulèine), roi de France, surnominé le Père des Lettres, né à Cognac le 12 septembre 1494, succéda h Louis wi, son beaii-pére, mort sans enfants mâles, en tsis. Son règne . célèbre par les événements politiques qui le remplirent, ne l'est pas moins par la renaissance des Lettres et des arts, dont 11 se déclara le protecteur. Ilnioiirntà Raml)ouilleleni.î47. deux mois après Henri vu. roi dWnglelerre, laissant le Irône à son fds Jlenriu qui, comme lui, fut l'ennemi de Ciiarles-Quinl.

^ — L'empereur Mnxiinilien étant mort vers I5Î0, François v et Cliarles-Quint se disputèrent .sa sneeession. Les électeurs de l'empire donnèrent la préférence au dcinier, clce fut la souree d'une rividité qui ensanijlanla et dé.snla rEnro|)e pendant trente ans. l'ne autre cause des malbeurs de François i" fut la défection du connétable de

liourhon. ([iii. i)onssé à bout par les perséenlions de la (Incl)esse d'An[;nnlème. mère du Koi , (initia les drapeaux de ce prince pour aller se mettre à la léte des armées de Charles Quint, en Italie, et eut le malheur de contribuer au gain de la bataille de Pavie.

3 — Les adversaires de François r"" se résument tous en la personne de Charles-Quint qui avait sansdonte autant d'astuce que de génie; mais, sous le rapport de la bonne foi , François r' luimême n'était i)as sans re|)rocbe.

^ — L'auteur s'exprime ainsi parce cpiMl regarde sans doute la perte d'une bataille quelconque après une victoire, comme une conséquence du caractère de François i*".

Observation générale. Portrait brillant et fidèle. C'est bien là , François i" , (ci cpn; riiisloirc le peint, te! ipie rimajjination aime à se le fiijni'CM-. Sa i)hysionoraie ressort plus vivement par l'opposition ({u'ellu offre avec celle de son rival.

Des réflexions générales sur une époque bistorique sont communément recueil delà i)lupart des écrivains. L'auteur de cet aperçu a triomi)hé avec bonheur d'une difficulté presque insurmontable, il est concis sans être obscur ; ses pensées sont grandes et hardies sans cesser d'être .justes.

1392. — Jlort de Michel MoyiUuyne , illustre pliilosopUc, auteur des Essais.

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