ISOCRATE
LVloqaencr n'est point féconde en vains ilisroiirs. Et ne se pique point d'étaler ses atours; Elle est noble sans fard, et simple sans bassesse, Etjoint au sentiment ta force et la Justesse. — L.V IIabfe —
Tandis que les orateurs dans la tribune , les poètes dans leurs vers, les musiciens dans leurs chants , célébraient pul)li(jiiement les guerriers, les athlètes et les grands hommes, d'autres écrivains composaient, dans la retraite, des éloges qui étaient écrits et rarement prononcés. Il pai'ait que le premier qui travailla dans ce genre fut Isocrate.
Cet orateur eut la ]»lus grande réputation dans son siècle. 11 était digne d'avoir des lalents, car il eut des vertus. Très-jeune encore, comme les trente oppresseurs (jui régnaient dans sa patrie faisaient traîner au supplice un citoyen vertueux, il osa seul paraître pour le défendre, et donna l'exemple du courage, quand tout donnait l'exemple de l'avilissement. Après la mort de Socrate, dont il avait été le disciple, il osa paraître en deuil dans Athènes, aux yeux de ce même peuple, assassin de son maître; et des hommes, qui parlaient de vertus et de lois en les outrageant, ne manquèrent pas de le nommer séditieu.x, lorsqu'il n'était que sensible.
Ayant pei'du des biens considérables, il ouvrit une école, et y acquit des richesses immenses : le fils d'un roi lui paya soixante mille écustm discours où il prouvait très-bien qu'il faut obéir au prince; mais bientôt après, il en composa un aulreoii il prouvait au prince
qu'il devait faire le bonheur de ses sujets. Plusieurs de ses discii)les devinrent de grands hommes 2^ et comme partout le succès fait le mérite, leur gloire ajouta à la sienne. Il avait eu le malheur d'être l'ami de Philippe 3, de ce l'hilij)pe, le plus adroit des conquérants ei. le i)his polititiue des princes; aimé de l'oppresseur de son pays , il s'en justifia en mourant; car il ne put survivre à la bataille de Chéronéc*: voilà poiu* sa personne. A l'égard de son éloquence, si nous en jugeons par sa célébrité , il fut du nombre des hommes (pii honorèrent leur patrie et la Grèce. Les calomnies de ses rivaux nous attestent sa gloire: car l'envie ne tourmente point ce qui est obscur. Nous savons qu'on venait l'entendre de tous les pays, et il compta , parmi ses auditeurs, des généraux et des rois. Aux hommages de la foule, qui llattent d'autant plus qu'ils tiennent toujours un peu de la superstition et de l'enthousiasme d'tin culte, il joignit le suffrage de quelques-uns de ces hommes qu'on pourrait, au besoin, opposer à un peuple entier. On prétend que Démosthène l'admirait; il fut loué par Socrate ; Platon en a fait un magnifique éioge; Cicéron l'appelle le père de l'éloquence ^; Quintilien e le rnet au rang des grands écrivains ; Denis d'IIalicarnasse 7 le vante comme orateur, philosophe et homme d'Etat : enfin, après sa mort, on lui érigea deux statues; et, sur son mausolée, on éleva une colonne de quarante pieds, au haut de la quelle était placée une syrène, image et symbole de son éloquence s. Il est difficile de croire que, dans les plus beaux temps de la Grèce, on ait rendu ces honneurs h un homme médiocre.
— TnoiiAS. —
( V"oyez le 2 1 février. ;
' — Isocrate, célèbre orateur grec, né à .4thènes, 436 ans avant J.-C. 11 n'avait pas le talent de parler en public, ce qui l'engagea à se vouer à l'instruction de ceux qui voulaient suivre la carrière de l'éloquence. >"ons avons de lui quarante et une liarangues. A l'âge de 99 ans, il se laissa mourir de faim pour ne pas voir .sa i)atrie asservie aux Macédoniens. On cite de lui une pensée aussi généreuse que juste et profonde : Pardonnons, dit-il. à nos conieiJiporains d'avoir clé de grands homutes. »
2 — Démosthène , selon Plutarque , avait pris des leçons de lui.
5 — Philippe u, roide Macédoine, pèred'Alexandre-le-Grand, succéda à son frère Perdicas m, l'an 360 avant ,I.-C Ce fut un des plus grands politiques de son temjjs. 11 aspirait à la conquête de toute la Grèce, mais il fut assassiné par Paiisanias, un de ses gardes, l'an 3,"6 avant J.-C.
^ — Chéronce. ville de la Grèce, dans la Béotie, dans les rb,'im|)s de la(iuelle Philippe, ôôs ans avant J.-C, gagna sur les Grecs une bataille qui fut le commencement de l'asservissement de leur patrie.
* — .Sans doute parcequ'il en avaitdonné dexcellents précepte.^; mais il parait ne l'avoir point
18 SEPTEMURE.
l'omplé parmi les orateurs ct'-lèbres, piiisqiril a dit on omcltant île le eiter : Suaritaleni Sovrales, subliinitdti'tn Lysias, ocumvii JJyjH'rides. soititum Oh'schines, riin Ponostlietivs habuit. (Socriite eul en parla{je la douceur; Lrsias, la sublimité; Urpcride, la finesse; J-^schine, l'éclat; Dètiiosthciie, \\-\wr^,n\)
* — (Juiiitilirii. illiislre rhéteur, né sous l'empereur Ckimh'. Tan lï de .l.-C. Il enseiijna â Home l"élo(iuenee avec un suieès extraordinaire, et l\ inperenr Dumitivn lui contia réducalion de ses petits-neveux.
' — Denis (l'I/alicarnasse, historien grec, vint à Rome so ans avant J.-C.
8 — Et plus spécialement du caractère de cette éloquence séductrice et un peu sophistique.
Obsen-ation générale. Ce portrait nous donne une haute idée d'Isocrate comme homme et comme écrivain.
Selon Tlinwns .d selon les Grecs eux-mêmes, son pénie aurait été égal à sa vertu, ('cpendant il est permis de croipf , d'après le syndiole même (pii couronnait son tombeau. <iuc son éloquence consistait-plus riaus la forme que dans le fond, et (|u'clle avait i>lutùt pour caractère d'enchanter roreillc parla grâce ouïe prestige du style . (pic d'énioiivoir par la force des idées. Il est d'ailleurs avéré (pic la nature lui avait refusé la facilité de la parole, la plus importante des qualités de l'orateur.
— 1816. — Lord BjTon visite le châleaxi de Chillon et inscrit son nom sur le pilier ui'i rul enchaîné lionnivard.