‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 26 sur 370 · UNITE DE DIEU · texte numérisé non relu

UNITE DE DIEU

n rst ; tout est par lui : seul être illimité. En lui tout est vertu, puissance, éternité.

— Le Brcs.—

La première chose qu'il faut app^ndrc , c'est qu'il Y a un Dieu , et qu'il gonreme tout par sa providence; ensuite il faut examiner quelle est £1 natore; sa nature étant bien connue, il faut nécessatrement que ceux qui veulent lui plaire et lui obéir fassent tous leurs e0orts pour lui ressembler, qu'ils soient libres , fidèles, bienfaisants, miséricordieux, mapiauiuies.

(Manuel d'Epicttte, liv, ii.)

Nous avons fait les dieux à l'image de la nature, terribles ou bienfaisants suivant les spectacles qui frappent nos yeux. Aux riantes prairies . aux moissons dorées, à l'abondance des fruits, à la grâce et aux parfums des Heurs , les autels de la reconnaissance ; aux bruyères arides, aux sombres forêts, aux désordres des tempêtes, aux feux des volcans, les autels et les sacrifices de la peur. Là est l'origine des deux puissances qui se partagent le monde : les bons et les mauvais esprits, le génie du mal et le génie du bien , les dieux et les démons.

Ainsi, dans le temps de barbarie, l'isolement des peuples, l'ignorance des harmonies de l'univers, l'étonnement de ses phénomènes, multipliaient les dieux; dans chaque temple une divinité , et dans chaque divinité l'apothéose d'une puissance de la nature ou d'un attril)ut du Créateur. Pour ramener toutes ces puissances, tous ces attributs à un seul Dieu, il fallait le concevoir, et comment le concevoir sans une révélation divine ou sans la contemplation inespérée > de l'ensemble des harmonies du globe ! Double prodige que la Trovidence ne pouvait refuser au genre humain. Moïse reçoit cette vérité du Ciel, et Socrate de son génie.

Spectacle divin ! Au milieu de toutes les nations ensevelies dans les ténèbres de l'idohUrie et de l'esclavage, un homme inspiré de

Dieu fait jaillir une vérité qui doit régénérer le monde.

Et cette vérité , que Moïse ne peut faire comprendi-eason peuple, il la donne à l'univers 2. Loisquc toutes les religions la repoussent . il annonce que la postérité de ceux qui croiiont au Dieu unique possédera le globe s ; et, pour l'accomplissement de cette parole, son âme plonge , à travers les siècles , dans un avenir de quatre mille ans.

Le génie même s'anéantit devant une si haute destinée; il n'y avait alors sur la terre qu'un seul homme qui , en présence des soleils seméo dans l'espace, comme le sable dans la mer, pût porter le poids de cette pensée immense : Un seul Dieu * !

Et cet homme fut aussi le seul entre tous les législateurs de l'antiquité, qui osa proclamer cette vérité et y attacher la civilisation d'un peuple s.

Deux mille ans s'écoulent, et Socrate retrouve en face des idoles la divinité inconnue à la Grèce civilisée , il la retrouve, pai-ce que, seule, elle lui expliqua l'univers. Là oii il n'y a qu'une pensée, il n'y a qu'un Dieu. Cette nature si mesquine, si étroite, si immorale sous les lois de Vénus et de Jupiter, de Mercure et de Junon, à mesure que Soci-ate la contemple, elle se géométrise « et s'agi-andil ; bientôt elle lui échappe par son immensité; il ne rencontre plus les dieux dans l'espace, mais partout il rencontre des lois. L'harmonie et l'infini lui ont révélé l'unité.

Un seul Dieu ! L'influence de ce pVincipe poi'te si loin que l'imagination même s'en étonne. C'est la ligne tirée entre les peuples anciens ^ et les peuples modernes : nous en voyons sortir une nouvelle science , une nouvelle morale , un nouveau monde civilisé.

Que les divinités du paganisme se partagent le ciel , la terre et les eaux : la lutte ne tarde pas à s'établir. Ouvrez Homère, et voyez combattre les dieux. Cette mythologie gracieuse , qui confie les fontaines aux Naïades, les moissons à Cérès , à Pan les troupeaux , à Jupiter la foudre, n'enfante que trouble et confusion. Partout où les dieux se divisent, les peuples s'arment pour leurs querelles. Comment l'homme saisirait-il des bienfaits où il ne voit que la haine, des harmonies où il ne voit que des contradictions, la prévoyance où il ne voit que des maux ? L'idolâtrie fut , chez les anciens, le plus grand obstacle à la connaissance des lois de la nature. Socrate ne comprit leur sagesse qu'en s'élevant au Dieu inconnu, ou plutôt c'est par la découverte de leur sagesse qu'il fut conduit a l'unité. I^'unitéest l'essence de l'ordre, et l'ordre est partout , puisque le monde se conserve et se renouvelle. Ceci est la pensée de Socrate, et ce qui fut alors le plus sublime effort d'un

sublime péniecstaujoiinriniilo point lie départ (les intellliTonres les plus inetliocres.

Ainsi l'unile des lois de la nature nouseonduit à l'unité de Dieu, et l'unité de Dieu consaere l'unité du jjenre humain. Jetez les yeux sur lej;loIiedes anciens; vous le voyez partagé en peuplades ennemies tjni ont eliacune leurs dieux à venger ou à défendre : la religion les divise au lieu de les reunir. Jetez les yeux sur le monde moderne; il reste partagé en républiques et en royaumes; et cepemlant la religion n'y voit (pi'un peuple , parce tpi'il n'y a cpi'un Dieu. Voilà un sublime spectacle que tous les hommes ne comprennent point encore ; mais dont l'intelligence complète sera le triomphe de l'humanité.

— I,. Aimé-Martin.—

• ( Voyci le 2 janvirr. )

' — Ines])créc, sans doute parce que riiomine , par la seule force de son altenlion ou de son inieliiyence, ne pouvait guère approfondir ces secrets de la nature.

« L'homme interroge la nature, et chaque siècle ne répond qu'un mot. »

2 — Bel exemple du pléonasme. On sait que le pléonasme n'est pas toujours une redondance vicieuse, et qu'inutile au sens, il donne de la force à la phrase. (Voyez ma Grammaire, n" 494.)

5 — Sera maître de la Terre ferait moins prétentieux.

* — Pensée un peu gigantesque , d'autant plus que l'idée de l'unité de Dieu ne s'était pas entièrement effacée de l'esprit des liommes.

* — Il est difficile, dit Platon, de trouver le créateur et le père de tout ce qui est, et, quand on l'a trouvé , on ne peut plus en parler en présence de tous les hommes.

^ — Autre exemple du pléonasme. Se géométrise , néologisme dont la langue devrait s'enrichir.

' — A l'exception des Juifs, cependant; d'ailleurs, la pensée dévelo|)pée |»ar cette plu'aso s'appliquerait plus convenablement au Christianisme qu'à l'unitééle Dieu.

Observation générale. C'est une chose remarquable en effet, «pie la société ail toujours suivi le pro- Biès de la reli{;ion, et qu'à mesure (pie l'idée tliéoio{;i<|ue tendait vers l'unité, l'idée politique y tendait aussi.

Le fétichisme, premii're reli{;ion des hommes, exprime l'individualisme le pins complet : Dieu cl l'humanité y sont éfj'aliMnent morcelés.

I>c culte de» pétinles et des lares , qui lui succéda , cx|»rime l'état de famille.

Le polythéisme est le symbole de la diversité des nations.

Le judaïsme n''éla\i]\t rpiela supériorité de Jéhova .iiir les autre» dieux, et la supériorité d'israiil sur les autres peuples.

Le panthéisme romain . dans les derniers temps de Home, correspond à la conriisjon des peuples réunis par la force d;iiis un empire colossal.

Le christianisme a élahli l'unité de Dieu et de l'humanité; tou» le» hommes sont frère», et enfant» du même père.

-814.— Obsi'qiics (le Charicmagne, roi de France cl empereur <r<iccl<lenl, inorl le 28.

l'icrrc-tc-Crand mou rut aussi le 28 janvier, en 1724.

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