ATTAQUE DU CHATEAU DE VERSAILLES
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— C»»7Il —
Le peni)le était répandu çà et là , et paraissait calmé. Lafaycttc' avait lieu d'être rassuré
Attaque du cttàleau de Versailles, dc'part de la raniille royale pour ParKs.
par le dévoûment de son armée, qui en effet ne se démentit point , et par le calme qui semblait régner partout. Il avait assuré l'IiAtel des gardes-du-corps , et répnutlu de nondtreuses l»atrouilles. .\ cinq heures du matin , il était encore debout. Croyant alors tout ajtaiséjil prit un breuvage^, et se jeta sur lui lit , pour prendre un repos dont il était privé depuis vingt-quatre lietu'cs.
Dans cet instant le peuple commençait à se réveiller, et parcourait déjà les environs du cluUeau. l ne rixe s'engage avec un garile-ducorps (pii fait feu des fenêtres ; les brigands sVlanccnl aussitôt, traversent la grille, (jui était restée ouverte, montent un escalier qu'ils trouvent libre, et sont enfin arrêtés par deux gardes-du-corps qui se défendent héroïquement, et ne cèdent le terrain que pied à pied, en se retirant de porte en porte. L'un de ces généreux serviteurs était iûtotnandro. <■<■ Sauvez la Reine!» s'écrie-t-il. Ce cri est entendu, et la reine se sauve tremblante auprès du Roi , Tandis qu'elle s'enfuit, les brigands se précipitent, trouvent la couche royale abandonnée, et veulent pénétrer au delà ; mais ils sont arrêtés de nouveau parles gardes-du-corps retranchés en grand nombre sur ce point. Dans ce moment les gardes-françaises , appartenant à Lafayette, et postées près du ch;Ueau , entendent le tumulte, accourent, et dispersent les brigands. Ils se présentent à la porte derrière laquelle étaient retranchés les gardes-du-corps : <i Ouvrez! leur crient-ils; les gardes-française» n'ont pas oublié qu'à Fontenoi vous avez sauvé leur régiment ^. > On ouvre et on s'embrasse.
Le tunuilte régnait au dehors. Lafayette, qui reposait à peine depuis quelques instants, et qui ne s'était pas même endormi, entend du bruit, s'élance sur le premier cheval, se précipite au milieu de la mêlée , et y trouve plusieurs gardes-du-corps qui allaient être égorgés. Tandis qu'il les dégage, il ordonne à sa troupe de courir au château , et demeure presque seul au milieu des brigands. L'un d'eux le couche en joue. Lafayette , sans se troubler, commande au peuple de le lui amener; le peuple saisit aussitôt le coupable, et sous les yeux de Lafayette , brise sa tête contre les pavés 5. Lafayette, après avoir sauvé les gardes-du-corps, vole au château avec eux , et y trouve ses grenadiers qui s'y étaient déjà rendus. Tous l'entourent et lui promettent de mourir pour le Roi. Kn ce moment les gardes-du-corps. arrachés à la mort, criaient: \ ive Lafayette ! J>a Cotn- entière , qui se croyait sauvée par lui et sa troupe, reconnaissait lui devoir la vie; les témoignages de reconnaissance étaient universels. Madame Adélaïde, tante du Roi , accourt , le serre dans ses bras en lui disant : Général, vousnousavez sauvés!
— TniERS. —
IIi!<l"irc lie la R/'Vohitir.n fianr.ii«r (V.iyri IrD mais.)
0 OCTUBUE.
* — Sous prétexte de mettre Versailles en garde contre les mouvemonts de Paris, la cour y avait appel»' des troupes. On doubla les {jirdes-dii-corps de service; on tit venir des drai;oiis tt le ré{îiment de Flandre. Les officiers de ce r('{;iinent, dont l'arrivée inquiéta la ville de Versailles, furent fêtés au château , et admis au jeu de la Reine. A deux jours d'intervalle, cette iui|>rudence fut répétée. Le récit de ce banquet, qualifié iVoigie royalisle, l'apparition d'unifoiines Hiconnus, de cocardes noires ou jaunes, exaltèrent la population parisienne. Le 4 octobre, tout annonçait un soulèvement; le .s. l'insurrection éclata avec une violence irrésistible, et la mullitude se porta sur Versailles, en criant : Du pain! du pain! .allons chercher le Roi! Le général Lafayette fut contraint d'y suivre plutôt (jued'y conduire la garde nationale. Lorsque cette troui)e arriva, le Roi chassait au tir dans le bois de Meudon, et la Reine se promenait dans le jardin de Trianon, qu'elle parcourait alors pour la dernière fois de sa vie.
2 — Voyez p. Ô12.
^ — Breuvage se dit particulièrement de certaines liqueurs préparées, et destinées plutôt à produire quelque effet extraordinaire qu'à servir de boisson habituelle. Si ce n'est point cela que l'auteur a voulu dire, l'expression est impropre.
* — Fontenoi, village situé à une lieue de Tournai (en Belgique), est célèbre par la bataille à laquelle il a donné son nom. Elle fut gagnée le Il mai 1745 par le maréchal de Sa^e à la tète d'une armée de quatre-vingt-dix raille hommes. Les alliés de Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, n'en avaient pas réuni sur ce point plus de cinquante mille, dont six mille Autrichiens : le reste se composait d'Anglais, de Hollandais, de Hanovriens et d'autres Allemands soldés par l'Angleterre. Les troupes anglaises eurent d'abord l'avantage; mais la Maison du Roi s'étant précipitée dans leurs rangs ouverts déjà par le feu de l'artillerie, la colonne ennemie fut repoussée, et une victoire complète ne larda pas à couronner ce dévoûraent.
* — Lafayette fut, à certaines époques, dans une position favorable pour imprimer à la multitude le respect ou la crainte : on a pu dans ce moment dire de lui, sans trop d'exagération, ce «jue Virgile a dit de l'homme respectable par son caractère et ses services :
Ac veluti magno in populo ci"iin sappè coorta est Sedilio, saBvilque aiiimis ijînoliile vulgus; Jàmque faces ets.ixa volant ; furor arma ministrat : Trtni,pielale gravemac inerllis si forte viriiniqueni Conspexère, silent, arreclisque auribiis aiLstant. lllc régit dictis animos, et pectora inulcet.
Ainsi, quand des citOs la révolte s'empare Etscuflle ses fureurs au peuple qu'elle égare, liéjA volent les traits , les pierres et les feux ; Tout sert d'armes aux mains de ces vils factieux : (,)u'un sage tout A coup paraisse : à sa présence l.e tumulte s'apaise; on l'écoute en silence; Il calme les esprits et maîtrise les cœurs.
F. Bkcquky.
Observation générale. Ce douloureux ('pisode de notre révolulion est raconté d'un ton siinplc. mais attachant. L'aiitfiir a su faire nailie un puissant intérêt du sujet même, sans aunui artifici' cl sans aucun appel aux passions haineuses. C'est le triomphe du véritable historien.
Quelques lecteurs trouveront peut-être que la part de M. de l.aiayclte cst,dansce récit, iilus belle qu'elle
ne le fut dans la réalité; cependant il n'y a pas trop d'exaijéralion, et la narration en est plus dramatique sans cesser d'être vraie.
M. de l.alayettp esl un de ces hommes qu'on a loués et calomniés loui- à tour outre mesure; mais
qui n'ont mfrflé NI cet excès d'honneur, ni cette indignité.
- 1651. — Mort du père Jacques Sirmond, confes.seur de Louis xiM, l'un des hommes les plus savants et les plus aimables de son temps.