‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 257 sur 370 · UNE NUIT DANS LE NOUVEAU-MONDE · texte numérisé non relu

UNE NUIT DANS LE NOUVEAU-MONDE

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l 11 soif je in'élais ('jjnic dans um; forèl, à

<|ml(jii(' distance de la cataracte de Maj;ara'; liientôl je vis le jour s'éteindre auto\ir île moi, el je goûtai, dans toute sa solitude, le heau spectacle d'une nuit dans les déserts du iNouveau-Monde.

Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbres , à l'horizon oppose. Une brise embaumée , que cette reine des nuits amenait de l'orient avec elle , semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée; tantôt il reposait sur des }Troupes de nues (pii ressend)laient à la cime de hautes montajjnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles , se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écume, ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'œil, cpi'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité 2. La scène sur la terre n'était pas moins ravissante : le jour li!eu;Ure et velouté de la lune descendait dans l'intervalle des arbres , et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière (pii coulait à mes pieds, tour à tour se jierdait dans les bois , tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein^. Dans une savane'i,de l'autre côté de la rivière , la clarté de la lune donnait sans mouvement sur les gazons. Les bouleaux, agités par les brises, et dispersés çà et là , formaient des îles d'ombres flottantes sur cette mer immobile de lumière ! Auprès , tout aurait été silence et repos , sans la chute de (juelques feuilles, le passage d'un vent subit, le gémissement delahulotte^; au loin , I»ar intervalle, on entendait les sourds mugissements de la cataracte de Niagara , qui , dans le calme de la nuit , se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.

La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ^ ; les plus belles nuits en Euro|)e ne peuvent en donner une idée. En vain, dans nos champs cultivés, l'imagination cherche à s'étendre; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes ; mais dans ces régions sauvages l'homme se plaît à s'enfoncer dans un océan de forêts, à planer sur le gouffre des cataractes, h méditer aux bords des lacs «l des fleuves, et. pour ainsi dire, à se trouver seul devant Dieu.

— IlK (.IIATKAI'BRIAISD. — ( Voynle 6 janvier. )

' — La cataracte de Niagara est la |»liis !)elle du monde; sa hauteur perpendiculaire visilile est de 144 pieds. Le l)ruit de sa cluitc s'entend à une dis-

tance de 15 à 20 lîeucs; la terre en est èliranlée dans les environs, et le nuage de vapenripii s'élève audessus du précipice peut se voir de 25 lieues. Celle vai)enr loml)e.enliiver, sur les hranches des arbres voisins, et. en s'y congelant, produit des décoralions crisl;illines (le la plus grande beauté.

Celte célèbre cataracte, dont Cliûleuvhriand nous a donné une si belle des(ri|»tion. esl formée par la Niagara, rivière qui soii du lac F.rié et se jetle dans le lac Onlario, après 13 lieues de cours. Sa plus grande largeur esl de trois lieues.

2 — L'emploi de leur, que blâmeraient ici certains grammairiens, esl plus ex|)ressif el plus poétique que celui de e«. (Voyez ma Grammaire, n" mi.ï.)

3— Celle image peut paraître un peu exagérée.

* — En Améri<|ue on donne le nom de savanes à de vastes solitudes pré.senlani d'imm;^nses prairies, des marécages, des forêts d'arbres résineu.x.

5 — Hulotte, oiseau de nuit.

6 — Une telle allégation esl suffisamment réfutée par tout ce (|ui |)récède. Celte description ravissante d'une nuil dans le nouveau monde prouve la toute puissance d'une langue, quand c'est le génie qui la parle.

Obseri-ntinn f/énérale. Onclle mafjnilique poésie dans ce tableau ! Quelle image enrhanleresse dans ce style! Le lecteur se sent transporté, lui aussi, sur cette terre vierge du Nouveau-Monde. Iljouit avec ravissement de cette nuit si pure, si calme, si pleine de douces lumières et de suaves harmouics.

Le style de Chateaubriand reproduit avec une merveilleuse fidélité les impressions du sublime spectacle qu'il dépeint : il est doux comme l'éclat de la lune dans les foréls balancées par le vent, empreint de mystère et de mélancolie comme la solitude- harmonieux comme les soupirs de la brise et l'écho lointain des cataractes ; et comme il n'y a pas d'exemple d'une pareille nature, il n'y a pas non plus d'exémi)le d'un pareil stvie.

- KXSi). — V eillc de la balaille de [laslhigs, reinporIC'e par Guillnnnie Ip ConqiiOranl sur H.-irolcI. Cette bataille décida du sort <lc rAnuleterre.

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