REGNE SE CHARLEMAGNE
Siii)^ lin prince n(li>i'(-, tout lU-unt. tuut prospère; S'il ronimandc en inonari|iio, il administre en perc. n uidr ses sujets daiu les jours de malheurs, Ketmonie attentif de ses biens et des Iciu's. — Le Fa*Hc-DB-PoHPiciCÀ|i. —
Charlemagnc songea a tenir le pouvoir de la noblesse dans ses limites , et à empêcher l'oppressidn du clergé et des hommes libres. Il mit un tel tempérament dans les ordres de l'État, qu'ils furent contrebalancés, et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son génie. H mena continuellement la noblesse d'expédition en expédition ; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins, et l'occupa tout entière à suivre les siens. L'empire se maintint par la grandeur du chef : le prince était grand, l'homme l'était davantage '. Les rois, ses enfants, furent ses premiers sujets, les instruments de son pouvoir, et les modèles de l'obéissance. Il fit d'admirables règlements ; il fit plus, il les fit exécuter. Son génie se répandit sur toutes les parties de l'Empire. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraîne tout. Les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés, les négligences corrigées, les abus réformés ou prévenus, il savait punir ; il savait encore mieux pardonner 2. Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, les difficiles avec promptitude '. Il parcourait sans cesse son vaste empire, portant la main partout 011 il allait tomber*. Ses alFaires renaissaient de toutes parts, il les finissait de toutes parts. Jamais prince ne sut mieux braver les dangers, jamais prince' ne les sut mieux éviter. Il se joua de tous les périls , et particulièrement de ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants, je veux dire les conspirations 5. Ce prince prodigieux était extrêmement modéré ; son caractère était doux , ses manières simples; il aimait à vivre avec les gens de sa cour. Il mit une règle admirable dans sa dépense : il fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie; un père de famille pourrait apprendre dans ses lois à gouverner sa maison. On voit dans ses capitulaires la source pure et sacrée d'oii il tira ses richesses. Je ne dirai plus qu'un mot : il ordonnait qu'on vendît les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins , et il avait
distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards et les immenses * trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers.
— MO^TESQIIEII. —
Fjiprit drs Luù.
MONTESQUIEU {Charles de ^Ecosv AT, baron de)
Président au parlement de Bordeaux; né i)rès de celte ville, le i8 janvier lese, au château de la Brède.
Montesquieu avait trente ans lorsqu'il publia les Ac/^/ca/V/somcs, satire pélillanted'esprit et pleine d'observations judicieuses et profondes. Sept ans plus tard, il fut reçu à l'Académie française, et publia son rapide et admirable tableau des Causes de lu grandeur et de la décadence des lioniuins, sujet usé qu'il sut rajeunir par des considérations politiques de la plus liante portée et par d'énergiques peintures. Parut ensuite l'immortel ouvrage de l'Esprit des Lois, l'œuvre de toute sa vie, et son véritable titre à la gloire.
«Le genre humain, a-t-on dit, avait perdu ses titres : Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus, n
Les vertus de Montesquieu égalaient ses lumières. On sait que la comédie du Bienfait anonyme est sa propre histoire, et qu'il est le héros de la pièce.
Il mourut le lo février nas.
• — Bel exemple de l'antithèse.
^ — Autre antithèse, heureusement amenée.
^ — La corrélation n'est pas exacte entre grandeur et facilité, difficulté et promptitude.
■* — Image gigantesque qui rappelle Atlas.
5 — En rapport avec conquératit, rébellion serait le mot propre, mais il s'agit ici de quelques conspirations ourdies contre lui, à cause des cruautés de la reine Fastrade.
^ — Quel admirable contraste présentent cette économie de père de famille et cette générosité de potentat !
Observation générale. Ce tableau , l'un des plus brillants qui soient sortis delà plume immortelle de Montesquieu, est un clief-d'œuvre de style. C.harlemagne y est considéré comme conquérant, sur le trône et non sur les champs de bataille, dans son administration intérieure, non dans ses expéditions aventureuses; aussi le tableau est-il fidèle dans toutes ses parties. Le conquérant eût été peint tout autrement.
-1709 — Intensité d'un liiver long et rigoureux qui fit périr tous les fruits de la terre et causa une famine et une désolation universelles.