L ALSACE
A tous les cu*«irs blrn n<^ que la patik^ est cheri' *
Cc'BIlEIlK. —
Mignon * a chanté avec une touchante exjirossion : « Vonnais-lu le pays où flvuris- .scntk's citrunnurs? H\ron^ cliaiit;i sur le iiu-nu' ton : Conuaiascz-rous le pays oh s'élivcnt le myrte et le cyprès? Je ne sais coni- Men ih' poi'tt's ont , après eux , répété la même »|ueslioii. Ou'il me soit permis d'ajouter un cliainou encore à celle lonj}ue eluùne li'interroi;;itions plus ou moins poéti(|ues, et de demander en prose : Connaissez-vous l'Alsace?
Je la connais, moi : c'est un beau pays. L'oranger n'y répand i)as ses parfums; les colonnades de marbre n'ornent i>oint les péristyles de ses demeures 2, et les statues ne regardent point les passants du haut de niches encadrées de charmilles de laurier ou de chêne vert. Le ciel n'est pas toujours serein comme l'teil joyeux del'enfant; l'airpas toujours tiède comme l'haleine des amants^; et pourtant c'est un beau pays que l'Alsace! Le fer dort au sein de ses monts, dont la cimese couronne lie sapins à la longue chevelure secouée par l'om-agan , et d'un feston de nobles châteaux encore grands sous le lierre qui cache leurs ruines : dans les entrailles de la terre et sur ses sommités , les symboles de la force. Les vignes couvrent les collines, le blé ondoie comme une mer dorée dans la plaine; le Rhin bondit sur ses flancs, large, imj)étucux , profond; il Hotte comme une ceinture ; ilembellit et il défend. Du sein des villes et des bouri;ades, des Hèchesgothiques s'élancent, hardies, sveltes, vers le ciel; ties honnnes forts marchent au pied de ces obéliscpies chrétiens, et portent sur leur front la trace de leur origine. Oui. c'est un beau pays (pie l'Alsace! Toujours, quand je l'aborde, et cpie du haut des V osges , celte noble vallée se tléioulc avec les suaves ondulations de ses collines, la najtpe brillantede ses plaines, avec ses routes, bortit'es de noyers, tpii se croisent tantôt comme \\n réseau vert, tanlôl comme des j'iibans qui flottent à l'aventure, tpie le Rhin brille, argenté sous les feux du soleil , que la cliainedc la FonH-Noin- encadre l'hori/on lointain de ses hauteurs [lâlissantes , et qu'au cenlre de cet immense jardin s'élève, comme un phare loinlain , la cathédrale majesliieuse, l'o'uvrc d'Krwen , la pyramiile aérienne, le joyau du moyen .Igc . l'orgueil d(; nitsjoiirs''; alors mon cœur bondit comme ;i la vue d'une maîtresse adorée, alors je crois revenir d'un long exil
âli OCTOBRE.
dans la terre promise, et je me prends à saluer avec orgueil l'Alsace, ma patrie! — I.oris Lavateh. —
Autrur KVlh'nrt Farvt cl tlti Sonvetiu-Candtdf.
' — Le nom de cet auteur ne se trouve dans aucune l)iographie.
2 — Gi'oiyc (loRiMiN, lord Hyrox, célèbre poète anglais, né à Douvres, le 22 janvier i788, et inurl à Missolonglii. en Ciiéce, le i9 avril isîi.
^ -Demeures est employé ici dans le sens d'/iahilations.
* — Diction négligée. L'exactitude exige le ciel n'y est pas toujours pur... l'air n'yest pas toujours tiède. Celte dernière pensée est d'ailleurs un peu prélciitieiise.
^ — Erwin de Steinbacli , célèbre areliitecte du xiM'' siècle, mort en 1318, dirigea, pendant vingl-luiil ans, les travaux de la cathédrale de Slrasl)nurg. admirable édiiice dont le clocher, élevé de 436 pieds, fut enlièrement achevé d'après ses dessins, en 1439.
Observation générale. CeUe description foule poéti<iiie de l'Alsace est écrite avecéléfyance et pureté. On peut y remarcpier d'heureux eflFels de style et le mérite assez rare de la justesse des idées.