‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 265 sur 370 · LE KOI ALFRED AU CAMP DE ROLLOI · texte numérisé non relu

LE KOI ALFRED AU CAMP DE ROLLOI

Alfred vous parle , et non son vuin fantdnie Je suis vivant ; sur les brigands du Nord J'aurai demain reconquis mon royaume. Je sui:> vivant ^ le Danois seul est mort. — Miiiivotï. —

nollon OU Rolland, premier «lue de Norm.iiulie , A la lèie iriiiie arnitîe composée tle i\orruan<ls et de Danois, était campé près (le la ville <lc Londres dont il voulait s'emparer, loT»q»\/irred-lc-Grand, sixième roi d'Aiit;letcrre, expulsé de son royaume par les Ani^lo-Saxons, ses sujets, et errant sotis le costume d'un joueitr de barpe , se présenta et se flt connaître à ce guerrier , qui le rétablit sur sou tronc.

Ce récit est fait par un envoyé de Rollon a sa Temme Juililli.

Au milieu de la nuit, des guerriers qui veillaient |)oiir la garde du camp entendirent tout jirès tl'eux les sons harmonieux d'une harpe; cl, bientéit après, une voix |)leinc d'ex|)ression chaula , en langue Scandinave , et les hauts fails des Danois , et la gloire de Rollon '. Surpris . émerveillés de rencontrer, dansiin j»ays ennemi, un partisan de leur nation, ils appellent le chanteur, et, dans leur enthousiasme, l'invitent à entrer dans le camp. Une se lit pas prier ; et le restede la niiil il charma , par ses chants, l'ennui des sentinelles. Oiiand le jour vint, il fut accueilli, fêté jiar tous les Danois : il fall.iit que, dans chaque lente, il but et chanti\t2.

«* RoUon lui-nièine voulut entendre le fameux joueur de harpe , et le fil appeler dans sa tente, où je nie trouvais seul avee lui. Nous fumes frappés de la physionomie grave et noble de ce sin[i[ulier personnap,e. Maiscjuel puissant intér(^t il inspira à Rollon quand il se mit à chanter, en s'aceonipagnant de la harpe, les malheurs du roi Alfred ', banni, par d'ingrats sujets, de son toit paternel, parce (pi'ils le croyaient peu proj)re à régnersureux, à cause de son amour pour l'étude , et le soin qu'il mettait à connaître les maux des autres peu- })les. Il le peignit errant dans les forêts, arrachant de la terre, pour se nourrir , des racines amères. 11 nous dit ensuite comment , poursuivi par l'un des usurpateurs de son trùne , il s'était rétiigié dans la cabane d'un misérable porcher; comment il fut forcé de servir le plus ignoble, p.eut-étre, de ses sujets, de mener ses porcs dans les marais, et, souvent, de partager avec eux le reste des mets grossiers ((ue le porcher leur abandonnait.

<t A ce récit, les yeux de Rollon exprimèrent la pitié, l'indignation.

— <i Oh ! s'écria-t-il , s'il m'était donné de venger l'injure de ce roi, dont on m'a vanté si souvent l'esprit et la sagesse, de le replacer sur un trône qu'il était si digne d'occuper, je ne regretterais pas mon expédition en Estanglie *. Mais où le trouver?... Que sera-t-il devenu?...

t( Le joueur de harpe jeta alors les yeux autour de lui ; et, voyant qu'il n'y avait dans la tente nul autre guerrier que Rollon et moi; il nous dit :

— <i Je suis Alfred !

<i A ce mot, Rollon lui tendant les bras :

— Viens, mon respectable hôte, viens, que je te presse sur ma poitrine, en attendant que je replace sur ta tète une couronne.

•t Alfred voulut s'incliner devant lui :

<i — 0 mon héros ^, disait-il, recevez ma foi, je me fais votre vassal. »

«i Rollon, le relevant, le fit asseoir à ses côtés, et ils se concertèrent ensemble sur les moyens les plus prompts de soumettre les Anglo-Saxons, et, surtout, de s'emparer de leur grande cité, en face de laquelle notre camp était assis.

K Les renseignements que donnait Alfred étaient très-importants : ilconnaissaitdes chemins secrets qui conduisaient dans les forteresses mêmes fi, ou dans des quartiers de la ville, qu'il était impossible de défendre. » — Anviinv DuvAt. —

DVWhi^iinauo', Pincux),

Ni- à Rennes, le 28 janvier neo.

A 2(1 ans, il s'était di'jà (lisdngin' comme avocat; il avait iniblié, en faveur iVwn de sps clients, nn mémoire qui eut dix éditions. Malgré de si beaux

8iicc(\s, dominé par son goût pour l'étude de l'anli(|uité, il (|uiUa le barreau, et vint ?» Paris, où il a(ce|)(a la place de secrétaire de l'amitassade de l'ranre ;\ K;i|»les. Pendant un séjour de plusieurs années dans celte ville, il rassembla les matériaux d'un grand ouvrage sur l'arcbéologie, qu'il méditait depuis longtemps. Les germes d'une révolution prochaine lermenlaienl déjà en France; l'ambassadeur fut rajtpelé, I\I. ytinaury Durai le suivit. Il revint bientôt ù Naples, qu'il quitta de nouveau, pour aller à Home, où il se trouvait en 1792. Il courut les plus grands dangers lors du meurtre de Jiussei'ille; il revint ù Paris, et renonça quelque temps après à la carrière diplomati(iue. 11 créa, avec Chamfort et Gingucnce, l'ouvrage périodique qui porta d'abord le nom de Décade philosop/iique iusqu'cn isos, où il fut changé en celui de Revue; puis enfin, il fut réuni au Mercure de France^ que M.Duval rédigea jusqu'en isM. Créé membre de l'Institut, en tsii, il devint, en tsis, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Ses ouvrages principaux sont : Relation de l' Insurrection de Rome , en 1793, et de la viort de Basseville, 1793; avee M. Toscan, la traduction du Foj'age de Spallanzani dans les Deu.v-Siciles, et dans quelquespartiesdes Apennins, 1796, 6 vol. in-80; Observations sur les spectacles, 1-99; des Sépultures chez les anciens et les modernes, ouvrage couronné i)ar l'Institut, i8oo,in-8''; Mémoires sur Naples, par leco»</e Orloff. {M. A maury Duval peut être considéré comme l'auteur véritable de cet ouvrage, dont le comte Orloff' n'a probablement fourni que les matériaux), 5 vol. in-8<>, Paris, j82o.

' — Rollon, Flaoul, ou Haroul, premier duc de Normandie, était un des principaux chefs de ces Danois ou No rmatid s, [hommes du Nord), qui firent tant de courses et de ravages en France dans le ix" et le x"^ siècle. Le roi Charles-le-Simple, pour être en paix avec eux, conclut, à Saint-Clair-sur-Epté, en 912, un traité par lequel il donna à Rollon sa fille Giselle en mariage, avec la partie de la Neustrie, appelée depuis Normandie, à condition qu'il lui en ferait hommage, et qu'il embrasserait la religion chrétienne. Rollon y consentit; il fut baptisé, et prit le nom de Robert, parce que, dans la cérémonie, /îo/»e/"/, duc de France, lui avait servi de parrain. Il mourut vers 952, dans une des expéditions qu'il fit en Angleterre, où ses compatriotes étaient déjà établis.

2 — Les Scandinaves avaient un respect singulier pour leurs poètes et leurs chanteurs, qu'ils ap- ])elaient Scaldes. Ciiez cette nation guerrière, (jui ne connaissait d'autre vertu que la valeur, d'autre vice que la lâcheté, les Scaldes étaient les dispensateurs suprêmes de la louange ou du blâme. Il fallait que la mort d'un héros fût chantée sur la harpe, et, à défaut de cet honneur finièbre , les portes du palais A'Odin ne s'ouvraient point pour lui ; il ne buvait pas, à la table des braves, l'hydromel dans le crâne d'un ennemi vaincu.

5 ~ Jlfrcd-le-Grnnd, né en 819, succéda en 87i à son père Elhclrcd, roi d'Angleterre. Il vaincpiit les Danois, s'empara de Londres, et perfectionna la marine. Il poliça ses États, institua des lois, établit des jurés et divisa l'Angleterre en comtés. Il encouragea les arts, les sciences et les Belles Lettres, se livra lui-même à l'étude, et composa itlusieurs ouvrages. Il fit fleurir le commerce et la na-

'■m OCTUIUIK.

vigriliitn. et l'Angleterre devint, sons son règne, un stjiiiir tie jnstice et de paix. 11 niournt en 9ciu. On trouva dans son testaniml tes paroles remarquables : Les Jmjlais doicent être aussi libivs que leurs pensées.

* — A'flanfflie, ancien nom de l'Angleterre.

* — FA|)ressioii d'amour el île respect. tamiliOre à la poésie erse et à la poésie Scandinave.

6 — .\fënies. exprimant ici l'identité, est adjectif. et s'accorde conséquenimenl avec forteresses.{\ oy . ma Grammaire, n» 426.)

Observatinit grnérale. (c n'est point la vérité liistoriiiiie (jii'ilt'aui chercher (tans ce rééit. d'ailleurs plein d'mlérét et éciit a\ec talent.

\oici les faitsqui eut .•i(i\i de caïu-vas au romancier: .tifred. ahandoiuié par la nation, alla se réfugier dans des pays marécageux ou il vécut seul et dct;uisé en villageois. Les Kanois subjuguèrent tout le West- Sex, elrédiusirent les Saxons en servitude. \u bout d'une année de souffrances, les Saxons t'utéreut de reconcpiérir leui- liberté. .///>('(/ profila de ces dispositions i)our rentrer dans ses Etats . où l'on regrettait sa domination. Il recommença les hostilités pai' une guerre de partisans et rassemblant tout à coup une armée formidable, il tomba à Pimproviste sur les Danois , les tailla eu pièces et les contraignit à demander la pais, ('et événement est postérieur de plusieurs années aux expéditions de Rnllnn en Angleterre. C'est pendant cette guerre (prMtred . sous Ihabit d'un pâtre, s'introduisit dans le camp des Danois pour apprendre à les connaître et à les vaincre.

Mort de la GallissonnUre cClèbrc in;irin, et niarêctial «le France.

L'HOMMX: DE MEB..

Vmet encor braver les balles , Debout . sur vutre ponl niuuvui Ri luller avec les rafales Au bruit du eaiion et du vent.

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