‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 28 sur 370 · I.'BIVEK A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

I.'BIVEK A LA CAMPAGNE

VALLÉE ACX LOCPS ' .

Toutefois de rhÎTrr la ri^ear intraitable. A la (;1ace soiivriit prcto jnasprct aimable, Et. conifnp SCS horreurs . l'hiver a ses beautés; L'œil aime ces frimas, ces tapis argentés. Ces rocs de diamants, ces aigrettes llotlantes. En mobiles cristaux à nos arbres pendantes.

— DiLILLB. —

11 n'y a de beau et de consolant ({ue le spec-

tacle des champs. Comprenez, s'il se peut, au ju'emier asjtect de mon village 2, tout ce qu'il enferme de trésors pittoresipies. L'été, de larges rayons de soleil , échappés entre les nuées brillantes que forment les pitons s de nos bois, tombent sur la cime des ormes et des peupliers, illuminent le vallon, glissentduchaume sur l'ardoise, de la colline à la prairie, et viennent réaliser pour nous ces piquants aspects affectionnés spécialement par les pinceaux de Ruisdael *. Vers l'automne, c'est une autre magie. Alors il s'interpose, entre les points diversement reculés de la perspective, des vapeurs bleues, transparentes et mobiles, qui en séparent les plans et en établissent les rapports avec plus de prestige. Le violet, la pourpre et l'oranger, se mêlent à des verdures sévères; tel clocher forme , d'ici, un heureux repoussoir ^, et tel coteau se détache sur un fond de nuages qui passent successivement des tons gris au ton lilas et aux teintes pourprées. Nos arbres, au frontchauve, ou, comme on dit, couronnés attirent la première corneille qui vient prophétiser l'hiver. Le fruit qui * tombe , sans interrompre votre rêverie , vous donne à la fois un sentiment de mélancolie et de durée : car nous nous sentons plus vieux que le printemps etplusjeunes que l'automne. C'est là un secret de votre sympathie pour la saison qui précède l'hiver. L'hiver ! autre sujet d'admirer, autres mystérieux plaisirs. D'abord, les oisifs ont déserté votre monde , et le hameau vous appartient. Connaissez-vous le spectacle imposant de novembre ? soit la lune réfléchie dans les eaux débordées, soit les linceuls de neige, soit ces jours de cristal où les frimas ont durci et confondu tous les sols , effacé la borne de tous les héritages et jusqu'à la trace des eaux pétrifiées «? Venez voir dans nos bois étinceler les diamants du givre, entendre la majestueuse colère de l'équinoxe à travers les champs dépouillés. A la ville, tout est uniforme et prévu ; l'hiver est un long ennui; c'est l'agonie de l'année 7. La ville, sous la bise ou la neige ou la pluie, est fastidieusement boueuse et triste. Ici les aspects varient incessamment ; un rayon de soleil est une fête. Les événements ne sont plus misérablement dans les hommes, mais dans les choses ^ ; ils ressortent ^de la nature. Quel temps fait-il? est une émotion de réveil, un fait plus intéressant à connaître que les conjectures de vos gazettes; et puis, la revue de votre domaine aprèsunenuit d'orage, votre pauvre jardin qui sommeille, et qui peut-être va s'émouvoir demain. Dans les bois que vous croyez déshérités de toute végétation, le lierre fait verdoyer ses colonnes, le sol s'émaille de mousses variées, l'ajonc '" s'élance entouré d'épines : il écarte les glaçons pour fleurir, comme la pensée d'une autre vie écarte les chagrins de ce monde ". Enfin admirez sur vos têtes une végétation

30 JANVlJilR.

acrionno it pKiiio de mysltro. un |Kirnsitc' oncoro incxpliiiiu' : cVsl le i;iii »lniicli(iue ;ivor ses fruits sans fUurs, sos fruits t|ui ooniposciit un ItDuqutt. bou(jut't divisé par trois perles aussi transparentes et blanelies ;<pu' eelles des sultanes <2. A votre retour, la veillée, le charme dos lectures, le récit des antitpies liisloires. C'est riuureoù le petit fap,ol devient le soleil du foyer; le pauvre j^rillou, le rossignol des nuits d'hiver. Écoutez laliise qui parle à votre porte de mélancolie cl de sommeil 's.

Pour moi . je ne descends guère cette colline, j'aperçois rarement de loin celte humble retraite, sans me demander comment il se fait que tant de bonheur se puisse enfermer là; car vous passeriez, sans le voir, à côté de ce hameau qui doit ressembler à celui où Pétrarque acheva de si heureux jours '^. C'était, je crois, dans les monts Euganéens '^ N'est-ce pas de là qu'il écrivait à un ami : u Vous me demandez ce que je fais ? — Je suis homme et je travaille. A quoi je pense? — Au repos. Ce que j'espère le moins dans ce monde ? — Le repos. Où je tends ? — A la mort. Dans quels sentiments ? — Sans l'appeler ni la craindre. — H. De Latouche. —

DE LATOUCHE ( Ilenrt )

l'n de nos écrivains modernes les plus distingués, né en i789, dans le département de la Creuse. On lui doit i»liisieiirs comédies : les Projets de Sagesse, le Tour de Faveur, où Ton remarque beaucouj) d'esprit, un style élégant et pur. On a encore de lui Marie-Stuarl, tragédie traduite pour la première fois de Schiller; celte traduction a le mérile de leproduire en français les l)eautés originales du texte allemand et de nous donner une idée fidèle de ce cluf-d'œiivrc étranger; la Reine d'Esparj ne, drame hisloricpie; OéwjCM^xiv et CarJo berlinazzi, correspondance inédile entre un pape et un comédien. Celle correspondance est jdeine d'intérêt , el c'est une chose assez étrange que de voir deux hommes, partis du même |)oint el arrivés, l'un sur les planches d'un théâtre où il s'est rendu célèbre, sous le nom de Carlin . par son rôle d'Arieciuin , el l'autre dans la chaire de Saint-Pierre, se rapprocher malgré la distance, cl de les entendre se parler le langage familier d'une vieille amitié. On lui doit aussi la dallée au.r Loups, souvenirs el fantaisies, prose et \ ers ; Frar/oletla el Granfjeneuve, romans qui onl olilenu un succès mérité.

M. dt- Latouche a aussi publié, dans des journaux el dans des revu<;s d'excellents articles polili(pies el lilléraires. Son nouvcfau roman, France el Marie f dont le second volume, près de paraître . vient d'être détruit par un incendie, justifiera sans doute l'allente du public.

' — Vallée délicieu.se située près de Paris, en- Ire Sceaux. .\ulnay, le Plessis-Piquet elChalenay.

' — Aulnay.

3 — Pilon, cime d'une montagne , est employé ici par synecdoque. )»our montagne.

* — Plusieurs taciies départant celte phrase. Il

fallait ^chnpiH's d'entre les nuées, le pinceau de Hnisdnel : dans ce sens mélaphori(iue, le pluriel est inusité. Jacob Iluisilacl, célèbre paysagiste hollandais, né à Harlem en ib4o, est morlenuîsi.

■"• — /îepoussoir, terme de peinture. Grande masse d'olijets privés de lumière, qui, placée sur le devant d'un tableau,. sert à faire paraître certains détails |)lus él(»ignés.

^ — Jours de cristal, eaux pétrifiées^ images outrées, abus de la métaphore.

' — Opinion tout à fait individuelle; car il est généralement reconuu (pic la ville gagne autant que la campagne jierd en hiver.

* — houlade un peu violente : les hommes seraient-ils donc descendus au-dessous du niveau des choses?

" — C'esl-i»-dire la nature les fait surgir.

'** — Ajonc, plante de la famille des légumineuses, genél é|»ineux, jonc marin.

" — Comparaison aussi philosophique que poétique.

•^ — Les druides, prêtres gaulois, avaient un respect superstitieux pour le gui de chêne. C'est avec cette piaule (ju'on prépare la glu.

'^ — La bise qui parle à la porte de niélancolie et de sont mcil présenle une alliance d'idées un peu bizarres; afféterie qui dépare celte jolie pièce.

14 — François Pétrarque, célèbre poète italien, naquit à Arezzo en i3u4, el mourut A Arga, près de Padoue. en 15-4.

•5 — Les Eugatiéens, peuples d'Italie, sur les confins de la Rhélie et de la Vénélie, le long des rives de l'Adige.

Observation générale. Cette pièce, due à la plume si .spirituelle (ie'l'auleur de Fragolctta et Ae Grangrneuve. renferme, si l'on en excepte ipiclques expressions qu'un goiU sévère peut condamner , des l)eauté3 du premier ordre. On ne peut qu'en{;atîcr les imitateurs (te M. de Latouche, et ils sont nond)reux, dit-on, à choisir dans ses écrits l'or qui y abonde , et à le séparer de l'allia je qui pourrait les séiluire.

« Quand sur une personne, on veut se modeler,

a C'est i)ar ses beaux cùtOs qu'il lui faut resscinl)ler. »

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