LE JEUNE TROMPETTE
Un cffroynbli- bruit coiiil le long du liviipc, L'nii- en f<mU ; rt l'iinnime, avrili «lu i .iv.ijsi', Suri Uts liiiiiii'uiK voisins, ri, imnt di' li-rrcur. Vient repaître ses yeux d'une seene d'honeur ! — RouciiEK. —
Afin de soulager son pauvre père déjà avancé en ,1ge et charge de famille, un petit villageois des environs de l'hiliiisbourg, ayant à peine sa onzième année, quitta la maison
palernello, et s'engagea , en qualité de tronij>ettc, dans le régiment de Furstenljerg. Il y (ut généralement aimé pour son intelUgenec et sa docilité envers ses chefs.
Une conduite régulière jointe à une taille avantageuse le fit avancer en peu de temps. 11 était, dès l'dge de seize ans, le premier trompette de son corps.
II y avait huit années déjà que le jeune Allemand était loin de sa famille, et il redisait souvent : u Quand irai-je donc embrasser mon pauvre père ? Oh ! qu'il sera content de me revoir ! n Plein de cette idée, le jeune militaire demande et obtient un congé de deux mois ; il part avec sa trompette chérie et une ceinture garnie de cent pièces d'or, fruit honorable et précieux de ses économies '.
Oh ! quelle fêle ! quel jour de gloire pour un bon fils! quel satisfaction de retourner, après un si long temps, aux lieux témoins de son enfance ! quel triomphe surtout d'y reparaître en bienfaiteur et d'y donner des preuves de sagesse , dans un âge qiù le plus souvent n'est encore marqué que par des écarts et des fautes ! Espérance consolatrice , projets flatteurs, vous ne fûtes pas réalisés !
Le jeune homme s'était mis en marche vers la fin de l'hiver de i709; le Rhin était glacé à plusieurs pieds de profondeur. Comme il traversait ce fleuve, voie la plus courte, selon lui , pour se rendre au village qu'habitait son vieux père, la débâcle s'opéra subitement avec un fracas semblable à une décharge d'artillerie. Arrivé trop tôt au milieu du Rhin, et loin des bords, où la glace tenait fortement encore, le malheureux jeune homme est entraîné par le courant. Vainement il s'élance d'un glaçon sur un autre ; les glaçons s'entrc-heurtent et fléchissent sous ses pas ; vainement il appelle à son secours : la foule accourue sur les deux rives n'ose et ne peut tenter un hasard si périlleux : chacun lève les bras au ciel et fait des vœux stériles dans cette conjoncture. Marchant sur le gouffre, voyant qu'il ne peut tarder à s'y voir engloutir, le bon fils veut signaler sa dernière heure i>ar les pieux sentiments qui l'ont guidé dans son voyage; il prend sa trompette, sonne un air guerrier que son père aimait beaucoup, puis s'écrie : «; Cent pièces d'or sont contenues dans ma ceinture ; j'en donne cinquante à celui (jui repêchera mon corps et (jui portera les cinquante autres pièces à mon père d A peine eut-il achevé
ces mots , (ju'un glaçon énorme le renversa et il disparut
Son corps l'ut retrouvé quelques jours après. On apporta au père de cet infortuné, non cinquante pièces d'or, mais les cent qui étaient dans la ceinture
Le malheureux père ne put survivre à sa doideur. *
— Capelle. —