‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 287 sur 370 · INFLUENCE DES OBJETS EXTÉRIEURS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES OBJETS EXTÉRIEURS

SUR L'IMAGI.NATION, I.F.S COUTS F.T LE CAHACTÈHE DES ENFANTS,

Dés que rrnfanl commence à distingnrrlr» objets, il importe de mettre du choix dan» ceux qu'on lui montre.

— J.-J. novuE*o. —

Avant que la voix de l'homme se fasse comprendre de l'enfant, les objets inanimés lui parlent. Les choses qui l'entourent exercent une action directe sur ses sens. L'horizon sensible, le monde extérieur a peut-être autant d'influence sur l'éducation du premier ,^ge, (jut; les j>récepteset les leçons des parents et des maîtres '.

En remontant le plus loin possible dans les souvenirs de l'enfance, on trouve l'image

(les choses, plutôt que la mémoire des paroles. Le lieu qu'on habitait, la vue de la fenêtre, les tableaux, les estampes, les meubles même, qui frappaient iiabilucllement nos yeux sous le toit pateinel, les premières promenades, qui nous paraissaient de longs voyages, pleins de déeouveites et de sensations nouvelles, sont mieux gravés dans notre souvenir que les conversations et les lectures^.

En lisant les seules l)iographies qui révèlent le cœur humain, je veux dire les mémoires, les confessions, ou les lettres originales des hommes célèbres, on trouve toujours quelques vestiges des souvenirs de l'enfance; et les passages qui les retracent sont presque toujours les meilleurs de l'ouvrage. On évoque avec délices ce monde qui nous charmait; on se complaît dans ces vives peintures d'un-temps d'innocence et d'illusions.

«J'ai passé ma première enfance dans la maison d'un charpentier, en face d'une église gothique, dont les murs étaient crénelés. La petite place qui séparait la maison de l'église était le thédtre de mes jeux.* On l'appelait le Cloitî'e. J'y vais souvent tout seul, au coucher du soleil; je m'assieds sur le banc de pierre en face de l'église. Là, je contemple, avec un plaisir d'enfant, les hirondelles qui tournent autour de la place, et vont se précipiter dans les trous des créneaux, pour en repartir incessamment, et tracer dans le ciel des cercles noirs et sans fin. Je ne puis démêler ni peindre tout ce que j'éprouve en ce lieu solitaire.

Mais je rattache à ces premières impressions de mon enfance le goût de la solitude et des rêveries mélancoliques . goût et rêveries qui ne m'ont jamais abandonné, même aux époques les plus heureuses de ma vie. Le vol des hirondelles me raconte je ne sais quels voyages enchanteurs. Ces murs bleuâtres, marbrés de mousse couleur dérouille, ces vitraux noircis, ces sombres créneaux, cette place déserte, où l'herbe croît entre les pavés, n'ont sans doute d'attraits que pour moi. J'y rêve de Dieu, de mon père, d'espérance et d'immortalité. C'est la que je voudrais une retraite contre le bruit, un refuge contre la persécution, une solitudecontrelesdouleursdel'àme.))

11 semble que le lieu du plus ancien souvenir soit comme un point de départ, pour repasser la vie écoulée... Mais je m'aperçois que je cède moi-même au charme des premières impressions. Il est si naturel, en étudiant l'enfance , de se reporter a ses jeunes années ! Où l'on cherche des leçons, on rencontre des fleurs, qui réjoiiissent encore le vieil âge. «t Lecteurs, disait Jean-Jacques, pardonnez-moi de tirer quelquefois mes exemples de moi-même ; car pour bien faire ce livre, il faut que je le fasse avec plaisir. ;« — Abel Dvfresne.—

Essai sur l'art de rendre les enfants lioiircui , ouvrage in6dit

DUFRESNE {Abel-Jean-Uenrl),

Né à Élampes, le 8 novembre i788.

Son père, savant nnUiralisle, compagnon de Lapcyrouse, le destinait au l)arrean , el dirigea son éducation vers ce l)ut ; mais le comte MoUien, minisire des finances sous l'Empereur, le fit entrer an trésor public comme membre du conseil du conlenlieux. Deslltué ii la première restauration , il se livra aux lettres et aux arts. Nommé, dans les CenlsJours, jugeau tribunal de premièreinslance, à Paris, il quitta la magistrature à la seconde restauration; et, à partir de cette époque, il se livra tout entier aux lettres et à l'éducation de ses enfants.

On a de lui : les Doucetirs de la vie, i vol. in-i2; le Monde et la Retraite, 2 vol. in-i2; Samuel d'IIarcourt, ou l'Homme de lettres, 2 vol.in-12; Pensées, Maximes et Caractères, in-s" ; Leçons de morale pratigue, ouvrage couronné; Contes à Henriette et à Henri, in-is; Nouveau v Contes à Henriette et à Henri, in-12; Jç/enda moraldes enfants, 1 vol. in-is. Cet ouvrage renferme des con,seils pleins de sagesse el de grâce, dictés par un père à ses enfants, des maximes et des pensées à la portée du jeune âge, et qui, selon les vœux de l'auteur, nesauraienl manquer de les rendre i)ons, pour qu'ils soient heureux dans cette vie et dans l'autre.

ï— C'est cette première instruction qu'on appelle intuit've, et dont un maître habile peut tirer un grand secours.

2 — Tout cela est d'une vérité incontestable : chacun en a fait l'expérience.

Observation générale. Ces souvenirs et les réflexions qui les accompagnent portent l'empreinte d'une douce sensibilité : le stjie est plein de grâce, d'élégance et d'harmonie.

Première représentation de Une Mère, drame en deux actes , de M. Bayard.

KirCIT DE LA TISBE A ANGELO, TYRAN DE PADOUE '.

De la bontt' céleste un rayon étemel Semble se réUécliir dans le cœur maternel.

MiLLEVOVE. —

Vous savez qui je suis ? rien , une fille du peuple, une comédienne, une chose que vous caressez aujourd'hui , et que vous briserez demain; toujours en jouant. Eh bien ! si peu que je sois , j'ai eu une mère. Savez-vous ce que c'est que d'avoir une mère? En avez-vous eu une, vous 2? Savez-vous ce que c'est que d'être enfant, pauvre enfant, faible, nu, misérable, affamé, seul au monde, et de sentir (|ue vous avez auprès de vous, autour de vous, au-dessus devons^, marchant quand vous marchez, s'arrêtant quand vous vous arrêtez, souriant ipiand vous pleurez, une fenune.... Non, on ne sait

2j novembre.

pas encore que c'est une femme, tm ange qui est la . qui vous regarde, qui vous apprend à parler, qui vous apprend à rire, qui vous apprend à aimer ^ ! tjui réehaulfe vos doigts dans ses mains, votre corps dans ses genoux, votre i1me dans son cœur ! qui vous donne son lait quand vous tHes petit, son pain ipiand vous t'tes grand , sa vie toujours ! A ipii vous dites. Ma mère ! et <pii vous dit. Mon enfant ! d'une manière si douce que ces deux mots-là rejouissent Dieu ^. Kli l>ien ! j'avais une mère comme cela , moi. CVtait une pauvre femme sans mari , (pii chantait des chansons morlatpies dans les places puMiipies de Brescia ^. J'allais avec elle. On nous jetait quelque monnaie. C'est ainsi (|ue j'ai commence. Ma mère se tenait d'habitude au pied de la statue de Gatta-Melata 7. Un jour, il parait que, dans la chanson qu'elle chantait sans y rien comprendre, il y avait cpielquc rime offensante pour la seigneurie de Venise, ce qui faisait rire autour de nous les gens d'un ambassadeur. Vu sénateur passa, la regarda ; il entendit, et dit au capitaine-grand qui le suivait : i: A la potence , cette femme ! :> Dans l'Etal de Venise^ c'est bientùt fait. Ma mère fut saisie sur-le-champ. Elle ne dit rien : "a quoi bon s ? m'embrassa avec une grosse larme qui tomba sur mon front , prit son crucifix , et se laissa garrotter. Je le vois encore, ce crucifix , en cuivre poli. Mon nom, Tisbè, est grossièrement écrit au bas avec la pointe d'un stylet. Moi, j'avais seize ans alors; je regardais ces gens lier ma mère , sans pouvoir parler, ni crier, ni pleurer, immobile, glacée , morte, comme dans un rêve. La foule se taisait aussi. Mais il y avait avec le sénateur une jeune fille qu'il tenait par la main, sa fille, sans doute, qui s'émut de pitié tout à coup. Mwi' belle jeune fille. Monseigneur. La pauvre enfant ! elle se jeta aux i>ieds du sénateur, elle pleura tant, et des larmes si suppliantes, et avec de si beaux yeux, qu'elle obtint la grtice de ma mère. Oui, monseigneur, quand ma mère fut déliée, elle prit son crucifix . ma mère . elle le donna "a la belle enfant en lui disant : > Madame, gardez ce crucifix, il vous portera bonheur. !> I)('puis ce tfmps, ma mère est morte, sainte femme ! Moi. je suis devenue riche, et je voudrais revoir cette enfant, cet ange qui a sauve ma mère. Oui sait ? elle est fen)me maintenant, et par conséquent malheureuse. Elle a peut-être besoin de moi à son tour. Dans toutes les villes oii je vais, je fais venir le sbire, lebarigeP, riiomme de police, je lui conte l'aventure, et à celui qui trouvera la femme que je cherche je donnerai dix mille sequins d'or.

— Victor Hif.o. —

An^élo. ( Voyez le 16 janvier. )

•— Voyez le lejanvier.

* — Questions qui ne sont oiseuses qu'en apparence, et qui expriment le sentiment vif et énerRi- (|ue qu'é|tioiive celle qui les fait. Klles viennent d'ailleurs naturellement après l'explication (|u'.7/iijeloA fait fi la Tiabè de sa vie et de celle desgrands de \eiiise. qui ne connaissaient qu'une \ertu, ipriin devoir, en iin mol qu'un sentiment, le sentiment politique.

^— Aclmirahle image d'une action providentielle, qui se niiiltii»lie selon les besoins de l'enfant.

* — Ici comme la récompense due à rœu\re sainte : car cet amour qui vient de rinslilutrice retourne à la mère.

•'• — Ces mots doivent en effet réjouir celui à qui nous n'avons trouvé rien de mieux à dire que: Aotre père qui êtes aux deux, etc.

•• — Les Moiiaqucs habitent la partie sud-est de la Croatie, adjacente au golfe de Venise, et comprise entre l'istrie et la Dalmatie ; ils parlent un dialecte de la langue slave, et sont la plui)art du rit fçrec. Brescia est une grande et lielle ville du royaume Lombard-\ énilien.

' — Etienne Gatlamelata , illustre partisan (condottiere) italien, né ù ISarni, entra au service c'e Venise en uô4. et s'éleva par sa bravoure et ses talents militaires jusqu'au commandement en chef de l'armée de la répu!)lique. Il mourut en uiô. Le sénat lui fit élever un tombeau et une statue équestre dans la ville de Padoue, et non dans celle de Brescia, comme semble l'indiquer ce passage du récit.

8 — .Sans doute parce qu'elle était convaincue de l'inutililé de ses plaintes; mais, en un pareil moment, ce silence absolu trouverait peu d'imitateurs , et doit sembler surprenant.

^ — Barifjel, nom qu'on donne, à Rome et A Modène, au chef des sbires ou archers.

Observation générale. Ce récit est admirable par son éloquente simplicité. Ce portrait de la mère de Tisbé ne le cède en rien à ceux que l'auteur, si tendrement attaché à la sienne , s'est plu à tracer dans d'autiesouvragesjsoussaplumece sujet paraît inépuisable.

1723. — Mort de Bniéys , auteur de V avocat patelin, et du Grondeur.

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