‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 295 sur 370 · PORTRAIT DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE RICHELIEU

Ministre dcspoliquo

Profond dans ses dosscins, fier dans sa politique, Qu'il fallut à la fois admirer et haïr ; Qui. parmi les complots , sut se faire obéir En dégradant son roi , relever la eouronne; Du pouvoir d*un sujet fit hériter le troue : Combattit et l'Espagne , et l'Autriche , et les grands , Et , sans aimer le peuple , tcrasa ses tyrans. — Thomas. —

Montez les degrés du vieux archevêché -, et entrons dans la prc-mière et la plus grande de ses salles. Elle était fort longue, mais éclairée par une suite de hautes fenêtres en ogives, dont la partie supérieure seulement avait conservé des vitraux bleus, jaunes et rouges, qui répandaient une lueur mystérieuse dans l'appartement. Une table ronde, énorme, la remplissait dans toute sa largeur du côté de la grande cheminée ; autour de cette table, couverte d'un tapis bariolé et chargé de papiers et de portefeuilles, étaient assis et courbés sur leurs plumes huit secrétaires occupés à copier des lettres qu'on leur passait d'une table plus petite. D'autres hommes, debout, rangeaient les papiers dans les rayons d'une bibiiothèque , que des livres, reliés en noir, ne remplissaient pas tout entière, et marchaient avec précaution sur le tapis épais dont la salle était garnie.

Malgré cette quantité de personnes réunies, on eût entendu les ailes d'une mouche. Le seule bruit qui s'élevât était celui des plumes qui couraient rapidement sur le ])apier, et d'une voix grêle qui dictait en s'interronpant poin- tousser. Elle sortait d'un immense fauteuil à grands bras , placé au coin du feu , allumé en dépit de la chaleur tle la saison et dti pays. C'était un de ces fauteuils qu'on voit encore dans quelques vieux ck\teaux, et qui semblaient faits pour s'endormir en lisant , sur eux . quelque livre que ce soit . tant cha-

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que conip;irtimeiit on est soin;né; un croissant lie plume y soutient les reins; si la ttHc se penelie . elle y trouve ses joues re(;ues par ties oreillers couverts tle soie *, et le coussin de siei;e tlelionle telUineiit les coudes, (ju'il est permis de croire (|ue les tapissiers de nos pères avaient pour but d'éviter cpie le livre ne fil du Itruit et ne les réveillât en tomliant.

Mais t|uittons cette dijyession pour parler de riionune (jui s'y trciuvait. et tpii n'y dormait pas. Il avait le front lartve. et quel(|ues cheveux fort Mancs, une figure p.iW' et ettilée, à laquelle une petite barbe l)lanche et pointue donnait cet air île finesse que l'on remanine dans tous les portraits du siècle de Louis xiii. Une bouche pres(|ue sans lèvres, et nous sommes forces d'avouer que le docteur Lavater ^ rej^arde ce signe conmie indiipiant la méchanceté à n'en pouvoir douter ; une bouche pincée, disons-nous, était encadrée par deux petites moustaches grises et une roi/aie, ornement tpie nos officiers de hussards se laissent croître entre la lèvre inférieure et le menton , et qui ressemble assez a une virgule. Ce vieillard, (jui avait sur la tète une calotte rouge, et qui était enveloppé dans une vaste robe de chambre, portait des bas de soie pourprée, et n'était rien moins que Jrmand Duplcssis, caidinal de Richelicji.

— Alfred de Vioy. —

(Voyci le 29 noveuibrr.)

' — Richelieu {.■in>ia?ul-Jean Duplcssis. cardinal de), né à Paris, le s septembre isss, mourut dans la même ville le i décembre i6i2. Il fut le |iremier ministre de Louis xiii, el Tun des habiles l»olitit)ues et des plus grands génies que la !■ rance ait produits.

.'NIalgré les graves reproches ipie lui fait l'iiisloire. on se rappelle avec reconnaissance (|ue, prolecteur des arls, des sciences et des lettres, il hàtit le Palais-Royal, établit le ,Iardin-des-Plantes, fonda l'Ai adémie française, et prépara le beau siècle di' Louis xiv.

2 — Celui de ^a^l^onne.

' — Ouoique remploi do l'infînilif ne soit pas ici conforme à la n-gle givmimalie.ile. il est suflisammenl Justitié par la clarté de re\|»ressi(m el par l'autorité de nos meilleurs écrivains. (Voyez uja Grammaire. n"6ôo.)

* — On ne saurait dire ipie la trie Ironie les joues reçues, etc. "Si la tète se penche, les joues rencontrent pour point d'appui des oreillers couverts de soie r- est un tour préférable.

^ — Jean-Gaspar Lornier, ministre protestant, et célèbre pliysioiioiniste. né h Zurich, en i74i, pst mort dans la même ville en iboi. Un seul de ses ouvrages est coruiu hors de son pays : ce sont ses Essais physionomiqucs, qui sont très-estimés.

Observation f/pnérale. Portrait trarê avec hfaiironp He talent, ipioi'pie avec siinpiirité. rpialité d'autant plus pr<:rif!iise(nrelle est pins rari' dans ces «orles de pièce». Il est à remaripior cependant cpie ce n'est pas «ur l'homme même <pie porte celle haliile flescriplinn , mai» sculcuienl sur les accessoires de l'homme. Plus

lî DLCEMRIli:.

elle est d'ailleurs détaillée cl minutieuse . plus elle satisfait la curiosité si a\ ide do connaître tout ce (pii concerne les l'aNoris de la Kenoinuiée. el si disposée à donner de riuiporlance aux moindres choses qui les tonclient.

On peut doncremanpierdanscc portrait nnctTiande linhilelé di- pinceau et une Itelle ordonnance de détails. I.a tiRiu-e principale est admirahlenienl dessinée; l'artiste a su c'adner l'iiUérél eu excilanl sans cesse la curiosité.

(et ail' de mystère répandu dans l'appartemenl. ces fifiures attentives cl silencieuses (pii s'olfrent d'ahord a la vue. nous tiennent dans Pal lente de (piekpie chose de singulier; |)uis c'est un faïUeuil (pie l'artiste nous montre, mais ce t'aïUeiiil n'est pasconl'ondu parmi les ;uitres accessoires; la place ipi'il occupe en lai! nn o!)jet principal ; puis enfin dans cet apparlement silencieux . à (pieUjiu' distance de ces fi|;nres (graves, sur ce même fauteuil . ap[<arait la (jrande et pâle (î(jure de liic/ielieu , l)ien(|u'on ne l'aperçoive pas tout d'ahoid, on le pressent. I.<; tahleau . c'est lui ; mais il serait incomplet sans les accessoii'cs <pii l'entoui'ent. Il y a vérilahlemenl dans tout cela un grand lalent d'observation cl de style.

— 1792. — I-a liberté est proclamée A Genève.

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