‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 312 sur 370 · LA MOKT BU JUSTE ET CELLE DE L'ATHEE · texte numérisé non relu

LA MOKT BU JUSTE ET CELLE DE L'ATHEE

Klpvc-toi , mon nino , aii-dcf^sus dr Ini-rnômr ,

Voici iVpmivf «le la l-'di 1 Que l'impie , assistant ù ton hoiin- suprême , Ne ïlist pas : Voyez, it ti-emble

— A. I>E LA^4liri\K. —

La mort est pour le juste la fin de ses combats et de ses travaux ; elle est pour l'impie recueil épouvantable où viennent finir son bonheur et ses espérances. Le Chrétien tombe sous les coups de la .Mort, pour se relever triomphant ; l'impie tombe dans la nuit éternelle, et il ne se relèvera jamais '. La Mort respecte le juste en le frappant, et ne peut ravir l'immortalité même à son corps ; la 31ort ravit tout à l'impie , et son ;ime épouvantée n'a plus d'autre asile que le néant ; et le néant lui sera refusé! Quel moment pour un malheureux qui n'a pas su croire à l'éternité des affections! il perd, en quittant ceux qu'il aime, jusqu'à l'espoir de les aimer jamais; et , dans cet abime où il tombe, il n'y a plus ni tendresse ni souvenir 2. Ainsi les impies, jetés dans la carrière de la vie , s'y rencontrent comme par hasard ; la mort est pour eux un naufrage , où tout s'engloutit jusqu'à l'espérance.

Venezdonc, venez voirmourirle Fidèle; mais le Eidèle ne meurt point : il renaîtra pour vivre éternellement. Heureux, plein de l'immortalité qui l'attend, tandis que tout se trouble autour de lui , il conserve la paix de sou cœur: des enfants, des amis éplorés l'environnent, il voitban'S larmes; et vous savez; ô mon Dieu ! si son cœur y est insensible! mais la Foi mêle à sa douleur toutes les consolations de l'Espérance. Oh! combien de fois, appelé l»rès d'un Chrétien dans ses derniers moments, lors(pie noiis-mème, trop ému ' , n'avions que des larmes à donner . combien de fois nous avons vu le mourant lui-même essuyer les pleurs dont il était l'objet ; l'ami fortifiait son ami ; le fils, jeune encore, consolait sa mère; le jière exhortait ses enfants, et ranimait leur constance <. 0 vous tous (pii savez aimer, appréciez, s'il se peut, le Wwnfait d'une religion (pii apprend <jue de vt-rilables amis ne se se[)arenl jamais pour toujours '•' , et voyez ce ipi'on peut y siibstiluer quand on la ravit à notre ccjeiir •• ! .Aussi ce Juste parle déjà le langage de l'étcniitc; l'onction céleste de ses discours , la douceur qu'ils

respirent, ont pénétré tous les cœurs. Un rayon des splendeurs du ciel semble se réttecliir sur son front; sou lit de mort est le théiUre de son triomphe, oti plutôt du triomphe de l'Espérance chrétienne, cpii élève ici la nature humaine à son jtlus haut point de dignité. Ouvrez-vous doue, portes éternelles! et vous tous, élus du Seis^neur, redoublez vos saints eanticpies! ^'oici un soldat de Jésus- Christ (pii sut combattre et vaincre h la suite de son Maître ; il vient, sa croix à la main, demander le prix de sa constance ; les anges l'attendent, la couronne brille suspendue; il remet paisiblement son ihiie entre les mains de son Créateur, parce qu'il ne cessa jamais d'espérer en lui.

Allez, âme chrétienne! vous ne laisserez icibas que des titres passagers ; vos œuvres et vos vertus vous suivront dans l'éternité : allez avec confiance au trône d'un Dieu (jui retrouve en vous son image ; ne redoutez pas les yeux d'un juge : c'est un père qui vous attend.

~ L'abbé LECRis-DrvAL. —

( Voye?. le îl avril. ) •

1 — Cette antithèse est exprimée d'une manière vicieuse. Le verbe tombe, employé dans chacun des deux membres avec une acception différente, forme une opposition irré,c;ulière et boiteuse. Si l'on disait, dans le second membre : L'impie est précipilé dans la nuit éternelle, etc., ce défaut disparaîtrait.

2 — Voyez le 9 avril.

•' — L'emploi du singulier n'est pas ici une faute, puisque le pronom nous se rapporte à une seule persoiuie. (Voyez ma Grammaire, n" 422.)

* — Ce tableau est plein d'un vif intérêt. A sa vue, la sensibilité, la tendresse, toutes les émotions de l'Ame se réveillent.

^ — Se séparer, employé activement n'exprime pas l'action de la Providence dans la catastrophe (jui sépare deux amis. 11 fallait dire : 11e sont jamais séparés pour toujours.

^ — Illusion! vaine espérance! s'écrient les matérialistes et ceux qui dépouillent l'homme de toute noble pensée, de toute croyance consolatrice, sous prétexte <|ue la vérité les réprouve. Ah! s'il en était ainsi, mieux vaudrait encore une erreur si douce qu'une vérité si cruelle ! Mais non; l'erreur seule est funeste , et il est im|)ossible que ce qui, dans l'ordre moral, est noble, grand et beau, ne soit pas vrai en même temps.

Observation générale. ÎNrorconii d'une (^Inqnonce viveetpatli»Hi(|iie. et «l'une ima(;inalion l'cnipiie d'en- Ihonsiasnie. r.oiTipai'cz à ce tal)leau (Injuste mourant ceUii de Chf'itpaiibrinndsm]e mémo f,i\'\r:l ; il ri^j^ne, «lans l'un.pliisde rlialeuret d'exallalion ; dans l'antre, plus (le calme et de s('T(''nit(^. Nous devons aussi à l'ablx; fie La Mcnnais une pointure admirable de la morldc l'athée.

■ nso. — nuel judiciaire entre l,ci;ri.s et C.irrougc, or- (luuné par le Purlcnicnt , sous le r<;guc de Charles vi.

Tu ne la conçois pas ccUc horrible folie , Oti'ailupta (lu l-'i-aiieais la cruauté polie, El qui. fermant Toreille aux cris de la pili^', Pour venger des égards égorgeramitié.

— Le Hhun.—

Gardez-vous de confondre le nom sacré de l'honneur avec ce préjugé féroce qui met toutes les vertus à la pointe d'une épée, et n'est propre qu'à faire de braves scélérats'.

En quoi consiste ce préjugé ? Dans l'opinion la plus extravagante et la plus barbare qui entra jamais dans l'esprit humain 2, savoir que tous les devoirs de la société sont suppléés par la bravoure ; qu'un homme n'est plus fourbe, fripon, calomniateur; qu'il est civil, humain, poli, quand il sait se battre ; que le mensonge se change en vérité, (pie le vol devient légitime, la perfidie honnête, l'infidélité louable, sitôt qu'on soutient tout cela le fer à la main; qu'un affront est toujours bien réparé par un coup d'épée, et qti'on n'a jamais tort avec un homme, pourvu qu'on le tue 5. II y a, je l'avoue, une autre sorte d'affaire où la gentillesse se mêle à la cruauté'*, et où l'on ne tue les gens que par hasard : c'est celle où l'on se bat au premier sang! Grand Dieu ! et qu'en veux-tu faire de ce sang, bête féroce? le veux-tu boire^ ?

Les plus vaillants hommes de l'antiquité songèrent-ils jamais à venger leurs injures personnelles par des combats particuliers? César envoyca-t-il un cartel à Caton, ou Pompée à César pour tant d'affronts réciproques? Et le plus grand capitaine de la Grèce fut-il déshonoré pour s'être laissé menacer du bâton ? D'autres temps, d'autres mœurs, je le sais; mais n'y en a-t-il que de bonnes? et n'oseraiton s'enquérir si les mœurs d'un temps sont celles qu'exige le solide honneur? Non, cet honneur n'est point variable; il ne dépend ni des temps, ni des lieux, ni des préjugés ; il ne peut ni passer, ni renaître; il a sa source éternelle dans le cœur de l'homme juste et dans la règle inaltérable de ses devoirs. Si les peuples les plus éclairés, les plus braves, les plus vertueux de la terre n'ont point connu le duel, je dis qu'il n'est pas une institution de l'honneur, mais une mode aff'reuseet barbare, digne desa féroce origine. Reste à savoir si, quand ils'agit de sa vie ou decelled'autrui, l'honnête honune se règle sur la mode, et s'il n'y a pasalorspflis de vrai courage à la braver tpi'à la suivre. Que ferait celui qui s'y veut asservir, dans les lieux où règne un usage contraire? A Messine ou à Naples, il irait attendre son homme au coin

iôi

^i> DECEMBllK.

d'une rue, ot \c poignanlor par derrière. Cela s'appelle tMre braveen eejKtys-ià; etriioiineiir ne eoiisiste pas à s»' faire lutr par sou ennemi, mais à le tuer Ini-mî'me.

L'honune tiroit, dont toute la vie est sans tache, et qui ne donna jamais aucun signe de làelieté, refusera de souiller sa main d'ini homicide, et n'en sera (jue plus honore. Toujours prtM à servir la patrie, à protéger le laiMe, à remplir les divoirs les plus dani',ereu\. et à dt'feniire,en toute rencontre juste et honnOle, ee qui lui est cher, au prix desonsau};, il met ilans ses démarches cette ineliranlable fermeté qu'on n'a point sans le vrai courage. Dans la sécurité de sa conscience, il marche la tète levée, il ne fmt ni ne cherche son ennemi. On voit aisément qu'il craint moins de mourir (jue de mal faire, et qu'il redoute le crime et non le péril. Si les vils préjuges s'élèvent un instant contre lui, tous les jours de son honora- Itle vie Sont autant de témoins qui les récusent; et, dans une conduite si bien liée, on juge d'une action sur toutes les autres.

Les honmies si ondjra'geux et si prompts à provoquer les autres sont pour la plupart de très-mathonnètes gens, qui, de peiuMpi'onose leur montrer ouvertement le mépiis qu'on a pour eux, s'efl'orcent de couvrir de quchpies atfaires d'hoinieur l'infamie de leur vie enlière6. Tel fait un elfort el se présente une fois pour avoir le droit de se caclierlerestede sa vie. Le vrai courage a plus de constance et moins d'enq)ressemenl; il est toujours ce qu'il doit être; il ne faut in l'exciter ni le retenir; l'homme île bien le porte partout avec lui, au combat coîilre l'ennemi; dans un cercle, en faveur des absents et de la vérité ; dans son lit, contre les attacjues de la douleur et de la mort. La force de l'âme qui l'inspire est d'usage dans tous les temps: elle met toujours la vertu au-dessus des événements, el ne consiste pas à se battre, mais à ne rien craindre.

— J.-J. RoCSSKAIÎ. —

(V„5r,. le

' — Dans ces deux |)ensèes, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, la justesse, la lorcc,la précision ou l'ori(;in;ilil('.

^ — J-e duel est le résnilal d'une eoiilume bar- Itarc, venue de la Scandinavie, |»artie de l'Europe qui comprenait le Danemark, la Suède el la iNor- «éjîc. Cet usage passa en France, (l se répandit Itienlol dans toute l'Furope où les duels turent «|uel(|uefois autorisés par les princes el approuvés par l'Église.

' — (juand on examine les causes el le caractère du duel . on est forcé d'avouer que tout ceci n'est pas un sophisme.

* — Ironie pleine d'amertume.

* — Ap(>stro)the véliénietile et sublime, dont Peffet est d'aulanl plus énergirpie, qu'elle suit une phrase d'une intnicpie (it»neeur.

Cet alinéa ceprMidanl ne fnit point partie de la célèbre letlrc de hilie à Suint-I'reux.

•• — L'expérience a prouvé maintes fois la justesse de celte remarque, et roj)iiiinn publifjue a .souvent t'ait jusli( edela préleiulue hr.ivoure deie.s ilicrclu'iirs tl'a/J'oircs , en les vouant à tout le mépris <K)iil ils sont dignes par leurs mœurs odieuses.

Olismalinn ffcnernli'. (v uuncctiu. h la fois oi-atoiieet pliilosophicpie, se di.slinjïm- par la vit^ieiir du r.iisonnemenl et la chaleur de l'rloqiieiu-c. Tout le inoiiile le ediinail . et chacim le iclil loiijours avi'i- un nom eau plai.sir. connue tout c(î (pii est sorti <le la pluuie de J.-J. Jimt.i.srdii dans ses iiionienlsde prolondc coiiviclion, Oik-I (''ciivaiu . s'il eut toujours dvl'cudu la véi'ilé! En lui. tout saisit, pénètre, charme, entiaine;on y tiouve prescpie toujours les grâces du style jointes à l'élévation dos pensées.

1053. — Olivier CromwcU est prorlaniC' prolccteiir <lc rAnglelerrc,

CROM-WELX.

Mélange rcdonlahlc rt dr force et d*ntlres»e;

Ait^assm de son rui , tyran de ses ^gaii\.

On le vit dans sa marche écraser ses rivaux

Par le poids de sa gl()irc el île .sa ifnonitnéc

l>c roi par le s^iiat, le s^nnt par l'arniée,

I^s chefs par les soldats ; dan* ses grands monTcmenlK.

Employer ttmr a tunr, briser .««-s instnnnenls,

Noiinier le fanalisnie. en maîlrist-r la r.ige,

Et par la liberté mener a Tctcluvage.

— Tho.\ias. —

Les plus rigoureux censeurs , les ennemis même de Cromwell ne lui onl pas refusé un grand esprit 2, une admirable prudence, et la plus intrépide fermeté; mais, ajjrès l'audace, le plus puissant ressort <le son élévation fut la connaissance des honmics et de l'es- ])rilde son temps. Cettt; pénétration, qui lui apprit ce qu'il pouvait esi)érer du fanatisme, explique son hypocrisie, que l'histoire atteste, et (pi'on ne saurait mettre en doute sans ôter (|uel(ju(' chose à l'idée de son génie 3 ; car les hommes verront toujours nmins de grantlenr dans un fanatique de bonne foi,(iue dans lui and)itieu\ tpii fait des enthousiastes. (Iromwell mena les houunes par la prise ^ qu'ils lui donnaienl sur eux. L'aud>ilion seule lui inspira des crimes, (pi'il fit exécuter parle fanatisme des antres. Dans tout ce tpii ne touchait j»as à sa puissance, l'esprit généralement moral î" de son siècle le rendit équitable, i^a supériorité d(! sa raison lui permit rarement d'être persécuteur; il ne se vengc.i d'ainiiii rival ni d'aucun ennemi, satisfait de les dominer tous. Ses mieiirs |)rivées étaient I)ures et sévères; sa courte domination porta l'Angleterre an j)tns haut point de grandeur où elle soit parvemn- avant de jouir de toute sa constitution, el il n'y a que la liberté qui lui ail été pins favorable qm- cet odieux despote. La force de son génie se montre dans

2i DÉCEMBRE.

24 DECEjMBRE.

l'impuissance môme où il fui d'établir soliileincnt uuc domiiialion qu'il garda cepcndanl jusqu'à sa dernière heure •', inehraulable dans une autorité toujours eonibaltue , et si puissant qu'après lui sou nom régna cpielque temps sous la faildosse de Uichard. Plusieurs écrivains anglais ont prodigué à (ironivell des éloges excessifs que la morale repousse. On reprochera toujours à sa mémoire deux grands crimes , qui s'aggravent encore l'un par l'autre : le régicide et la tyrannie.

— VlLLF.MAI^i. —

(Voyez le 24 mars.)

• — Olivier Cromicell, né le 25 avril 1599, à Iluntington.

i^ — Le génie même ne lui a pas été contesté. ■' — Idée n'est peut-être pas ici le mo'. propre.

* — On ne mène pas par une prise, mais l)icn par ce qui donne prise; c'est ici le fanatisme.

^ — Le puritanisme, qui régnait alors, passait efficacement de la prédication dans la conduite; et c'est une des époques où la morale chrétienne fut le plus pratiquée.

^— Cette rétlexion, fort juste, est présentée sous une forme qui en rend rintellisence assez diffieile. L'auteur a voulu dire que le choix des moyens employés par Cromicell pour la conservation de sa puissance usurpée atteste la grandeur de son génie.

Observation générale. Ce portrait de Cromicell est bien tracé . après celui qu'eu a t'ait Bossiict. S'il y a plus de grandeur et d'enthousiasme même dans le jugemeutde l'évèquc de Meaux, cela tient au point de vue religieux sous lequel il envisage les hommes tels que CromweU. Instruments de la volonté divine, ils accomplissent ici-bas leur mission bienfaisante ou fatale, et ce caractère est empreint sur leur fronl. M. / illemain, ramenant le colosse aux proi)ortions humaines, l'étudié avec sagacité, l'analyse avec précision, et lejuge avec calme.

— 1.525. — Mort <lii cèiebre n.ivigateur Vasco deGama, qui s'ouvrit par l"0cean une roule aux Indes-Orientales.

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