LE MARIN
Eli! qui m'emportera sur des flots sans rivages? Quand pournii-je, la nuit, aux elarK^s des orages, Sur un vaisseau sans mât . au gr6 des aquilons , Fendre de l'Océan les liquides vallons ? MVngloutirdans leur sein, mVlancer sur leurs cimes, Rouler aveela vague au fond des noirs abîmes, Et . revomi cent fois par les gouffres amers, l'Iotter comme lYcumc au vaste sein d« mers!
— A. DE Lamartine. —
Ce n'est que dans les vicissitudes attachées à la carrière du marin ipie l'homme peut se faire une idée de tout ce (pi'il est susceptible d'éprouver. A terre , la plupart des gens meurent sans avoir pu mettre à l'épreuve toute la sensibilité de leur organisation , et sans avoir senti frémir les dernières fibres de leur cœur.
Mais à la mer ' , ce n'est que là que l'homme est tout l'homme. Et cependant , voyez quel calme règne, au milieu des scènes les jilus renuiantes, sur ces milles j)liysionomies que le souille impétueux des tempêtes a hàlées^, et (pie l'air brûlant des tropiques a bronzées ! Mais vous ne savez pas quelles émotions profondes cachent ces ligures si nulles et si impassibles, ni quels combats agitent ces âmes qui grandisseni avec des périls toujours croissants. Vous ignorez combien de victoires ces homnu'S , que vous croyez si froids , ont remportées sur la peur, sur la mort, qui se montre sans cesse à eux sous ses formes les plus terribles, avant qu'ils se soient fait ces visages inaltérables, 011 vous puisez la confiance et le courage qui vous manquent contre l'élément que vous voulez braver. Oh ! pour qui saurait, en voyant un marin si paisible dans l'horreur des tempêtes et au moment du naufrage, tout ce qui se passe dans sa tête et dans son cœur, sa figure serait le plus beau spectacle que l'on pût offrir à l'admiration des autres hommes'.
Délices de l'amour , jouissances plus vives de l'ambition satisfaite, hasards inattendus de la fortune, vous n'êtes rien pour celui qui a épuisé sur mer cette vie qui n'est qu'une lutte continuelle entre le génie de l'homme et la puissance de l'élément le plus terrible *. — Ed. Corbière.—
Le Négrier.
CORBIÈRE {Edouard),
Né A Brest en 1793. Il servit d'abord comme officier dans la marine impériale, de laquelle il fut éliminé, en 1815, pour ses opinions. 11 s'adonna dès lois à la liltéralure, et publia successivement : Trois jours d'une mission à 5/es/; tsig, in-s" ; Élégies Brésiliennes , t825 , in-s" ; Poésies de Tibulle, traduites en vers, 1829, in-is; le Négrier , 1832; la Mer et les Marins, scènes maritimes, 1333, in-8"; Coules de bord, des Poésies satiriques , des articles dans le Dictionnaire de la Conversation, etc.
M. È. Corbière est aujourd'hui rédacteur en rlief du Journal du Havre, et travaille à une Jlistoire de Dttguuy-Trouin.
' — Suspension d'un bel effet.
2 — Le hàle est moins l'effet d'un souffle impétueux que d'un souffle lirûiant.
' — Cette pensée manque de justesse. Si on le voyait calme dans le danger, on n'aurait besoin de savoir rien de plus pour admirer sa figure; mais si l'on connaissait alors les sentiments (ju'il renferme en son cœur, l'admiration changerait assurément de sujet, et l'on ne songerait plus aux traits de son visage.
< — Apostrophe éloquente, qui exprime un généreux enthousiasme.
Observation générale. Le style de cette pièce est
2li DECEMBRE.
vif. fort et viROiiroiix . comme le marin don! elle nous trace le portrait. Kilo renkrme des tours ingénieux qui surprcmient et liapiient par la siiu;ulariti^ autant «|ue par U v«?rité dis peusées.
\-;:,fi — .\fortdJierve.r, tlii^ologlen et litltîrateur anglais, auteur U"uu poeine inlllulO Les Tombeaux.