UN PAYSAN ÉGARÉ
.PÉRISSANT Ar MILIEU DES NEIGES.
Là, dans sa dernière pensée.
Il Eungc à son épouse, il songe à ses enfuuls.
Sur sa couche affreuse et glacée.
Cetta Image a doublé l'horreur de ses tourments.
— CllÊxEDOLLÉ. —
Lorsque les autans furieux soulèvent le fardeau des neiges et les transportent au travers des airs obscurcis * , combien est à plaindre le malheureux qui cherche à regagner sa cabane isolée ! Égaré dans ses propres champs , il s'arrête et ne reconnaît plus sa route: il voit de nouvelles collines se former, et la campagne bouleversée lui présente un aspect informe. Les chemins ont disparu dans la plaine ; il n'aperçoit plus ni la rivière ni la forêt; ses yeux s'étendent sur un désert effrayant et sauvage; il erre du coteau dans la vallée, et s'égare de plus en plus. Pressé par le désir impatient de retrouver sa demeure . il précipite ses pas au travers des sillons mouvants. L'espoir agite ses nerfs , ranime sa vigueur , et lui fait faire de vains efforts. 3Iais, hélas! quelle horreur le saisit , quel désespoir s'empare de son âme , lorsque , accourant vers un objet sombre qu'il a pris pour le toit de sa chaumière, élevé au-dessus de la neige, il reconnaît son erreur , et se trouve au milieu d'une solitude inconnue , loin de tout asile , loin de tous vestiges humains! Cependant la nuit s'épaissit autour de lui , et la tempête . grondant au-dessus de sa tète, redouble l'horreur de sa situation. Alors une foule de dangers menaçants se présentent à son imagination effrayée : ce sont des fossés escarpés, des précipices affreux, des abîmes sans fond, des gouffres sans issue ; ne distinguant plus la terre solide de l'eau non encore glacée , il redoute également et le marais fangeux et le lac paisible d'où sort une source qui arrose ses prairies '.
La crainte arr/^to ses pas incertains ; ses forces raltandoiinenl; il toinîte au pied (run monceau (le neij^ye mouvante; il sent toute l'amerluine (le la mort , et son agonie est nuMée des angoisses cruelles dont la natpre perce le cœur du mallieureuv expirant sans secours, loin de sa fenune , de ses enfants, de ses amis. Kn vain sa femme, attendant son retour, lui prépare un feu clair et des vtHements chauds ; en vain ses petits enfants, rejjardnnt i)ar la feufllre au travers des ténèbres s , upprlU'ut leur père avec les cris et les larmes de l'innocence. Hélas! il ne verra plus ni sa femme, ni ses amis , ni ses enfants, ni sa maison hospitalière. Un froid mortel glace ses sens, roidil ses nerfs, et, pénétrant jusqu'à son cœur, en arrête le mouvement ; il n'est plus iju'un cadavre étendu sur la neige et blanchissant au souffle du nord.
— J.-F. Delecze. —
Les SaUons de Thompson.
DELECZE ( Joseph- François ) ,
NY' à Sisteron (Basses-Al[)es) vers l'an 1750, niort à Paris le 2yocl()l)re 1805.
Sa iiremière piii)licalion est la traduction des Amours (les plantes , poome en quatre cliants , j)ar Darwin, et à laquelli; succéda celle d»>s Saisons, par Thompson, précédée d'une notice sur la vie et les écrits de l'auteur. Ces Iradiielions se font remarquer par leur ék'gance et leur fidélité.
On a encore de lui Eudoxc ou Entretiens sur l'étude des sciences, des lettres et de la philosophie. Cetouvrafîc estimable! fait preuve de connaissances variées et d'un goût pur; le style en est simi)le , clair et harmonieux.
Ardent sectateur du magnétisme, M. Deleuze a publié sur celte matière plusieurs ouvrages que les ennemis de ce système ont sévèrement critiqut;s ou tournés en ridicule. Toutefois, M. Deleuze lésa écrits avec le talent de l'observateur, la conscience de l'homme de bien et le dévoûment d'un ami de l'humanilé; et, s'il s'est trouipé . il est juste aussi de reconnaître qu'il a rendu à des malades le repos, resj)érance et le bien-élre, dans le cas où cette médication auxiliaire pouvait être applicable.
' — j4 travers les airs est également bien.
* — Ce contraste n'est ni suffisamment motivé ni amené avec art; il a tout le caractère d'un horsd'œuvre.
' — llparaîlque l'auteurafTectionnerexpression au travers, qui se trouve employée trois fois dans cette pièce.
Ohxpn^ntion générale. Tableau plein d'inlérdît et d'irlat; le style en est brillant et i)illoresi(iie. Cet lioinine |>er<lii ail milieu des tourbillons rb; nci(;e. sa .soliliiilt- , ses v.'iins efforts, son espoir tromp(':, les lorrcurs de son imagination, (piand la nnil voile ledaii- Ifcr. et sa triste <;t crnejlc agonie;, loiili-st peint avec le» vives conb-iirs cpi'on remarqm; dans IY-l(-|;ante traduetion de M. Kelciizc. Nous devons à Kelille. dans son poème de riina{;ination, la reproduction du cci intéressant épisode, nous n'en citerons ici que la dernière partie.
LlmtiglnsUon d.ins ces goulTres iirofonds
IlOjA le précipite ; il lrcss.Tillc, il s'arrête:
Ilcvaiit lui le ilCscrt cl mit lui la teinpcte.
Eiiflii, Ircinblaiit tic crainte, Cpuist' ilc vli;ueur,
A ciMe «l'uu clacoii il tombe de laiisiicur :
l.a mort viciil, et son âme H cette iilCc liorrible
Joiul les acchiremeiits ;lc cet adieu pénible
(Juc la nature envoie avec de longs regrets
A des objets cbéris et perdus pour jamais.
En vain eu l'attendant sa femme prévoyante
Prépare du sarment la flamme pétillanic.
Et de chauds vêtements, et son sobre festin;
Par ses touchants regrets le rappelant en v.iin,
lie ses enfants chéris la troupe aimable pleure;
En vain, d'un air timide enlr'ou vrant leur demeure,
Us avancent la lélc, elle cherchant de ro'il.
Ile frayeur et de froid frissonnent sur le seuii ;
Sa femme , ses enfants, sa cabane chérie.
Il ne les verra plus !... Aux sources de la vie
l)éj.\ du froid mortel le poison s'est glissé;
Tous ses nerfs sont roidis, tout son sang s'est ivlacé :
l.e malheureux expire, et le vent qui l'assiège
!Ve bal plus qu'un cadavre étendu sur la ncise.
(L'IMAGINATION, Ch. ni. )
-1828.— Mort de Mazurler, le plus souple, le plus aijile, le plus adroit de tous les danseurs srolesiiues. Le rôle de Folichinclle était un de ses meilleurs.