‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 33 sur 370 · POLICHINELLE · texte numérisé non relu

POLICHINELLE

Policïiinrllp, à toi nous voilà rovcniis. J'y reviens volonlicr-s, c'est nii ami irmfanrr; (t.irroii (rc.<^)rit traillrurs dans son extravagance . Fertile en mots profonds, des bailands retenns.

— .Vknault. —

Voilîi, voila Polichinelle, le grand, le vrai, l'unitpie Polichinelle! 11 ne parait pas encore, cl vous le voyez déjà ; vous le reconnaissez à son rire fantastique , inextinguible « comme celui des dieux. 11 ne paraît pas encore; mais il susurre ^ , il siffle , il bourdonne , il babille, il crie, il parle de cette voix qui n'est pas une voix d'iiomme, et de cet accent qui n'est pas pris dans les organes de l'homme, et qui annonce (jiuhjiie chose de supérieur à l'homme ^, Polichinelle, par exemple. Il s'élance en riant, il tombe, il se relève , il se promène, il gambade, il saute, il se débat, il gesticule et retombe démantibulé * contre le cliAssis qui résonne de sa chute. Ce n'est rien, c'est tout Polichinelle! Les soiu-ds l'entendent et rient; les aveugles rient et le voient*, et toutes les pensées de la multitude enivrée se confondent en un cri: C'est lui! c'est lui! c'est Polichinelle!

Alors — oh! c'est ini spectacle enchanteur <pic celui-ci ! — alors les petits enfants (pii se tenaient immobiles d'un curieux elfroi entre les bras de leurs bonnes, la vue fixée avec in- (juiélude sur le théùtre vide, s'émeuvent et s'agitent tout à coup, agrandissent encore leurs beaux yeux ronds * pour mieux voir ; s'approchent , se retirent, se rapprochent , se

disputent la première place. Us s'en disputeront bien d'autres quand ils seront grands ">. Le flot de ravant-scène roule à sa surface des petits bonnets, des petits chapeaux, des petits schakos, des toques, des casquettes, des bourrelets, de jolis bras blancs qui se contrarient, de jolies mains blanches qui se repoussent '^, et tout cela, vous savez povu-quoi, pour saisir, pour avoir l'olichinelle vivant 9. Je le conijirends à merveille; mais moi, pauvres enfants, moi qui ai grisonné là, derrière vos pères , il y a quarante ans que je l'attends '". — Cn. NoDiEK. —

CHARI.ES NODIER

Waquit à Besançon, le 29 avril i78S,

Ses preiniers essais en Ulléralme, le Peintre de Saltzbotirg, le /'yoscnïelles Préludes d'un jeune Barde, furent favorablement accueillis, et firent bien augurer de l'avenir du jeune écrivain. Une ode sublime de poésie, de courajïe et de patriotisme, la Napolcone lui valut l'admiralion et Ifes malheurs attachés au talent. Après avoir longtemps erré pour fuir la persécution dont il était l'objet, il revint en France , et se livra tout entier à ses goûts littéraires. Connu d'une grandi^ partie du pul)lic par des romans pleins d'esprit et d'intérêt, M. ClV. ÎVodier a mérité l'estime des savants et a pris place dans leurs rangs, par d'importants travaux comme grammairien, philojogue, bibliographe et critique. 11 accueillit avec enthousiasme la Muse nouvelle ; il sut la juger, l'apprécier et rendre en poëte les impressions de la critique. Cependant, depuis que l'Académie française l'a admis dans son sein, il paraît être redevenu classique, et le romantisme a perdu en lui un de ses i)Ius dévoués souliens. On lui reproche aussi, et avec quelque raison, d'avoir livré son nom à des pul)Ucations auxquelles il ne manquait que sa collaboration; nous ne citerons que le dictionnaire français de Fcrrjcr, qui était entièrement imprimé, quand on ajouta le nom de Ch. Nodier à celui de l'auteur.

Ses principaux romans sont, Jean Sbogar, composition originale où Ch. IVodier jiroteste avec énergie contre la société actuelle ; la Fée aux Miettes, ouvrage rempli d'une grâce fantastique qui transporte l'imagination dans le ijajs des fées, et intéresse vivement pour des personnages dont tous les sentiments, les paroles et les malheurs viennent de la folie. On estime beaucoup aussi ses Soucetiirs, Épisodes et Portraits, pour servira l'histoire de la Révolution et de l'Empire, et ses Souvenirs de Jeunesse, publiés en i832.

Parmi ses œuvres piiilologiques , on remarque un examen critique de l'ancienne édition du dictionnaire de l'Académie, et il est probable qu'il a déjA regretté plus d'une fois d'être académicien, forcé qu'il est, par convenance, de louer la nouvelle édition, qui autrement n'échapperait certainement pas à sa critique investigatrice, judicieuse et incisive; car cette édition nous rappelle l'épigramme de Lebrun, qu'elle ne dément pas :

On fait, (lofait, refait ce beau dictionnaire,

Qui, toujours très-bien fait, reste toujours à faire.

Les œuvres complètes de Charles Nodier ont été publiées en 12 vol. in-is, par MM.Hauman et C^. , à Bruxelles.

• — Prononcez %U dans inextinguible comme dans aiguille.

^ — Du latin susurra, (je chuchote) onomatojiée assez expressive. Vonomatopée est un mot imitatif.

5 — Antiphrase et boutade spirituelles. (Voyez le 11 Janvier, note 5.)

'• — IJfpolypose fort comique. (Voyez le !««■ Janvier, note 1.)

^ — Il n'y a rien d'exagéré dans cette expression, tant Polichinelle est un type burlesque, naturel et vrai !

6 — La curiosité produit cet effet.

' — Nouvelle boutade. C'est ainsi que se produit la philosophie de l'écrivain, philanthrope par caractère, misanthrope par accès.

^ — Peinture charmante et naïve des querelles du jeune âge, contrastes heureusement amenés.

^ — Ce mot naïf et si joyeux en apparence est profondément triste. Polichinelle tivant! c'est l'utopie des enfants, utopie qui, cn se modiliant ini peu, tourmente la vie des hommes, et dont on attend la réalisation quarante ans et plus.

^^ — Opposition piquante et empreinte d'une douce philosophie, pensée profonde déguisée sous une badinerie agréable.

Observation générale. La signature qui est au bas de cette jolie boutade dispense de tout éloge. On regrette toutei^ois que la biographie de Polichinelle n'y ait pas plus d'étendue. Ce n'est pas là une de ces gloires nouvelles qu'il faille traiter avec dédain. S'il faut en cioire un savant justement renommé, c'est à l'antiquité classique (juc nous sommes redevables de cet amusant personnage. Sa grotesque ligure a été reconnue sur d'antiques bas-reliefs : c'est du moins ce qu'assure M. Ginguené. Madame de Staël a honoré l'olichinelle d'une réflexion comme il lui en échappe quelquefois: « Quelle sera dans l'éternité, dit-elle, la part d'un homme qui a fait Polichinelle durant soixante annéesde sa carrière?" Polichinelle est, selon ^I. Arnault, dans les farces napolitaines, un personnage aussi important qu'Arlequin dans les farces vénitiennes. C'est un paysan calabrois, savant trôs-fin soijsrapjiarence de la balourdise. 11 est velu d'une casaque blanche et d'une large et longue culotte blanche aussi; il porte un demi-masque brunâtre, rcniar(pial)le par un très-long nez aquilin. Sa coiffure est un haut bonnet de feutre gris, non pointu et sans bords; il parle cn jargon et ne bredouille pas; son nom ctFulcindla.

— 1823. — Jour lie deuil pour la Hollande.

rius de 300 bourss ou village» de la Gucidrc et de la Frise sont détruits par une inondation. 52,000 personnes restent sans asile.

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