SUCS LOUIS XIII
>\.Tcr ma poudre , il n'est rien dans la vie Dont bientôt on ne v iciine a bout ;
Par elle ou obtient tout, on sait tout, ou fait tout; Ccst la grande cncyoloiitdie.
— rLOBiis. —
Le Pont-Neuf était d'ordinaire le point central 011 se réunissaient les marchands d'orviétan et de baume, les déliitants d'élixir et de poudre de sympathie • , les inventeurs de la panacée universelle^, les arracheurs de dents ; tous grands docteurs de la petite faculté s. On y trouvait de plus les chanteurs de not'ls, les escamoteurs , les é(|uilibristes , Tabarin et son thé;Ure * ; par conséquent, force badauds et charlatans agissant réciproquement les uns sur les autres , par un grand pouvoir d'attraction.
Malheur au provincial, venu du Poitou ou de la Saintonge, jeté au milieu de cette cohue, et s'y faisant reconnaître à sa démarche gênée , à son air de circonspection , à son feutre à petit bord ou à sa moustache écourtéc! Il est bientôt le point de mire de tous, et les plus habiles opérateurs s'en emparent comme d'une proie pour leurs expériences*.
Alors , assis malgré lui sur la sellette de la science ^ , il se voit contraint de déguster des élixirs de toutes sortes ; ses habits sont purgés de tonte macule , par le frottement des pierres de propreté, qui ont le don de faire <lisparaître les taches , et , trois jours après , l'étoffe ^ ; son chapeau est remis à neuf, lustré, brûlé par des eaux dites de Jouvence ; malheur à lui surtout, s'il a une dent douteuse dans la bouche** : bonne ou mauvaise, elle lui est enlevée aux cris d'admiration du cercle! Trop heureux si, après avoir été martyrisé par les charlatans, il ne se retire pas encore dépouillé par les spectateurs; car le vol alors n'était pas seulement réputé piétier de manants, mais aussi délassement de gentilshommes.
— X. B. .Sai>tim;.—
( Voyez, le i" février. )
' — Les charlatans appelaient powrfre de sympathie une |)Oii(lre préparée qu'ils appliquaient sur il! sani; sorti d'une bU'SSiire, et qu'ils .i.s.siiraient devoir agir sur la personne blessée, «juoiqu'elle fût éloignée. C'est une chimère dont on est revenu depuis ionfïtemps.
2 — L'emploi de radjoclifM«iPe/-.ve//e avec pow«cée, qui signifie remède universel, est en quelque
sorte un pléonasme, mais d'un bon effet clans la bouche d'un charlatan.
5 — La i)etitc faculté (de médecine) était sans doute composée de barbiers et de charlatans.
* — Acteur renommé du xvi<' siècle. H joua, sur des tréteaux, puis sur un théâtre, des parades qui furent nos ;ireinières pièces dramalicpies. Scaramouche et Tuiiitpin lîorissaient vers le même temps.
* — Cette expression peint très-bien l'avidité du charlatan ou du savant lui-même qui cherche à faire une expérience.
6 — Excellente alliance de mots ; l'opérateur devient ici un bourreau et la science une torture.
7 — De telle sorte quel'efficacité de l'ingrédient ne saurait du uioins être contestée.
8 — Douteuse dit admirablement le zèle de l'opérateur qui ne laisse même i)as au mal le temps de se déclarer, tant il est piessé d'appliquer le remède. Ce morceau exquis abonde en saillies de ce geiu-e.
Observation générale. Cette pièce, qui étincelle de verve comique et d'expressions heureuçcs et orir;!iiales, est un modèle de bonne plaisanterie et de gaité, et un des morceaux les plus remarquables de l'excellent roman d'une Maîtresse de Louis xm.
— 1593.— Mort d"^OT,7-o/( Jacques), évèqlie tfAiixcrre et grand aumônier de France , né à Melun , le 30 octobre 1513.
C'est a la Providence qu'il fut redevable de son éducation et de sa fortune.
DE LA PROTIDEnCZ:.
De la Répartition inégale des biens et des maux.
.\y\x prlils dos oisraiix il donne Ipur pàlure , Et sa bontc &*étcnd sur toute la nature.
— J.RiCIXE.—
Ouvrez les yeux, ô mortels; c'est Jésus- Christ qui vous y exhorte dans cet admirable discours qu'il a fait en saint 3Iatthieu , chapitre sixième, et en saint Luc, cliapitre douzième, et dont je vais vous donner une paraphrase. Contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers. Est-il rien de mieux entendu que cet édifice? Est-il rien de mieux pourvu que cette famille? est-il rien de mieux gouverné que cet empire »? Cette puissance suprême qui a construit le monde, et qui n'y a rien fait qui ne soit très-bon, a fait néanmoins des créatures meilleures les unes que les autres : elle a fait les corps célestes , qui sont immortels ^ ; elle a fait les terrestres , qui sont périssables : elle a fait des animaux admirables par leur grandeur; elle a fait les insectes et les oiseaux , qui Semblent méprisables par leur petitesse : elle a fait ces grands arbres des forêts , qui subsistent des siècles
entiers ; elle a fait les fleurs des champs , qui se passent du matin au soir'. Il y a de l'inégalité dans ses créatures , parce que cette même bonté quia donné l'être aux plus nobles ne l'a pas voulu envier aux moindres * ; mais , depuis les plus grandes justju'aux i)lus petites, sa providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants ^; et ces fleurs dont la beauté est si tôt flétrie, elle les- habille si superbement durant ce petit moment de leur être , que Salomon dans toute sa gloire n'a rien de comparable à cet ornement. Vous , hommes, que Dieu a faits à son image, qu'il a éclairés de sa connaissance, qu'il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu'il vous oublie, et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts ^? N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? Que s'il vous paraît (juclque désordre , s'il vous semble que la récompense coure trop lentement à la vertu , et que la peine ne poursuive pas d'assez près le vice , songez à l'éternité de ce premier Être.
Ses desseins , formés dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années , ni des siècles qu'il voit passer devant lui comme des moments, et il faut la durée entière du monde pour développer tout à fait les ordres d'une sagesse si profonde^; et nous , mortels misérables, nous voudrions, en nos jours qui passent si vite , voir toutes les œuvres de Dieu accomplies! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un temps si court, nous voudrions que l'infini se renferniiU aussi dans les mêmes bornes, et qu'il déployât en si peu d'espace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons , et tout ce que sa justice destine aux méchants !
Dieu , qui est l'arbitre de tous les temps , qui du centre de son éternité développe tout l'ordre des siècles , qui connaît sa toute-puissance , et qui sait que rien ne peut échappera ses mains souveraines , ah ! il ne précipite pas ses conseils, il sait que la sagesse ne consiste pas toujours à faire les choses promptement, mais à les faire dans le temps qu'il faut. Il laisse censurer ses desseins aux fous et aux téméraires, mais il ne trouve pas à propos d'en avancer l'exécution pour * les murmures des hommes. Ce lui est assez, chrétiens, que ses amis et ses serviteurs regardent de loin venir son jour avec humilité et tremblement : pour les autres, il sait où il les attend, et le jour est manjué jiour les punir; il ne s'émeut pas de leurs reproches , <; parce qu'il voit que son jour doit renir bientôt. ;>
Mais cependant, direz-vous, Dieu fait souvent du bien aux méchants, il laisse souffrir de grands maux aux justes^; et , quand un tel désordre ne diirrrait qu'iui moment , c'est
toujours quelque chose contre la justice. Désabusons-nous, chrétiens , etentemlons aujourd'hui la tlilfercnce îles hiens et tics maux : il y en a tie deux sortes. Il y a les Mens et les maux mêles . qui dépendent de l'iisaive que nous en faisons. Par exemple , la maladie est un mal; mais tpi'elle sera un i^rand bien, si vous la sanctifiez par la paliiiiee! I.a santé est un bien ; mais qu'elle devirndra un mal dangereux en favorisant la débauche! Voilà les biens et les maux mêlés, (jui participent de la nature du bien et tlu mal, et qui touchent h l'un ou il l'autre suivant l'usage où on les applique.
Mais entendez, chrétiens, qu'un Dieu tout puissant a dans les trésors de sa bonté un souverain bien qui ne peut jamais être mal , c'est la félicité éternelle ; et qu'il a dans les trésors de sa justice certains maux extrêmes qui ne peuvent tourner en bien à ceux qui les souffrent , tels que sont les supjjlices des réprouvés. La règle de sa justice ne permet pas que les méchants goûtent jamais ce bien souverain, ni (pieles bons soient tourmentés par ces maux extrêmes; c'est pourquoi il fera un jour le discernement: mais, pour ce qui regarde les biens et les maux mêlés, il les donne indifféremment aux uns et aux autres.
Cette distinction étant suj)posée, il est bien aisé de comprendre que ces biens et ces maux suprêmes appartieiuient au temps du discernement général, où les bons seront séparés pour jamais de la société des impies, et que ces biens et ces maux mêlés sont distribués avec équité dans le mélange où nous sommes.
" Car il fallait certainement, dit saint Augustin, que la justice divine prédestinât certains biens aux justes auxquels les méchants n'eussent point de i)art, et, de même, qu'elle prépanAt aux méchants des peines dont les bons ne fussent jamais tourmentés. » C'est ce qui fera dans le dernier jour un discernement éternel. 3Iais en attendant ce temps limité, dans ce siècle de confusion où les bons et les méchants sont mêlés ensemble, il fallait que les biens et les maux fussent comnmns aux uns et aux autres, afin (jue le desordre même tint les hommes toujours susjtendiis dans raltcnle de la décision dernière et irrévocable '**.
— BOSSUET
BQSSUET ( Jacqucs-Uenignc ) ,
N/' ;i Dijon le 27 seplcinljro ii;27.
Il fut d'ahunl évtMiue «le (^oiidom et ensuite de Meaiix. iNoiiimé |»réce|)lL'iir du fils de Louis xiv, il eoin|)os:i pourrinslniction dr son royal disciitle son fameux Discours sur l'hisluirc unircrsvlU', dans lfqu(;l il i otilciiipie de si haut cl d'un regard si vaslo tous Ifs t'Nrntiiunls (jui se passent sur la terri'. Dossuet est le preiiiiL-rcjuiait \u uni' lui dans la suc cession des faits liisloriciues, qui ait senti l'unité au sein de la variété, et l'ordre dan» l'apparente cou-
7 FÉVRIKR.
fusion des actes de riuiinanité. Cette loi, selon Ilossuel, est la Providence; cette pensée unique, dont la variété des faits n'est que la manifestation, est rétablissement de la religion elirélieiine sur toute la terre. L'exécution de ce tableau hislorique est aussi parfaite, que l'idée première en est grande et sublime. Il défendit les libertés de l'Église gallicane contre les prétentions de la cour de Rome, et fut l'auteur de la déclaration du clergé de France en 1CS2. On connaît sa (|uerelleavee Féiielon. L'esprit sévère de Rossuet traitait d'Iiérésie coupable la morale mystique et toute d'amour du prélat de Cambrai. Ses ()t aisons funèbres hnxnl prononcées en différents temps, et Jamais paroles i)Ius solennelles et plus terribles iie retentirent sous la voûte des temples, eu présence d'un autel et d'un tombeau; jamais le néant des grandeurs humaines et la vanité de tonte chose ici-bas ne lurent étalés avec tant de forée et de vérité. Par l'autorité de sa parole et la sublimité de son génie, Bossuet est un véritable père de l'Église.
Il mourut le n avTil i704, à l'âge de 77 ans.
' — Les matérialistesveulenl quecet édifice merveilleux soit l'œuvre du hasard et de la fatalité, une combinaison fortuited'atomcs en mouvement ! Il serait bien étrange ([u'une cause aveugle eût luoduit l'ordre et l'harmonie; (pi'il y eût un dessein, ini plan, une pensée sublime dans une combinaison désordonnée, et (jue des mouvements accidentels eussent établi dans l'univers des lois immuables et éternelles ; et, ce qu'il y aurait de Iilus incompréhensible, ce .serait un tel système, si l'on peut donner ce nom à une supposition aussi absurde.
2 — Les corps célestes (les astres) ne sont pas plus immortels que les autres corps de la nature; c'est un fait incontestable. Bossuet a-t-il voulu entendre les créatures céU;stes (les inlelligenees célestes) ? Alors, l'expression est impropre.
' — On trouve la même pensée rendue poétiquement dans les Jioses d'Ausone.
* — L'inégalité est d'ailleurs nécessaire à l'harmonie universelle. Dans un nombre infini d'êtres, il doit y avoir des degrés à l'infini sans quoi tout se confondrait dans l'unité et dans l'immobilité de Dieu.
Dans celte phrase , le verbe envier manque de clarté.
5 — Aux petits des oise.iiix 11 donne la pAtiire El sa bonlO s'iilcnd sur toute lu iLiture.
lUCIISE.
^ — S'il y a une Providence pour le monde physique, elle existe aussi pour le monde moral : la même loi les régit tous deux; mais, parei; <|ue les êtres du monde pliysitpie obéissent sans intelligence et sans volonté à la loi universelle, et <iue ceux du monde moral sont intelligents et libres, la Providi'iice j)arail moins visible dans l'humanité que dans la nature.
' — Car il est le principe et la fin , l'origine et le biilde toutes chose;; or, il y a l'infini entre ces deux points de vue de Dieu , et il faut l'éternité pour parcourir l'infini.
Dans cette phrase , le verbe dércloppcr est employé dans une acception que n'indiquent point les dictionnaires.
8 — Ici l'emploi de pour est (équivoque; il fallait « cause (le.
•' — J.-.I. Rousseau rcffarde le (riomphe des nié- (lianls eu ce uiouile connue une preuve de la Pio- \id('ucc divine : Ih'cepcrunt iiierccdem suani. La BruyOre a dit que Dieu ne pouvait mieux prouver aux hommes comI)ieu les Inensde la terre sont dignes de leur mépris , qu'en les distribuant la plupart du temi»s aux plus pervers.
'^' — C'est donc ôler une des plus fortes preuves de rimmorlalité de l'âme , (|ue de nier ce désordre moral , et c'est détruire en même temps la vertu , qui n'existe que par la lutte , le dévoûment et le sacrifice.
—1450.'— Mort ce Agnès Sorel, iiiaîtresiîc Jii roi Charles vu, et qui s'est servie de l'empire qu'elle exerçait sur Tesprit de ce prince pour lui iuspircr l'auiour de la gloire. Elle fut célèbre par sa beauté.
Jamais l'amour iic forma rieu de tel.