‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 36 sur 370 · D£L1LLE · texte numérisé non relu

D£L1LLE

Parole de l'homme, comment dirais-lu le charme et la puissance de la beauté? Comment dirais-lu ce qu'il y a en elle de si vague et de si positif, de si faible et en même temps de si fort'? Saurais-tu définir cet attrait victorieux qui subjugue les sens, qui captive le cœur, qui entraine l'imagination, qui ôte toute la liberté de la pensée? Si tu ne peux peindre ni le regard , ni le son de la voix , ni l'expression de la figure, ni ces reflets de l'âme qui brillent dans tous les traits, qui donnent la vie à tous les contours, a tous les mouvements, parole de l'homme, pourrais-tu dire le charme et la puissance de la beauté? Timide, pleine de délicatesse et de douceur, elle parait faite pour recevoir des lois, et c'est elle qui en donne. Elle maîtrise à l'égal de la nécessité , souvent elle fait la destinée des hommes et môme des empires; devant elle, toute force cesse et devient faiblesses. Mais si toutes les choses merveilleuses qui font la joie et l'orgueil des mortels n'ont que la durée d'un instant , combien cet instant est fugitif pour la plus merveilleuse de toutes! Sa présence nous plonge dans une rêverie ravissante ; et lorsfjue nous sortons de cette rêverie, la beauté n'est plus 5; elle a passé comme une ombre; elle s'est évanouie comme le souvenir confus d'un songe plein d'enchantement. Ceipii reste en nous ressemble, hélas ! à la trop faible trace que laisse dans notre oreille le son inspirateur détaché d'une lyre d'or*. On éprouve donc un sentiment à la fois amer et doux, aimable

et Iriste, dans la contemplalion de la beauté , ce fragile iliif-d'œiivre des dieux iiiimorlels, sin- lequel ils ont laissé tomber un rayon, mais un seul rayon de leur gloire^ Parole de l'homme, comment dirais-lu le charme et la puissance de la beauté?

— Ballanche. —

BA.LLAIVCIIE {Pierre-Simon) ,

Né le 4 août 1776, à Lyon.

11 débuta dans la carrière littéraire par des articles insérés dans le Bulletin de Lyon, journal dont il était éditeur et propriétaire. Depuis, il a publié : 1° Dxi SentiDicnt considéré dans ses rapports avec la littérature et les arts, ouvrage auquel il dut son admission à l'Académie de Lyon; 2° ylntigone , épopée en prose : ce livre se distingue par l'éclat et la grâce du style, qui cependant est parfois prétentieux et emphatique. L'idée dominante dans Antigone est la fatalité, loi secrète et inexorable que les Grecs faisaient présider à tous Içs événements humains; puis, comme un contraste sublime , le dévoûment de l'innocence luttant contre la force du Destin , pour expier le crime d'Œdipe; 50 V Homme sans nom, ouvrage qui reproduit une idée analogue à celle d'Antigone. Ce n'est plus la fatalité, mais la Providence, qui est l'idée dominante; ce n'est plus la vengeance des dieux qui poursuit le coupaidc, mais le remords qui s'attache à lui comme un vautour. Le style de cet ouvrage offre la réunion des qualités et des défauts <iu'on remarque dans Antigone ; 40 Essai sur les institutions sociales, sorte d'introduclion à l'œuvre suivante : 5" La Palingénésie sociale (1), épopée cyclique, c'est-à-dire, analogue â l'histoire des temps fabuleux, dans laquelle l'auteur suit la destinée du genre humain à travers ses époques de mort et de régénération successives. C'est un tableau sublime de la marche de l'humanité, une expression diamatique de l'idée de perfectibilité indéfinie, telle que l'ont conçue Vico, Lessing et Herder.

Il règne dans tous ces ouvrages un ton mystique qui approche souvent de l'obscurité , et qui semble inhérent à ces sortes de matières entourées de mystères.

M. Ballanche a naguère servi de sa plume éloquente la noble cause des Polonais.

• — Peut-on mieux commencer â parler de la beauté, qu'en déclarant ce qu'elle a d'ineffable? Mais alors, dira-t-on. à quoi bon en i)arler? .\ quoi bon?... M. Ballanche parle de la beauté qui vient de Dieu , comme de Dieu lui-même . non jiour définir ce qui est indéfinissable, mais pour adorer ce qui est adorable.

2 — 11 est fâcheux que, dans cette période, la beauté soit prise tour â tour comme une chose personnifiée et comme un être a!>strait . ce qui cause de la confusion. Par exemple, s'il s'agit de la beauté en tant ([iVahslraction. ou ne peut pas dire qu'elle soit timide, délicate; d'une aude part, si la beauté signifie ici une femme belle , on ne peut la compa-

(I) Prétendue régénération ou reproduction d'un corps détruit par la réunion de ses premier» éléments.

rer ù la nécessité ; il y a donc disconvenance dans les termes de coinp:iraisou.

5 — Hyperbole un [teii outrée, pour dire que la beauté passe rapidement.

* — Expression toute \^ov^.\(\\w,lyre aux cordes d'or, et , par extension . lyre d'or;, mais ici celle expression est au moins déplacée.

* — Ceci esl extrait A\1nti<jone , ce qui justifie l'emploi de l'expression diei(.r immortels.

Observation générait', la beauté a bien inspiré M. Ballanehc; .son cliarine . sa puissance rt son rc{;ne si court . sont jteints dans ce morceau . (pii a une teinte tout antique, avec une gr.lcc merveilleuse (rimagcs et de style. Sans les quelques taches «pii la déparent, cet hymne à la beauté serait un chef-d'œuvre.

-1649. — Charles Kr, roi il'Angleterre, esl décapite «levant son palais de ir/iite-Hall [l).

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