‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 44 sur 370 · MARIE ST L'ART · texte numérisé non relu

MARIE ST L'ART

Marie Sliiart, reine d'Écosso. fille do Jaoïiiies ï<'^, tire le 7 décembre 1542 , est célèbre i>ar sa beauté , SIS talents et ses malbeiirs. KUe s'était réfugiée ui|irès d'Elisabeth qui la fit enfermer dans une I troite prison, où elle la retint pendant dix-lmit iiis. après lesipM'ls elle lui fit Iranriier la tète, le s février iss?. Elle mourut avec un courage liél'iiipu», ii ipiarante-six ans. Son altacliement i'i la ! ' ligion calliolitpn'. ses droits sur l'Angleterre et siM tout sa beauté, tirent aux \ eux d Elisabeth une |i ulie de ses crimes. Si elle eut des torts, sa con- Manee dans le malheur doit les faire oublier. Cette !(ine a fourni à Schiller le sujet d'une tragédie «|ue M. Lebrun a reproduite avec succès sur notre I héàtre.

' — Ces deux religions sont fondées sur le même principe, le Cluistianisinc, et l'une, pas plus «pie r.uilre, ne peut i»rècher la vengeance.

- — Elisabeth, fille de Henri vm et d'Anne de Dideyn , fut déclarée bâtarde par le jugement «jui . (indamnait à la mort sa mère infortunée.

^ — Elle aurait pu ajouter et à votre mère.

Observation générale. Cette lettre est touchante .

iiKdgré certain ton d'aigreur que la malheureuse reine

.IKccsse n'avait i»u réprimer entièrement. Le sui>i)li('e

Marie est une tache qui souille à jamais le carae-

11' d'l'li.sabelh.et(iue rien ne peut effacer. Cet ac(e

I barbarie contraste étrangement avec les jiréten-

; l' ins (te la femme qui voulait qu'on jp-avàt .sur .sa tombe.

< i-f/it une reine qui vécut et mourut viert/r. Klisabelh

jvait, dans le même but, fait aivpeler /'irtjinie une

(les provinces du nouveau monde : lui donnant ainsi.

liil Fontenellc, le nom de la plus douteuse de ses

•lualités.

- 1709. — La Cession d'Jvî^non à la France est stipulOc par le Pape Pic vu. C"est en 1791 que ce comtat y fut rOuni.

I.a garde la plus fiùre d'iiii souverain csl le cteur de ses sujets.

En arrivant à Avignon, il me sembla qnc je venais de quitter la France. Sortant du îjaleau à vapeur, je n'avais pas été préparé, par une transition graduée , à la nouveauté du spectacle qui s'offrait à moi; langage, coslnmes, aspect du pays, tout parait étrange à qui vient du centre de la France. Je me croyais au milieu d'une ville espagnole. Les murailles crénelées, les tours garnies de mâchicoulis', la campagne couverte d'oliviers , de roseaux , d'une végétation toute méridionale , me rappelaient Valence et sa magnificpie Heurta 2, entourée, comme la plaine d'.\vignon, d'un mur de montagnes aux profils déchiquetés-', (jui se dessinent nettement sur un ciel d'un azur foncé. Puis, en parcourant la ville, je retrouvais avec surprise une foule d'habitudes .

d'usages espagnols. Ici , comme en Esjjagne , les boutiques sont fermées par un rideau , et les enseignes des marchands , peintes sur des toiles, tlotlent suspendues le long d'une corde comme des pavillons de navire. Les hommes du peuple, basanés, la veste jetée sur l'épaule en guise de manteau, travaillent à l'ombre, ou dorment couchés au milieu de la rue, insouciants des passants ; car chacun sur la voie publique se croit chez lui. La rue, pour les Espagnols, c'est le forum antique ^; c'est là que chacun s'occupe de ses affaires, conclut ses marchés, ou cause avec ses amis. Les Provençaux, coiHme eux, semblent ne regarder leur maison que comme un lieu d'abri temporaire, oîi il est ridicule de demeurer lorsqu'il fait beau. Enfin, la physionomie prononcée et un peu dure des Avignonais, leur langage fortement accentué , où les voyelles dominent, et dont la prononciation ne ressemble en rien à la nôtre , complétaient mon illusion et me transportaient si loin de la France, que je me retournais avec surprise en entendant près de moi des soldats du Nord qui parlaient ma langue.

L'aspect général d'Avignon est celui d'une place de guerre. Le style de tous les grands édifices est militaire ; et ses palais, comme ses églises , semblent autant de forteresses. Des crénaux, des mâchicoulis couronnent les clochers; enfin tout annonce des habitudes de révolte et de guerr<^ civiles.

A voir le château des papes, le plus considérable de tous ces bâtiments , on dirait la citadelle d'un tyran asiatique plutôt que la demetn'e du vicaire d'un Dieu de paix^. Construit sur un rocher escarpé, il élève ses tours massives à une hauteurprodigieuse. Rien dans cet immense édifice ne parait avoir été donnéà l'art ; partout l'agrément et môme la commodité ont été sacrifiés à la sûreté. Non seulement l'épaisseur des murs, leur élévation, les fossés qui les bordent, semblent défier les attaques de vive force ; mais on a prévu encore le cas d'une surj)rise ^. L'intérieur du palais est aussi bien fortifié ([ue l'extérieur. La grande cour est dominée de tous côtés par des tours et de hautes courtines^. Maitre de la porte et de cette cour, l'assaillant n'a rien fait encore , c'est un nouveau siège qu'il lui faut entreprendre ; enfin toutes ces défenses emportées, reste inie tour à forcer. La porte se brise, l'ennemi se précipite dans l'escalier, il va pénétrer dans l'appartement y\\\v le pape a choisi pour sa relraite. Tout d'un coup l'escalier se perd dans une muraille, .\u-dessus une espèce de palier, où l'on ne peut monter que I)ar une échelle, est gainie*' de soldats, qui peuvent assommer \n\ à un ceux qui déjà se croyaient vaiinjucurs (1).

(l)Lc château des papes n'a janiaisélépri$ de vive force.

Ce chAteaii. dont la plus (grande partie dato de la prfinitTf inoitio du mv sit-cle. peut être oiinsiiloré comuit' un modèle de l'areliitecture militaire à cette époque. On est frappé de la rustieité île sa eonstructiou . de l'irrej'.ularité elu»tpiaiilc de toutes ses parties, irrégularité tpii n'est niotivee ni par la disposition du terrain . ni par des avantaj^es matériels. Ainsi les to\irsne sont |)asearrées, les feniMres n'observent^ aueun alisTnement, on ne rencontre pas un seul ane.le droit , et la communication tl'uii corps de loj',is ;i un autre u'a lieu qu'au moyeu de circuits sans nombre. — Prosper Mérimée. —

UÈMntt { Prosper )

Inspecteur général îles inonumeiits tiistoriques en France.

Il iléluila dans la c^rrir-re littéraire par la publication «lu Théâtre de Clam Gazul . oMivre siniTUlicrcincnt orictinaleilonl il allri!)iie la création à une actrice espagnole, mais dont il est véritablement l'aulenr. Ce théâtre comprend i" les Espaqnoh en Daiteuinrk , iiiécc dont le sujet est la retraite du marquis de la Roniana ; i<^ la Femme est un diable, comédie imitée du Moine de Lewis, et pleine de naïveté et de chaleur: -" Inès-Mendo, peinture éuerf^inin» de In bille de l'amour et du préju{;é; i" le Ciel et l' Enfer, tableau dramatique de la dépravation et de la superstition espagnoles.

A Clara Gazul succédèrent la Jaequerie, scènes féodales pleines de vérité historique ; la Famille de Carra jol , drame d'une conception hardie et d'un slyle passionné ; une Chronique du temps de Charles \i. récit dramatique et plein d'intérêt : depuis. Mérimée a enrichi la Renie de Paris d'un grand nombre d'articles étincelants de ^,\'t\ce et d'esprit, et dont il a fait un choix ipi'il a publié soirs le litre de Mosaïque. 11 s'occupe maintenant de la description des monuments historiques, et sa ]tlume exercée nous a déjrt fourni, sur ce sujet, des articles qui se distinguent autant par la grâce du style que i)ar l'esprit d'observation.

' — On dit aussi maehecoulis. Ce sont des ouvertures dans la saillie des galeries des nnciennes fortifications, et par lcs(pielles on jetait de grosses pierres pour défendre le i)ied du mur.

2 — Faïence, ville d'Espagne : Iluerla, jardin clos de murs.

' — Expression un peu hasardée , et qui fait partie du vocabulaire technique qui, depuis quelque lemps. .1 eiiv.ilii la lillér;ilui'e.

* ~ A Rome . le forum était une place céb-bre oii le peuple s'assemblait pour les alîaires |)ubliques.

5 — Tippo- Safth, .Sultan de My.sore . .s'était fortifié dans \\n chAteau semblable, et l'issue de son api»artement était, dit-on, gardée par deux tigres.

6 — Non .seulement les fossés qui les bordent

Pierre «le l,nn.i. ranti p.ipe neiioit xni, y soutint un lonR siège contre le inari^-clial lioucicaul. On montre encore le

semblent défier les attaques de vive force , mais on a préru encore le cas d'une surprise. Disconveiiance grammaticale qu'on eitt facilement évitée en disant : mais encore le cas d'une surprise a été préru. Pour éviter ce toin- i)assif. qui n'est pas toujours élégant, l'auteur est tombé ilans une incorrection, faute plus grave.

Souvent la peur tl'un uial nous comluit dans un pire.

UOILEAU.

' — Mur entre deux bastions, et qui en joint les flancs.

•* — Garni au masculin serait plus exact. Ne dirait-on pas, une espèce de palier /j/cjm de soldats?

^ — Le verbe observer dans ce sens ne se dit que des personnes.

Obserralion (jénérale. Cette description intOre.ssnnte csl iS-iilc avec élégance et faeiliU^ C'est une jieinlnre piltor(-s(pie du ciel du IMidi el do la physionomie de ses hal)itaiits, de l'aspect <l'\vi|;noii i-t de ses monuments. Les détails doiiiu-s ))ar l'aiiteiu' sur lechàteandesl^apessont neufs et curieux. Nous entrcjirenons souvent de !on(;s voyages |)Our voir et l'-tmlier des ciioses Irès-conunimes, tandis ipi'au milieu de nous, des niouuiuenls dignes de toute notre allentioii sont inconnus ou dédaignés. Hspérons que M. 'Mérimée, dont la mission est de les explorer, nous les fera connaitre dans ses intéressantes descriptions.

1790. — Mort (le /'empereur Joseph ii , frfire tic Mario- Auiuinctle, reine de France.

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