DESTINEE DE L'BOMME
La Tcrtu maUicnreiisr m ces joii Annonce à ma raison les sierlcs t- Pour la scuU- duulcitr la vertu n'e; Ix! ciel a fait pour elle une autre (
— (ÎRESSKT. —
Les douleurs, les peines, les désirs de cette vie sont une preuve que , moins heureux que la brute, l'homme a une autre destinée.
Si tout doit linir avec nous , si l'homme ne doit rien attendre après cette vie, et que ce soit ici notre patrie, notre origine, et la seule félicité que nous pouvons nous promettre ', pourquoi n'y sommes-nous pas heureux? si nous ne naissons que pour les plaisirs des sens, pourquoi né j»euvent-ils nous satisfaire, et laissent-ils toujours un fonds d'ennui et de tristesse dans notre cœur 2? Si l'homme n'a rien au-dessus de la bête? que ne coule-t-il ses jours comme elle, sans souci, sans inquiétude, sans dégoût , sans tristesse , dans la félicité des, sens et de la chair? Si l'homme n'a point d'autre bonheur à espérer qu'un bonheur temporel , pourquoi ne le trouve-t-il nulle part sur la terre? D'où vient que les richesses l'inquiètent ; que les honneurs le fatiguent ; que les plaisirs le lassent; que les sciences le confondent et irritent sa curiosité loin de la satisfaire ; que la réputation le gène et l'embarrasse; que tout cela ensemble ne peut remplir l'immensité de son cœur, et lui laisse encore quelque chose h désirer ^ ? Tous les autres êtres , contents de leur destinée, paraissent heureux, à leur manière, dans la situalion où l'Auteur de la nature les a placés : les astres, tranquilles dans le firmament, ne quittent point leur séjour pour aller éclairer une autre terre**; la terre, réglée dans ses mouvements , ne s'élance pas en haut pour aller prendre leur place ; les animaux rampent dans les campagnes sans envier la destinée de l'homme qui habite les villes et les palais somptueux; les oiseaux se réjouissent dans les airs, sans penser s'il y a des créatures plus heureuses cju'eux sur la terre : tout est heureux, pour ainsi dire, tout est à sa ])lace dans la nature^, l'homme seul est inquiet et mécontent ; l'homme seul est en proieà ses désirs, se laisse déchirer par des craintes, trouve son supplice dans ses espérances, devient triste et malheureux au milieu de ses plaisirs ; l'homme seul ne rencontre rien ici-bas où son coeur puisse se fixer ^.
— Massili.o>. —
(ji 21 FEVRIER.
XASSILLO^ (Jean-DapUste).
Ce célèbre itmlicatciir naquit à I/rèies (Provence), en J663. l'I entra dans la conj;rt'gation de l'Oratoire en xesi. Ses prétiicalions ne tardèrent pas à révéler en lui un grand orateur et un profond moraliste. 11 fut pn>mu en itit à l'évéché de Clermont, et ce fut l'année suivante <|u'il prononea son l'ctit-i'arvmc. chef-d'œuvre de raison, de slyle et d'«'io(pience. On remarque aussi son Oraison funibre de Louis xiv dont l'exorde coinuienee ainsi: Dieu seul esl f/raiiil , mes frères, u C'est un l>eau mot que celui-là , «lit Chateaubriand . ainsi prononce devant le toni!>eau de Louis-le-drand. •>
Les sermons deMassiilon se distinguent par une grande noblesse de style, par une élégance et une harmonie soulenues. et surtout par un ardent amour de la vérité; ses id» es sont pleines d'éclat et de fraîcheur ; nul n'a mieux connu le cœur humain et ses secrètes misères , nul ne l'a sondé à une aussi grande profondeur.
Mas^illon mourut le 28 septembre t742.
' — Oue nous puissions nous promeltro serait ici plus conforme fj la i)ensée (pie laiiteur veut exprimer. On pourrait dire : C'est la seule félicité que nous puurons nous promettre. (Voyez ma Grammaire, n" 65y).
' — Oue les matérialistes, qui nient l'existence de deux principes dans l'honiuie , expliquent cet ennui et celte tristesse (|ui suivent les jibiisirs des sens. Si ces plaisirs ne peuvent satisfaire entièrement l'homme, n'est-ce pas que la partie la plus noble de lui-même les dédaigne et les réprouve ! n'est-ce pas qu'il y a en lui deux i)rincipes. et que toute lutte révèle la différence de leur nature et de leur destination !
* — Si ce désir de l'homme est infini , n'est-ce pas une preuve de l'intinie durée de son âme? Si l'espérance , s'éloignant sans cesse d'un bonheur incomplet, s'avance toujours d'un pas dans l'avenir, n'est ce pas qu'elle est un instinct de l'immorlalité?
* — Ce rapprochement esl vicieux : les astres ne sauraient être comparés aux hommes; mais rop|>osition entre les hommes et les animaux est fort juste, sous le point de vue choisi par l'auteur.
* — Cette place , limitée dans l'espace , suffit à l'accomplissement d'une destinée également limitée dans le temps, et, i»our tout être vivant, les bornes de sa destinée sont aussi celles de ses désirs.
*> — Rien n'est plus vrai : l'homme est presque toujours mrilheurcux lorsipi'il cesse d'espérer ou de craindre. Homère nous présente, dans Bcllàrophon, un exemple frappant des misères humaines au sein de la prospérité. Le monde n'a pas changé depuis.
()h%prrntion générale. Cotte éloquente paffc de Ma.<sjllon. écrite avec tonte la force de la conviction et In nf)lil('ssf; de la penséf- profonde (pii l'a inspirée , nou« prouve évidemment que l'homme eut fait pour rinnni et pour réiernité. puisque ses farnltés einlirassent l'immeiisilé de l'espace et de la durée, et que sa destinée n'a d'autres bornes que celles de ses désirs, et quelle est immortelle ro.Timc lui.
—507 .iv.Tiil J.-C— Él.-il)lissemcul de l.i rfpubliiiuc romaine.
ROHi: ET CARTHAGE.
Cirtliagc, atUquAnt Romr, rxpia rot mitragr ;
KoDie liàu fa cliulr, en rmvri-Mnt drttugf .
— ncLiLLi:. —
Rome , pareille à Faiglo , son redoutable sym!)ol(' . étend largenieiit ses ailes , déploie . ptiissaniinenl ses serres, saisit la foudre et s'envole. Carthagc est le soleil du monde, c'est sur Cartilage (pie se fixent ses yi'iix. Carthage est luailrossc des océans, maîtresse des royaumes, maîtresse des nations, (l'est une ville magnifique, pleine de splendeur et d'opulence, tonte rayonnante des arts étranges de l'Orient. C'est une société complète, finie, achevée, à laiiHolle ri<'n ne manque du travail, du temps et des hommes. Enfin, la méiropolo d'Afrique ' esl à l'apogée de sa civilisation : elle ne peut plus monter, et rhaque progrès désormais sera un déclin. Rome an contraire n'a rien. Elle a bien pris dejii tout ce (jni était à sa portée; mais elle a pris pour prendre plutùl que pour s'enrichir -. Elle est à demi sauvage, h demi barliare. Elle a son éducation ensemble et sa fortune à faire. Tout devant elle ; rien derrière.
Quelque temps les deux peuples existent de front. L'un se repose dans sa splendeur, l'antre grandit dans l'ombre. Mais peu à peu l'air et la place leiu" manquent à tons deux pour se développer. Rome commence à gêner Carthage. Il y a longtemj)S (pie Carthage importune Rome. Assises sur les deux rives opposées de la Méditerranée , les deux cités se regardent en face. Cette même suffit plus pour les séparer. L'Europe et l'Afrique pèsent l'une sur l'autre. Comme deux nuages surchargés d'électricité, elles se côtoient de trop près. Elles vont se mêler dans la foudre. Ici est la péripétie de ce grand drame 3. Ouels acteurs sont en présence! deux races, celle-ci de marchands et de marins, celle-l'a de laboin-eurs et de soldats; deux pen|»les, l'un régnant par l'or, l'autre par le fer; deux réj>nbli(pies, l'ime théocratitpu', l'autre arislocratiiiue; Rome et Carthage; Rome avec son armée, Carthage avec sa Hotte; Carthage , vieille, riche, rusée ; Rome , Jeinie , pauvre et forle ; le pass(' et l'avenir; l'esprit de découverte et l'esprit de conqtiète ; le génie des voyages et du commerce, le démonde la guerre et de l'ambition; l'Orient et le Midi d'iuie part , l'Occident et le Nord de l'autre; eiifin , deux mondes, la civilisation d'Afrique et la civilisation d'Europe.
Tontes deux se mesurent des yeux. Leur attitude avant le combat esl également for-
midable. Rome , tUjh à l'étroit dans oc (|ii'elle connaît du monde, ramasse toutes ses forces et tous ses peuples, (larlhage , «pii tient en laisse l'Espai;ne , TArmoriciue et cette IJrelagne < <|ue les Romains croyaient au fond de l'univers, Cartilage a déjà jeté son ancre d'abordage sur l'Europe.
La bataille éclate*. Rome copie grossièrement la marine de sa rivale. La guerre s'allume d'abord dans la péninsule et dans les lies, Rome beurte Cartilage dans cette Sicile où déjà la (irère a reneonté l'Egypte, dans cette Espagne où i)lus tard lutteront encore l'Europe et l'Afrique, l'Orient et l'Occident, le Midi et le Septentrion.
Peu à peu le combat s'engage , le monde prend feu. Les Colosses s'attacjuent corps à corps, ils se prennent, se (piittent, se reprennent. Ils se cberchent et se repoussent. Carthage franchit les Alpes ; Rome passe les mers. Les deux peuples, personnifiés en deux hommes, Annibal et Scipion , s'étreignent et s'acharnent pour eu finir. C'est un duel à outrance, un combat à mort. Rome chancelle, elle pousse le cri d'angoisse: Annibal ad portas l.... Mais elle se relève, épuise ses forces pour wn dernier coup, se jette sur Carthage et l'eiface du monde.
— Victor H«go. —
î Voy<»« le 16 janvier.)
• — Concision incorrecte ; il faut dire, la métropole (/e l'Afrique.
2 — Le résultat n'en a pas moins été le même; (railleurs, on ne comprend giifre la portée d'une réflexion contraire en tont jioinl à ce que nous apprend l'histoire de cette république.
5 — Péripétie, dénouement.
* —Tenir en laisse l'Espagne, image étrange, expression trop familière, justifiée cependant par le genre de style de l'auteur qui vise au sublime et au simple, mais qui tombe qiiel(|uefois dans le gigantesque et le familier. Dans ce parallèle remarquable . nous n'avons toutefois à relever que l'expression précédente.
éclate.
On ne peut pas dire qu'une bataille
Observation aénérale. Cette personnification de ftomc et de Carthage. cette peinture dos deux colosses rivaux, ce tableau de leur lutte résumant en clic la lutte de l'Orient et de rOccidcnf , du passé et de l'avenir, ce triomphe nércssaire. mai» chèrement acheté de l'Europe sur l'Africpie, de Kome sur Carthage, pré- «ente a l'imagination un spectacle d'une sinf;ulière grandeur et d'un puissant intérêt. Quelle énergie de pinceaux! tluclle couleur pittoresque dans l'expression ! (Juel vaste coup d'œiljeté sur les événements de ce monde ! lie telles peinturc^s doivent faire excuser quelques travers de style, rachetés souvent par des beautés du premier ordre.
- I81S. — Projet (le loi intitulé : Pc la iiûcesslté de sounieltre les chiens , les chats et les oiseaux à une taxe individuelle , pur M. Kmjcr.