UN JEUNE POETE MOUKANT
La fleur de ma vie est fanée.
]l fut rapide, mon destin!
De mon orageuse journée Le soir touche presqu*au matin.
MiLLEVOVE. —
Les symptômes de la phthisie s'étaient manifestés dans Hippolyte peu de temps après son arrivée à Florence. L'excès du travail paraissait avoir contribué à les reproduire. Son amour pour la poésie le consumait ; il composait surtout dans le silence de la nuit, et son esprit, trop las pour s'assoupir , demeurait agité comme la corde sonore qu'on a longteiups fait vibrer '. La perte du sommeil l'avait amené a un état de maigreur et de faiblesse qui le rendait méconnaissable, et cependant il appelait encore les Muses 2. Sa mère en pleurs le conjurait de s'abstenir de
toute occupation ; mais à peine gouvornail-il son esprit . eiitrnine par cet indomptalilc penchant. La fièvre allumait son imajjination , ses nerfs ébranlés lui donnaient une sensibilité plus exquise; il vtiyail approcher la mort sans elfroi . et le sentiment même tie sa fin prochaine inspirait encore sa lyre 5. Vous connaissez les sentiments relijpeux tic ce jeune liomme. l'un îles poCtes les plus distingues de notre pays. Que n'avez-vous été témoin de la patience avec lacpielle il endurait ses maux ! Le sourire ne cpiiltait point ses lèvres, et sa résignation angélique parvenait à calmer le ilésespoir de sa njère. ■; Oue servirait . disaitil , de s'emporter contre la mort ? c'est en se soumettant à elle qu'on peut la vaincre. Ce <|ui en moi vient de Dieu retourne à Dieu. Puis-je m'affligcr de quitter cette terre où je «lemeure étranger aux intérêts des hommes et à leurs mouvements tumultueux, et où j'ai en vain cherché inie àme brûlante du même feu «|ui dévore la mienne pour les arts *, pour la nature et pour la vertu? Cet univers n'a jamais eu do charmes pour moi ; je n'aimais en lui que le monde céleste dont quelquefois il laisse entrevoir l'image, et si la poésie était dévenue une passion de mon cœur , Dieu sans doute me le pardonnera . luiisque la poésie est le rêve du bonheur qu'il reserve à ses enfants cl l'amour de son invisible beauté. 3Ia mère, essuyez vos larmes; bientôt nous nous reverrons dans la divine patrie ^. )>
Cette exaltation poétique et religieuse dura jusqu'à son dernier soupir. Il dépérissait graduellement, et la mort devenait encore pour son Ame tranquille un sujet d'observations. La fièvre ne se retirait plus ; une toux légère, mais constante , desséchait son haleine ; il tremblait de froid sous les rayons du soleil ; sa voix, naguère si mélodieuse, ne ressemblait plus qu'à un soupir; enfin ses muscles avaient disparu , sa belle chevelure tombait, et cette pourpre qui rougit le bord des feuilles de vigne *• colorait ses joues proéminentes ; mais son œil cave devenait plus clair et plus brillant. Tn jour , il venait de se faire lire les psaumes de David; son esprit semblait libre, et son admiration avait encore la force de s'exprimer. <■ Mon Dieu ! quelle poésie ! » avail-il nmrmuré à voix basse. Tout à coup il fait signe a sa mère et à moi de s'approcher ^. < Mon heure est venue . dit-il ; portezmoi devant la fenêtre , je mourrai en regardant la campagne **. ■> — Nous fîmes ce qu'il désirait; il sourit au soleil <pii brillait sur son visage , et passa '. »
— KnorARD Ai.i-F.Tz. -
A I. L ET Z ( Pierre- Edouard ) ,
PoMe ellillêralonr moraliste, né en i798.
On lui (lr»il r un poeuic sur le Péroûvtent
des iiivdecins français à Barcelone, couronnr pnr l'Acndcniie française. On y rcnianine une ver sificatiiin élégante el facile, île helles descriptions. 2" //'iii/>ole, en trois ehanls; .-<> Esquisses de /a Souff'rotice morale, analyse liahile el peinture énergique des souffranees de Pàine; 4"-Vo»/re//e Messiade; imitée de Klopslock; 5" les Études poétiques: 6" un Essai sur l'homme; maladies du siècle, chez Ifauman et C-".. ;1 Bruxelles ; 8" Caraclùres poétiques; 9" des articles en prose el en vers dans (pielques recueils i»éri(tdi(piL's.
M. Edouard Allolz aspire à la place <|ue la mort de .M. le comte ISn^derer lai.sse varaïUe à l'Académie des sciences morales et politiques; il en est véritnblenienl digne par ses ouvrages <pii révèlent un houune de (aient et un lionnne île bien.
• — Comparaison gracieuse el jusie.
"^ — Appelait me parait faible; invoquait cou viendrait mieux.
^ — Expression métaphorique qui prêle A la lyre les scnlimenls du |>oele; e'est une viétouymie.
* — lirulante du même feu. Ici l'emploi de l'adjeclif verl)al rend rexpression plus \ive.
Embrase pour lesarts sérail le mot jiropre.
û — Ce passage semble inspiré j)ar le génie de Plnlon : il exprime l'idéalisme le plus pur et le plus élevé.
<^ — Kapprochemenl plein de vérité. La vigne alors esl mûre pour le panier du vendangeur; lui aussi élail uu"ir pour la tombe.
^ — Il fallait </c nous approcher.
" — Tels furent les derniers moments de Jean- Jacques Rou.sscau. (Voyez le - juillet.)
^ — Expression pittoresque. 11 pa.ssa comme un son sur la lyre, comme un cygne qui prend son vol vers lescieux.
Oh.sprvation (jénornle. Le .stylo de ce fragment est coulant et harmonieux; les idtTcs en sont poétiques, empreintes d'exaltation . de mysticisme et de mélancolie. L'ensemble offi-e beancoùp d'intérêt, et annonce chez l'auleur de la sensibilité et du talent.
1274. — Mort lie .S'aint-Tlioma! d'y/qii/n.