‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 62 sur 370 · IMMORTALITE SE L'AME · texte numérisé non relu

IMMORTALITE SE L'AME

Oui, Platon, lu dis vrai : noire àmc est immorlpllc. C.'cit un Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle Eli ! d'où viendrait »an< lui ee grand preMenliment, Ce dégoût des faux bien» , eelte horreur du n^anl ?

— VOLTAIHB. —

l'ius je rentre en moi , plus je me considle et j)lus je lis ces mots écrits dans mon àme : Sois juste , et tu seras heureux ! Il n'en est rien pourtant . à considérer l'état présent des choses ; le méchant prosfière, et le juste reste opprimé. Voyez aussi ipielle indignation s'allume en nous quand cette attente est frustrée î la conscience s'élève et murnuM'c contre son auteur ; elle lui cric en gémissant : < Tu m'as trompée ! >

<i Je t'ai Ironipé, téméraire! qui te l'adit? I on Urne est-elle anéantie ? as-tu cessé d'exister? ù Brutus ! ô mon lîls ! ne souille point ta noble vie en la finissant ' : ne laisse point ton es- |ioir et ta gloire avec ton corps aux champs (le Philippes. Pourquoi dis-tu: La vertu n'est I ien, quand tu vas jouir du prix de la tienneî? Tu vas mourir, ponses-lu ; non , tu vas vivre ; et c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis. i>

On dirait, aux murmures des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu'il est obligé de payer leur vertu d'avance. Oh! soyons bons premièrement, et puis nous serons heureux.

N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la lice, disait l'Iularciue s, que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés, c'est après qu'ils l'ont parcourue *.

Si l'i^me est immatérielle, elle peut survivre au corps; et, si elle lui survit, la Providence est justifiée. Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immatérialité de l'iime, que le triomphe du méchant et roi>pression du juste- en ce monde , cela seul m'empêcherait d'en douter. Une si choquante dissonnance dans l'harmonie universelle me ferait chercher à la résoudre ; je me dirais : «; Tout ne finit pas pour moi avec la vie ; tout rentre dans l'ordre à la mort^. '>

— J.J. ROISSEAU.—

ROrsSEAC [Jean-Jacques).

-t;i-t II naquit à Genève, le 28 juin 1725, et sa naissance coûta la vie à sa mère. Tout jeune encore, il quitta la maison paternelle, erra de ville en ville, oblijîè de ticscendre aux travaux les plus humbles et d'embrasser le catholicisme à Turin pouf ne pas mourir de faim. Sa vie, jusqu'à l"â[;e de quarante ans, fut pleine de misères, et, pour s'en consoler, il n'avait pas encore la gloire. H dut enfin au hasard la révélation de son génie. L'Académie de Dijon avait proposé pour sujet du prix d'éloquence ies Atantages de la Littérature et des Beaux- Arts. Rousseau eut l'idée de soutenir une thèse opposée, et il obtint le prix : tel fut son i)remier ouvrage. L'étrangeté du paradoxe attira l'attention générale sur l'auteur, et dès lors Rousseau se trouva engagé dans une polémique qui favorisa le développement de ses facultés, et le mit en guerre ouverte avec la société et la civilisation de son siècle. Son Emile lui valut l'admiration de l'Europp et lui attira une foule de censures. Cet ouvrage, où Rousseau a déployé tout son talent et toute la magie de son style, ne peut être considéré comme un traité d'éducation générale, mais seulement applicable à quelques individus. Les fortes et profondes vérités qu'on y trouve, et qui ont produit leur fruit dans l'éducation , doivent l)ien faire excuser les erreurs et les paradoxes de l'auteur, qui du moins parait être de bonne foi. La Aoucelle Héloïse, que Rousseau composa pour ramener son siècle du vice à la passion , et de la débauche à l'amour, est écrite dans un style plein de chaleur

et d'cntraiuement. Ses Confessions, où il voile par le prestige de ses paroles, des pensées et des actions coupables, révèlent une foule de tur|)iludes ((ue le caractère d»! Rousseau explique, mais ne justifie point. 11 excella aussi dans la musique; son Devin du rillaçie est un ciu'f d'<euvre de grAce et de sensibilité. Cet homme, qui a pu dire avec tant de vérité, <'./e 11e suis fait connue personne,^ mourut le 3 juillet 1778. à iirmenouville où M. Girardin l'avait accueilli. (Voyez le 3 juillet.)

' — Avant de se donner la mort à la bataille de Philip'tes, Brutus prononça ces mots : "^ Malheureuse vertu, je tecrtisune réalité : tu n'esqu'un nom. n

^ — La vertu ne serait qu'un nom en effet, si , dès cette vie, elle obtenait sa récompense.

■5 — Plutarque, célèbre biographe grec, né à Chéronée, en Béotie, vers l'an 50 de .I.-C. Ses Vies des Hommes célèbres ont été de tout temps des modèles de biographie.

■• — La vertu est en effet une lutte, un développement de la force morale ; or toute lutte est pénible, tout effort est douloin-eux, et, si la vie est une arène, ce n'est pasl'atlilèlequi est heureux, mais le spectateur oisif et tranquille.

•^ — Le bien et l'utile , la vertu et le bonheur, la théorie et la pratique, dont la nature est essentiellement la même , doivent tôt ou tard se réunir; et si ces choses diffèrent dans le présent, l'avenir leur rendra leur identité naturelle.

Observation ffénérale. Cette page éloquente est audessus de tout éloge.

— 1749. — Mort de Fréret, célèbre par sa vaste éruililion .

Nicolas Fr(;ret, né à Paris en 1688, était, dit M. IVoël, pour rérudition, ce que Voltaire a été pour le bel esprit. l\ a eu l'universalité des connaissances, comme Voltaire celle des talents; mais tous les deux ont abusé de leur savoir pour ébranler le fondement des opinions religieuses.

L'ERUSIT.

Arrive un érmlit.

Qui dans les murs de Sparlc ot de Rome et d'Atliènes Sait tout ce qu'on a fait et tout ce qu'on a dit; Son érudition profonde Vous dit d'où sont partis tous les peuples du Monde.

— Delille. —

Hermagoras ne sait pas qui est roi de Hongrie : il s'étonne de n'entendre faire aucune mention du roi de Bohème : ne lui parlez pas des guerres de ]<'Iandre et de Hollande ', dispensez-le du moins de vous répondre ; il confond les temps, il ignore quand elles ont commencé, quand elles ont fini : combats, sièges, tout lui est nouveau. Mais il est instruit de la guerre des géants, il en raconte les progrès et les moindres détails, rien ne lui échappe. Il débrouille de même l'horrible chaos des deux empires, le Ilabylonien et l'Assyrien : il

lOiiiiait h fond les Éj^yptiens et Iturs dynasties. Il n'a jamais vu Nersailles ; il ne le verra point : il a presque vu la lourde Rabel; il en eonipte It's dejjrés, il sait eonihien d'arrhileetes ont presiile à cet ouvrage, il sait le nom des areliiteetes. l)irais-je (ju'il eroil Henri iv. fils d'Henri m ? Il néi;iij;r du moins de rien connaître aux maisons de l'ranee. d'Autriche, de Bavière : •; Ouelles minuties! dit-il. ]>endant ipi'il récite de mémoire toute une liste des rois tlesMèdes ou de r..d»ylone. et cpu' les noms d'Apronas. d'IIeriiîebal, de Noesnemordach, de Alardokempad . lui sont aussi familiers qu'à nous ceux de \ alois et de BourNon. H demande si l'Kuipereur a jamais été marié: mais personne ne lui apprendra (jne Mnus a eu deux fenunes. On lui dit que le Roi jouit d'une santé parfaite ; et il se souvient que Thetmosis . un roi d'Épjpte , était valétudinaire, et tpi'il tenait cette complexion de son aïeul Alipliarmutosis. ()ue ne sait-il point ? Quelle chose lui est cachée de la vénérable antiquité? Il vous dira tpie Sémiramis, ou, selon (luelques-uns Sérimaris, parlait comme son fils Ninyas. ipi'on ne les distin^juait pas à la parole ; si c'était j)arce (|ue la mère avait une voix in;Ue comme son fils, ou le fils une voix efféminée comme sa mère . il n'ose pas le décider. II vous révélera (pic Ncmbrod était gaucher, et Sésostris ambidextre; que c'est \mc erreur de s'imajjincr (lu'un Arlaxerxe ait été apjK'lé Lon^uemain , parce que les bras lui tombaient jusqu'aiix genoux, et non à cause qu'il avait une main jdns longue que l'autre: et il ajoute tpi'il y a des auteurs graves qui affirment (pie c'était la droite, qu'il croit néanmoins être bien fondé à soutenir que c'était la gauche.

— J. De la RncYÈRE. —

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