‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 65 sur 370 · MEDITATIONS · texte numérisé non relu

MEDITATIONS

SUR LF.S Rl'lNES DF. PAI.MYRE.

Cherchons dans les licsrrtslcs lieux où fut Palin lîestes majestueux qu'avec cffi-oi j'admire. O temple du Soleil 1 ô palais ^-datants : Voilà de vos gi-andeurs ce qu'(»iit laisst les ans

CijÈNtDOLLK.

Le soleil venait de se coucher; un bandeau rougeàtre marquait encore sa trace h l'horizon lointain des monts de la Syrie : la pleine lune à l'orient s'élevait sur un fond bleuâtre , aux planes rives de l'Euphrate ; le ciel était pur, l'air calme et serein ; l'éclat mourant du jour tempérait l'horreur des ténèbres; la fraîcheur naissante de la nuit calmait les feux de la terre embrasée; les pâtres avaient retiré leurs chameaux ; l'œil n'apercevait plus aucun mouvement sur la plaine monotone et grisâtre; un vaste silence régnait sur le désert ; seulement, à de longs intervalles , on entendait les lugubres cris de quelques oiseaux de nuit , et de quelques chacals '. L'ombre crois-

sait, et iléjà. tinns \c crépiisculc. mes reji^ards ne ilistiiigiiaieiit plus que les fanlùnies Maneli;Ur('S des' colounes rt des murs. Ces lieux solitaires, cette soirée paisiMe, cette scène majestueuse , imprimèrent à mon esprit un recueillement rt'lif,ieu\. 1,'aspeet d'une grande cite déserte, la nn'inoire îles temps passés . la comparaison de l'etal présent , tout rleva mon cœur à de hautes pensées. Je m'assis sur le tronc d'une colonne, et la , le coude appuyé sur le [;enou , la tète soutenue sur la main . tantôt i>«Mlant mes res^ards sur le de- .sert , tantùt les fix.nit sur les ruines , je m'ahandonnai à une rêverie profonde. Ici, me disje,ici fleurit une ville opulente, ici fut le siéffc d'ini empire puissant. Oui! ces lieux maintenant si déserts, jadis une multitude vivante animait leur enceinte ^'; une foide active circulait dans ces routes aujourd'hui solitaires; en ces nuu'S où règne un morne silence retentissaient sans cesse le Itruit des armes et les cris d'allégress' et de fête ^ : ces marhrcs amoncelés formaient des palais réguliers; ces colonnes abattues ornaient la majesté des temples ; ces galeries écroulées dessinaient les places puhlitpics. Là. pour les devoirs respectables de son culte, pour les soins touchants de sa subsistance, aflluail un peuple nombreux. Là, une industrie créatrice de jouissances appelait les richesses de tous les climats, et l'on voyait s'échanger la pourpre de Tyr * pour le fil précieux de la Seritpie ^; les tissus moelleux de Cachemire '•, pour les taj)is fastueux de la Lydie; Tamltre de la Baltitpie. pour les perles et les parfums arabes ; l'or d'Ophir ^ , pour l'étain de Thulé**. Et maintenant, voilii ce qui subsiste de cette ville puissante : un lugubre squelette ^î Voilà ce qui reste d'ime vaste domination : un souvenir obscurci vain !... Au concours bruyant qui se pressait sous ces portiques a succédé une solitude de mort. Le silence des tombeaux s'est substitué au nmrmure des })laces publiques "^. L'opulence d'une cité de commerce s'est changée en une pauvreté hideuse. Les palais des rois sont devenus le repaire des fauves •'; les troupeaux parquent au seuil des temples, et les reptiles inmiondes habitent les sanctuaires des dieux!... Ah! comments'est éclipsée tant de gloire!... Comment se sont anéantis tant de travaux!... Ainsi donc périssent les ouvrages des hommes! Ainsi s'évanouissent les emj)ires et les nations!

Et l'histoire des temps passés se retraçait vivement à ma pensée, je me ra|)pelais ces siècles anciens où vingt peuples fameux existaient en ces contrées; je me jM'ignis l'Assyrien sur les rives tUt Tigre . le Clialdéen sur celles de l'Euphrale , le l'erse régnant de rindus à la ^It'diterranée. .Te dénoudirai les royaumes de Damas et de l'Idumée, <le Jérusab m et de Samarie, et les Étals belliqueux

des Philistins, et les répiddiqiies cominer- (;anles de la Phénicie. Cette Syrie, me disaisje, aujourd'hui presque dejieuplee. comptait alors cent villes puissantes. Ses campagnes étaient couvertes de villages . de bourgs et de hameaux '-. De toutes i)arts l'un ne voyait que champs cultivés, que chemins fréquentes, (pi'habitations pressées... Ah! que soutdeveluis ces âges d'abondance et de vie? que sont devenues tant de brillantes créations de la main de l'honnuc? Où sont-ds ces remparts de Mnive, ces murs de Rabylone, ces palai» de Persepolis, ces temples de IJalbeck et de Jérusalem? Où sont ces tlottes de Tyr, ces chantiers d'Arad '^, ces ateliers de Sidon , et celte nuiltitude de matelots, de pilotes, de marchands, de soldats? et ces laboureurs, et ces moissons, et ces troupeaux , et toute cette création d'êtres vivants dont s'enorgueillissait la face de la terre? Hélas! je l'ai parcourue, cette terre ravagée ! j'ai visité les lieux qui furent le théâtre de tant de splendeur; et je n'ai vu cpi'abandon et que solitude... J'ai cherche les anciens peuples et leurs ouvrages, et je n'en ai vu que la trace semblable à celle que le pi(-d du passant laisse sur la poussière". Les temples se sont écroulés, les palais sont renversés. les ports sont comblés, les villes sont détruites , et la terre , nue d'habitants, n'est i)lus qu'un lieu désolé de sépulcres... drand Dieu ! d'où viennent de si funestes révolutions? Par (piels motifsla fortune de ces contrées a-t-ellc si fort change? Pourquoi tant de villes se sont-elles détruites? Pounpioi cette ancienne population ne slest-elle pas réproduite et perpétuée?

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