‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 67 sur 370 · MOLIÈRE ET LA FONTAINE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE ET LA FONTAINE

Muliùre|>;inilt (lie If si'iil de- «on temps qui ait su uppi'^-cicr Lu l'untuinc. cl tuus doux boront cil^s ^'Innrlli'nii-nt iNdiinic 1rs dent plus grands philoso|ilirs du iitiTlf (le Louis \iv, «-t peut-être dos su-eles a veiiir.

— jAri,npiiLiN. —

Molière, dans chacune île ses pièces , ramenant la peinture des mœurs à un ol»jet i)hiIosophique, donne à la comédie la moralité de l'apologue. La Fontaine, transportant dans ses fables la peinture des mœurs , donne h

raj)olo8ue une des grandes beautés, les ca-

Uoués tous les deux au plus haut

degré du génie d'observation, génie dirigé

raetères/.

degré du

dans l'un par une raison supérieure, guidé dans l'autre par un instinct non moins précieux , ils descendent dans le plus profond de , , nos travers et de nos faiblesses/; mais cha- f\ cun , selon la double différence de son genre et de son caractère , les exprime différemment.

Le pinceau de Molière doit être plus énergique et plus ferme , celui de La Fontaine plus délicat et plus tin. L'un rend les grands traits avec une force qui le montre comme supérieur aux nuances ; l'autre saisit les nuances avec une sagacité qui suppose la science des grands traits. Le poëte comique semble s'èlre plus attaché aux ridicules, et a peint quelquefois les formes passagères de la société. Le fabuliste semble s'adresser davantage aux vices , et a peint une nature encore plus générale. Le premier me fait plus rire de mon voisin ; le second me ramène plus à moi-même. Celui-ci me venge davantage des sottises d'autrui ; celui-là me fait mieux songer aux miennes. L'un semble avoir vu les ridicules comme un défaut de bienséances choquant pour la société : l'autre , avoir vu les vices comme un r défaut de raison fâcheux pour nous-mêmes/. ^ Après la lecture du premier, je crains l'opinion publique ; après la lecture du second, je crains ma conscience.

Enfin, l'homme corrigé par Molière , cessant d'être ridicule pourrait devenir vicieux : corrigé par La Fontaine , il m; serait plus ni vicieux, ni ridicule; il serait raisonnable et bon , et nous nous trouverions vertueux , comme La Fontaine était philosophe sans s'en douler *.

— CnAMFORT. —

CIIASIFORT (^.sebaslim-Roch-Xicolas) ,

Né en i74i , près de Clermont en Auvergne. Il ne connut jamais que sa mère, et, sous le nom de

Nicolas, il fut admis comme boursier au coUéye des Grassins. J» Paris, où il ne cessa d'obtenir de i;lorit'U\ succès. Deux années de suite, il reui|Hir(a, ù l'exception d'un seul, tous les prix de l'iniversité. Sorti du collé{;e. obii{;é de lutter contre le besoin, il concourut pour des prix ^ diverses académies ; son L'ioycdc Muliètc fui couronné à Paris ; et celui de La Fontaine, ;"> Marseille. 11 composa aussi plusieurs pièces de Ihéàlre ijui eurent du succès. Sa traj;édie de Mustajilut lui fit ouvrir, en iTsi , les portes de l'Acadéinie fiancaise.

Chamfort fut un écrivain de beaucoup d'esprit et de beaucoup de talent, mais d'un caractère bi zarre et morose. D'abord, partisan de la révolution , il en >it avec douleur les suites funestes; et, ayant manifesté son indij^natioii pour ce nouvel ordre de choses, il fut arrêté en i79.' . |»iiis mis en liberté; mais, menacé d'une nouvelle incarcération , il eut la faibles.se de se donner la mort ; il expira le 13 avril i7S4, à la suite des blessures qu'il s'était faites.

' — De sorte que l'un est fabuliste dans ses comédies, et l'autre dramatique dans .ses fables.

^ — Dcsccntlre dans le plus profond destrarers. présente une iinaj^c fau.sse , une mauvaise alliance de mots : on descend dans les cœurs, on pénètre les trarers.

' — Les expressions pronominales /"mm l'autre suivent dans leurs rapports l'ordre des substaiilifs précédemment énoncés; celui-ri se rapporte au .second . et celui-là au premier. ( Voyez ma Grammaire, n« 548. )

* — il y a dans celle phrase une disconvenance {îrammalicale qu'on ferait facilement disparaître en disant : et, sans nous en douter, nous nous trouverions vertueux, connue La Fontaine était philosophe.

Observation générale. Parallèle rempli d'aperriis ingénieux, de contrastes inattendus, mais auxquels on peut quelquefois reprocher uu excès d'esprit et de tînesse.

— 752. — Morl du pape saint Zacharie.

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