PORTRAIT DE CÉSAR ( GAÏL'S-JULIUS
J'ai servi , coiiimuiuté , vnincii fjiinnniU' anni^cs; Du inulltlc entre mes iiiniiiH j'ui vu les tteslinéi'S.
— VoLTilRl! —
César mourut à cinquante-six ans. Jusqu'à quaranlc-deux ans il n'était pas sorti du rang des citoyens, et cependant son génie faisait déjà prévoir et craindre sa domination. En quatorze ans il fit la concjuète du monde; jamais aucun homme ne le surpassa en talents, en ambition, en fortune. Nul général ne sut inspirer plus de dévoilment à ses soldats: on les voyait aussi passionnés pour lui que leurs aïeux l'étaient autrefois pour la llépid)lique. 11 les enflammait d'un courage invincible *.
La nature avait aussi bien traité César que la fortune: sa taille était élevée, son teint d'une blancheur éclatante, sa tète ovale, son visage plein et coloré , ses yeux noirs et vifs, son corps élancé. Sa constitution robuste ne fut altérée que par quelques attaques d'épilepsie 2. Son maintien était doux et fier, sa voix sonore; une gnîce noble brillait dans tous ses mouvements : quoiqu'il fût aussi dur, aussi infatigable dans les travaux, qu'intrépide dans le péril, personne ne s'occupa Jamais avec plus de soin de sa figure et de ses plaisirs. 11 ai- Jiiait à plaire comme à commander : on lui voyait toujours des habits somptueux, des étoffes fines, des franges magnifiques. Il ajoutait à sa parure les plus belles perles et les pierres les plus précieuses. On admirait dans son palais un grand nombre de statues et de tableaux des plus grands maîtres.
Dans les forêts de la Germanie, comme au milieu des sables de l'Afrique, on remarquait dans sa tente un parquet brillant et des carreaux moelleux. L'ordre le plus régulier et même le plus minutieux régnait dans sa maison ^. Il mit aux fers son panneticr pour avoir servi à ses convives un pain différent du sien.
Dominé par les passions de la déesse dont il prétendait descendre '', il enleva Posthumia à Sulpicius ^, Hollia à Gabinus «, Terfulia "a Crassus,Mutia a Pompée, qui l'appelait l'Égisthe de sa maison t. •
La femme qu'il aima le plus tendrement fut Servilie, sœur de Caton et mère de Marcus Brutus; il Uii fit présent d'inie perle estimée six millions. U s'enflamma aussi poiu' Eunoé, reine de Mauritanie, et languit quelque temps dans les chaînes de la trop fameuse CléopAtre.
Sans frein dans S(>s amoiu's, il ne connut point les excès de la table. (]aton disait de lui (pi'il était le premier homme tempérant et sobre qui eilt voidu renverser une république.
lo MARS.
lî) MARS.
11 lit" 8iipiHul;iit pas la résislanoo . mais i! soiiltrail la rnilliric >>. Son l'Sjirit otait promiit conniH' sou ipif. il dictait à la fois à plusiours St'Livlairt'S, ot eu dos laiijjiu's dillVi-i'iitcs ; il iiiviiila l«-s cliilfios pour {janlor U'S si'cirts de la polititpu". Il composail à clieval dos poonios, ocrivail dos dopOolios sur son char, rodi!;pait ses coninionlairos dans sa tonte, cl méditait dos lois en coud)attant.
11 maniait les armes avec plus d'adresse que tous les soldats romains, domptait lis oliovaux les plus loui'.ueux. maroliait tète nue au soleil et à la golee. faisait cinipiante lieues par jour, sur un olv val ou sur \u\ oliariol. et traversait;! la na;.^e les llouvoslos plus rajiides.
Politiipie profond, orateur élotiuont. Iiislorieu >eridi(pie. soldat intrépide, administrateur éelaire, vaiuipiour };énerou\, porté par la fortune, et couronné par la j^loire, (lesar, qu'on se Itorne trop souvent ;i no vanter que comme le premier des {généraux et connue le plus célèbre des contpieranls, fut un homme iMiiversel. Son i;énie était vaste comme le monde qu'il dominait ;" mais de même qu'on admirant les i)yramides d'Egypte, on s'çtonne «le voir (pie ces masses, victorieuses du temps, aient eofité tant de sau}; et d'or sans auouno utilité jiour le genre humain, de même on regrette, en contemplant César, dont le nom a traversé les siècles, «pie sa grandeur colossale, funeste aux hommes, et fondée sur les débris de la liberté, n'ait pas eu pour base la vertu 3.
— Le comte de Sécir.—
SÉui'R {Louis- Philippe, comte Je).
1! est né h Paris. le ii décembre 1750.
M. lie Sé;;in' .s'est (lisliiijiué dans la carrière des armes, de la di|)!()malie et delà lilléralurc.. Ses compositions iiistnriqiies surtout annoncent des connaissances profondes, un jugement sûr et celle «•tudo (Iti caur humain «pic donnenl rexpériencc (le la vie et un«î position élevée dans la société. " M. «le Ségur. dit Dussaiilt. est un homme de heaii- «•on|) d'esprit; il écrit avec «'léganee. grâce et clarté; il a autant de |)ureté dans le jugement que de droiture dans le cœur. »
On a do M. de Ségur : 1° Pensées polifi'cfues ; 2" le T/i('/'itrr do Vh'rniilarje; 3" Adèle ou les A/étnmor/iltoses: 4" Histoire de Frédéric-Gnilfaii me ; :>" 'J'fihleau poliliquc de l'Europe depuis iTst; lusqu'en w.ia; r." Coules, Fables, Chansous, el(;.; 7" Hisloirc de l'Europe moderne: s" Galerie morale et polilii/ue, ouvrage ronqili d'aiiorçus tins et de la plus aiinal)le i)lillosopliie; 0" les ijuahe Arjvsdela rie; 10" Pensées, Maximes et liéflexions; 11" Histoire des Juifs; 12» Histoire nnircrsrlle. am ienne et moderne , ouvrajje «apilal où les f.iils liisloritpies s(»nt iirésenlés «le la nianière la pins intéressante et dans un style animé, pur elélruaiil.
M.de Sé;;iir,i foin ni im grand nombre d'articles an Mercure, un Journal de Paris, h la /terne enryelopédique, etc., et a fait repn' senior plusiciu's
pitVes de IhéAtre qui ont «ilitonn du succès. Ses OEurrcs complètes ont été publiées en 56 vol. in-8".
Cet écrivain spirituel et laborieux mourut le 27 aortt 1830, ayant presque perdu la vue à force de travail
Il a bii-mème décrit, dans cette phrase, tout ce qu'il a été :
" Le hasard a voulu que je fusse successivement oflicier général, ambitssadeur, juHMe, auteur dramatique, publioiste, historien, déimté , conseiller d'État, sénateiu'. académicien et jiair de France. "
' — Nous avons vu aussi do nos jours le César moderne inspirer le mémo onllionsiasme à ses S(ddats : oomiiu' lui. il était né de la révolution, et comme lui, fils de la République. C'est que l'honune se passionne pour (ont ve tpii osl [jiand ; c'est (pi'il y a en lui de laniour ixuir loiil c(; «pii osl beau ; et il oublie laoilomenl la liberté, quand on lui donne la gloin; en retour.
^ — Suétone a «lit de lui : >< Fuisse traditur excelsâ statu râ . colore candido, niijris ocuUs, raleludine prospéra. »
^ — Paul Emile disait, suivant Tite-Live, que lo mémo esprit «pii sert i"! «lirigor tni ordre de bataille juéside aussi ;"» rordonnanoo d'iuie fête.
^, — 11 se vantail de di-scendre A' Iule . fils iV/tnée dont le père était Anchise, et la mère yénus.
^ — Sulpicius (Serrius Rufus) . orateur et jurisconsulte distingué. Cicéron en faisait beaucoup de cas. Jules-César le nomma proconsul de l'Achaïe.
•• — Gabinius (/tiilus), auteur des lois gabinieniies. parli.san de Sylla, de Pompée, de César, toujours opposé au sénat, obtint le gouvernement de Syrie . et vainquit Jristobule, près de Jérusalem. De sa propre autorité il réiahiil /Vo/éméc siu- le tr()ne d'Egypte, après avoir battu à doux reprises les habitants d'.Vlexandrio. 11 mourut à Saloue où il s'était renfoiiné avec ses troupes qui avaient été vaincues par les barbares.
^ — Crassus, triumvir célèbre par les richesses q'.ielui avait ac(|uises le «;ommorce d'esclaves.
Éfjisthe, prince d'Argos. né d'une union incestueuse, vi'cul pu!)liquement a\ec Clytemnestre. femme «l'Ajçauu'mnon. Il tut tué avec elle par (Jrcsle dans le temple d'Apollon.
î* — Cette facilité d'humour se lit surtout remanpier quand il rentra triomphant dans Homo. Les soldats gaulois «pii avaient été ses hardis compajïnoits d'armes, et qui portaient partout la gaité naliuelle à leur race, cliautaienl. eu traversant la foule, des couplets remplis d'allusions malij;iips ou injurieuses i)our César, «pii ne s'en fà<ha point. Sur la .seèwe, son nom fut iironoucé avo«" une épithèlo lieu honoiablo ;i la gloire du triomphateur. (\'oyez iMicholol, Histoire de la République rainai ne.)
^ — La vertu se trouve assez rarement unie î'i la politi<pie : un comiuérant, un fondateur «l'om- |)ire lu; .saurait être jugé comme un simi>le «-il«>yen.
observation f/éncrnlc. La pliy.siononùe d'un ^rand hoinnie respire loul entière dansée pordaif. Son âme s'y lévèle, d'inu; manière éncr(;ii|uc, avec son j;('iii«î, sa (fiandeiir et ses l'aiiilesses. Son inléiienr n'es( pas oiiMié non plus, ear loul inliîiessc . tout frappe Piina- (;ination dans celui (]ui s'appela Ct'sar. CelO; coipiel-
terie ambitieuse île plaire, ces vires d'un (lcl)auch(^, i .-ulmimblo, V fout lin siiitjujicrcoulrasle avec les hautes el sérieuses [ yyujj jg veiTt pensées d'un coiuiuéranl et d'un lé(;islateur.
r'éritaMe bienfait de la Providence, rez
Ioi2. Mort lie in;iil.inie Cam/friii , directrice de la iiiaisua impériale d'Ecuueii.