‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 70 sur 370 · LES JOUETS DES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES JOUETS DES ENFANTS

hans ^>in du Irnileniiiiii, K.ins rrgrct do la veillo. L'entant joue et s'endort, puur jouer se réveille '. — Delill£. —

Les Jouets sont les premiers goûts de l'enfance. (^)ne il'lKibiluiles fâcheuses peuvent être puisées au milieu de policliinelies , de chevaux de c.ulon et de poupées! Multipliera rintiui Us joujoux , eoiiime on a ia faiblesse de le faire pour les enfants des riches, c'est préparer en eux la prodigalité , rinconstancc, le dégoiU ou l'avarice. L'enfant, attaché au même chariot qu'il a traîné toute une saison dans le jardin de sa mère , est aussi heureux que celui (pii a des armoires remplies de joujoux : le soin qu'on lui fait prendre de remiser son petit chariot lui fait contracter l'habitudo de l'ordre; et la petite tille ([ui. dans quelque rang qu'elle se trouve placée, doit être formée au goilt de l'arrangement, reçoit 'déjà une petite leçon quand on exige d'elle de réunir dans sa boite toutes les pièces du ménage de sa poupée.

Par la multiplicité des joujoux, j'ai vu de jeunes princes déjà victimes de la triste satiété; j'ai vu leurs mères les promener au milieu de mécaniques ingénieuses dont la vue charmait jusqu'aux gens faits, s'efforcer en vain d'exciter leurs désirs ; déjà ils avaient eu et brisé plusieurs fois des jouets semblables. 11 est cependant juste dédire ipie tous les jouets qui se meuvent par des ressorts cachés n'inspirent aux enfants qu'un ctonncment passager; qu'ils ne font point cas d'une action qu'ils n'ont pas dirigée, et n'éprouvent que le seul désir de briser ces jouets pour s'instruire du moyen qui les fait agir. Tout ce qui se traîne, chevaux, charrettes, sont les jouets qui plaisent le plus aux enfants, et surtout aux garçons, parce qu'ils se prêtent au besoin d'action cpii ne les ([uilte jamais.

On remanpie dans les jeux des enfants leurs constantes dispositions à imiter tout ce qu'ils voient faire aux gens formés; ils aiment les petits ménages dont tontes les pièces leur retracent celui de leur parents ; un lulton transformé en cheval représente celui de leurs parents; ils sont ravis de faire claquer un fouet comme les jiostillons, et d'arroser comme le jardinier. La jdus petite fille s'empare des poupées, cl pir l'effet d'un instinct

Rêver le nom île mère en berçant sa poupée.

Que l'oreille d'une mère soit bien attentive aux discours adressés à la poupée : ce qui lui a ' fait le plus d'impression , sa tille le réjtètcra à sa muette enfant ^; peut-être même placera-t-elle dans sa bouche ([uelque critique sévère sur ce qui lui aura semble injuste de la jiart de sa mère. C'est dans les jeux que les enfants jouissent de toute leur liberté et offrent le plus d'occasions de les juger.

Les balles, les raquettes, le cerceau, la corde, sont des jeux qui exigent une certaine adresse, et fortifient les enfants. Ils peuvent avoir lieu entre les filles et les garçons jusqu'à l'âge de sept ans, et sont aussi utiles aux uns qu'aux autres. Dès qu'il n'y a plus de proportion entre la force physique des garçons et celle des filles, il y a du danger à les faire jouer ensemble : les garçons ne comprennent pas encore que leur force ne doit servir qu'à protéger des êtres plus faibles qu'eux. Des courses dirigées vers un but marqué sont aussi un amusement qui développe beaucoup l'agilité des enfants. Les petites bêches, les râteaux , les brouettes , le seid plaisir de culbuter une terre inculte^, de ratisser des allées doivent longtemps précéder les premiers essais de culture. Les très-jeunes enfants sont de détestables jardiniers ; ils arrachent de suite * ce qu'ils ont planté , et ne laissent pas subsister vingt-quatre heures sous la même forme leu? petit jardin. Pourquoi leur enseigner à détruire ! Pour rendre l'amusement du jardinage à la fois agréable et utile, il ne faut l'accorder aux enfants qu'à la seconde époque de l'éducation ; laissez-les donc gratter la terre tant que cela peut les amuser, mais ne leur accordez un rosier, un pied d'œilléf. que lorsqu'ils sauront attendre le développement de la tleur , et ne leur laissez eulliver les pommes de terre que lorsque, après les avoir plantées au mois de mars, ils sauront qu'ils doivent, avec patience , attendre les mois de septembre pour en cueillir les produits^!

— M""-' Camp AN. —

51'ne CA.}IIP kîi (Jeanne- Louise- fleur lel te Gv.yt.T),

Née à Paris, le 6 oclobre itô2 ; elle ('l.iit fille d'un premier commis des affaires étrangères, et reçut la plus brillante édiicalioii. A quinze ans, elle fut nommée leclricc des princesses , filles de Louis XVI. En 1770, elle épousa M. Campan. secrétaire iulinic de Marie-.] nloivette , et dont le véritai)Ie nom C-laillJcrUiol/ct : il avait emi'riiiilé le nom de Campan à une vallée célèbre du Déarn dont il était oriifinairc. Pendant l'espace de vinf;t années, jusqu'au to août un. madame Campan ne quitta pas la Reine. Elle parvint ù échapper aux

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suites de la toiinnente révohilionnaire, et fonda, après le 9 thermidor, une maison d'éducation qui prospéra on peu de temps. Lors(|Ui' \(ii)oli'OH fut parveiui à l'Kmpire, il plaça madame Campan ;"i la télé de la maison i\'/aoih'h , instituée par lui pour l'éducation des filles, siinus ou nièces des membres de la Lésion d'honneur.

Plusieurs des élèves de madame Campan ont aci|uis ime (jrande célébrité : nousciterons //ortcnsc fieou/i(irnnise[ Caroline Bounpatic. Ou sait i|ue cette dernière fut depuis la femme de Mural ; .son éducation , couuneneée un peu lard, fait honneur à son habile institutrice.

Madame Campan. après avoir perdu .son fils unique , mourut le i6 mars t822. Elle laissa , outre ses Mémoires i^y. un excellmt J'railé d' /'ducalion, des nouvelles et plusieurs comédies manuscrites.

' — /,»/?■ dans l'ordre i;rammatical se rapporte A l'oreille d'une mère, tandis (jue c'est avec la fille qu'il doit être en relation. Pour éviter celte espèce d'amphibolo{;ie, l'auteur pouvait dire : sa fille répétera à sa muette enfant ce qui lui a fait le plus d'impression; le tour est, à la vérité, moins vif, mais il est |>Ius correct.

^ — C'est ainsi que .M. Raboteau , auteur des Jeux de l'enfance, a dit :

Elle liitinp, elle firondc et caresse L'objet miielilc I.tiU de soins tlaltcurs. Elle fol.^tre cl redevient sévère, Et SCS lerons (m'clleose répéter, F.iibles eelios des leçons d'une niere.

Prouvent qu'au moins on sut les écouter.

' — Boulererser serait ici le mot propre ; culbuterne se dit guère que des corps solides.

* — De suile signifie l'un après rau/re, sans interruption : le loup court de suile. C'est abusivement qu'on em|>loie cet advcriie pour lout de suite dont la signification est incontinent, ininiédiatenient : courez-y lout de suite.

■"• — Recueillir était ici le mot propre.

Observation f/énérale. Ce morceau d'un style .simple, mais (pii pourrait être plus châtié, exprime avec grâce et naïveté ce quil y a de sérieux dans le.sj(;ux de l'enfance . et l'influence morale qu'ils peuvent exercer sur le reste de la vie.

— 180. — Morl de Marc-.lweie, Tiin des pins verlneiix empereurs romains.

MARC-AUKÈLE.

Au troue de.s Osam, Marr-\iii cl<» poll^ \ p^fTii ft'un lionniMir ilr sji paix acheta. IMuInn rst son rrfugr ; it la philosnpliir Opposf a ws rrgai'tls, p*»iir cons(»lrr sa vi*'. A rcnniiidr.sgranflfurala ilniirnir défi bienfaits. — ^lad. Dui'ivÉ>ov. —

Les prélre* païens sollicitèrent Marc-Aurèle , au coniincnccmcnt de son rcfine, de persécuter les Chrétiens; mais ce prince rejeta leur demande avec indi);iialioii. Il y eut cependant , durant son réh'fC , plusietirs niartsrs,.-» cause de la haine des Païens, qui se soulevèrent des diverses' parties de l'empire contre les Chrétiens. I.a douleur «|uc Marc-Aurèlc éprouva de cette revoliUion fut si vive, qu'elle le poursuivait jusque dans son sommeil. 1

« .If voulus méditer sur la dniilciir: la nuit |

était déjà avancée; le besoin du sommeil fatiguait ma |KUi|)icro; je luttai ((iiclque temps; cnfinjt' t'us oldigé de céder, et je iirassoiii>is: mais dans cet intervalle je crus avoir un songe. 11 me sembla \oir dans un vaste porlitiiie une multitude d'hommes rassemblés; ils avaient tous (|ucliiiie chose d'aiiguslo et de grand. Oiioiqueje n'eusse jamais vécu avec eux, leurs traits pourtant' ne m'étaient pas étrangers; je crus me rappeler (jiie j'avais souvent contemple leurs statues dans Home. Je les regardais tous, (iiiand une voix terrible et forte retentit sous le i»ortitiue : Mortels , apprenez à souffrir! Au même instant, devant l'un 2jc viss'allumerdes llammes, et il y jiosa la main. On apjtorla à l'autre du poison^; il but, et fit une libation aux Dieux. Le troisième tétait debout auprès d'une statue de la Liberté brisée ; il tenait d'une main un livre, de l'autre il prit uneépée. dont il regardait la pointe. Plus loin je distinguai un homme tout sanglant, mais calme et plus tran(|uille que ses bourreaux; je courus à lui, en m'écriant : 'i O Règtdusl est-ce toi?» .le ne pus soutenir le spectacle de ses maux , et je détournai mes regards <. Alors j'aperçus Vahricius dans la pauvreté ii, Scipion mourant dans l'exil*^, Epictôto écv\\;\\\\. dans les chai nés ^,.S'(//;pr/?/e et T/iraséas, les veines ouvertes et regardant d'un œil tranquille leur sang conler ^. Environné de tous ces grands hommes malheureux, je versai des larmes : ils jtarurent étonnés. L'un d'eux , ce fut Coton, apj)roclia de moi ^ et me dit : <i Ne nous plains pas, mais imitenous ; et toi aussi api>rends à vaincre la douleur ! i> Cependant il me parut prêt à tourner contre lui le fer qu'il tenait à la main ; je voulus l'arrêter, je frémis, et je m'éveillai. Je réllécliis sur ce songe, et je conçii.s (jue ces prétendus •» maux n'avaient pas le droit d'ébranler mon courage ; je résolus d'être Iiomme, de souffrir et de faire le bien ".i> — Thomas. —

( Voyr/, le 1 1 fovrirr. )

' — Pourtant, employé après quoique, présente un pléonasme. ce|)endant assez commun dans nos écrivains i)our être justifié.

^ — L'un, ne se dit j)oint absolument dans ce cas : il faut dire l'un d'eux, l'irn d'entre eu.r.

^ -Il faut « un autre, les i)ersonnages n'étant pas précédemment désignés. Pour le troisième , même ohsi'rvalion.

* — • /ièt/ulus, consul romain , obtint d'abord de j;rands succès en combattant contre les Carth.iginois. Il fut vaincu à son tour, et fait pri.soiuiier. Envoyé sur i»arole à Home pour trailcr de l'échange des cai)tifs, il di.ssuada les Itomnins d'y consentir; et, malgré les su|»plicalions de sa faiiiille et de ses amis, il reloiiiiia à Carihage, où il péril dans les louriuenls les plus afFreu.\, 2.50 ans avaiil .1. C. Ce fait est cependant révo(|ué en doute par plusieurs historiens.

*— Fahricius, célèbre romain qui gagna plu-

yi

sieurs batailles contre les Luraniens et les Saninites. Il refusa les prt^seiils de Pyrrhus, roi d'F-'.pire, et (lér.oiivril à ce prince l'offre pertitle que faisait son médecin de reinpoisoiiiier. Il mourut dans la pauvreté, environ l'an 250 avant J.-C.

6 — Scipion, c'est le premier Scipion qui eut le surnom iW /f'rivain, ù cause de ses victoires sur les CarlIiai',iiiois. Après avoir défait Antiodms, en Asie , il revint A Kome où des ennemis acharnés le citèrent jusqu'à trois fois <ievant le peuple. Lassé d'avoir toujours ù se justifier, il se retira dans sa maison de campa^jne, à Literne, où il mourut 180 ans avant ,I.-C.

' — Epictvte, philosophe stoïcien. d'//î^r6po/?s en Pln\r(jic, était esclave ô'Epaphroch'te, affranchi de Aéron. On a de lui un petit ouvrante intitulé EnchiriiUon ou Abrégé dcphilosopliie. On y trouve les maximes de la plus pure morale exprimées avec foice et clarté. Cet ouvrajîc est traduit sous le titre de Manuel d'Epictète.

•* — Sénèqtir, illustre ithilosophe stoïcien, fut le précepteur do .Xérou. Trouvant en lui un censeur incommode. l'Kmpereur résolut de s'en défaire. 11 |)rit le prétexte de la consi)iration de Pison, et laissa à Sénéque le choix du jjenre de mort. Celui-ci se fit ouvrir les veines, et mourut dans un bain chaud , l'an de .I.-C. 66. Son épouse , Pauline, qui avait voulu partager son sort, fut arrachée k la mort. Thraséas, autre phil6sophe stoïcien . fut aussi condamné i)ar Aéron à se donner la mort : il se fit ouvrir les veines et expira.

s — Caton d'Utique dut ce surnom à la ville où il mourut. Quand César eut tonl soumis, Caton conserva son indépendance et se renferma dans Utique, ville d'Afri(|ue; mais, voyant: qu'il lui était impossible de défend recel te place, il se donna la mort, l'an n avant .I.-C. après avoir lu le traité de Platon sur l'immortalité de l'âme.

"* — Ces maux ne sont pas imaginaires. C'est par un étraufjeabus que les stoïciens ont prétendu que la douleur n'était pas un mal.

" — .\dmirable résumé de la morale stoïcienne el de la morale chrétienne.

Observation qénérale. La noblesse du style et la fyrandenr des images distinguent cette sublime inspiration du sloirlsme antique. L'apparition de ces grandes ombres. Icuratliluilc. leurs paroles, tout cela est empreint d'une grandeur mystérieuse.

- 1799. — Bonap-irte fait le siése de Saint-Jean û^Acre, ¥»nc\ennQ PtoUmnis ; m3.\s il est obligé de le lever le 20 mai , après îles prodiges de valeur.

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