‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 7 sur 370 · LA FRANCE INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

LA FRANCE INDUSTRIELLE

Toi , qui pour sanctuaire as choisi ma patrie.

Soi» l*lionii(*ur dénies chants, bieiifiii.sanle industrie!

Fille (le nos besoins, mrre de nos plaisirs

Des arts l'essaim nombreux t'encense et te couronne;

II joue aulour de tai , volii(;e sur ton triinc,

ApiH'Ile le bonheur, éveille les désirs.

— l.'.ibbi Talbert. —

Il y a (lucbnies années, je conçus le projet (rétiidicr la France, do connaître son sol, ses monuments, SCS villes, ses hameaux"*, et cette vaste ceinture de fleuves, «le mers et de montagnes. <(ni se déroule des Pyrénées aux Alpes, de la Méditerranée à l'Océan. J'espérais un

.^ prand plaisir de cette course :-^m€<»espéra4i.

^ -ees 2 w; fH*<mt pns trompée!^. Sous les climals les plus doux, je rencontrai des populations inlellij;entes et une siiiipilière abondance de tous les i)iens de la terre. J<' vis avec admiration d'innomliralib'S vaisseaux entrer dans nos ports, et y verser les richesses des eiin| parties du monde; ces richesses, i)lus de einipianle mille voitures de Houlagc^ s'en emparent et les disf)erscnt, ça et là, dans le pays

dont elles entretiennent sans cesse le mouvement et la prospérité. Ici, les fers de la iVorvè[;e * s'cnllanunent et s'amollissent sous le marteau des forjïcrons; là, se déploient en tissus moelleux les laines d'Espapue cl de Cachemire; plus loin, des petiples (l'oiivriers reçoivent le coton des Indes, leHlcnt. le tissent et lui impriment les plus vives couleurs; je trouvai partout les vieux cloîtres elles vieilles abbayes transformés en manufactiUYs; leurs voiltes profondes réi)éli'ùent les chansons des ouvriers et le liruitftufit^lrpoti '> des machines à vapeur. J'étais ravi de tant tle bien-élre; mais ce qui excita vivement ma surprise, ce fut de voir l'imindsion immense donnée à tout le pays par l'éducation d'un insecte. Du Midi au Nord, des frontières de l'Italie aux montajînes volcaniques du Yivarais ^, une chenille excite ]>artout l'activité. A Avignon , à Lisle ', à Vaucluse , on dévide ses cocons. En Normandie , les doigts exercés des femmes attachent ces fils à de légers fuseaux , et jettent mille gracieux dessins sur les mailles aériennes de nos blondes.

A Saint-Élienne, ces mêmes fils se tissent en rubans qui se déroulent sin* toute la surface de l'Europe *. A Nîmes, on en fabrique des étoffes qui bruissent et chatoient comme des métaux. A Lyon, mon beau pays, ils se déploient en velours épais; en gazes transparentes comme l'air et brillantes comme la nacre, en satin, en daiuas, en lampas^.

A Paris enfin . la soie rivalise avec le pinceau, et va jusqu'à reproduire, sur les somptueuses tentures desGobelins, les tableaux des plus grands maîtres ^. Telle est la richesse de la France. Mais ces chefs-d'œuvre de l'art, ces l>rodiges de l'industrie, que sont-ils en comparaison des biens que lui prodigue la nature? Vous y voyez tous les climals, vous y rencontrez toutes les ctdtures; au 31idi, l'olivier, le citronnier, l'oranger; au Nord le mélèze et le sapin, los deux extrémilés de la chaîne botanitpie. Les arbres de la Perse et des deux Amériques viennent s'y mêler à l'orme féodal et aux chênes de la vieille (inule; les fruits jtarfuiuésde l'Asie, au ponuuier indigène; la ilore entière de l'Orient, à l'Innuble violette, à nos couroiuies de bluets , aux bouiiuets champêtres de la pàqiu'relte et de la mystérieuse verveine '~'. Ainsi la France se couvre des productions du nouveau monde et des trésors de l'ancien. Du haut de ses coteaux chargés de vignes, des fleuves devin coident éternellement dans la coupe <le tous les peuples **, tandis que, sur ses larges ])laiiies, les moissons ondoient, comme les flols de la mer, sous le vent qui les courbe, sous le soleil qui les mrtrit.

A la vue de tant de biens, mon cœur bondissait de joie. Je m'écriais : Chère patrie! terre fortunée ! tu possèdes tout , richesse ,

AKa*tiKnt

intelligence, liberté. Est-il sur le globe un spectacle comparable à celui de ta gloire! Tu t'es dépouillée de tes superstitions et de tes vices, comme on se dépouille d'un bâillon flétri '5 ; plus de moines inutiles, plus de droits féodaux, plus de corvées, plus de servage, plus de castes qui se méprisent , plus de provinces rivales et jalouses ^i-^ je ne vois dans ton sein qu'un peuple, et, dans ce peuple, qu'une famille!

-»ii. Ai.it-MA«Ti?r. -=

De l'Education dcsincrcs île famille.

AIMÉ-MARTIN {Louis)

Disciple dévoué de Bernardin de Saint-Pierre, et auteur des Lettres à Sophie sur la Physique, la Chimie et L'Histoire naturelle, de Raymond, roman aussi rcmaniuable par l'éclat du style que par la variété et le charme des descriptions. Parmi les autres ouvrajjes de ce laborieux écrivain, nous devons citer avec éloge ÏÉducation des mères de famille, qui vient d'obtenir un desprixjSIonlhyon: c'est un ouvrage philanthi'opi<iue qui réunit au plus haut point 1 éclat de riinagination, le charme du sentiment et la justesse des idées. On voit cependant avec peine que, dans une œuvre de cette portée, les vérités fondamentales du christianisme soient exposées d'une manière vague et même sceptique.

Aimé-Martin est né à Lyon en i786 ; et, destiné par ses parents au barreau, il vint, en i809, à Paris, se livrer, malgré eux, à ses goûts littéraires. Privé de leurs secours, il lutta courageusement contre le besoin, jusqu'à ce cpie ses travaux lui eussent acquis une existence honorable et indépendante.

Sa yiede Bernardin de Saint-Pierre est un véritable roman où le caractère aventureux, passionné et inquiet du héros est tracé avec un intérêt merveilleux. Dans les Lettres à Sophie, il a su admirai)lement allier la grâce et le charme de la poésie à la profondeur et à la sévérité de la science. Ses Commentaires sur Molière et sur Bacine décèlent l'àme du poète et l'analyse de l'habile critique. Si sa Jiéfulatiundes maximes de Larochefoïicault est moins brillante que le sophisme qu'elle attaque, du moins elle renferme des idées plus nobles et plus vraies sur la nature de l'homme.

Il a publié dernièrement le Plan d'une bibliothèque, 1 vol. in-18. Chez Uauman et C'^, à Bruxelles ; cet ouvrage contient des indications très-utiles sur la formation d'une bibliothèque. •

• — Ici, l'emploi de l'adjertif possessif n'est pas vicieux, comme on pourrait le croire d'après certaine règle de grammaire : il présente un tour moins connnun et conséquemment plus expressif. {Voy. ma grammaire, n» 503).

2 — Mon attente serait préférable, à cause du verbe espérer qui précède.

^ — De transport serait plus en harmonie avec le style descriptif et poétique de l'auteur.

* — Ces fers nous viennent principalement de la Suède.

^ — Incessant, mot nouveau , serait ici l'expression propre. (Ce mot ne se trouve pas dans le Dictionnaire de l'Académie de isss).

^ — Le rirarais, ancienne province de France, dont llriers était la capitale. Elle a formé le déjjarlement de VArdèche et une partie de celui de la Haute-Loire.

^ — Jolie petite ville du département de Fauclusc, et à laquelle Pétrarque a donné quelque réputation.

^ — Emploi un peu outré de Vhypotypose, (voy. le i" janvier , note 1).

^— Étoffe de soie de la Chine.

'" — Ce n'est pas la soie , mais bien la laine qui, par son admirable teinture, produit de tels ciiefsd'œuvre.

'1 — Mystérieuse', sans doute à cause de l'usage qu'on en faisait dans certaines opérations magiques.

'2 — Hyperbole un peu gigantesque. VHyperbole est une figure de rhétorique, qui consiste à exagérer au delà même de la vraisemblance.

'•* — Apostrophe pleine de chaleur. L'Apostrophe est une figure de rhétorique par laquelle l'orateur interrompt ou détourne son discours pour adresser la parole à un être quelconque.

'^ — Les sentiments exprimés dans la dernière partie de cette apostrophe font honneur à la sensibilité de l'écrivain ; qu'il soit permis toutefois de remarquer que l'abolition des droits féodaux et de là corvée était déjà fort ancienne; et, comme elle n'a laissé aucune trace au sein de la génération actuelle , le mérite de l'à-propos n'est pas celui qui caractérise cette énuinération.

Vénumération des parties rassemble rapidement les diverses circonstances qui conviennent à un objet, et en forme un tableau pour frapper fortement riinagination qui serait à peine émue si ces circonstances étaient éparses et désunies.

Observation générale. Cette description, malgré quelques taches (iiron y remarque à regret, est magnifique et brillante de poésie. Le lecteur, qui voit se tîéroulel* devaut lui une foule de tableaux pleins de mouvement et de vie, ne peut se lasser d'admirer le charme et l'harmonie du style de l'auteur.

•1515.— Obsèques de Louisxii^roX de France, surnoininé ' le Pore du peuple.

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