KEGNE SE LOUIS XIV
Siècle heureux de Louis, siècle riue De ses pUis beaux prèseiiU doit cou
VuLrAIRË.
ibter sans mesure!
D'où viennent tant d'étranges opinions sur le règne de Louis xiv , le plus beau de la monarchie , et qui égale , s'il ne surpasse pas les plus beaux âges de l'esprit humain? c'est toujours de la même cause. Après les troubles d'une orageuse minorité , Louis enfin est roi , et il ne cessera plus de l'être jusqu'au tombeau'. Quelle suite de merveilles présente son règne ! Pour le bien de ses peuples , il protège la religion 2, perfectionne les lois, règle les principales branches de l'administration publique par des ordonnances qu'on admire encore , lait fleurir les sciences, les lettres et les arts; étend le commerce, maintient en tous lieux la justice , l'ordre et la paix ; c'est sous ce règne que brillent ce que la France compte d'orateurs , de poètes , de savants, de philosophes, de magistrats, de capitaines, de pontifes plus illustres 5.
Louis ajoute six provinces à son royaume ^, couvre ses frontières de places fortes, établit son petit-fils sur le trône d'Espagne , soutient dans sa vieillesse , avec une magnanimité rare, les efforts de l'Europe conjurée ^. Par ce l)rince , la gloire du nom français est portée jusqu'aux extrémités du monde, et la France exerce sur l'Europe une espèce de suprématie d'esprit et de talent, qui, après un siècle et tant de désastres , se fait sentir encore. Quel règne! quels titres à l'admiration publique! Ils n'ont pas. été méconnus ces titres par des hommes dont l'hommage n'est pas suspect , mais qui avaient eux-mêmes trop de talent pour insulter an siècle du génie ; je veux parler de Montesquieu , de Voltaire et de Frédéric fi. Mais aujourd'hui, que fait un esprit préoccupé de nos idées modernes? il fait un crime à Louis XIV de n'avoir pas régné d'après des formes et des vues qui n'étaient pas celles de son temps. Quelques écarts de politi(jue , quelques erreurs d'ambition , des fautes personnelles qu'il a eu le courage de se reprocher lui-même, voilà ce que l'on considère uniquement, et ce qui donne lieu aux plus violentes déclamations. Eh! il n'est pas de simple particulier qui , dans la conduite de ses affaires domestiques, ne fasse quelque faute, et l'on voudrait qu'il n'y eût pas une seule tache dans un règne de soixante ans de gloire et de i)rospérité ^! Oii est ici l'équité? et que peuvent
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au reste s contre lui les clameurs de la médiocrité? Les vains détracteurs passent, et la gloire reste. Louis a donné son nom à son siècle pour jamais ^. et la postérité ne cessera de «lire : Le siècle de Louis mv, comme, après deux mille ans , elle dit encore: Le SIÈCLE d'Auguste.
— L'abbé de Fb.itssi^oi's. —
FRATSSITfOtS ( Denis, comte de )
Evèqiie d'ifcrmopolis, membre de l'Académie française; avant la révolution de. 18.-0, pair de France, ministre des affaires ecolésiasliques et de l'instruction publique; aujourd'hui, resté dévoué ù la famille déchue, il occupe auprès d'elle d'honorables fonctions.
Il est né le 9 mai nés, à Curiéres (Aveyron). Ses conférences religieuses ne lardèrent pas à fixer l'attention sur lui, et à fonder sa réputation d'orateur élocjuent. La jeunesse de Paris y accourait en foule, et la plupart se retiraient persuadés des vérités de la reli[;ion. que l'orateur développait avec autant de clarté que de talent. On y admirait siu-tout la saffe tolérance qu'il mettait à combattre certaines opinions philosophiques, et la bonne foi de sa controverse.
Ses conférences furent pui)liées en 1825, sous le titre de Défense du Chrislianisme, et obtinrent un immense succès. Il est fâcheux que le style n'en soit j)as toujours pur; on y remarque surtout quelques expressions méridionales qu'il eût été si facile de faire disparaître.
' — Tombeau est sans doute mis ici en opposition avec trône, que l'auteur a dans l'esprit.
2 — Protection malheureusement soutenue par l'effusion du sans et par l'exil . ce qui est toujours déplorable. Parla révocation de l'éditde Nantes, une foule de familles protestantes jjorlèrent à l'étranger leurs richesses et leur industrie.
2 — 11 faudrait les plus illustres. — Pontife, apitellation spécialement réservée au pape, se dit, par extension et dans le style soutenu , des archevêques et des évèques. C'est i)ar syllcpse que le verbe de cette phrase est au pluriel. (Voy. ma grammaire, n» .',71 ).
* — La Flandre, la Franclie-Comté, V Alsace, conquises par Louis xiv; Vylrtois, le lioussillon, par Louis \iir, mais réunis à la couronne |)ar Louis XIV, le Airernais qui y fut aussi réuni par l'extinction de la féodalité.
*— Celle magnanimité a coûté cher h la France, peut-être plus cher fi la monarchie, cpi'a fi»rlement eompromise l'hérilage d'embarras financiers et politiques laissé |)ar Louis xiv.
^ — Ces trois hommes, qui rendent justice ;1 leurs prédécesseurs, sufiiraient presque à eux seuls pour consliluer un grand siècle.
^ — Si l'on comptait il la rigueur, il faudrait sans doute réduire im peu ce nombre.
•* — Du reste nous |»araitrait ici |)lus exact.
' — Cette expression adverbiale j>our jamais rcjetée à la fin de la phrase est |iius éneigiipie.
Obscrtntinu r/énérale.Cj- morceau nrnlniic doit f.lro ron«id<îré, non pas comme imc ap[iréciation calme cl
ÎJ JA.WIEIl.
froide du siècle de Louis xiv, mais comme un élopc brillant du iiii)uar«pie qui lit ce siècle et lui donna sou nom. I, 'orateur déploie toutes les ressources dt; sou clo(|u<.'nce poiu" cèlélirer le (jrand roi. Il fait ressortir habilement l'éclat de ses vertus, et jette sur ses défauts le voile de sa gloire.
- IfiTô. — Publlcaliuii du Journal des savants , par Denis de Sallo, conseiller au parlement. C'est le preuiier journal 8cienlin<iuc «lui ait paru en France.
PROGRES DES SCIENCESi
L'iinivrrs (U'sormais sVipliquo loiit cntîrr : Los cicux avaient Newton , rt la terre a Cuvirr.
Jeté failde et nu h la surface du Globe, riiommc paraissait créé pour unt destruction inévitable ; les maux l'assaillaient de toutes parts ; les remèdes lui restaient cachés, mais il avait reçu le génie pour les découvrir.
Les premiers sauvages cueillirent dans les forêts quelques fruits nourriciers, quelques racines salutaires , et subvinrent ainsi à leurs plus pressants besoins ; les premiers pâtres s'aperçurent que les astres suivent ' une marcbe réglée, et s'en servirent pour diriger leurs courses à travers les plaines du désert : telle fut l'origine des sciences mathématiques, et celle des sciences physiques 2.
Une fois assuré (pi'il pouvait combattre la nature par elle-même, le génie ne se reposa plus; il l'épia sans rel^lcbe; sans cesse, il fit sur elle de nouvelles conquêtes , toutes marquées par quehpie amélioration dans l'étal des peuples. Se succédant dès lors sans interruption, des esprits méditatifs, déi>ositaircs fidèles des doctrines actpiises, constamment occupés de les lier, de les vivifier les unes par les antres, nous ont conduits, en moins de (piarante siècles, des i)remiers essais de ces observateurs agrestes, aux profonds calculs des J\ewto?i^ et (les Lap/ace*, atix énumérations savantes des Lifuiœu.s ^ et des Jus- .si'eu''. Ce précietrx héritage, toujours accru , porté de la Chaldée en Egypte, de l'Egypte dans la drèce , caché jiendant des siècles de nialiieiirs et de ténèbres, recouvré à des épo- (|ues j)lus heureuses, inéjjalement répandu par les pciijdes de l'Europe, a été suivi jiartoiit de la richesse et du pouvoir : les nations qui l'ont recueilli sont devenues les maîtresses du monde; celles qui l'ont négligé sont tombées dans la faiblesse et dans l'obscurité.
— Cl'VIEK. —
CUVIEB {George-Leopold-chrCticn-Fredértc-Dagobert,
baron)
L'un des quarante de l'Académie française, secrétaire peri»étiiel de l'Académie des sciences, professeur d'histoire naturelle au Muséum du Jardin des Plantes, pair de France et membre du conseil royal de l'Université.
1! naquit à Montl)elliard, le 25 août i769. Livré de bonne heure à l'étude de l'histoire naturelle, il jie tarda pas à faire une révolution dans cette science, et détruisit à jamais cette classification superficielle des êtres, qui n'était fondée que sur des apparences, et dans laquelle Pline et Bufîon substituèrent leur imagination à la réalité.
Pour lui , la chaîne des êtres commence aux organisations les plus basses et les plus simples, et s'élève aux organisations les plus composées ; il fit plus, il découvrit un monde tout entier enfoui sous le nôtre avec ses habitants (les fossiles) ; il exhume, aux yeux de l'Europe étoiuiée, les ossements gigantesques d'animaux inconnus aujourd'hui siu' notre terre ; et le reste de ces races détruites suffit à son regard intelligent pour les reproduire tout entières, telles qu'elles étaient avant le cataclysme qui les ensevelit. Il fit plus encore, il sonda notre globe pour lui demander son âge, et, d'accord avec la Genèse, il détruisit de fond en comble plusieurs systèmes géologiques, contraires à notre croyance religieuse. Les étrangers même, frappés de ses grandes découvertes, le regardent comme le plus vaste génie de notre époque.
Il a publié une foule d'ouvrages, parmi lesquels on distingue V Histoire des progrès des sciences vaturelles, son Anatomie comparée, ses Éloges historiques et le Règne ani»icil.
MM. Hauman et C"^., à Bruxelles, publient une très-belle édition de ses œuvres. Ils ont fait paraître le Jiègne animal, 3 vol. in-s», et VHistoire duprogrès des sciences, 2 vol. in-s".
Cet homme universel, aussi habile écrivain que savant naturaliste, expira le lô mai i832.
' — L'emploi du présent exprime ici une vérité incontestable. (Voy. ma grammaire, n" eso).
2 — Mathématiques est pris, ainsi que physiques, dans une acception générique très-étendue.
^ — /s««c i\'e!r/o« , philosophe et mathématicien anglais, est l'un des plus grands génies que le monde ait produits. C'est à lui qu'on est redevable de la découverte de l'attraction. Il mourut en itst, à l'âge de quatre-vingts ans.
< — Le marquis Pierre-Simon de Laplace, fils d'un cultivateur, est devenu, par la force de son génie, l'un de nos premiers mathématiciens. Sa Mécanique céleste est un chef-d'œuvre. Ce célèbre astronome, membre de l'Institut et pair de France, fut enlevé aux sciences le 6 mars i827.
^ — Charles de Linné, médecin et célèbre naturaliste suédois, à qui l'on doit la classification la plus complète des végétaux. Cet illustre botaniste, qui eut longtemps à lutter contre l'envie et la misère, mourut comblé d'honneurs et de gloire, le lojanvier 1778.
^ — Antoine de Jussieu , célèbre botaniste, né A Lyon, en 1686, est mort à Paris, le 22 avril 1738. Ses deux frères, Bernard et Joseph , ont suivi la même carrière avec distinction.
Observation générale. Cet historique des progrès (le l'esprit humain et cfltc appréciation des bienfaits (le la science convenaient à celui qui a fait faire à l'un un si giand pas dans la carrière intellectuelle, à celui qui a doté l'autre de tant de richesses nouvelles.
Cette mai'clie de rintclli(;rncc,quc Cuvicra tracée d'une main ferme et hai-die. est en effet celle que suit le développement des facultés de l'individu et do l'humanité.
L'humanité, ainsi que l'individu. a commencé par l'observation de la nature. C'est dans cette analyse qu'est l'oriiçine de la science ; mais Phumanité grandit ainsi que l'individu; alors il ne lui suffit plus d'avoir morcelé la nature pour l'étudier, et de ne posséder (pic des connaissances particulières et séparées les unes des autres : aidée de la mémoire qui conserve les données de l'observation, elle compare les faits entre eux, découvre leurs rapports, s'élév<;, par l'induction, du i)articulier au général, du connu à l'inconnu, du passé et du présent à l'avenir. C'est dans cette synthèse que la science trouve l'unité et l'universalité. Ce morceau de l'illustre Cnvier est remai-quabie , comme tous ceux qui sont sortis de la même plume ; c'est un modèle de l'art si difficile de rendre ses idées; il y a en effet peu d'écrivains comparables à M. Cuvier pour l'élégance , l'énergie et la clarté du style.
l'Epiphanie.
Chez les Romains on tirait au sort , avec des dés, pour faire un roi du festin.