‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 95 sur 370 · TRAIT DS DEVOUEMENT 1>K LA PART DF. DKL'X NÈ^HES · texte numérisé non relu

TRAIT DS DEVOUEMENT 1>K LA PART DF. DKL'X NÈ^HES

Quoi! cr n*an d'Africain nVkt-il dune qu'un uutragr ? La coulrur ût inun front nuil-rllr a mon courage ?

— Bi.ii —

Il élait nuit, lo ciel était serein ; la mer était calme ; et la goélette los Si.r-Sœurs, partie récemment des Seelielles (Iiules orient.iles), vognait ropiilement vers rile-ile-Franee '.

Vinjt-Iiiiit personnes étaient à hord du bâtiment ; tout semblait leur j)romettre une traversée heureuse : l'air était balsamique et pur^; le chant des matelots se mariait doucement au bruit des vagues; et le capitaine Ilodoul, tranipiillement assis auprès de madame Mal/it. une des passagères du bâtiment, devisait du pays natal ^.

Tout à coup, à (piehiues pas d'eux, un cri de terreur est parti du milieu des ombres : une Hamme brillante a jailli. Le feu, par une imprudence inexpliquable, venait de prendre à la goélette, et l'incendie se propageait avec une rapidité terrifiante *.

Tout ce (jue l'énergie humaine a de plus actif et de plus puissant est mis en œuvre, à l'instant même, pour combattre l'alfreux danger. Hélas! inutiles efforts! le vent venait de s'élever; l'horizon s'était obscurci ; l'embrasement s'étendait vainqueur. La flamme monte, grossit, serpente, glisse, roule et bientôt un cercle magique enveloppe le biUiment : il brûle; il s'enfonce; il n'est plus.

C'était en avril 1819, aux jours variables du printemps. In petit canot, échappé aux ravages de l'incendie, avait seul offert un dernier moyen de salut à l'équipage des Six-Sœurs ; les passagers s'y étaient précipités en désordre; ils s'y entassent pèle-mèle. 0 nouveau désespoir ! ils s'aperçoivent que dans leur embarcation, trop petite j)our les contenir tous, il ne restait plus assez de place au pilote pour agir et les arracher au naufrage, s'il s'élevait la moindre tempête; et déjà les flots mugissaient, et déjà grondait le tonnerre.

C'en est fait ; la barque, trop pleine, que nul bras ne peut diriger, va disparaître sous les vagues. Le capitaine et ses marins délibèrent à la hAle sur le parti à prendre. Quehpies victimes sont nécessaires au salut général ; il faut débarrasser l'embarcation des individus qui la surchargent : deux périront j)oin- commencer ; j)ui8. s'il en faut plus, on verra. Mais qui sacrifier? tjui choisir? Deux nègres esclaves prodiguaient les soins les plus touchants à madame Ma f fit. leur maîtresse, qui,

mourante au fond du canot, tendait les bras à son enfant (prune nourrice allaitait j>rès d'elle. Les regards du capitaine et des mate- I lots se portent sur les noires figures : le choix tles victimes est fait.

-Mais connnent jeter impunément à la mer ces vigoureux enfants du Sénégal, dont le corps pesant et la force athlélicjue opposeraient une vigoureuse résistance à des volontés homieides? Point de doute, ils se débattraient; et une pareille lutte, au milieu d'un frêle bateau (|ue le ujoindre mouvem»"nt peut submerger, ne tarderait pas à le livrer aux abîmes de l'onde. L'orage redoublait de violence : il n'est jioinl de moments à perdre S; une nouvelle décision est prise. Ilndnul, le sang glacé dans les veines, se couvre le visage de ses mains : les femmes et l'enfant périront.

Un nègre avait ouï la sentence; il frappe sur l'épaule de son frère de couleur, il échange à voix basse avec lui quelques paroles vives et brèves ; puis, s'adressant à madame Malfit:

— Lui et moi, dit-il, faire place. Maîtresse à nous revoir patrie ^.

Il se tourne vers le capitaine, et continue d'un ton solennel:

— Jureà nous de sauver maîtresse! etnous... tout de suite... à la mer !

— Oh! répond le chef attendri, je le jure, et devant J)icu lui-même...

— Non, interrompt madame Malfït, que ces mots venaient d'éclairer, non, je n'accepte point ce dévoilment admirable ; mes nègres sont jeunes et bravés, leur force peut vous secourir. Mais, moi!... inutile... et à charge, c'est à moi. Messieurs, à mourir^. Veuve... je m'offre... je suis prête; une prière seulement! que mon enfant du moins soit sauvé !... qu'il soit le vôtre, capitaine !

La pauvre mère , toute en larmes, arrachant son fils au sein de la nourrice , l'elevait en ce moment dans ses bras , et , à la lueur des éclairs, le présentait au chef du navire. Ah ! passagers et matelots, tous adoptaient l'enfant de la veuve.

— Pauvre petit ! nous l'embrasser ! s'écrient avec transport les deux nègres en pressant de leurs noirs visages la blanche figure de l'enfant. Adieu ! petit maître ? à là-haut.

Kt du doigt ils montraient le ciel.

Puis, aux longs éclats de la foudre, tous deux s'élancent à la mer, tous deux roulent au fond des gouffres !

Prodige inespéré ! il ne faudra plus do victimes : ce dévoùment sublime a désarmé la colère céleste.

Le vent tombe, et l'orage a fui....

L'embarcation fut sauvée.

— Le viromlf i)'\iili>c«iirt. —

D'ARLINCOCRT ( J'iclor, vicomte).

Né prf's de Versailles, en 1-89. Ce fécond écrivain a publié le potme de la Caroléide, el une tragédie intitulée le Siège de Paris; mais ses meilleurs ouvrages sont ses romans : VA'lrangère, Ipsiboé, le Renégat, le Solitaire, les Rebelles sous Charlcs\,Ismalieoula tnortetl'amour, romanpoOmc, les Ecorcheurs, le lirasseur-Roi. el dernièrement les Deux Règnes, ouvrages (pii ont obtenu à M. d'Arlincourt, dans une certaine classe de lecteurs, une grande célébrité littéraire à laquelle la critique s'est souvent atta(|uée, et, bien qu'elle ait eu raison en plusieurs points, on ne peut refuser fi M. d'Arlincourt une imagination riche, brillante et originale, un style jdi-in d'éclat, de force et d'harmonie; il est vrai que celle harmonie est souvent d'une étrangeté bizarre, qu'elle blesse les lois de la syntaxe française à force d'inversions grecques et latines ; que notre belle langue est parfois outragée .sous la plume de l'auteur, riche en néologismes; et cependant ce n'est pas sans un puissant intérêt qu'on lit ses ouvrages qui occuperaient un des premiers rangs dans notre littérature moderne, si le style en était moins emphatique et plus correct.

' — Les Séchelles, îles de l'Océan indien ; Mahé en est la principale. Cet archipel, qui apparlieht aux Anglais depuis isu, est généralement humide et trés-malsain. L'Ile-de-France, au sud des Séchelles, est aussi à l'Angleterre, et forme avec les iles, un seul gouvernement.

2 — En pleine mer, l'air ne peut être balsamique.

3 — Dei'iser, s'entretenir familièrement.

* — L'Académie n'a point admis terrifier, quoique très-usité , et encore moins lénifiant : on dit une rapidité effrayante.

* — // n'y a pas de moments à perdre est l'expression convenable.

^ — Cet emploi de l'infinitif est naturel au nègre, dont le langage est généralement concis. iMoi nègre à maître, disait un esclave en frappant son mulet, mais toi nègre à moi.

'' — C'est à moi lie motirir, exprimerait mieux la pensée. (Voyez ma Grammaire, n<'723.)

Observation générale. Ce tableau est tour à tour {jracieux, terrible, pathétique. La scène qui le termine est dramatique et louchante; mais ici, comme dans toutes les autres pi'oiluctions de M. d'Arlincourt, la propriété des termes et la simplicité du style laissent beaucoup à désirer.

— 1786. — Les grands vicaires de Paris bénissent et consacrent le cimetière des Catacombes de cette ville, avec toute la pompe sacerdotale.

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