A HOME
Sous 1rs remparts do Rome et sous ses vastes plaines. Sont clos antres profonds, des voûtes souterraines, Qui , pendant deux mille ans, creusés par 1rs humains. Donnèrent leurs roeliers aux palais des Komains. — Delille. —
Unjourj'étais allé visiter la fontaine Egérie'; la nuit me surprit. Pour regagner la voie
Appienne * , je me dirigeai sur le tombeau de Cecilia Metclla ' , chef-d'œuvre de grandeur et d'élégance. Kn traversant des champs abandonnés , j'aperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans l'ombre, et qui toutes, s'arrèlant au même endroit , disparaissaient subitement. Poussé par la curiosité , je m'avance et j'entre hardiment dans la caverne où s'étaient plongés les mystérieux fantômes. Je vis s'alongcr ilevant moi des galeries souterraines, (ju'à peine éclairaient de loin à loin quel(|ues lampes suspendues ; les murs des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils, placés les uns audessus des autres. La lumière lugubre des lampes , rampant sur les parois des voûtes , et se mouvant avec lenteur le long des sépulcres, répandait une mobilité effrayante sur ces objets éternellement immobiles ''.
En vain , prêtant une oreille attentive , je cherche à saisir quelques sons pour me diriger à travers un abîme de silence^; je n'entends que le battement de mon cœur dans le repos absolu de ces lieux ^. Je voulus retourner en arrière, mais il n'était plus temps : je pris une fausse route, et, au lieu de sortir du dédale, je m'y enfonçai. De nouvellesavenues, qui s'ouvrent et se croisent de toutes parts , augmentent à chaque instant mes perplexités. Plus je m'efforce de trouver un chemin , plus je m'égare : tantôt je m'avance avec lenteur ; tantôt je passe avec vitesse. Alors, par un effet des échos qui répétaient le bruit de mes pas , je croyais entendre marcher précipitamment derrière moi ^.
Il y avait déjà longtemps que j'errais ainsi; mes forces commençaient à s'épuiser : je m'assis à un carrefour solitaire de la cité des morts 8. Je regardais avec inquiétude la lumière des lampes presque consumée qui menaçait de s'éteindre. Tout à coup, une harmonie semblable au chœur lointain des esprits célestes , sort du fond de ces demeures sépulcrales : ces divins accents expiraient et renaissaient tour à tour 9 ; ils semblaients'adoueir encore en s'égarant dans les routes tortueuses du souterrain. Je me lève, et je m'avance vers les lieux d'où s'échappent les magiques concerts; je découvre une salle illuminée. Sur un tombeau paré de fleurs, Marcellin célébrait le mystère des Chrétiens : des jeunes filles, couvertes de voiles blancs, chantaient au pied de l'autel; une nombreuse assemblée assistait au sacrifice. Je reconnais les Catacombes !
— De CBATEArBAIAND. —
l.es Martyrs. ( Voyer. le 6 janvier. )
' — Egérie , nymphe des environs de la ville d'Aricie, en Italie. Elle fut aimée de Numa Pom-
pilius, roi de Rome, qui répoiisa. si l'on en croit Ovide. Il av;iil avec elle de iVi'iiiienls entretiens dans lin hois voisin de iionie , et. pour imprimer à ses lois im earaetî're de divinilf. il disait aux Romains qu'Éi^érie les lui avait inspirées.
^ — La roie .-Ippieune, la i>his ancienne des voies romaines ; elle conduisait de Rome ù Urindes, capitale des Calahrois, où Ton s'embarquait pour la (jrtVe.
5 — Cécilia Mètella. Deux dames romaines ont porté ce nom ; Tune suMir de Ci'cilius Mi'li Uns, et l'autre .sa Hlle. 11 est |)r(i!>,dile (|ue ce louduau est celui de la première, cpii fut femme de I,. I.uculluset mère de l.uculliis. vaintpieur de Milliridate.
* — .\ntitliése de pensées, opposition sublime; J. B. Rousseau avait déjù dit :
Le temps, celte im.TfiC mobile De Vimmohilc (ilernit»;.
5 — Expression hardie. C'est une sorte de métonymie qui trouve sa beauté d'expression dans la circonstance : le silence est employé ici jmur le lieu où il rèi;ne . et rimmensilé du silence supjiose et exprime l'immensité de l'espace. Le mol est hardi, mais la hardiesse est souvent une source de grandes beautés.
* — Peinture effrayante et vraie, exprimée en termes sim|)les et d'une telle vérité, que l'on croit, en la lisant , entendre les sourds battements du cœur de celui ([ui parle.
7 — L'observation précédente est également applicable ici.
* — Ouelle peinture sublime et vraie !
3 — il est impossible de mieux rendre l'effet des chants religieux entendus dans le lointain.
Observation qénérnJe. 11 faudrait citer tontes les jilirases de ce frai;ment pour en signaler les beautés, il aI)onde en iniaj;es aussi justes (|ue hardies, et hctireii.sement ex|)i-iniées. Les op))ositions simples et sublimes qui! |trésente étonnent et remuent profondément l'àme du lecteur.
• Rfil. — Mort tic saint Prudence, évéque de Troyes.