POINT DE RAPI'OKT AVEC LA POLITIQUE
O aveuglement! Et la religion alors soutenait encore l'ordre intérieur, de ses forces expirantes ; et la religion servait encore les mœurs au moment où l'un renonçait à son autorité, au moment où l'on ne voulait plus faire entendre ses commandements et ses préceptes s.
— Net.kkr. —
Cours de Miiralo loligii-use.
NECKER {Jacques).
Naquit ù Genève en i7ô4. Simple eoinmio de banque chez M. Tliehisson. il devint bientôt ban(|uier lui-même, et se til coiuiaître par quelques ouvrages d'économie politique. A la fin de 1776, il fut adjoint à M. Tabonreau. contrôleur j^énéral. qui fut obligé de lui céder sa i)lace. le lo juillet 1777. En nsi, il publia le Compte rendu de son administration, brochure in-40,donl on distribua plus de cent mille exemplaires. Le 25 mai de la même année, il donna sa démission; en i7S8. il fut rappelé au ministère des finances, et il en fut encore ren\oyé le ii juillet de l'année suivante ; le le, l'Assemblée nationale lui écrivit qu'il avait bien mérité de la pairie, et lui annonça son rappel. Le retour de Neclcer fut un véritable triomphe ; mais sa faveur ne fut pas de longue durée. Obligé de fuir, il se retira à Genève, où il mourut le 9 avril isoi. Il fut le i>ére de madame de Staël, et rien n'égale la vénération que son illustre tille professa toujours pour lui.
Parmi les nondireux écrits qu'il a i)ubliés, on distingue son Cours de Morale religieuse, en 5 volumes.
* — A l'époque où Necker parlait ainsi , cette réflexion était très-applicable; heureusement aujourd'hui on sent la nécessité d'enseigner simultanément la morale et la religion, car sans celle-ci les principes de morale n'ont aucun fondement solide.
2 — Ouand il serait vrai que l'intérêt personnel et l'intérêt i)ublic fussent d'accord, il n'en serait pas moins faux de donner l'un ou l'autre de ces motifs comme unicpie base de la morale ; car l'égoïsme ne saurait être obligatoire, et l'utilité générale, quel(|uefois mal comprise ou peu connue, est susceptible d'ailleurs de subir les variations imposées par les circonstances.
' — Exemple de la répétition, figure purement oratoire dont le but est d'insister sur <pielque preuve, sur qnel(|iie vérité, sur (pielque passion.
* — Celte vérité incontestable a été tro|) méconnue ■ l'opinion opjjosée est devenue i>re,sque à toutes les épocpies la cause principale des agitations qui ont troublé la société.
* ~ Cette alliance est vraie. Il v a une telle affi-
nité entre la religion et la morale, entre Dieu et la vertu, qu'aimer le beau, connaître le \rai, prati(|uer le bien, c'est aimer, coiniaitre le principe de toutes choses, Dieu, trie morale sans religion serait donc une science" sans base, le bien sans Dieu serait un fait sans cause, une loi sans législateur.
<•— La Inanité de fouteespérance. cela est inintelligible; l'auteur veut sans doute dire Vahsence, la nullité; mais ranite n'a jamais ou ce sens. Tout cet alinéa i)èche d'ailleurs par la faiblesse du style et le défaut de clarté.
7 — Dédommufjemen's à distance est une expression trop familière; elle n'est d'ailleurs ni claire ni correcte : ses dédonunagements dans une vie future rendrait mieux la pensée de l'auteur.
^ — La politique n'est qu'un point de vue de la religion. La définition de ces deux choses, ainsi que rexi)érience, |)rouve assez leur destinée commune. Toute révolution religieuse entraîne une l'évolution sociale ; le trône s'écroule quand l'autel tombe, et tout est ruines quand le temple est renversé.
Observation générale. Presque toutes les pensées de ce l'ragment sont d'une justesse remarquable : d'importantes vérités y sont exprimées de manière à persuader et à convaincre. Cette page éloquente suffirait pour établir la renommée de l'excellent livre d'où elle est extraite. {Traité de Morale religieuse.)
— 1819. — Ouragan causé parle Simoun, vent de sable du désert , pendant la traversée d'une caravane dont les voyageurs anglais fli/c/i/e et Aro'w faisaient partie.
L'OUB.AGAN SANS LE DESERT.
Soudain le chamelier, enfant de ce désert,
A eiontré le Midi de tourbillons couvert ;
Voyei-vous, a-t-il dit , cette arcne mouvante ?
• Le Simoun ! Le Simoun .' • Ce long cri d'épouvante
Glace les bataillons dans la plaine arrêtés,
Et l'Arabe s'enfuit à pas précipités.
AIÉRÏ et B.VRTllÉLEMT.
Figurez-vous des plages sablonneuses , labourées * par les pluies de l'hiver, brûlées par les feux de l'été , d'tui aspect rougeAtre et d'une nudité aftreuse. Quelquefois seulement des nopals épineux 2 couvrent une petite partie de l'arène sans bornes ; le vent traverse ces forêts armées sans pouvoir courber leurs inflexibles rameaux : çà et là des débris de vaisseaux pétrifiés étonnent les regards, et des monceaux de pierres élevés de loin à loin ^ servent à marquer le chenùn aux caravanes.
Nous marchâmes tout un jour dans cette plaine; nous franchîmes une autre chaîne de montagnes, et nous découvrîmes une seconde plaine, plus vaste et plus désolée que la première.
La nuit vint. La lune éclairait le désert vide*: on n'apercevait, sur une solitude sans ombre, que l'ombre immobile de notre
dromailaire et l'ombre errante de (luehpies troupeaux de gazelles *. Le silence n'était interrompu que par le hriiit des sanjjliers (pii ln'oy.iicnl des racines tlélries . un par le chant du grillon qui demandait en vain, dans ce sable inculte, le foyer du laboureur*^.
Nous reprimes notre route avant le retour de la lumière. Le soleil se leva dépouillé de ses rayons, et semblable à une meule de fer rougi. La chaleur augmentait à eliaque instant. Vers la troisième heure du jour, le dromadaire connuença à donner des signes d'inquiétude : il enfonçait ses naseaux dans le sable . et soufflait avec violence. Par intervalle, raulruche poussait des sons lugubres; les serpents et les caméléons se liAtaient de rentrer dans le soin de la terre. Je vis le guide regarder le ciel et pilir; je lui demandai la cause de son trouble.
«1 Je crains, dit-il, le vent du Midi : sauvons-nous ! :>
Tournant le visage au nord . il se mit à fuir de toute la vitesse de son dromadaire. Je le suivis : Thorrible vent qui nous menaçait était plus léger que nous.
Soudain, de l'extrémité du désert accourt un tourbillon ''. Le sol, emporté devant nous, manque à nos pas, tandis que d'autres colonnes de sable, enlevées derrière nous, roulent sur nos tètes. Égaré dans un labyrinthe de tertres mouvants et semblables entre eux , le guide déclare qu'il ne reconnaît plus sa route; pour dernière calamité, dans la rapidité de notre course, nos outres remplies d'eau s'écoulent *. Haletants, dévorés d'une soif ardente, retenant fortement notre baleine dans la crainte d'aspirer des flammes , la sueur ruisselle à grands flots de nos membres abattus. L'ouragan redouble de rage; il creuse jusqu'aux antiques fondements de la terre , et répand dans le ciel les entrailles brûlantes du désert ^. Enseveli dans une atmosphère de sable embrasé , le guide échappe à ma vue. Tout à coup, j'entends son cri. je vole à sa voix ; l'infortuné, foudroyé par le vent de feu, était tombé mort sur l'arène , et son dromadaire avait disparu.
— De Chateai'BRiand. —
L<« Marlxr». ( Voypi le G janvier. )
1 — Belle image et surtout Irt^s-vraie : l'eau par sa chute creuse de vénlaljjes silions.
2 — Xopal, nom qu'on donne en Am(^ri(pie k certains cacliers, arbrisseaux (|ui ont les tiges a|)laties et articulées, notamment à celui sur ie(piel on recufillfla coclu-nillf*. C<tle plante se trouve aussi en Afriqiip et en Asie.
s — Uc loin à loin se dit de l'espace ; et de loin en loin, du tem|»s.
4 — yui'lie grande image cette simple èpilliètc présente aux yeux!
s — 0|i|iositi(m pittoresque.
c — On n'aperycit guôre le but de cette remar-
que qui peut paraître au moins bizarre; c'est tout à fait un hors-d'œuvre.
7 — La Fontaine a dit :
Du bout «le riiorizon accourt avec furie
Le plus lerrilile des enfants yuc le ?iord eût poitOs jusque-là dans ses flancs.
8 — Métonymie, le contenant pour le contenu.
9 — Image sublime,
Ohsprvatinn générale. Ce fiairment , où l'intérél est vivement exritt' et sonteuii jn.si|ii'à la ral.tslfoplii;, reiifcriiH' de l)elles iinai;es. C.opeiulaiil ;\ côtéMe.s l)eauli^s si émiiuMites de rillu.slrc écrivain, ou remarque quelques-uns des défauts qui semblent iuliéreuts à son stvlc.
— 45 ans avant J.-C— Nai.ssance d'Ovide et de Tibulle.
Tous deux clievaliers romains, tous deux poètes célèbres , nés la même année, le même mois, le même jour, toiis deux unis par une étroite amitié , sont mort.s, Pan 12 de rére cbrélienne. Ovide survécut peu de temps à son ami dunl il déplora la perte dans une de ses plus luucbaule* élégies.