Paris, Lemerrc, 1884, ir>-8° de 32 pages
2. Erasme ou Salignac': Etude sur la lettre de François Rabelais avec un fac-similé de l'original de la bibliothèque de Zurich, par Théodore Ziesing, agrégé de l'Université de Zurich fParis, Félix Alcan, 1887, in-8").
Ainsi avait pensé M. Fleury dans son ouvrage sur Rabelais. De même, M. Herminjart en sa Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française. Toutefois la preuve manquait, et les apparences étaient contre eux.
M. Ziesing nous a démontré une fois de plus que le vraisemblable pouvait n'être pas vrai :
« La lettre de Rabelais, datée de Lyon, le 3o novembre 1 532, ne contient pas le nom du destinataire, dit-il. On a toujours prétendu qu'elle s'adressait à Bernard Salignac, sans savoir qui pouvait être ce Salignac. — Eh ! bien, elle s'adresse à Érasme. . . La preuve est si facile, que l'on ne conçoit pas comment des éditeurs, des commentateurs de Rabelais, crudits et analyseurs de premier ordre, aient pu se tromper et l'attribuer à un certain Salignac que pas un d'eux ne connaît. »
Malgré la netteté de cette affirmation et de l'argumentation qui la suit, j'ai d'abord été plus ébranlé que convaincu. M. Ziesing ne nous administrait qu'une partie de la preuve ; mais j'ai retrouvé l'autre, et il n'y a plus l'ombre d'un doute, Rabelais s'adresse bien à Erasme dans la lettre que voici, latine et grecque, comme était l'usage entre gens qui se piquaient de savoir les deux langues L
« A Erasmf, « Salut empressé, au nom de Jésus-Christ sauveur.
« Georges d'Armagnac, très illustre évêque de Rhodez, m'envova dernièrement l'Histoire juive de Flavius Josèphe sur la prise de Jérusalem et me pria, au nom de notre vieille amitié, de vous la faire remettre à la première occasion, s'il advenait que je rencontrasse un homme de confiance qui allât où vous êtes. J'ai donc saisi avec empressement cette occasion, qui me permet, en outre, mon excellent père, de vous témoigner par quelque bon office avec quels sentiments de piété filiale je vous honore. Mon père, ai-je dit! plus encore! je dirais : ma mère, si votre indulgence me le permettait. Car ce que nous
i . Erasmo S. P. a Jesu Christo servatore.
« Gcorgius ab Arminiaco, Rutenensis episcopus clarissimus, nuper ad me misit $Xao'jiou 'Iws^çoy iTTOf/ïsv 'IouSaixr,v Ttep'i il.MKu; rogavitque, pro veteri nostra amicitia, ut si quando hominem otÇiiictircov nactus essem qui isluc proficiscerctur, eam tibi prima quaque occasione reddendam curarem. Lubens itaque ansam hanc arripui et occasionem tibi, pater mi humanissime, grato aliquo officio indicandi, quo te animo, qua te pietate colerem. Patrem te dixi, matrem etiam dicercm, si per indulgentiam mihi id tuam liceret. Quod enim utero gerentibus usui venire quotidic experimur, ut quos numquam viderunt fœtus alant, ab aerisque ambientis incommodis tueantur, aùxo toOto ffuy' ëjtaOeç, qui me tibi de facie ignotum, nomine etiam ignobilem sic educasti, sic castissimis divime tua- doctrinal uberibus usque aluisti, ut quidquid sum et valeo, tibi id uni acceptum ni teram, hominum omnium qui sunt, aut aliis erunt in annis, ingratissimus sim. Salve itaque etiam atque etiam, pater amantissime, pater decusque patriae, litterarum adsertnr àXeSjîxaxo;, veritatis propugnator invictissime.
Nuper rescivi ex Hilario Bcrthulpho, quo hic utpr familiarissime, te nescio quid moliri adversus calumnias Hier. Aleandri, quem suspicaris sub persona factitii cujusdam Scaligeri adversum te scripsiss? Non patiar te diutius animi pendere, atque hac tua suspicione falli. Nam Scaliger ipse Yeroncnsis est ex illa Scaiigerorum exsulum familia, exsul et ipse. Nunc veru medicum agit apud Agennates \'ir milli bene notus où |iù ibv Ai' z-'jZoy.i\i.i'!<)ù;, ï;n to:vuv StâëoXo; exeîvo;, w; ffUveX&vTi cpivïi, Ta |ièv tcrepixà oùx àvîîTi'jT7rl!J.ii>v. r'âXXa '/-. jtdévTifi zivTw; ï6eo;, m; oùx xXXoc thotcot' oùSci;. Ejus librum nondum viiere contigit nec liuc tôt jam mensibus, dclatum est exemplar ullum; atque adeo suppressum pulo ab iis qui Lutctix' bene tibi volunt. Vale 7.-/1 eOtu^wv BiaTÉ).et. ci Lugduni, pridie calen. decembr. 1 5 ? 2 .
0 Tuus quatenus suus.
« F. Raiiel.esl'S, médiats. »
M. Paul Lacroix lit ici Rabelœsius et ajoute cette note : « Il est remarquable que Rabelais traduit son nom en latin, de diverses façons, selon l'étymologie qu'il lui suppose: Rabeltvsus, Rabelœsius, Rablaesius, Rablcsus, etc.» Nous avons remarqué, au contraire, que Rabelais orthographie toujours de la même façon son nom latinise : RabeUvsus.