ERASME
D'après l'estampe d'Holbein.
RABELAIS A ERASME u
Lateranus (Delattre ?), avec qui Courtois était si lié, comptent aussi parmi les amis de Rabelais.
Dyonisius, Denis, nous est inconnu.
Vaines recherches ! La suscription donnée par Brant était fausse.
Mais d'abord examinons l'autographe de Rabelais, d'après le manuscrit conservé à la Bibliothèque de Zurich. Ce manuscrit est-il bien autographe? Je suis disposé à le croire. C'est un simple feuillet : pas de nom de destinataire, rien d'écrit au verso. L'adresse se trouvait donc au dos d'un second feuillet qui a disparu depuis longtemps, il n'existait déjà plus lorsque le savant Hottinger possédait la lettre, vers le milieu du xvne siècle. Le feuillet qui subsiste est plié en trois, dans la forme qu'il avait lorsque la lettre fut envoyée.
Les lettres autographes de Rabelais, qui cependant ont dû être nombreuses, sont aujourd'hui rarissimes. Il y en avait deux dans la collection Benjamin Fillon. L'une d'elles était adressée à Budé, avec le nom du destinataire au dos : Domino Guliehno Budœo, et celui de l'envoyeur : Rabelœsus, précaution renouvelée en tète delà première page. Elle portait des traces de cachet. Rien de pareil dans la lettre conservée à Zurich qui, par la faute du temps, ne nomme plus celui à qui Rabelais l'adressait. L'écriture offre des ressemblances, mais aussi des différences sensibles avec celle de la lettre de Budé qui date de l'époque où Rabelais était moine à Fontenay, et qui est encore sous l'influence de la gothique. Rabelais modifie sa main au fur et à mesure qu'il avance, je ne dirai pas en âge, mais en étude. Elle est plus menue, mais plus simple dans ce cas-ci, et se rapproche des caractères italiques employés en imprimerie par l'ami Sébastien Gryphe. C'est dire qu'elle est nette et bien formée, parfois lisible comme de la typographie. La signature m'étonne un peu dans l'F de Franciscus qui ne ressemble à aucun des F de comparaison que je connais, mais passons.
D'où Hottinger tenait-il cette lettre ? On ne sait.
Ce qui est certain, c'est qu'il la possédait avant i65o'.et qu'à cette date elle faisait partie de ses collections. Hottinger, qui était Zurichois, avait professé à Heidelberg, et il se préparait à aller à Leyde lorsqu'il mourut à Zurich en 1667. Il avait formé un précieux recueil de lettres originales des xvie et xvne siècles que ses héritiers donnèrent à la Bibliothèque des Chanoines du Grossmunster. De là, ce recueil est passé à la Stiftsbibliothck, bibliothèque du Carolinum, et, en i832 ou i836, à la bibliothèque de la ville où il se trouve actuellement. Hottinger ne semble pas s'être préoccupé de savoir à qui s'adresse la lettre de Rabelais; elle l'a intéressé cependant par le sujet, car elle porte en tête une annotation de sa main3 : •< Sur l'audace de Scaliger et son esprit profane. ><
D'où vient donc que Brant a lu « Bernard Salignac » sur la lettre, alors qu'il n'y arien de pareil ni d'approchant dans l'original?
C'est Jean Le Clerc et Scherpezelius qui lui avaient communiqué les lettres du cardinal Sadolet, de Rabelais et d'Antoine Rivet qu'il reproduit dans son recueil, il nous le dit