APPARTENANT A DIFFÉRENTS FONDS
LA BIBU0THÈQ1IE NATIONALE
AVEC INDICATION DIS MUmATIONS QDILS ONT SDBIfiS,
J*ai déjà ûit, daus ravertissement qui précède, ce qui a donné lieu à ces inyestîgatioDs. Je n*y reviendrai pas; je répéterai seulement que des travaux d'un autre genre m'ayant conduit, il y a deux mois, à la Bibliothèque nationale, j'en ai profité pour entreprendre quelques recherches, déjà commencées et interrompues bien souvent, surlesépis* tdographes français. Dans ce but j'ai parcouru d'abord le fonds Dupuy.
Cette immense collection formée au xvi* et au xvîV siècle, par les frères Dupuy, gardes de la Bibliothèque du roi, se compose de sept cent smxante«dlx-seitf volumes in-folio, plus vingt- et-un in-4°, et renferme une foule innombrable de pièces originales du plus haut intérêt
On conç(Ht que j'eusse le désir d'étudier mie collection si importante et généralement si peu connue.
La première chose que j'avais à faire était d'examiner d'abord par quels fils conducteurs on pouvait se guider dans le labyrinthe de cette collection. Or, il existe pour le fonds Dupuy , 1° : Un ancien catalogue
qui décrit la collection, yoliime par volume ; (ce catalogue se compose d'un volume in-folio) ;
2° : Un autre catalogue alphabétique, par matières et par noms d'auteurs; {également en un volume in-folio). En apparence, il y avait donc facilité pour mon travail. Malheureusement ces deux catalogues, d'une écrituredu xvir siècle , sont souvent incomplets et ne donnent que des indications sommaires.
Le premier dit, par exemple : « N*" 64-65 (deux tomes reliés en un seul volume). Lettres de Pomponne. » Pas un mot déplus. Ou bien : « N°" 170-171 (deux tomes en un seul volume). Lettres de MM. de Bellièvre, etc, » Ce catalogue emploie assez souvent cette formule, ou toute autre du même genre, sans donner aucune description, sans indiquer le nombre des pièces, sans signaler quelqu'une de ces circonstances qui permettent de faire un recollement, et de s'assurer de l'identité d'une pièce qui aurait pu appartenir à un volume de la collection. Tout ce i[ue ce catalogue peut nous faire connaître, c'est qu'au moment où il a été rédigé, il existait dans tel volume des lettres de Rubens; dans tel autre, des lettres de Sully, et ainsi de suite; mais, je le répète, rien n'indique ni le nombre des pièces, ni leur date, ni leur sujet, ni aucune des particularités propres à constater que tel recueil a ou n'a pas éprouvé des pertes depuis le moment de la rédaction du catalogue, à moins que toutes les pièces indiquées sous un seul titre ou sous un seul nom n'aient disparu. Dans ce cas, le catalogue offre un moyen très simple de contrôle et de comjiaraison qui nous a été fort utile, comme on le verra plus loin.
Le Catalogue par ordre alphabétique est fort imparfait aussi. Il ne contient ni la date, ni le nombre des pièces, et il renvoie purement et simplement au volume où doit se trouver le document relevant à un titre quelconque de tel ou tel nom. Ce second catalogue ne peut servir, comme le premier, que par ce qu'il désigne; mais, nous le démontrerons surabondamment, l'absence d'un nom ne prouve nullement qu'il faille renoncer à chercher dans la collection Dupuy, des lettres autographes, des pièces très précieuses même, qui ne seraient portées sur aucun des deux catalogues que je viens de mentionner.
Outre ces deux catalogues, on avait eu l'intention, à l'époque où
M. Guizot obtînt des chambres Targent nécessaire à Torganisation des travaux historiques, d'en faire exécuter un troisième par cartes, qui eût été, comme pour le fonds Colbert, le dépouillement fait pièce à pièce de toute la collection Dupuy ; mais le temps a manqué jusqu'à présent, m*a-t-on dit à la Bibliothèque, pour réaliser cette idée ce-» pendant si importante, et dont l'urgence sera démontrée par mon travail.
Enfin le catalogue alphabétique en plusieurs volumes, dit Catalogue du supplément français^ rédigé par MM. Méon, Audiffret et Paulin Paris, qui y a ajouté, d'après les manuscrits originaux, une foule d'indications que ses devanciers, qui ne travaillaient que sur d'anciens catalogues fort inexacts, n'y avaient pu inscrire, mentionne çà et là quelques pièces appartenant à la collection Dupuy. Mais ce catalogue, nécessairement très incomplet, ne peut servir qu'à faire des constatations très restreintes.
Disons encore qu'un assez bon nombre des volumes de Dupuy portent, comme d'autres recueils d'autographes qui se trouvent à la Bibliothèque nationale, un catalogue manuscrit en tête de chaque volume^ où les pièces (les plus importantes du moins), sont indiquées selon l'ordre dans lequel elles sont ou étaient disposées à Tintérieur des volumes. Ces petits catalogues sont très instructifs et je les ai lus avec attention toutes les fois que je les ai trouvés existants. iVlalheureusement ces catalogues préliminaires, écrits sur des feuillets de garde, ont été souvent arrachés ou mutilés. Quelquefois le nom d'un ou de plusieurs auteurs de lettres autographes a été effacé. On verra que ces grattages, que ces taches d'encre (1)^ que ces noms si artistement barrés qu'on rencontre assez fréquemment dans plusieurs de ces catalogues de tête, ainsi que dans quelques inventaires de la Bibliothèque royale, n'ont eu d'autre objet que de cacher la disparition des pièces qu'on enlevait.
Il va sans dire que j'ai dû m'aider aussi dans certains cas des ca-
(i) Voyez le catalogue Dupuy par volumes slu n« 712 et les manuscrits 8584 et 8549(lerancieD fonds latin de la Bibliothèque Nationale, manuscrits doat il seca question plus loin.
lalogues imprimés, ainsi que de divers ouvrages publiés à différentes époques et dans lesquels il est question de pièces autc^aphes existant à la Bibliothèque nationale. Parmi ces ouvrages je dois citer particulièrement deux recueils de fac-similé bien connus des amateurs, riiographie et la Galerie française (1) que j'ai consultés tous les deux avec fruit.
Bien que je n'aie pas llntention de m'occuper des pertes éprouvées par le département des imprimés de la Bibliothèque nationale, je ne saurais m'empêcber de mentionner à mesure que l'occasion s'en présentera, quelques faits récents dont j'ai eu une connaissance personnelle. Je dirai donc qu'ayant demandé aux premiers jours du mois d'octobre dernier, immédiatement après les vacances, VIsographie à la Bibliothèque nationale , l'employé auquel je m'adressai avec un bulletin de M. Pilon, conservateur-adjoint, chercha vainement dans vingt rayons. Après être monté dix fois à l'échelle et avoir interrogé deux de ses collègues, il me déclara qu'il ne trouvait pas cet ouvrage, ajoutant qu'au surplus il n'en avait jamais eu que deux volumes. Il m'engagea alors à demander à M. Magnin l'exemplaire de la Réserve^ ce que je fis. M. Magnin eut la bonté de me le remettre, et je pus remarquer que dans cet exemplaire, qui est sur grand papier^ le quatrième volume est sur petit papier. Quelques jours plus tard, l'exemplaire de la salle de lecture, en papier ordinaire, fut retrouvé. Il se comptée de trois volumes réliés en deux, mais le quatrième volume manque. Ainsi sur les deux exemplaires de cet ouvrage de prix que possède la Bibliothèque nationale, l'un est incomplet, et dans l'autre il y a un défaut grave.
Avant de commencer l'examen détaiHé des volumes composant la collection Dupny pour signaler quelques-unes des mutilations qu'ils ont éprouvées, je crois devohr faire quelques remarques prélimi-
(i) Isographie des hommes célèbres ou collection de fac-similé de lettres autographes dont les originaux se trouvent à la Bibliothèque du roi et dans les collections particulières (publiée sous la direction de M. Duchesne aîné). Paris, Didot^ 1 827-50, 8 vol. In-fto, plus un volume de supplément publié postérieurement par d'autres éditeurs. — Galerie française ou collection de portraits (et de fac-simile)y Paris, Leforiy 1821-23, 3 vol. in-4.
naires. Cette collection précieuse est entrée à la Bibliothèque en 1657, et elle est restée plus de cent cinquante ans en paquets ficelés, sans être ni reliée^ ni cataloguée à nouveau et en détail (nous l'avons vu plus haut en parlant des anciens catalogues), ni même estampillée. Cette masse énorme de paquets ficelés, qui contenait de si grandes richesses et qu'on laissait dans un abandon si absolu, a-t-elle traversé sans éprouver de grandes pertes un si long espace de temps ? N'a-t-ellc pas été fouillée et secrètement mutilée, à Tépoque, par exemple, où Ton vit un écrivain qui a été toute sa vie bibliothécaire, Ameilhon, se vanter dans sa correspondance officielle d'avoir fait enlever et arracher des collections de la Bibliothèque nationale, qu'on mutilait exprès, la valetà- de six cent cinquante^deux volumes, carions et boîtes (1) remplis de toutes sortes de documents, pour les livrer aux flammes en pleine place Vendôme à Paris. C'est comme cela que les collections de la Bibliothèque nationale étaient sauvegardées en 1793. — Savoir tout ce qui a été enlevé et déchiré (2) à cette épo que sous prétexte à* aristocratie est chose impossible. Dans un écrit rempli de faits curieux, mon savant ami, M. Paulin-Paris, membre
(i) Voyez Tarticie Ameilhon dans le Supplément de la Biographie Universelle. Cet article a été rédigé par M. YtlleDave, qui possédait les originaux.
(3) Les aulo da fe de ce genre ont toujours été fort incomplets et ont donné lieu à des soustracUons. Je choisis un seul fait entre mille que je pourrais citer. A la mort du marquis de Sade, de triste mémoire, Napoléon ordonna que tous les manuscrits laissés par cet écrivain trop célèbre fussent à l'instant livrés aux flammes. Un procës-verbal régulier constata que cette mesure qu'on pourrait appeler de 4ârf(^ publique, -^ydii reçu son exécution ; mais tous les bibliophiles savent qu'une vingtaine d'années plus lard, les compositions les plus immorales, les plus licencieuses de M. de Sade, écrites de sa propre main, celles-là mêmes dont le procès-verbal constatait la destruction, commencèrent à arriver à Paris une à une. Plusieurs de ces autographes furent achetés à grand prix (singulier choix) par la Bibliothèque royale, où plusieurs personnes les ont vus, mais d*où ils ont disparu, à ce qu'on affirme (du moins les principaux).
On assure même que la Bibliothèque oubliant sa fameuse doctrine que tout ce qu'elle possède est inaliénable, les a rendus à la famille de Tauteur de Justine et de Juliette, Quant à la manière dont ces manuscrits sont sortis des flammes qui devaient les anéantir, des personnes bien informées prétendent que c'est le fonctionnaire même quia dressé le procès-verbal de leur destruction qui s'empara de tous ces papiers, et les emporta avec lui à l'étranger, d'où ils sont revenus en France pour être vendus î...
de l'iDStitut et conservateur à la Bibliothèque nationale» a déjà déclaré qu'une partie des employés n'offraient aucune garantie à cette époque , et que la mauvaise composition de ce personnel avait dû contribuer beaucoup au dépouillement de la Bibliothèque nationale et à la disparition d'un nombre immense de volumes (1).
Quoi qu'il en soit, les manuscrits trop négligés de Dupuy commençaient peu à peu à se déficeler ; mais, après cent soixante-dix ans environ , on s'aperçut un matin qu'ils se déficelaient trop. Que fit-on alors? Sans inventaires détaillés, — sans contrôle, — sans prendre aucune précaution, on remit en bloc, ou par fortes parties du moins, cette masse énorme de papiers (cela forme actuellement sept cent quatre-vingt-dix-huit volumes, dont souvent plusieurs ont été réunis en un seul], à un relieur; c'est-à-dire qu'on envoya cette collection précieuse de l'autre côté de la rivière, dans un atelier où elle dut rester nécessairement plusieurs mois, amoncelée par terre, comme l'ont dit des témoins oculaires, et à la disposition non seulement des ouvriers, mais du premier gamin venu, qui ont pu y prendre ce qu'ils ont voulu pour le vendre, soit au poids, soit autrement, aux épiciers bien connus des amateurs, qui font, dans le quartier latin, le commerce des vieux papiers. En rentrant à la Bibliothèque royale, la collection Dupuy fut-elle du moins soumise à un examen qui pût démontrer que rien n'en avait été distrait et que le relieur avait rempli exactement la mission qui lui avait été confiée? Evidemment non; cela serait facile à prouver par Tétat actuel des volumes. Gomment donc et pourquoi les amateurs d'autographes eussent-ils été plus chatouilleux à l'endroit de la Bibliothèque que celle-ci ne l'était à l'égard de ses propres collections? Quoi qu'il en soit, il existe dans Paris un amateur fort connu qui possède, dit-on, un des volumes d'autographes de Dupuy, qu'il a acheté sans trop savoir ce que c'était. Un autre recueil, que je puis indiquer plus clairement, c'est le manuscrit composé originairement
(i)M. P. Paris s'exprime ainsi : « Quelle sécurité pouvait offrir le corps des « employés subalternes etc. ? » (De la Bibliothèque Royale^ par Paulin Paris, membre de l'institut, etc. Paris, i847, 2« édition^ pages ii et 12.
— »7 de deax fblumes portant les n»' 120-121, qui, au catalogue par ordre de volumes, est iutitulé :
« Originaux de plusieurs lettres italiennes des rois et princes à « madame de Savoie, 456S\ »
Ce volume, porté au catalogue, et qui devait contenir des lettres précieuses, a complètement disparu, sans que personne s'en soit occupé ni formalisé. Lorsqu'on le demande à la Bibliothèque^ on vous répond qu'il n'est pas en place ^ ou bien qu^on ne Va pas; puis tout est dit.
Afin de prouver que lorsque la collection Dupuy est revenue de chez le relieur ou n'a rien fait pour s'assurer de son intégrité, je pourrais citer une multitude de faits que l'examen du fonds Dupuy m'a fait découvrir; je me bornerai à deux.
Le volume 571 de cette collection, décrit avec assez de détails au catalc^ue, n'a pu m'être donné. Il n'a pas été trouvé, malgré mes demandes répétées, et on le considère à la Bibliothèque comme perdu. L'habile employé (M. Claude) qui est chargé plus spécialement de répondre à ces questions, m'a même déclaré, après avoir consulté les registres et répertoires, que ce volume n'était jamais entré à la Bibliothèque nationale. Or, c'est là un fait très grave et qui montre mieux que tout autre quel est l'état dans lequel se trouve cet établissement. Non seulement le volume est entré à la Bibliothèque, mais il y est actuellement, et je sais la place qu'il y occupe ; je défie M. Tadministrateur de la découvrir.
Les pertes immenses, les mutilations scandaleuses qu'a éprouvées la collection Dupuy, sont-elles anciennes ou modernes? — C'est une question dont l'administration qui ne connaît pas ces mutilations ou qui du moins n'en parle pas, parait fort peu se préoccuper. Cependant c'est là, ce me semble, ce qu'il faudrait chercher d'abord pour ne pas s'exposer à jeter des soupçons injurieux sur des personnes qui se trouveraient aujourd'hui en possession de pièces sorties irrégulièrement de la Bibliothèque. Je ne parle pas des ventes anciennes et nombreuses, ni des échanges faits par cet établissement ; mais enfin il y a longtemps qu'on vole à la Bibliothèque nationale, et le produit de ces vols a dû avoir souvent de bien singuliers destins. Habent sua
- iJ8 — fala Ubelli. £u voici ua exemple des plus carieux. il y a envltoa ceut quarante ans que l'ex curé Âymon mutila les plus précieux manuscrits de cette Bibliothèque, en déroba d'antres, et s'en alla en Hollande offrir à qui voulait Tacheter, le fruit de ces honteux larcins.
Plusieurs des fragments qu'il avait ainsi enlevés passèrent en Angleterre et entrèrent dans la collection du comte Harley, qui, en véritable gentleman, rendit généreusement à la Bibliothèque Royale ceux qui lui étaient signalés comme provenant de cet établissement.
D'autres, en bien plus grand nombre, dont il ignorait l'origine, restèrent dans sa collection et passèrent au British Muséum où ils forment aujourd'hui plusieurs volumes que tous les amateurs ont pu y parcourir comme moi. Parmi eux on admire, entre autres choses, treize feuillets remplis de miniatures et d'anciens ornements, qui auraient été arrachés par Aymon de la célèbre Bible de Gharles-le- Chauve, appartenant à la Bibliothèque nationale.
Disons en passant qu'on est bien loin de connaître à la Bibliothèque tout ce qu'Aymon a enlevé. Ce qui prouve l'ignorance dans laquelle ou est à cet égard, c'est que malgré les treize feuillets enlevés par lui à la bible de Charles-le-Chauve, ainsi que le constate le catalogue imprimé, malgré tant d'autres fragments dérobés également par le même et qui sont hors de France, l'un des employés au département des manuscrits a déclaré dans un article développé qui se trouve au Dictionnaire de la conversation (voyez tom. YI, page 100), que ce qu'Aymon avait enlevé en 1707, a été à peu près réintégré à la Bibliothèque Royale!... La généreuse restitution faite par lord Harley fut constatée officiellement par une mention insérée au catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque royale (publié en 1740) à propos de 35 feuillets arrachés par Aymon au célèbre manuscrit grec qui porte le n** 107> et qui est le plus ancien de ceux que possède la Bibliothèque Nationale. Les 35 feuillets arrachés à ce volume furent donc rendus par lord Harley. Nous verrons plus loin ce qu'a pu en faire la Bibliothèque et comment elle a su les garder.
Après Aymon enregistrons, par ordre de dates, les mngt mille volumes volés depuis un siècle à la Bibliothèque Nationale. Cette assertion n'est pas de moi, elle est d'un des plus érudits conservateurs, de
mon savant maître et ami M. Paulia Paris, qoi l*a énoacée et imprimée dans nn écrit aussi spirituel que profond et dont le retentissement a été immense en Europe. J'ai la conviction que M. Paulin Paris est resté plutôt au-dessous de la vérité qu'il n'est allé au-delà (1). Nous savons bien ce qui ^ du disparaître ; nous connaissons même quelque» unes des choses qui ont disparu effectivement en 1 793, à ce moment où, comme nous l'avons déjà dit, M. P. Paris nous apprend que certains employés de la Bibliothèque méritaient si peu de confiance. Nous savons encore de science certaine qu'il a été commis plus récemment dans certains départements de la Bibliothèque Nationale des soustractions très considérables que l'administration de cette Bibliothèque a connues et qu'elle a cachées. La Confession, disait Voltaire, est bonne pour les petits voleurs; nous verrons plus loin qu'elle sert quelquefois aux grands et qu'elle a fait dernièrement ramener au bercail une pièce inappréciable. Ce serait peut-être le cas d'ajouter, (et les amateurs, MM. les académiciens des inscriptions surtout m'entendront), que le remords a fait aussi fonder des prix ; mais pour ne pas trop m'éloigner en ce moment de mon sujet, je rappellerai ce que j'ai déjà dit, savoir que les deux anciens catalogues de Dupuy n'indiquent que d'unel manière générale l'existence de certaines pièces dans les volumes, sans fournir aucun moyen sûr de les reconnaître, et sans même donner le nombre des pièces autographes écrites par le même auteur, qui devraient se trouver dans chaque volume. Ainsi qu'on le verra plus loin, on lit dans ce catalogue que tel manuscrit doit contenir des lettres de tels ou tels personnages sans désignation aucune du nombre de ces lettres, ni de leur date, de leur contenu, etc. Il n'y est même pas mentionné dans la plupart des cas si ce sont des autographes on des copies.
Si les pièces ou les feuillets composant chaque manuscrit avaient une pagination (ainsi que cela devrait être). Userait facile de s'apercevoir par son interruption, des lacunes que présenterait la numération ;
(i) Voici les paroles de M. Paulin Paris : < M. le directeur (M. Naudet) seul « entre tousjes lecteurs de Paris, parait ignorer quMI y a dans la circulation coni- « merciale ou daus les cabinets particuliers plus de 20,000 volumes volés depuis « un siècle à la Bibliothèque du Roi...» (de la Bibliothèque royale^ 2« éditioi».)
mais il n*y a qu*un très petit nombre de volumes qui soient paginés^. Cette numération qui n'existe que pour quelques tomes, et qui est quelquefois même faite seulement au crayon, a été effectuée à des époques très différentes, sans but, sans plan, et, pour plusieurs volumes, j'en suis convaincu, non par les employés de la Bibliothèque, mais par les personnes qui ont eu à se servir de. ces manuscrits. D'autres volumes, (je me souviens très bien de ce détail), ont été paginés à l'époque des travaux historiques , par les jeunes gens occupés aux catalogues par cartes, et cela uniquement parce que ces volumes se trouvaient sur la table. J'ai vu faire ces catalogues ; j'ai connu la plupart des personnes qui y ont travaillé, car, en ce temps-là, je passais, pour la copie et l'édition de mes publications, une partie de ma journée au département des manuscrits de la Bibliothèque royale. Je me rappelle fort bien qu'entre nous autres jeunes gens, en famille, autour du vaste poêle qui occupait alors une des salles, et où ce bon M. Hase était obligé sans cesse de venir interrompre nos bruyantes causeries et de nous rappeler au silence, nous avions pour habitude de rire beaucoup des catalogues par cartes qui ne sont véritablement pas plus utiles que ne le sera le futur catalogue des imprimés qui se rédige de la même façon. Quant aux travaux historiques, nous les appelions par plaisanterie les travaux fort peu historiques, parce qu'ils étaient faits réellement à la diable et plutôt comme de l'ouvrage de pacotille qu'autrement. On comprendra cette allégation, quand on saura que la plupart des rédacteurs, (écrivains, journalistes, vaudevillistes même), appelés du dehors pour ce travail extraordinaire qui a duré plusieurs années, n'étaient payés qu'à un sou la carte. Lorsqu'une de ces personnes, et c'était la plupart des gens d'un esprit assez distingué, avait réussi à brocher soixante cartes dans sa séance (il ne s'agissait pas de la qualité, mais du nombre), lorsqu'elle avait gagné trois francs, c'est-à-dire un tiers ou deux de moins que la journée d'un maçon, elle tâchait de s'échapper afin d'aller en signe de satis* faction, fumer son cigare au Palais-Royal; puis, rentrée chez elle, elle se mettait à écrire un couplet ou une tirade contre le gouver nement.
Rien qu'incomplètes, les numérations, même faites au crayon ^
clont nous parlions tout à Theure, constatent un fait très important : c'est qu*à quelques rares exceptions près, les soustractions , les dilapidations commises dans les volumes de Dupuy sont antérieures au moment de la pagination, c'est-à-dire remontent au moins ë une époque qui est séparée de nous par dix-sept ou dix-huit ans et qui peut être beaucoup plus ancienne. C'est là un élément dont il est indispensable de tenir compte, lorsqu'on veut remonter à l'origine de ces soustractions. Il est évident pour moi qu'à une époque donnée, il a été commis des vois et des lacérations considérables dans les manuscrits qui se trouvent aujourd'hui à la Bibliothèque nationale ; mais j'ajouterai que, pour la plus grande partie, du moins, de ces manuscrits, ces soustractions remontent à une époque assez éloignée de nous.
Faut-il, comme l'a donné à entendre M. Paulin-Paris, faire remonter ces mutilations jusqu'en 1793, et dire qu'elles ont eu lieu par le fait de certains employés? Je n'oserais l'affirmer. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles sont généralement assez anciennes. Il y a pourtant, à l'appui de la supposition de M. Paulin-Paris, une grave considération ; c'est que plusieurs de ces soustractions ont été évidemment commises par des gens qui pouvaient travailler à leur aise et sans se presser. L'état de démembrement complet dans lequel se trouvent certains volumes paraît exclure absolument l'idée que ce soit loin de la Bibliothèque et par des perî^onnes étrangères à l'établissement que ces manuscrits aient pu être ainsi mutilés. D'autre part des taches d* encre ^ des pâtés faits sur les catalogues (choses dont j'ai parlé plus haut et dont je parlerai de nouveau plus loin) prouvent que non seulement les voleurs opéraient sans crainte d'être dérangés, mais qu'ils jouissaient de certaines facilités; qu'ils pouvaient disposer, par exemple, des catalogues (même de ceux qu'on met le moins habituellement à la disposition du premier venu) ; enfin qu'ils étaient assez familiers avec ces catalogues pour aller ensevelir sous une tache d'encre les indications qui auraient pu faire découvrir l'enlèvement de telle ou telle pièce.
Après ces préliminaires, qui étaient nécessaires, je vais entrer en matière et indiquer rapidement les nombreuses soustractions qu'en
bien peu de séances, et en parcourant seulement un petit nombre des volumes de Dbpuy, de Philibert de la Mare, et autres, j*ai pu tellement constater.
Je ne me suis occupé que des volumes qui contiennent des pièces autographes, laissant de côté Texamen des recueils dans lesquels se trouvent des copies de pièces historiques. Ces recherches eussent dépassé mon but et m'eussent coûté beaucoup plus de temps que je n'en voulais mettre à cette bes(^ne. Je ne suis pas chargé, d'ailleurs, de la police des manuscrits delà Bibliothèque nationale. La République, en la personne de M. Camot, m'a trop bien désintéressé de ses affaires pour que j'aie à cœur de l'empêcher d'être volée. Qu'elle s'en défende, je ne demande pas mieux ; mais, à coup sûr, je ne me ferai point son gendarme.
Ce qu'on va Ure n'est donc que le fruit d'un premier examen, examen que je donne comme très incomplet, qui a été fait très rapidement et qui ne m'a occupé que quelques jours. Je le reprendrai sur une plus grande échelle si cela devient nécessaire, et peut-être le public ne perdra-t-il rien pour attendre. J'ai réuni, par exemple, la liste d'un assez grand nombre de pièces mentionnées depuis un certaip nombre d'années dans des ouvrages publiés soit en France, soit à l'étranger. Il me sera facile, quand je le voudrai, de prouver qu'aujourd'hui la plupart de ces pièces ont disparu.
Yoici maintenant, par ordre de numéros, Texamen de quelquesuns des manuscrits de Dupuy :
N* 102. Ce volume est relié avec le n<> 101, dont la matière est toute différente ; il est intitulé : « Lettres de Jean Calvin^ tant ori^ ginales que copies. » La pagination en est assez récente et mal suivie, en ce sens qu'elle procède ici par folios, là par pièces, quelle que soit l'étendue de la pièce et le nombre de ses feuillets. Les d^ails suivants montreront les inconvénients de ce genre de constata* tion. Ajoutez à cela qu'il n'y a pas de catalogue de tête à ce volume, et que le catalogue de la collection n'entre dans aucune énumération de ce qu'il contient. Quand on rencontre de pareils exemples, on est tenté de se demander à quoi ont passé leur temps jusqu'ici, pour la
plopart, les nombreuses géoératioos de conservateurs qui se sont succédé à la Bibliothèque, nationale ?
Voici ce que j*ai observé dans ce naanuscrit : •— Le folio 13, qui contenait sans doute, comme le folio 3 de ce volume, une lettre origi> nale de Calvin, manque. Il n*ya aucune trace iiisiblede déchirure; mais on peut avoir enlevé la pièce habilement* Ce folio est donc absent; du moins la pagination est brisée d'un feuillet; elle saute de 12 à 1^. Le ver$o du folio 12 finit une pièce; le recto du 1^ en commence une autre.
Le folio 25 est dans le même cas; le folio 27 idem. Il en est de même des folios 30, 33» 3/i, 39 : desiderantur; et ces lacunes indiquent probablement autant de lettres autographes de Calvin qui ont été dérobées.
Du folio U^ eiclusivement, jusqu'au folio US^ il n'y a pas de pagination; mais au lieu de cinq feuillets, on n'en compte que trois. — Du folio &8 au folio 56, il n'y a que six feuillets. On n'aperçoit, il est vrai, aucun reste de page arrachée ; mais cela pourrait s'expliquer aisément. Par exemple, la pièce numérotée 67 (de usurù) fragment de sermon de Calvin, formant un petit cahier manuscrit de format in-12 environ et composé de plusieurs feuillets non numérotés, attachés à la page tit-/b{to du volume par une simple bande de papier, aurait pu être enlevée facilement sans laisser de trace. Qui nous dit que ce n'est pas ce qui a eu lieu pour tous les feuillets absents?...
A partir de ce sermon, la pagination n'est plus par folios, elle est par pièces; puis elle reprend par folios. Enfin, après le folio 81, elle s'interrompt tout-à-fait pour reprendre au folio 106. Il n'y a là, comme on voit, aucun système, aucune logique ; c'est la fantaisie, la négligence, l'absurde, la déraison, qui ont présidé à ce numérotage. Et quand on pense que la collection Dupuy est entrée il y a plus de cent cinquante ans à la BiUiothèque du roi !... Je ne crains pas d'aller trop loin en disant qu'à Vienne^ à La Haye, au British-Museum et même à VEscurial, on n'aurait pas laissé les choses en cet état durant deux mois!...
N"* 1 03 (relié avec le 10/i et le 105). Ce volume est intitulé : Lettres, confessions et mémoires touchant la doctrine de ceux de la religion
prétendue réformée. Il n'y a ni pagination, ni Catalogne; il est par conséquent impossible de constater les enlèvements, s'il y en a eu.
Le volume 10^, non paginé ni catalogué non plus, contient les lettres de et à Th. de Bèze. Il y en a plusieurs qui sont autographes. Quelques-unes ont été coupées parla moitié; je pense que cette mutilation a eu lieu pour qu'on s'emparât de la signature; car c'est tonjours la moitié inférieure qui manque.
N"" 120. Aucatalogue ce volume est intitulé: — Originaux de plusieurs lettres italiennes de roys et princes à madame de Savoie y 4563. Pour ce qu'il est devenu, voir plus haut, page 57. Il manque comme plusieurs autres.
N<> 193-i9/^> 2 volumes reliés en un ; pas de catalogue de tête. Le volume 193 n'a rien d'important; mais la deuxième partie de ce manuscrit (t 196) est au contraire très intéressante. Elle contient des lettres de divers grands personnages. — Ce tome 196 qui a un catalogue préliminaire, s'ouvre par des lettres de Montluc, de l'amiral Ghastillon, du chancelier de l'Hospital, etc. Gomme le catalogue de tête, et aucun des deux catalogues généraux de la coUection Dupuy, ne disent jamais combien il y a de lettres de telle personne lorsqu'ils ]es mentionnent, — comme ils mettent tout simplement ces mots, par exemple : Michel de VHospital sans rien ajouter de plus, il est très difficile aujourd'hui de savoir si quelques-unes des lettres du chancelier (ou autres, lorsqu'il y en a plusieurs du même personnage) n'ont pas été arrachées. Ces enlèvements pourraient, comme nous l'avons dit, ne pas laisser de traces. Pour les lettres de l'Hospital j'ai rencontré aux folios 21 et 23 une circonstance que je crois bien provenir d'une mutilation. Afin de pouvoir, selon moi, s'emparer de la signataire sans arracher la page^ on a coupé le bas des deux folios, de manière à enlever la partie inférieure, sans doute à l'endroit où devait se trouver le nom du chancelier.
Ce volume contient au fol. 35 une lettre de Jacqueline de la Trémouille, non mentionnée au catalogue de tête, tandis que celle de Yilleroy, qui, d'après ledit catalogue, devrait se rencontrer entre une de Pibrac et une du duc et maréchal de Biron, NE s'y trouve PAS. La pagination, qui est récente, n'est point interrompue ; je n'ai remarqué
d'ailleurs aucaoe trace subsistante d'arrachement ; mais enfin la lettre n'y est pas. Ce volume est, du reste, assez précieux, car il contient des lettres autographes du maréchal de Fervaques, dj Gondy, évêque de Paris; de Saint-Maigrln, de René de Rieux, de M>n« de Pienne, d'Anne de Pisseleu, de Joyeuse le père, de la marquise de Vemeuil, du cardinal d'Ossat, de P. Jeannin, de Fresnes-Ganaye, de Jacques Soarez, de Rosny (8 lettres, dont 6 tout entières aut(^aphes; les autres sont seulement signées : duc de Sully), etc.
N* 261. {Lettres escrites du règne de Louis XII sur les affaires de VEstat).
Ce manuscrit, paginé au crayon et assez récemment, est relié avec le volume 262. U contient des lettres autographes de Montmorency, de Gabriel d'Àlbret, de Janus Lascaris, de François de Saluées, de Francisque Medulla, de Lafayette, du Bastard de Yendosme, de P. de Luxembourg, de Georges de Duras, d'Armand de Polignac, etc.
U porte en tète de chaque volume un petit catalogue manuscrit, grâce auquel on peut vérifier ce qui manque, ce qui est présent, ce qui est mal paginé ou mal catalogué. Voici le résultat de mon examen.
Jusqu'au folio 120, tout est conforme au catalogue. A ce folio U existe une lettre de Francisque Medulla : elle est paginée 120, mais non portéeau cataloguequi est en tête du manuscrit Au folio 122, on trouve une lettre de Robert Surreau, non portée au catalogue ; mais quelques pi^es plus loin, entre une lettre de Mondragon et une de Rigault-Donzelle, il manque une lettre de Joseph de Bentivoliis, qoi est cependant portéeau catalogue de tête du manuscrit.
Au folio 176, il manque une lettre de George de Duras, mentionnée au catalogue de tête, et entre les folios 188 et 189, il devrait y en avoir une de Grussol, qui est marquée au catalogue. Elle ne se trouve pas dans l'intérieur du volume.
Par contre, le manuscrit contient non portées au catalogue de tête, folio 133, une lettre de René de Pruneley ; — folio 138, une lettre de Doyan; —folio 157 à 161, deux autres lettres; —folios 165 et 1 66» idem ; — enfin les quatre dernières pièces du volume ne sont pas non plus portées an catalogue de tête.
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N* 262 (relié avec le 261). Ce volame contient des lettres de cardinaux, de Loais d'Orléans, de Philippe de Glèves, de Galéas Yisconti, du bâtard de Savoie, de la Trémouille, d*Antoine Spinola, de Chabannes, etc.
Plusieurs lettres des cardinaux manquent, non d'après la pagination récente faite au crayon, mais d'après le catalogue qui est en tête.
Entre les folios 133 et 132, devraient se trouver deux lettres. Tune de Baillot, l'autre de Barme ; elles n'y sont pas, mm la pagination n'est pas interrompue.
Entre les folios U2 et 143 devrait être placée la lettre d'Antoine Spinola, mentionnée au catalc^ue ; elle n'y est pas. La pagination n'est pas interrompue non plus ; ce qui prouve que ces soustractions ont eu lieu antérieurement à l'époque à laquelle la numération qui date d'une quinzaine ou d'une vingtaine d'années a été faite.
N<> 263-26/i, (2 volumes reliés en un) intitulé : Lettres écrites du temps du roi François i^^, touchant les affaires de V Estât,
Ce manuscrit contient des lettres de Charles de Bourbon, de la reine Léonore, de Charles de Vendosme, du cardinal de Lorraine, du chancelier Poyet, de G. de Croy, de Montmorency, de la Rochepot, de Julien de îMédicis, etc. ; la pagination est assez récente : il y a un catalogue manuscrit en tête.
Les folios 19 et 20, arrachés évidemment depuis la pagination, puisque leur enlèvement l'interrompt, devraient contenir une lettre de madame de Savoie (Marguerite) ; cette lettre fnaitfue.
Entre les folios 66 et 67, il manque une lettre du chancelier Guillaume Poyet, indiquée au catalogue de tête; mais la pagination n'est pas interrompue ; l'enlèvement est donc antérieur à cette pagination.
N* l^k (relié avec le 263). Ce volume contient des lettres du cardinald'Yorck; d'Hercule, duc de Mantoue; de H. de Nassau, de Spinola et de divers cardinaux.
Entre les folios 61 et 62 de la pagination qui est récente, il devrait y avoir une lettre signée : Turenne, Elle ne s'y trouve pas.
Entre le folio 171 et le folio 172, on devrait rencontrer une lettre
signée : Spinola. Elle n'y est pas, quoique portée au catalogue de tête.
Numéros 26S-272, (réunis ensemble en un gros volume). La pagination s*y suit comme pour un seul tome, et on lit au folio de garde, ces mots tracés au crayon, comme toute la numération de ce volume : trots cent quatre vingt-six pages. Le tome 268 porte ce titre sfiécial : Epistolce theologorum quorumdam protestantium ad Jos^ Calvintmi et Th. Bezam. En effet, on trouve dans ce volume des lettres autographes de Melancbton (folios 7, 8 et 13); de BuUinger, de Joannes Lasco, de Peucer, de Jacobus Brocardus, etc.
Le folio i4S manque, et il manque si bien que celui qui vient après et qui est le verso d'une lettre à Théodore de Bèze, est noté 145 bis ; de sorte qu^il n'existe dans ce manuscrit, qui est très exact comme pagination, que les folios 144 et 145 bis. Le 145 simple est absent. Que contenait-il 7 Sans doute quelque pièce importante et curieuse ; mais il n'existe aucun moyen de la spécifier.
N"" 371. On répond à qui demande ce volume, qu'il n'est jamais entré à la Bibliothèque; mais ce qui montre le peu de cas qu'il faut faire de ces réponses, c'est que ce manuscrit (je le prouverai quand on voudra) est au contraire parfaitement entré à la Bibliothèque avec la collection en question; — c'est qu'il y est encore; -— c'est qu'il n'a élé ni volé, ni dérobé, quoiqu'on ne le retrouve plus; — c'est enfin qu'il est intact et que je sais l'endroit oà il gît, chose qu'on ignore à la Bibliothèque nationale.
N» 688 de Dupuy, relié avec les n«« 689 et 690. En feuilletant le catalogue par ordre alphabétique, je rencontrai à la lettre G, le nom de Galilée. Le catalogue me renvoya pour ce nom au volume 688 ; je le demandai immédiatement et avec d'autant plus d'instances, que des notes antérieures prises par moi sur le manuscrit lui-même quelques jours auparavant^ ne m'avaient signalé d'aucune façon le nom du célèbre régulateur des cieux. Dans cette incertitude, j'ai dû m'entourer de toutes les lumières possibles. Prenant donc, d'un côté, le catalogue par ordre de numéros, de l'autre, le catalogue par ordre alphabétique de matières et de uoms^ je les ai contrôlés l'un par l'autre, et j'ai contrôlé, à son tour, le manuscrit par tous les deux.
Voici le résultat de cette exploration : ce maaascrit ne possède ni catalogue de tête, ni pagination. Il est intitulé, pour le volume 688 (les deux autres ont des titres différents) : Lettres originaks de Charlet'Qmnt. — Epistola latituB, — Lettres italiennes et lettres françaises.
Ce tome 688, s'ouvre par les lettres de Gbartes-Quint. — Ces précieux documents épistolaires tombent eti lambeaux, suite naturelle de la moisissure qu'il eût été si facile de leur éviter, en ayant soin de tenir ce manuscrit dans un endroit sec. Le papier sur lequel sont tracées ces lettres, est plié et replié, à tel point qu'il s'en trouve, malgré son épaisseur et sa force primitive, tout cassé et brisé. Si on secouait le manuscrit, des pages entières s'en iraient en poussière.
Les lettres de Gharles-Quint sont suivies d'une lettre de Pithou, après laquelle on devrait selon le catalogue par ordre de numéros, et sdon le catalogue par matières, en trouver plusieurs éCHolstenii^ Camdeni, Heinsii^ faisant partie des lettres latines, mais elles manquent.
Dans les lettres italiennes, après une première lettre de Pignorio, devait venir, suivant le catalogue par numéros, une inscription autographe de Rubens, Le catalogue por ordre de matières dit (indication qui n'est pas à dédaigner) : des lettres de Rubens (au pluriel) ; mais inscription ou lettres, on a simplifié la chose : il n'y a plus rien. Les autographes de Rubens ont suivi ceux de Dubartas, de Montaigne, de Ronsard, de Dolet, etc. Us ont disparu.
Après le ou les Rubens, devaient venir, si l'on s'en rapporte aux deux catalogues, des pièces non moins importantes. Voici d'abord ce que dit le catalogue par ordre de numéros et de volumes :
« Une inscription autographe de Rubens. — - Manière exacte pour « peser. — DelGalilœi. Vd Doni. »
Le catalogue par ordre alphabétique dit, lui : Lettres de Galilée; mais ici encore on nous aôté l'embarras de la découverte, et le plaisir de la vérification; car, lettres de Galilée, ou pages scientifiques écrites de sa main, on a employé le même procédé que pour Rubens : on a tout enlevé ; seulement le voleur n'a pas été fort adroit ; il a laissé des traces de son passage, et l'on voit encore les débris de la coupure.
Dans la partie da Yolame intitulée : — Lettres françaises^ après celle qui contient les remerciements da cardinal de Bémlle, pour l'obtention de son chapeau, devait venir, suivant le catalogue par numéros, une lettre de Sully. Elle n* y est pas; mais on toit encore^ comme pour Galilée^ la trace de l'arrachement» Le catalogue alphabétique va plus loin que nous; il dit (au pluriel) : Lettres de Sully.
Enfin, d'après les deux catalogues, une lettre de M. de Masures était suivie de lettres (au pluriel pour chacun d'eux) de Godeau et de Naudé. Elles ont été arrachées; mais on en voit encore les traces. Cet enlèvement est d'autant plus déplorable, que la lettre de Godeau (singulier ou pluriel, je laisse à de plus habiles à en décider) était la seule pièce de lui que renfermât la collection Dupuy.
N* 699. Epistola clarorumvirorum. Ge volume a été paginé par pièces, et il y a en tête un très long catalogue contenant les noms de ceux qui ont écrit les lettres. Il manque un grand nombre de ces dernières, sans que la numération soit interrompue. Cela prouve» comme je l'ai déjà dit pour d'autres manuscrits, non que ces enlèvements n'ont point eu lieu, mais tout simplement qu'ils sont antérieurs à la pagination* Ainsi les lettres i6 et ^7, lettres très précieuses, de Paul Manuce, qui sont indiquées au catalogue, manquent. Plu» loin, il manque une lettre d'Antoninus Posseninus et une autre de P. Danesius. De plus ce volume est rempli de souches , c'est-à-dire qn'il y a partout des traces d'enlèvement. C'étaient probablement des pièces doubles ou triples qu'on a ainsi arrachées. En laissant ttne pièce sous chaque nom, le voleur était assuré que son larcin ne serait pas décelé par le catalogue de tête qui ne dit pas le nombre des pièces, mais qui se born i à citer le nom de Tauteur.
N^ 70/i, 705, 706, 707 (en un seul vol.). Ce manuscrit n'est pas paginé ni catalogué en tête. Il sebible n'y rien manquer. La 1'* partie, n^ 704 (Uttere volgari) contient toute la correspondance du cardinal Barberino; la 2* (705) quelques lettres de cardinaux, du professeur Alessandro, de Trajano Guiscardi, de Beccadelli, de Vialardo, de Guarino Guarini, deBenedetto Benedetti, de Leone Allacio, de Giorgio Anize (archevêque du Liban); la 3* (706) des brouillons de lettres de de Thon ; la 4* (707), intitulée lettres françaises, contient
spécialement la correspondance de de Thon avec Casaubon. Tout cela semble intact. Je dis semble, parce que là où il n'y a ni catalogue ni pagination, si les mntilateurs (surtout dans des volumes qui ne sont que cartonnés) ont été habiles, il ne reste aucune trace apparente de Tenlèvement d'une pièce ou même de plusieurs. Or, un grand nombre de volumes de la cdlection Dupuy sont dans ce cas.
N" 761 (relié avec le 762). Il manque dans ce manuscrit deux lettres originales de Louis XI^ tontesdeux mentionnées au catalogue. L'enlèvement de ces autographes est d'autant plus déplorable que les lettres portant autre chose que la signature de ce prince, sont à la fois rares et chères : aussi les recherche-t-on beaucoup aujourd'hui.
Mais je m'arrête t en voici assez, pour le moment, sur le fonds Dupuy. Passons à une autre cuvée ^ comme dit Montaigne.
Les mutilations nombreuses que je rencontrais dans le fonds Dupuy, et que je viens de signaler, me firent penser que d'autres collections non moins importantes qui sont à la Bibliothèque nationale, avaient dû éprouver probablement des pertes tout aussi regrettables. Guidé surtout par des indications que j'avais puisées dans certains catalogues de vente publique, je pensais, et je pense encore que les collections Séguîer, d'Hozier, de Glaîrembault, de Lorraine, Caillé, Dufourny, Lancelot, etc., etc., avaient dû éprouver des pertes considérables, et je me disposais à en faire l'objet de mes explorations, soit pour y découvrir des lettres d'un intérêt historique et littéraire, telle que je les cherchais, soit, puisque le hasard m'avait jeté dans cette voie pour y mesurer, avec regret, jusqu'où avait pu être. portée la rage des mntilateurs.
' La singulière circonstance qui m'a forcé à publier dès aujourd'hui le résultat des tristes découvertes que j'aurais volontiers gardées pour moi (circonstance dont j'ai parlé dans mon avertissement^ ne m'a pas permis d'aller pkis loin et de faire dans les quelques centaines de volumes d'autographes appartenant aux fonds de la Bibliothèque nationale que je viens de nommer, l'ample moisson de découvertes qu'y feront sans doute les explorateurs qui auront du temps à consacrer à cette besogne.
Pour moi, j'en avais assez de ce fastidieux travail. D'ailleurs la vue
de l'impéritie ancienne, et de rinsouclauce actuelle (1) d'une grande administration, me faisait mal. Aussi est il probable, qu'en tout état de cause, je me serais arrêté là; mais il n'y eu a pas moins d'autres faits très graves, très importanb^ que j'ai constatés , pour ainsi dire malgré moi. Je ne me crois pas obligé de les révéler au public, du moins quant à présent. Je choisirai pour cela, si je suis appelé de nouveau à prendre la parole dans ces questions, mon temps et mon heure.
En attendant, je puis ajouter ici quelques détails sur les fâcheuses découvertes que j'ai faites également, tout en examinant les manascrits de la collection Dupuy, dans divers recueils d'autographes qui existent depuis très longtemps à la Bibliothèque nationale, et qui sont décrits dans le quatrième volume du catalogue, publié en 17/i/i, (pag. 473 et suiv.). Plusieurs de vahs recueils, dont je n'ai pu examiner qu'une partie^ et d'une manière assez rapide, ont appartenu à Philibert de la Mare et sont entrés en 1719 à l'ancienne bibliothèque royale. On verra qu'ils ont été scandaleusement dépouillés. Des lettres précieuses et chère&^par le souvenir de ceux qui les ont écrites, en ont été enlevées en grand nombre. Les listes, ainsi que les catalogues manuscrits où ces pièces étaient mentionnées^ ont subi des grattages et ont été recouverts, à certains endroits, par des taches d'encre, dans la vue de dissimuler ces enlèvements. Tout cela s'est fait,
(i) En voici une preuve assez curieuse qui date à peine de quelques mois.
Les Bénédictins ont imprimé, pour prouver qu'au treizième siècle, on ne se servait pas seulement de parchemin, mais de papier, une lettre de Joinvilie. On la croit autographe. Depuis on cherchait partout cette pièce sans la trouver. Les savants allemands prétendaient qu'elle él?L\t fausse, et qu'elle avait été inventée par les Bénédictins pour les besoins de leur cause, etc. Celait là une perle capitale. Or, un élève de première année de l'école des Chartes ayant demandé à l'un des plus anciens employés du département des manuscrits, quelques parchemins ou papiers pour s'exercer à les déchiffrer, celui-ci se rendit, pour en chercher, dans le cabinet des chartes de la bibliothèque. Il y avait plusieurs années qu'il n'avait ouvert le carton J. Un Dieu voulut qu'il mit la main dessus ( t que la première feuille qu'il en tirât presque au hasard, fût la lettre de Joinvilie. On raconte qu'il se trouva mal d'émotion !... Qui nous dit qu'il n'y a pas beaucoup de pièces dans le cas de ce précieux autographe ? Comment se fait-Il que de pareilles choses arrivent? Et telle ou telle pièce qu'on croit perdue u'est-clle point seulement égarée ?...
sans que jamais personne ait songé, à ce qa*il parait, à s'en formaliser; sans qn*on se soit occupé, que je sache, à prendre des précautions pour empêcher le retour de pareils détournements.
Voici maintenant quelques unes des constatations que j*ai faîtes dans le fonds de Philibert de la Mare, anjonrdliui réparti dans l'ancien fonds latin.
N° 8583. Le catalogue imprimé décrit ainsi ce manuscrit : (Olim de la Mare 297, reg. 5174). — Ibi continentur Melanchtonis, Pktlippi Metelli, Hermam Wilkendi^ Martini Hebingi, Joachimi Camerarit, aliorumque ad Hubertum Languetum^ epistolœ autographœ. Il y a en tête du recueil une liste détaillée de toutes les pièces contenues dans le volume.
La première lettre est de Mélanchton. Elle est en place, ainsi que toutes les antres ; mais l'avant dernière qui était aussi de Mélanchton, a été arrachée. La preuve, c'est que le dernier folio du volume qui existe encore au manuscrit, en est détaché^ et n'y adhère pas. Il a été mis dans cet état probablement par le voleur lorsqu'on a dérobé la lettre de Mélanchton.
Je dois, à propos de cette letti^ de Mélanchton et de son enlèvement, signaler une circonstance assez piquante. C'est que, au catalogue de tête de ce volume, la mention de la lettre de Mélanchton et de la pièce qui la suit, existe d'une main et d'une encre beaucoup plus récentes que le reste du catalogue. On avait oublié primitivement d'inscrire ces deux pièces avec les autres sur ce catalogue ; on a voulu réparer cette omission et on les y a mentionnées. Or, précisément, ce qui devait les sauver est ce qui les a perdues. En les signalant à l'attention du public érudit, on les a signalées aussi à celle des dévaliseurs ; et l'un d'eux n'a pas manqué de s'en emparer.
Voilà pourquoi l'une de ces lettres, la seule des deux qui fût précieuse, celle de Mélanchton, a disparu. Je ne puis assigner d'époque à ce vol ; mais il est évident par l'inspection de l'encre et du manuscrit qu'il est assez récent
N° 8584. (Olim De la Mare 291, reg. 5174.) Il n'y a pas de pagination à ce manuscrit; mais il y a un petit catalogue de tête. Malheureusement ce catalogue est très inexact, très incomplet, et les consta-
tations d'enlèvement sont par conséquent très difficiles. Quant au catalogue imprimé, il ne donne aucun détail et ne nous apprend pour ainsi dire rien. Selon moi, pourtant, on a enlevé ici plus d'une pièce ; mais lesquelles? et de qui? et combien? — Voici une conjecture qui pour^ra nous mettre sur la trace.
Au catalogue manuscrit de ce volume, on a gratté avec un canif et complètement effacé , (de peur probablement qu'on y retrouvât la preuve de l'enlèvement d'une ou de plusieurs pièces), le dix-neuvième nom cPauteur, — celui qui vient après le nom de Salmon Macrin. Dans l'intérieur du manuscrit, comme il n'y a ni pagination par feuilles, ni pagination par pièces, ni trace d'enlèvement ou de déchirure, il est difficile de savoir ce qu'il y avait après le nom de Salmon Macrin et quel était l'auteur de la lettre enlevée^ l'écrivain dont on a effacé le nom ; mais ne serait-ce pas encore Mélanchton ?
Ce qui me fit naître immédiatement cette idée, c'est que, au milieu de ce manuscrit je trouvai un signet que j'y ai religieusement laissé, après y avoir toutefois inscrit une note de ma main, avec la date du 8 novembre 18^9, et ma signature ne varietur. La note suivante, tracée au crayon sur ce s^net : — /{ n'y a pas de lettre de Melancthon dans le manuscrit latin 8584, — prouve au moins qu'on a cru qu'il y en avait une et qu'on l'y a cherchée. Seulement, on sera arrivé trop tard ; elle avait déjà disparu. Aujourd'hui il n'y a plus de doute; la note du signet, que je crois de M. l'abbé de Lépme> ancien conserva* teur de la Bibliothèque royale, est, pour l'avenir, d'une vérité mathématique : — /{ n'y a pas de lettre de Melancthon dans le manuscrit 858^ ; ^ mais cela n'empêche pas que jadis, sans doute ce manuscrit n'en ait renfermé une ou plusieurs. Reste toujours^ comme disent mes compatriotes des Pyrénées, qu'il y a un grattage ; que sous ce grattage il y a» ou, pour mieux dire, il y avait un nom, et que si on a fait subir au catalogue une mutilation, c'est que ce nom était important, et qu'on avait peur que sa simple vue n'engageât à chercher immédiatement la pièce qu'il mentionnait, dans l'intérieur du volume... Allons ! bien décidément 11 y a avait là une lettre de Mélanchton ou quelque chose d'approchant.
N® 8585, ancien fonds latin. Ce manuscrit in-folio, couvert en
parchemin et cartonné, était marqué dans le fonds de la Mare, du n^ 290 ; il porte en outre à la première page la mention suivante : Reg. 517a
Il est décrit ainsi au Catalogne imprimé, tom. iv, pag. 475; « Codex chartaceas, olim Pbiliberti De la Mare. Ibi continentur Gai- « lorum doctrinae laude praestantium epistolae autographae quas inter i« nonnullae Theodori Bezœ^ Fonti Thyardœi, Joannis Cabini, « Guillelmi Poslelli, Francisci Chiffleiœ^ Isaaci Casauhoni et alio- « rum. »
Ce manuscrit porte au dos, écrit à la main, le titre suivant : Gallorum epistolcBf emprunté au catalogue également manuscrit qui est en tête du volume et qui se compose de plusieurs pages.
Ce catalogue manuscrit sur lequel est appliqué le timbre rouge de la Bibliothèque, était jadis comme le reste du volume, relié et attaché au volume ; mais pour opérer les soustractions dont je vais parler on l'en a détaché, ainsi que bon nombre des pièces qui font encore aujourd'hui partie dudit recueil. En un mot, pour tout dire, on a tellement butiné dans ce manuscrit, on l'a tellement mutilé, que la plupart des pièces qui y restent encore sont détachées de la reliure et que les autres y tiennent à peine. Ce n'est pas par des étrangers, par des gens qui auraient travaillé dans la salle commune, sous les yeux des conservateurs, et qui, par conséquent n'auraient pas eu un temps et des loisirs considérables, qu'une telle mutilation si complète, si générale, aurait pu s'effectuer. Aucun emprunteur n'aurait osé ni pu restituer un manuscrit dans un état pareil, état déjà ancien, dont il est inconcevable qu'on ne se soit pas encore aperçu è la Bibliothèque, et qui n'est signalé au catalogue par aucune note spéciale.
Ni le catalogue manuscrit, sans lequel il serait impossible malgré la mention du catalogue imprimé, de retrouver et d'indiquer les lacunes, ni aucune des pièces du volume, ne portent de numération ; mais en comparant pièce par pièce ce qu'indique ce catalogue manuscrit, à ce qui reste du volume, j ai pu constater ce qui suit.
L'Article premier du catalogue manuscrit est indiqué ainsi : Theodori Bezœ epistolce XIV. Il en manque douze et trois quarts
c'est-à-dire que lé Yolame commence avec la page 5^ de l'avant-dernière lettre de Théodore de Bèze. Ce fragment de lettre est signé : Tutis Beza^ et adressé à monsieur Ledety escholiei^ estudiant à Bourges. 11 faisait partie d'une lettre latine.
La lettre qui suit (lettre XIV si 1 on s'en rapporte au catalogue, lequel pour ce Yolume se montre partout très exact), est en français; elle est adressée à Monsieur Papou, conseiller de la Cour de parlement à Dijon, Elle est signée : T, de Bèze,
L'Article onzième du catalogue manuscrit : — Lettre de M. de Marca, archevêque de Paris, au JR. père François Delavie, de la compagnie de Jésus, manque; cette lettre a été enlevée.
L'ARTICLE 12® est composé de plusieurs pièces; il en manque une; c'est une lettre du baron de Sercey ou Sennecey, (le nom est très difficile à lire).
Article 14. — Cet article est ainsi conçu : Lettres ff Antoine, cardinal d*Ossat, et de Jacques, évesque JCEvreux. La première de ces deux lettres manque.
Article kh. — Cet article est ainsi mentionné au catalogue manuscrit, y compris les points:.... Beïlaius Carolo Utenhovio. Cette lettre manque.
Article û5. — Lettre de Jacques de Bongars. — Desideratur.
Article 51. — Lettre de Jean Goupil à M, Morel. — Idem.
Enfin à la dernière page du catalogue il y a la mention de deux lettres de Ronsard. La pièce antérieure et la pièce postérieure sont au volume; mais les deux lettres si précieuses du fondateur de la Pléiade, de V empereur des poètes, comme on l'appelait de son temps, manquent. Je ne saurais rendre la sensation que j'ai éprouvée à cette dernière et désolante découverte. Nos vandales modernes n'ont pas même respecté le vieux porte-couronne intellectuel du 16" siècle.
N'^SSdQ, ancien fonds latin (olimde la Mare). Ce manuscrit est décrit ainsi au catalogue imprimé (tome iv, page 473) : Ibi continentur Gilberti Cognait, Caroli Utenhovii et aliorum ad Janum Morellum Ebredunensem, epistolœ latinœ et gallicœ autographes; mais il y a un catalogue de tête qui est plus explicite et qui donne la liste de ces lettres. Si la Bibliothèque avait fait sou devoir, il y a
longtemps que l'on anrait an catalogoe imprimé oa da moins on cita* logue manascrit reproduisant la première et b dernière ligne de chacune des pièces de tous ces volumes, ce qui persiettrait à l'administration de les réclamer à coup sûr quand elles passeraient dans les ventes, tandis que dans Tétat actuel, quand il n'y a pas de timbre, (et rarement il y en a dans les folios des manuscrits), il est impossible de réclamer autrement qu'en aveugle et au hasard : un timbre d'ailleurs ne suffit pas; on l'efface assez aisément. Si les voleufs qui ont dépouillé ce manuscrit lui eussent fait subir la mutilation qu'évidenmient bien d'autres volumes ont éprouvée, c'est-à dire s'ils eussent enlevé le catalogue manuscrit qui est en tête, où serait le moyen de contrôle et comment découvrir ce qui a été arraché ? On pourrait tout au plus, prouver par quelques débris, qu'ici ou là, il y a eu une pièce enlevée. Maisqu'élait cette pièce? Qui avait-elle pour auteur? II serait impossible de le décider. Heureusement on ne pense pas à tout; le catalogue de tête existe, et, avec son aide, j'ai constaté que la iU* pièce de ce manuscrit, lettre de Marie reyne d Ecosse^ manque; que la 17* dont on ne peut savoir l'auteur, car au catalogue de tête (ce qui protwe que cette lettre était importante) on a gratté son nom, manque également (1).
La 22* pièce (lettre de Pierre Ronsard] manque aussi; seulement, à la différence des deux cas précédents Où l'on n'aperçoit aucune trace d'arrachement et où le catalogue seul nous renseigne, on vmt ici, dans toute la hauteur du manuscrit, la racine de la feuille enlevée dont il reste environ la largeur d'un doigt. Cette feuille est même coupée si régulièrement, la coupure est si droite, si nette dans toute la longueur du folio, qu*il est évident que le voleur ne s'iest pas pressé; qu'il n'a eu peur de rien; qu'il était à son aise et qu'il a fait, comme on dit, son aff»re fort tranquillement.
La trente-deuxième lettre de ce manuscrit, qui était d'Estienne Jodelle a été aussi coupée^ et toutes les réflexions que je fais pour
(i) Voilà une nouyelle variante à ajouter à aux taches (Cencre signalées sur d'autres catalogues, et dont l'un de nos facsimiU reproduit un modèle.
la Yingt-deuxième s'appliquent également à celle-ci ; la trace est la même, aussi large, aussi régulière» etc.
Le catalogue est du reste parfaitement exact et chacune des lettres qu'il annonce comme précédant ou suivant celles qu'on a enlevées sont à leur place; ce qui m'étonne seulement, c'est que le voleur ait laissé en place une lettre de David Rizzio, secrétaire de Marie- Stuart, dont la fin tragique méritait bien cependant qu'on lui fît Thonneur de dérober un de ses autographes.
Mais que voulez*vous ! notre voleur avait probablement des goûts plutôt littéraires que politiques.
N® 8590, ancien fonds latin. £p!tres d'Henri Gocq. Le catalogue imprimé (page ixlU) annonce après ces letti;es la Jornada de Tarraçona {sic) para concluir las cortes,.. i59i ;recopilada por Hentique Cocq. — Celte pièce a été enlevée.
Voici maintenant une variété d'espèce à ajouter aux grattages, taches d'encre, etc. , des catalogues de tête ou autres, dont nous «ivons déjà parlé. Celle-ci ne se trouve pas dans un manuscrit de l'ancien fonds latin; elle appartient à un recueil du fonds français, coté 859B, G.
Le u^ 8593 renferme toute une collection de volumes, la plupart n'ayant ni pagination par folio ou par pièce, ni catalogue^ et allant de 8593 Â, jusqu'à 8593 S. Le premier volume (8593 A), contient des lettres de Catherine de Médicis, de Montmorency, de Carracioli. d'Anne de Pisseleu, de Yillegaîgnon, de Guarini. Il n'y manque rien.
Les autres renferment des lettres de M. Cantecroix, de M. d'Atichy (évéqued' Autun), de la famille d' Aumont, du marquisde Connonges, de Guillaume du Yair, de Strozzi , du cardinal d'Armagnac, de Rivet, de Saumaise (réunies presque toutes par vohime pour chaque personnage). Il semble n'y rien manquer à l'exception de ce qui suit: — Le volume 8593 S, contient les lettres de la maison d'Aumont , réunies en un volume ; parmi elles il y en a trois de La Trémouille. Tout cela est en place; mais au milieu du manuscrit, entre une lettre signée : de Bantempi et une signée : Blanche d'Aumont, il devrait s'en trouver une troisième qu'on a arrachée. De qui était cette lettre? qui avait-elle pour auteur 7 je ne sais. On a effacé complètement cette mention au
catalogue de tête, non en faisant an pâté d'encre ou en grattant, cette fois; mais a\ec des barres qui rendent le nom illisible. Cette lettre devait être évidemment la plus curieuse de toutes celles que contenait ce volume. Les précautions même prises pour qu'on ne s'aperçût pas de son enlèvement, le prouvent Mais on n'a pas pu faire entièrement disparaître toute trace de déchirures ; il reste encore deux fragments de la page dérobée qui servent à constater le vol. A coup sûr je n'accuse pas les employés actuels de la Bibliothèque ; mais qui a pu, après avoir enlevé la pièce, faire ainsi une tache d'encre sur le catalogue de tête ? De tels travaux ne se font pas (je l'ai dit plus haut et je le répète avec intention) par des hcteurs qui ont les coudes pressés, ni par des emprunteurs auxquels il serait si facile en ce cas, lorsqu'ils rapporteraient les volumes, de prouver leur turpitude.
Sifestois grand enlumineur de mes actions , comme écrit le philosophe périgourJin dont le nom figure en tête de cet opuscule^ je pourrais ajouter ici, tant sur le fonds latin, que sur le fonds français, d'autres révélations non moins piquantes, mais j'ai peur de fatiguer la patience de mon lecteur en le retenant trop longtemps sur le même terrain et je préfère l'entraîner vers un autre.
Bien que pouvant constater chaque jour, comme on a dû le voir par ce qui précède, quelque mutilation des plus regrettables dans les recueiis d'autographes qui sont à la Bibliothèque nationale, j'étais loin de m'imaginer que des pertes analogues pussent avoir été subies par des manuscrits qui, quoique très précieux, ne semblaient pas devoir offrir aux mutilateurs le même genre d'attrait Une circonstance im* prévue me prouva malheureusenaent que j'étais dans l'erreur. Tous ceux qui s'occupent de littérature espagnole, connaissent le fameux manuscrit du Cancionero de Baena, qui a figuré, en 1836, à la vente de la collection de Richard Heber à Londras, avec une indication qui prouvait que ce manuscrit avait été dérobé à la bibliothèque royale de VEscurial. Ce volume qui (malgré cette provenance bien constatée) fut acheté au prix de 1,575 francs, à la vente Heber, par la Bibliothèque royale de Paris, a été décrit par les plus grands bibliographes de l'Espagne, tels que Nie. Antonio Velasquez et Rodriguez de Castro. Les descriptions données de ce manuscrit par ces écrivains
sont reproduites, en partie du moios, au catal(^ue de vente qui dans un article très détaillé dit (1) :
u Two leaves and a portion of a ihind are wanting but tbese were « atso déficient when de Castro witbe bis account. » — « Il manque « (à ce manuscrit) deux feuillets et une partie d'un troisième feuillet» « mais ces feuillets manquaient déjà lorsque de Castro écrivit sa des- « cription. »
On devait donc croire qu'excepté ces défauts anciens et constatés de nouveau au moment où le manuscrit fut acheté pour le compte de la Bibliothèque royale, il n'y avait pas d'autre desiderata dans ce beau volume. Aussi n'aurais-je jamais songé à examiner, au point de vue des mutilations, ce cancionero que j'avais eu souvent entre les mains, et dont j'avais à diverses reprises extrait un assez grand nombre de pièces, soit pour le cours de littérature espagnole que j'ai professé durant plusieurs années à la faculté des lettres de IVlontpellier, soit pour tout autre usage, lorsqu'au mois de novembre dernier, apercevant ce volume sur l'une des tables de travail de la salle des manuscrits, je l'ouvris par hasard au folio 167. Ayant tourné le feuillet, je vis, à ma grande stupéfaction, que celui qui suivait était marqué 169. Donc le 168 manquait. Je fus frappé de cette absence comme d'un coup de foudre, et, tout tremblant, je fis avec une bien profonde émotion le recollement complet de ce manuscrit. Voici le résultat de cet examen. Les folios 6 et 7 manquent ; — le folio 37 maraque ; — le folio ^5 manque; — entre les folios 130 et 134 il manque un feuillet, sans que je puisse dire si c'est 131, 132 ou 133. — Le folio \kk manque aussi, et l'enlèvement de celui là a laissé des traces très visibles; le papier enlevé subsiste encore àia racine dans toute la longueur du folio, sur deux lignes environ de largeur. La pagination se compose de vieux chiffres espagnols du dix-septième siècle.
Le manuscrit est dans la reliure anglaise de Lewis qu'il avait lorsqu'il entra à la Bibliothèque.
Maintenant, quand la Bibliothèque nationale achète des manuscrits
(i) Bibliotheca Hebertana, XI part, manuscript., n«Q09, pag. loo.
- ao-
coDState-t-elie minutieusement leur état sur un registre? fait-elle pour sa décharge un inventaire détaillé de ces manuscrits? Gela peut avoir lieu aujourd'hui ; mais je crois pouvoir affirmer qu'il n'en était pas ainsi à l'époque de l'achat du Canàonero de Baena. Or, suivons bien ceci, et voyons quels arguments fournirait le manuscrit qui nous accnpe et qui est l'un des volumes les plus précieux de la Bibliothèque nationale, puisqu'il est unique, à ceux qui voudraient accuser l'administration. En effet, on lit sur le premier folio de garde du manuscrit au crayon, écriture et chiffres anglais : L, 100 (c'est, en livres sterling, le prix probablement que le paya Heber), et sur le second folio de garde, d'une écriture que je crois celle d'un des conservateurs de la Bibliothèque nationale, trois lignes à l'encre : « Déficit à la premiere colonne gauche du feuillet i62. Acheté dans cet état. » Voilà tout On pourrait donc soutenir que, puisqu'on n'a remarqué que ce déficit, qui consiste dans la mutilation d'une partie du folio, c'est qu'il n'y en avait pas d^ autres à cette époque. Or le catalogue de la vente Héber signale lui-même l'enlèvement de deux autres feuillets; et aujourd'hui nous constatons l'absence de six /... Evidemment ce manuscrit dont la réputation était si grande parmi les amateurs, qu'on croyait que l'Angleterre ne le laisserait jamais partir et que plusieurs de ses bibliophiles couvriraient toutes les enchères, fût-ce à prix d'or, a dû être parcouru par les acheteurs avant le solde. S'il y avait des lacunes autres que celles indiquées par le catalogue de vente^ ils ont dû s'en apercevoir et les constater.
Où est la preuve de cette constatation ? Et comment l'état actuel du manuscrit est-il en opposition avec la description détaillée, si complète, et que nous avons tout lieu de croire exacte, du catalogue de vente ? C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer.
Disons seulement que le déficit mentionné au folio de garde, s'il n'était constaté que par les trois lignes du conservateiu* serait très mal signalé (1), et qu'une pareille mention serait très peu concluante;
(i) Remarquons bien que, d'après la législation adoptée depuis peu à la Bibliothèque nationale, d'après la note du conservateur que Je viens de citer, si un amateur se trouvait en possession des deux TeulUets qui manquaient au manu-
car enfin qui démontrerait, sans le catalogue de vente, que ce n'est pas bien postérieurement à Tachât que ce déficit aurait été commis,' et que le conservateur s'en apercevant un jour aurait voulu couvrir tardivement par une note sa responsabilité (1 ) ?
Mais ce sont là des discussions inutiles. Nous savons par le catalogue de vente qu*en 1856 il ne manquaR que deux feuillets el une portion d'un troisième, à ce manuscrit. La preuve que ceci était exact, c'est que la vente s'est laite à un très haut prix, sans réclamation. L'annonce d'une imperfection grave dans le manuscrit, imperfection dont le catalogue n'eût point fait mentiod, aurait certes amené de» réclamations ou une revente pour un achat si précieux. Or', la vente a été maintenue; il n'y a eu ni observations, ni récriminations : donc le catalogue était exact. Actuellement il manque à ce manuscrit les feuillets 6, 7, 37, !i5, (134 ou 132 ou 133), l/i4, 162 (muHlé), 168, en tout six feuillets enlevés et un feuillet mutilé. C'est quatre feuillets de plus que n'en accuse le catalogue, quatre feuillets perdus par conséquent depuis que le manuscrit est entré à la Bibliothèque nationale^ ou du moins, quatre feuillets desquels je serais heureux que les acquéreurs du plus beau monument littéraire de la Péninsule, eussent, pour leur propre décharge et avant toute possession, constaté l'absence, car, sans cela, des gens mal appris, ou tout simplement des gens sévères, pourraient accuser leur prudence d'alors ou leur surveillance d'aujourd'hui. Et l'Espagne donc!... l'Espagne que nous avons dépouillée, de seconde main, il est vrai, (ce qui est une triste justification), n'aurait-elle pas^ au nom de sa gloire^ au nom de ses vieux souvenirs, si odieusement traités, le droit de nous
crit longtems avant qu'il ne vint en France, cet amateur potirrait être accusé de les avoir dérobés à la Biblioibëque nationale, tandis que cette bibliothèque croit posséder légitimement ce volume qu'elle a acheté d'après un catalogue où 11 est constaté que le Cancionero a été volé à TEscurial !
(i) Ce déficU se compose des deux tiers d'une colonne du feuillet 1^2, qui ont été enlevés. Cette lacune a été faite par un vandale muni d'un canif, qui, en arrachant au folio 162, trois strophes de la Cantiga de maestro Fray Diego de Nos- , tando, a coupé aussi, tant il appuyait fort, le folio i63, et a failli enlever à ce folio un morceau identique à celui qu'il volait au folio 162.
demander compte du cas que nous avons fait de l'un des plus beaux fleurons de sa couronne poétique ?...
Après avoir découvert, par accident, la mutilation du Cancionero de Baena, je dus à un autre hasard une découverte analogue dans un manuscrit non moins important. Parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale, sur lesquels mon savant ami M. le comte de*** (voyez l'averlisiement, page vu), m'avait demandé quelques renseignements, était un manuscrit très précieux des poésies des troubadours, manuscrit magnifique, que Raynouard a cité dans son Choix de$ poésies migtnales des troubadours (tom. Il, pag. CLVill) et qui est célèbre pour avoir appartenu à Pétrarque et au cardinal Bembo, lesquels y ont fait, de leur main, des annotations marginales.
Voulant 'examiner ce manuscrit et n'en sachant pas le numéro actuel, (Raynouard ne l'indique que par V ancien numéro qu'il portait au Vatican, — N. 320/^), je le demandai génétiquement d'après son contenu, en appuyant, pour mieux le signaler^ sur sa provenance du Vatican. L'employé auquel je m'adressai commença, ce qui semble en effet assez naturel, par me dire que ce manuscrit avait été jadis rendu à ses légitimes possesseurs; mais sur l'observation que je fis, 1» que postérieurement à l'époque des redditions de manuscrits, Raynouard avait signalé celui-là au tom il (publié en 1817) de son Choix des poésies des troubadours, comme étant encore à la Bibliothèque nationale; 2^ que la personne pour qui je désirais y copier quelque chose, l'avait vu à l'un de ses voyages à Paris, vers 1840, on le chercha avec beaucoup de complaisance, et enfin on le trouva. Seulement (et je suis désolé d'être obligé de commettre cette indiscrétion^ mais je ne recule devant rien quand je crois être dans le vrai et le juste), en me le remettant on me dit : « Vous aviez raison; ce manuscrit est bien du Vatican : nom V avons gardé; mais il n^ faudrait pas le dire; cela pourrait nous attirer des réclamations. »
Mon Dieu ! je voudrais au prix de tout mon sang, que la France eût conservé ses conquêtes; qu'elle dormît appuyée, la tête au seuil de Saint- Pierre, les pieds à l'autre extrémité du monde; mais les destins ont prononcé et j'avoue que cette recommandation : // ne
faudrait pas le dire, me paraît d'nne probité assez douteuse, d'une conscience peu sûre de son droit. Quoi qu'il en soit, voici la description de ce manuscrit : Au Vatican, il portait \en'> 3204; il est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale sous le N« 2032 du Supplément français.
On lit au haut de la première page d'une écriture qui date au
moins d'un siècle : Poésie di cento venti poeti provenzali, iocco
nelle margini di mano delPetrarca et delBemho, inperg, in fogl.
Au bas de cette même page, on lit : Ricuperaio di \U oci, 1815,
signé Grimasi ou Grimafi,
Plus bas, il y a : Dalla biblioteca parigina ; signé Ângelom Frusinate (de la ville de Frusinone).
Au dessous ou lit cette autre et incroyable mention : Richiesio da M. Langlei e riconosciuto non utile a Vltalia e prezioso per la Francia ; fu restituito alla biblioteca, ai 17 ottobre 1815, signé Grimasi.
Ce manuscrit est à reliure papale; en le parcourant avec soin, j'y ai découvert une lacune qui est peut-être récente ou du moins moderne; c'est celle des feuiUets 136 et 137 qu'on a coupés au ras des feuilles, si bien qu'il reste au plus une ligne ou deux de parchemin attaché au livre, mais cela suffît pour montrer à la couleur encore assez blanche de la coupure qui n'a pas eu le temps de devenir noire comme le bord extérieur des feiiillets du manuscrit, que cette lacération ne remonte pas très loin. Il y a en outre une autre raison qui prouve que ces deux folios ont été enlevés après coup : c'est que leur absence interrompt la pagination. La' lacération est donc postérieure à celle-ci.
Cet enlèvement existe entre une pièce. sans nom d'auteur, après laquelle il y a une demi-page blanche (folio 135, verso) et la rubrique en rouge des poèmes de Savaries de Mauléon^ formant, avec ces mêmes poèmes, le folio 138 recto.
Voici donc un manuscrit qui a appartenu à Pétrarque et au cardinal Bembo, un manuscrit qui contient des poésies écrites dans une langue cultivée en Italie pendant longtemps, et où se trouvent des pièces écrites en provençal par des poètes dont plusieurs sont italiens.
déclaré inutile à Vhalie par une commùsion qu'on ne nomme pas et cela sur Fassertion assez véreuse d'un M. Grimasi (qui ne sait pas même écrire le nom de l^nglès), d'un homme de paille, d'un domestique peut-être. On sait en effet que monseigneur Marini et Ganova furent envoyés à Paris par le gouvernement pontifical pour reprendre les manuscrits, et les objets d'art enlevés à l'Italie; mais personne n'avait reçu pouvoir de «laisser en France comme ohjeu inutiles, des manuscrits de cette importance. C'est à la suite de cette belle transaction dont le détail serait sans doute curieux à connaître, car elle doit avoir donné lieu à quelque article secret, que ce manuscrit, rendu à l'Italie en vertu des traités, le iU octobre, fut repris par la France trois jours après et qu'il est resté au pouvoir de la Bibliothèque nationale!...
Que contenaient les deux feuillets qui ont été enlevés? Je ne crois pas que ce fussent quelques pièces d'un poète provençal , car au catalogue qui, existe en tête du manuscrit, et qui est tracé de la même main que celui-ci, il y a, après le folio 135, un temps d'arrêt qui va jusqu'au folio 138; mais qui nous dit qu'on ne lisait pas là, soit un long commentaire de Pétrarque, (dont les aut(^raphes sont si rares et si recherchés), soit une page du Bembo; soit enfin, comme dans le cancionero deBaena, comme dans ce volume même des troubadours aux premières pages, quelqu'un de ces beaux folios rubriques en rouge, qui se trouvent presque toujours dans les manuscrits de ce genre, en guise de préface et pour ornement, à la tête d'une série de poètes?....
Raynouard, à l'endroit que nous avons cité, dit que ce manuscrit dont il s'est occupé beaucoup et qu'il a examiné pièce à pièce, se compose de i85 feuillets. C'est effectivement le nombre de feuillets qui devait exister avant la mutilation. Tout semble donc prouver que cette lacune a dû être faite depuis 1817, époque de la publication du second volume de l'ouvrage de Raynouard.
Pour compléter cette curieuse notice et pour montrer ce que valent quelquefois les assertions des gens (érudits ou non) qui signalent l'existence de certaines pièces et de certainsvolumes dans telles ou telles bibliothèques, je rapporterai ici que M. Valéry, ancien bibliothécaire du
Louvrç, déclare dans son Voyage en Italie (Paris, 1838, 3 ¥01.10-8") qu*U a vu au Vatican ce manuscrit des troubadours avec des notes de Pétrarque et deBemho, manuscrit qui depuis plus de cinquante ans est resté invariablement à la Bibliothèque nationale ! (Voyez Valéry, Voyage en Italie, tome m, pages 31-32).
Les mutilations que j*ai découvertes dans le manuscrit de Baena^ dérobé à la Bibliothèque de l'Escurlal, et dans le Recueil des Troubadours, non rendu au Vatican, me firent concevoir le soupçon, malheureusement trop fondé, qu'indépendamment des recueils d'autographes dont j'ai déjà parlé, d'autres manuscrits précieux de la Bibliothèque nationale avaient pu être mutilés ; mais comment se lancer, sans autre raison qu'un intérêt de curiosité, dans l'examen de quatrevingt à cent daille manuscrits que renferme cet établissement ! Par où commencer et comment se guider dans ces recherches ?
Ne voulant point abandonner subitement ce que j'avafs entrepris pour moi d'abord, mais qui en fin de compte intéressait après tout le public et r£tat, je résolus de ne m'occuper que d'un petit nombre de manoscrits très précieux qui, par leur importance ainsi que par leur grande valeur, avaient dû être et avaient été, sans aucun doute, l'objet d'ane surveillance spéciale. De Tétat dans lequel je trouverais ces manuscrits, il serait facile de déduire celui d'un nombre beaucoup plus . grand de volumes sur lesquels l'attention des conservateurs ne pouvait être dirigée que d'une manière fort subalterne. En lisant le récit des découvertes aussi pénibles que nombreuses que j'ai faites en quelques séances seulement, dans un petit nombre de manuscrits, on comprendra tout ce qu'un examen plus sévère et plus étendu pourrait révéler de dilapidations accumulées depuis un siècle, non seulement à la Bibliothèque nationale, mais encore dans la plupart de nos établis* sements publics.
Je savais, de visu, pour les avoir maniés en denx voyages différents, qu'il existe, au British Muséum, plusieurs volumes formés de fragments tirés des plus précieux manuscrits, et dont quelques uns proviennent évidemment de la Bibliothèque nationale. Ces fragments se trouvent dans la célèbre collection Harléienne, formée, il y a plus d'un siècle^ parce même comte Harley qui restitua si généreusement
à l'ancienne Bibliothèque royale, trente-cinq feuillets dérobés par le Dauphinois À y mon, au commencement du dix-huitième siècle. Le catalogue des manuscrits grecs, imprimé en ilUO, fait, à propos du manuscrit grec, N<^ 107, mention, dans les termes les plus pompeux, de cette munificence de lord Harley, et il est plus que probable que, si Tancienne administration de la Bibliothèque royale s'était donné la peine de rechercher avec soin quels étaient ces manuscrits qu'Aymon avait mutilés et d'en instruire lord Harley, ce célèbre collecteur aurait rendu à cet établissement les autres fragments qu'il avait achetés de bonne foi, et particulièrement les treize admirables feuillets arrachés à la bible de Charles-le Chauve, qui se voient dans le manuscrit Harléien, N. 7551 du British Muséum. Or, non seulement l'administration de la Bibliothèque royale n'a jamais fait ce travail ; mais,lorsque l'occasion s'en est présentée, elle adéclaré ou laissédéclarer par ses employés, sans élever aucune réclamation , que ce qu'avait enlevé Aymon, étaitrentrépeuàpeu à la Bibliothèque, les morceaux ayant étérendus (1). D'ailleurs, depuis que ces objets sont sortis des mains de lord Harley pour entrer au British Muséum, les restitutions pures et simples ne sauraient avoir lieu. Rien ne pourrait se faire sans un acte du Parlement, et, j« crois savoir, qu'au lieu d'entrer en négociation pour recouvrer ces précieux fragments, certains fonctionnaires de là Bibliothèque royale ont laissé sans réponse des communications olQBcieuses qu'ils ont reçues à ce sujet du British Muséum.
Quoi qu'il en soit, puisque ces fragments existaient à Londres, la plupart avec une ancienne numération et d'autres marques propres à faire reconnaître de quel manuscrit ils avaient dû sortir, j'ai pris ces fragments pour guide de mes recherches. Je me suis donc procuré le fac-similé de quelques uns d'entre eux, et particulièrement de la numération des feuillets dont ils sont formés. Je dois dire que cette numération, ou pour mieux dire ces diverses numérations, dont j'ai trouvé les formes identiques dans quelques uns des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale, m'ont, ainsi que d'autres signes
(i) Voyez un très long article (Bibliothèque du roi) de M. A. Champollioii dans le tome VI (pages 95-127) du Dictionnaire de ta Conversation.
caractéristiques, donné la certitude que ces fragments ont été enlevés à notre Bibliothèque. Si je n*ai pas retrouvé immédiatement les manuscrits eux-mêmes, avec leurs lacunes, cela tient à la difficulté, à Vimpossibilité absolue que j'ai rencontrée pour examiner certains vo^ lûmes, au sujet desquels on m*a répondu qu*ils étaient à la réserve (il y a, depuis peu, une réserve aux manuscrits, comme aux livres imprimés), et que personne ne pouvait les voir qu'en se faisant précéder de la croix et de la bannière, c'est-à-dire avec un ordre individuel du ministre, sans lequel, fussiez-vous l'empereur de la Chine en personne, il n'est au pouvoir d'aucun conservateur de vous les montrer. Cette prescription qui me rappela le mot si juste de Voltaire, sacrés Us sont, car personne n'y touche^ m'a paru assez bizarre; j'espère néanmoins, avec ou sans goupillon ministériel, et bien qu'ils soient actuellement an carcere durOy examiner plus tard les manuscrits en question.
Pour peu qu'il me soit loisible d'y mettre seulement le bout du nez, je me fais fort d'apprendre à la Bibliothèque nationale elle-même, et cela au premier flair, dans quel volume du Musée britannique se trouvent tels et tels fragments qu'elle regrette peu ou prou ; à quelle époque, de qui, comment et combien nos voisins les ont achetés.
J'en ferai autant si M. le directeur de la Bibliothèque nationale ne s'y oppose, pour tous ceux qui sont précieusement conservés à Oxford, à Cambridge, à La Haye, etc. Cependant je ne suis ni administrateur, ni conservateur, ni bibliothécaire, ni employé, ni même surnuméraire de quelque espèce de Bibliothèque, ou d'archives que ce soit. Je ne suis qu'un pauvre hère, à la solde des idées ^ comme a écrit, quelque part M. de Lamartine, ce qui, par le temps où nous sommes^ ne constitue pas essentiellement un revenn de nabab ; mais je n'en connais pas moins à fond la plupart des grandes bibliothèques de l'Europe, et je serai trop heureux de mettre le peu que je sais sur elles^ au service des demandes en restitution dans lesquelles paraît vouloir s'engager (probablement sans aucune stipulation synallagmatique), la Bibliothèque nationale.
£n attendant, voici les découvertes que j'ai faites, en quelques jours
sealement, et toat en travaillant à autre chose, dans les fonds grec et latin.
J*ai parlé tout à l'heure du manuscrit greco-latin N° 107 ( décrit au catalogue imprimé, tom. Il, pag. 19), qui avait é(é mutilé par Aymon, et à propos duquel ce catalogue dit que les 35 feuillets dérobés avaient été restitués par lord Harley (1). Dans un article cicé plus haut et publié en 1833, par un employé de la Bibliothèque royale, il est dit avec raison que ce même manuscrit est run des plus précieux et des plus anciens manuscrits grecs, èl l'écrivain ajoute que 35 feuillets de ce précieux volume furent coupés dans le xvil* siècle (il fallait dire au commencement du xyiu*) par le renégat Aymon; et rachetés (lisez rendus gratuitement );»/«« tard (2).
Ce manuscrit si célèbre et si précieux avait pour moi encore un intérêt déplus. Dans sa lettre à M. Libri (page 21), M. Naudel le cite particulièrement dans les termes suivants ;
« L'indignation (indignation à propos des volumes composés desdi- « vers fragments qui se txonyentsiu Brttish Muséum, et dontje.viens u déparier) ne me rend point injuste, et je ne veux pas laisser ignore rer (3) ce trait généreux de lord Oxford et Mortimer envers la * France. Lorsqu'il eut appris que 3/» feuillets, qu'il avait achetés « fort cher, provenaient du fameux manuscrit des Épîtres de saim « Pàuly mutilé par ce misérable Aymon, dont vous parlez et dont je « vous épargne, en ce moment, l'histoire, il les rendjt à la Bibliothè- « que du Roi. Et les bibliothécaires ont inscrit son nom dans leurs « annales. Laissons maintenant à la loyauté de la vieille Angleterre, « le choix, entre nos deut récits, de ce qu'elle entend de préférenèe
' (i) Vole! en quels termes le catalogue constate ce fait :
c Ex illo exemplari triginta qulnqiie folla nefario cujusdara scelere aliqtiot ab c hinc annis avulsa sunt, quae comkis Oxonlensis Harley, suo in litteras apoore « celeberrimi, munificentiâ, In pristinas sedes rediere. »
Ainsi s'exprime le catalogué de la Bibliothèque du roi, imprimé eu 1740, et il scoute que Montfaucon faisait remonter au VII siècle ce précieux manuscrit eo lettres onciales.
(a) Dictionnaire de la Conversationy tome VI, page 100.
(3) Gomme on Ta vu, grâce au catalogue imprimé, grâce au Dictionnaire de la Conversation, etc., ce fait que M. Naudet neveut pas laisser ignorer, est comm de tout le monde, et depuis 17/io, il a été publié partout.
<i avouer, oh le procédé de lord Oxford et Mortimer^ ou le ramassis ff de lambeaux arrachés aux livres da continent (1). »*
Si bien renseigné, an sujet de ce manuscrit, par M. le directeur de la Bibliothèque nationale, je demandai avec une entière confiance le mannscrit qui, naturellement, après une première mutilation, et surtout après la restitution généreuse de lard Oxford et Mortimer^ avait dû devenir Tobjet d'une surveillance très sévère. J'étais persuadé qu'on allait me répondre qu'il était enseveli dans les limbes de la réserve; mais point: mon attente fut trompée, et mon savant ami M. Miller, à qui je m'adressai, me le donna immédiatement.
Cç que rien ne saurait peindre» ce fut mon étonnement, lorsque je reconnus au premier coup d'oeil que les trente-cinq feuillets (et non trente quatre t comme dit M. Naudet), restitués par le comte Harley, n'étaient pas dans le manuscrit et qu'ils avaient disparu de nouveau I Après avoir compté cita; fois toutes les page», et vérifié
(i) Il y a ici une confusion très singulière. Les ramassis de lambeaux qui excitent à un si haut point la colère de M. Naudet et l'engagent à adresser une si belle invocation à TAngleterre, font justement partie de la collection du comte Harley (c'est la même personne que M. Naudet appelle lord Oxford et Mortimer); ils ont été réunis de son temps, classés par ses ordres, et il valait encore bien mi$ux les mettre en volumes que de les laisser s'éparpiller et disparaître, comme on eût fait à la Bibliothèque du roi en pareil cas-. Les pages qui suivent celle-ci vont en donner la preuve. J*ai dit plus haut et je maintiens cette assertion, que le comte Harley (cela est traditionnel en Angleterre) aurait rendu à la Bibliothèque royale les autres fragments qui lui avaient été dérobés, si cet établissement avait pi) les lui faire connaître ; mais comment la Bibliothèque Teût-elie fait alors? Elle ne sait point encore exactement à Theure où je parle, ce qui lui manque, et aucun de ses administrateurs ne sembles'étre donné jusqu'ici la peine de le chercher sérieusement. Gela résulte de leurs inexactitudes dans ce que je Tiens de citer, et du récit donné en 1782, dans V Essai historique sur la Bibliothèque du roi (pag. 74-80), récit où il est dit : • En faisant cette recherche (des ma- « nuscrits volés), M. Clément n'avait jugé du vol que par l'extérieur du livre, et « n'avait pas songé au ravage qu'Aymon pouvait avoir fait dans l'intérieur de « plusieurs. Il fut aussi surpris qu'affligé lorsqu'on lui fit remarquer, quelques « mois après^ les feuillets qui avaient été arrachés ou coupés dans différents ma- « nuscrits^ surtout dans celui qui passe pour le plus rare et de Vantiquiié la plus « vénérable, lesÉpttresde saint Paul en grec et en latin ^ écrites en lettres d*or < et qu'on croit des premiers siècles de l Église : il y manquait trente-cinq feuiU « lets, » — Ce récit est tiré mot à mot des Mémoires historiques placés en tête du tome I«' du Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque du Aoi, p. XF^VlIf . Il prouve que M. Clément n'était pas très perspicace.
une à une toutes les lacunes, je dus forcement me convaincre de ce fait incroyable. Supposant, en désespoir de cause, (ce qui était pourtant improbable) , que ces feuillets si précieux rendus depuis plus d'un siècle, avaient pu être oubliés dans quelque carton, ou laissés dans quelque coin, je m'adressai au conservateur chargé spécialement des manuscrits grecs, en le priant de me dire si, à sa connaissance, il n'y avait pas à la Bibliothèque, dans quelque endroit réservé, un portefeuille ou un carton quelconque renfermant des fragments de manuscrits. Je le priai, dans une conversation assez longue, de me dire s'il n'existait pas un recueil de fragments divers, retrouvés ou rendus, ayant appartenu à des manuscrits mutilés, ou dont la reliure aurait pu laisser échapper quelques folios. Ce conservateur, qui n'est autre que l'excellent M. Hase, me répondit qu'il ne connaissait rien de semblable, que rien de pareil n'existait à la Bibliothèque nationale, et qu'on n'y avait jamais fait collection de folios détachés.
Que sont devenus les trente-cinq feuillets du comte de Harley ? Où ont-ils passé? Comment se feit-il qu'ils n'aient pas, après leur restitution, été remis immédiatement en place dans le manuscrit?... Ontils été volés de nouveau et à quelle époque ? N'ont-ils point été veiwiii* plutôt, par ignorance de leur valeur et de leur provenance, à l'époque où M. Dacier avait été autorisé à se défaire de tout ce qui lui paraissait inutile dans les chartes, parchemins, vieux papiers, etc., et où, par conséquent, on se débarrassait comme de choses sans conséquence, des autographes de Molière, ce qui, soit dit eu passant, rappelle parfaitement ce préfet de Perpignan, lequel, bon ménager, donnait à sa femme, pour en couvrir ses pots de confiture, les actes les plus importants des archives du Roussillon?... Je l'ignore; mais je n'empêche pei sonne de supposer ce qu'il voudra : le champ est ouvert aux conjectures; ou plutôt je me trompe, le champ est clos, au contraire, tout ce qu'il y a de plus clos, et le second enièvemenf de ces feuillets ne peut qu'être postérieur à 1833, puisqu'à celle époque, un honorable employé de la bibliothèque parlant, comme nous l'avons vu, de ce précieux volume, dans le Dictionnaire de la conversation, le donnait pour complet. Je ne doute pas, pour mon compte, qu'il n'ait auparavant vérifié le fait.
Quoi qu'il en soit de la nouvelle disparition des feuillets du comte Harley, qu'elle soit tout-à-fait récente ou ancienne, peu nous importe. Ce qu'il de grave, ce qu'il y a malheureusement de certain, c'est que les trente -cinq feuillets manquent Si lord Harley a laissé des successeurs, nous les conjurons de renvoyer de nouveau ces fragments à la Bibliothèque royale qui, avertie par une double expérience, fera cette fois, nous l'espérons, bonne garde sur eux.
Voici maintenant la description du manuscrit qui nous occupe.
N*" 107, in-Z^o, ancien fonds, manuscrit greco-latin du septième siècle, en lettres onciales, contenant les épîtres de saint Paul.
Il y a, collé sur le folio de garde, à gauche, une espèce de catalogue assez moderne, au bas duquel est écrit, de la même main que le catalogue : manuscrit gasté par Aymôn, qui en a coupé trente et un feuillets. Une main beaucoup plus récente a ajouté : Ou plutôt trentecinq.
C'est bien là, en effet, le nombre de feuillets absents. Les voici désignés par leur numération. Ils formaient, dans le manuscrit, les folios lZi6, 147, 148, 149, 150, 173, 174, 178, 179, 205, 206, 332, 333, 334, 335, 336, 337. 338, 357, 358,384, 385,449,450, 451. 452, 453, 454, 455, 456, 457, 458,459, 460,461. En tout trentecinq, et non trente-un comme dit le catalogue de tête, ni trentequatre comme dit M. Naudet.
J'ai remarqué en outre : \^ au folio 120, une interpolation ou du moins un feuillet pour un autre. La personne qui a tracé la pagination n'y a point fait attention, et la numération se suit; 2» les folios 312, 313, 314, 315, 316, 317, sont reliés à l'envers, c'est-à-dire que le texte a la tête en bas, mais la pagination se suit. Ce sont là des circonstances bizarres qui, lors de la restitution des trente-cinq feuillets, auraient dû engager la Bibliothèque : 1"^ à les remettre dans le manuscrit ; 2'' à faire emboîter de nouveau, en conservant son ancienne reliure, cet inestimable débris des vieux âges.
Enfin, ce que la description imprimée du catalogue ne donne pas« c'est cette mention qui se trouve en tête du folio de garde à gauche, et qui a bien aussi sa valeur, bibliographiquement parlant : Casaubonus Josepho Scaligero, an. MDCL
En présence de l'indifférence montrée depuis ionglemps par les administrations successives de la Bibliothèque au sujet de ce manuscrit, voilà tout ce que j'en veux dire. J'ajouterai que c'est à l'autorite à rechercher comment et par qui ces 35 feuillets volés d'abord par Aymon et restitués par lord Harley, ont été enlevés de nouveau, et à quelle époque cela a pu avoir lieu. Les deux notes placées en tête du volume et que je viens de mentionner, pourraient faire croire qu'après le retour des 35 feuillets d'Angleterre, on en a revolé 31 d'abord et ensuite U autres, dont l'absence a été constatée à une époque plus récente; mais comment concilier cela avec l'article du Dictionnaire de la Conversation, et surtout avec la lettre toute récente de M. Naudet h M. Libri, où l'on parle de ce manuscrit sans affirmer qu'il est complet, mais sans dire aussi qu'il ne Test point ? C'est peut-être ici le cas de répéter ce vieux dicton : — c Si j'y comprends un mot, je veux être pendu. • Voici un autre exemple de mutilation non moins déplorable. Le manuscrit le plus rare et le plus précieux qui soit à la Bibliothèque nationale, c'est, aux yeux de la plupart des érudits et des hel* lénistes, le n"" 9 de l'ancien fonds grec, connu généralement sous le nom de manuscrit de saint Ephrem, Ce volume précieux, d'après le catalogue imprimé de la Bibliothèque nationale, provient de la Bibliothèque des Médicis. C'est encore un de ces livres qui, on ne sait comment, mais d'une manière peu loyale sans doute, et qui, si la Bibliothèque du Roi suivait ses propres doctrines, l'obligerait à restitution, sont sortis d'une collection publique pour entrer dans une autre.
Ce manuscrit a été l'objet des études et de l'admiration des plus célèbres érudits, parmi lesquels il suffira de mentionner Lamy, Montfaucon, Boivin. Récemment encore, M. le professeur Tischendorf, de Leipsick, s'est occupé avec un soin particulier de ce manuscrit, et il a fait prendre par un habile artiste, M. Lepelle, un fac-similé aussi exact que possible, du feuillet 138 de ce magnifique volume. Ce qui donne, entre antres choses, un prix si grand à ce livre, c'est qu'il est, à ce qu'asisurent les hommes spéciaux, le premier palimpseste dont on ait fait la découverte. On sait qu'on appelle palimpsestes^ certains
~ 05 maDuscrits qui sont géDéralement très ancieos, et dans lesquels à une époque où le parchemin était rare et cher, d'ignorants copistes ont effacé, par des grattages on autrement, ranclenne écriture, pour tracer sur ce même parchemin des ouvrages plus modernes. Avec une grande patience et à l*aide de procédés particuliers, des savants dont les lettres garderont toujours le souvenir, ont pu lire l'ancienne écriture disparue d'abord sous des lavages ou des grattages, et cachée ensuite sous une écriture plus moderne. C'est dans un de ce» palimpsestes que le cardinal Ma! a pu découvrir, assez récemment^ le fameux traité de la République de Gicéron qui était perdu et dont la publication produisit tant de sensation en Europe. On conçoit donc toute l'importance que les savants attachent au manuscrit de saint Ephrem lequel, comme je viens de le dire, est le premier palimpseste connu. C'est, en fait de manuscrit, qu'on me permette cette comparaison empruntée à l'art, ce qu'est en fait de statues l'Apollon du Belvédère. Aussi, par extraordinaire, ce manuscrit est-il décrit feuillet par feuillet dans le catal(^ue imprimé des manuscrits de la Bibliothèque du Roi (tome u, pag. 2-7), où sa description occupe six grandes pages in-folio. Parmi ces feuillets ainsi décrits par le catalogue, se trouve le folio 138, sur lequel (dit le catalogue, pag. 3,) on avait gratté les chapitres Y et VI de l'Ëcclésiaste. C'est ce feuillet 138, précisément, dont M. Lepelle a exécuté le fac-similé à la demande de M. Tischendorf, il y a peu d'années. J'ai entre les mains un exemplaire de cette magnifique reproduction qui prouve que le feuillet était, naguère encore, à sa place. Or, cefulioa disparu comme il est facile de s'en convaincre, en examinant le manuscrit. C'est là une perte très gn^de, si je ne me trompe, et qui sera vivement sentie par tous les érudits. Cette triste disparition, quand je fus assez malheureux pour la constater, ayant renouvelé toutes les angoisses que j'avais éprouvées à propos du deuxième enlèvement des 35 feuillets de lord Harley, je pris, auprès d'un autre employé du département des manuscrits, les mêmes informations que j'avais prises auprès de M. Hase , à propos du manuscrit grec 107, et j'obtins la même réponse. Il est oialheureusement constant que le folio 138 du manuscrit de saint Ephrem, n'est ni détaché du manuscrit et mis à part, ni placé dans
une collection de fragments, comme à Londres; il a disparu complètement, et nul à la Bibliothèque, pas même M. le directeur en personne, ne saurait donner à cet égards le moindre renseignement. Le fait est, qu'à Theure où paraît cette brochure, on ignore aussi entièrement que possible, dans rétablissement de la rue Richelieu, les nombreuses soustractions qui sont signalées ici et qu'un employé supérieur de la Bibliothèque ayant voulu communiquer à l'administration quelques renseignements particuliers sur un vol d'autographes précieux, en fut vertement tancé et fort mal reçu. Tant il est vrai qu'il ne faut jamais troubler la quiétude de personne, ni déranger l'honnête homme qui dîne!... C'est une si belle chose qu'un bon sonmieii et une digestion paisible!...
Une série de manuscrits qui dans toutes nos bibliothèques publiques, ont été fort maltraités et qui ont subi de la part d'iconoclastes inconnus, de nombreuses mutilations, ce sont les manuscrits à miniatures. En effet, pour apprécier ce genre de richesse, il n'y a pas plus besoin d'intelligence que pour être électeur selon M. Carnot ; il suffit d'avoir des yeux et sans doute aussi des oreilles.
Or, tout le monde sait qu'il y a des gens qui font collection de vignettes tirées des manuscrits, d'initiales ou lettres ornées, d'encadrements peints, d'anciennes écritures, d'ancienne musique, etc. Il en résulte que les livres contenant des miniatures et les manuscrits contenant de la musique, ont été souvent mutilés k la Bibliothèque nationale ainsi qu'ailleurs. J'en ai des preuves incroyables, mais comme je n'en finirais pas si je voulais tout citer, je ne donnerai que quelques exemples et j'aurai soin de les tirer de manuscrits d'une grande valeur, afin de bien prouver la vérité de cette assertion que les voleurs sont à la fois gens de goût et d'habileté.
En premier lieu, je signalerai le N<> 216 des manuscrits grecs, (ancien fonds), relié aux armes de Henri lY, et sorti aussi de la Bibliothèque des Médicis. Ce manuscrit d'un auteur qui remonte au commencement du dixième siècle, est surtout remarquable par son élégance cal]igra[Aique, et par les figures admirables, (croix, chandeliers, colonnes, petits temples, etc.), que forme l'écriture dans les scholies de la marge.
Le catalogue imprimé parle de ces figures atec le plus grand éloge (tom. II,pag. 33.)- Or, pour les posséder un mutilatenr, à nne époque peut être éloignée, a coupé les marges aux folios 80, 87, 125, 133, 134, 167, 199, 231, 232, 2û4, 277, 285, 305, 306, 307.
Depuis, on a raccommodé ces marges avec du parchemin dont la fraîcheur indique que cette opération est assez récente ; mais il n*en est pas moins vrai que quelqu'un pourrait être délenteur de ces fragments de très bonne foi.
Le n^ 277, également de l'ancien fonds grec, que le catalogue fait remonter vers l'année 754, est un des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale. Il contient de l'ancienne musique grecque et il est paginé. Entre le folio 25 et le folio 26, on a enlevé un feuillet avant la pagination, et l'on a coupé à coups de canif qui paraissent assez récents, la moitié du texte du folio 30 et la moitié d'une colonne au folio 79.
Ces enlèvements faits dans les manuscrits avant la numération, peut-être même au moment où cette numération s'effectuait, sont très fréquents. Dans le manuscrit grec N<» 65, les souches nombreuses qu'on rencontre entre les feuillets, donnent à penser que le manuscrit a été mutilé. Ajoutons qu'il y a entre le folio 117 et le folio 118 un feuillet non numéroté.
On pourrait fake des remarques analogues sur le manuscrit grec N^ 62 qui a appartenu à Diane de Poitiers.
Je terminerai cette énumération par l'indication de quelques mutilations dont les plus beaux manuscrits bibliques de la Bibliothèque nationale ont eu à souffrir. On sait que l'ancienne bible de Chàrlesle-Ghauve, appartenant à cette classe de manuscrits, a perdu, il y a plus d'un siècle, treize feuillets qui sont en Angleterre. S'il m'avait été permis d'examiner quelques uns des manuscrits qui sont en tête de cette catégorie, il est probable que j'y aurais constaté des mutilations du même genre; mais ils sont, m'a-t-on assuré, à la résetve. Néanmoins, je dirai que dans la bible n. 5, ancien fonds latin, beau manuscrit du X« siècle, on a coupé et enlevé une miniature au folio lOZi, en emportant, du même coup, le texte de l'autre côté.
Le N^ 6 du même fonds, magnifique bible du X* siècle également,
en quatre volumes,, qui a appartenu au maréchal de Noailles, a été mutilé d*uoe manière indigne. La première feuille qui contenait une 1res belle miniature, a été enlevée en grande partie. On 6*est emparé, en les découpant, de diverses miniatures aux folios 5, 7, 9, 27, UU, etc. du premier volume. On a fait de même au tome second., il faut remarquer que ce manuscrit n'est paginé qu'aux folios contenant des miniatures, et que cette numération a semblé diriger le •voleur de vignettes et d'initiales historiées, dans ses recherches. Si l'on devait en juger par la fraîcheur des coupures, ces mutilations seraient assez récentes.
N* 8, ancien fonds latin. Cette belle bible, du X* siècle, a été mutilée à coups de canif, à une époque qui paraît peu éloignée.
AUX folios 25, 122, 128, 187, 191, 208, on a enlevé des initiales ainsi que des miniatures. Pareil malheur a failli arriver an fdio • 171 ; l'initiale, qu'on a coupée dans ce feuillet, tient encore; mais d'un seul côté. Le voleur, dont on voit partout des coups de canif saccadés et donnés à la hâte, a eu peur sans doute au moment où il procédait à ce dernier enlèvement, et il s'est arrêté. Ce qui prouve que ces mutilations spnt assez récentes, c'est qu'aucune d'entre elles n'est indiquée au catalogue. Si elles eussent existé alors, les rédacteurs n'auraient point manqué de les signaler, un catalogue n'étant, selon moi, autre chose qu'un inventaire exact, même des défectuosités.
Je n'ai nullement l'intention de traiter à fond les questions qui se rattachent aux mutilations que je viens de signaler, ainsi qu^à la disparition des aut(^aphes les plus précieux de la Bibliothèque nationale ; mais je ne saurais m'empêcher de dire un mot sommaire à propos de certains Êiifs du plus haut intérêt sur lesquels je puis donner des renseignements puisés, comme on le verra, aux meilleures sources.
Voici à quoi je fois allusion :
On sait tout le bruit qui a eu lieu à propos d'un autographe de Molière acheté d'abord par M. Campenon à l'ancienne administration de la Bibliothèque royale, cédé ensuite par celui-ci à M. Lalande, et mis en vente quelques années plus tard par M. Gharon marchand d'au-
tographes. Uéclamé par l'adniinistration de la Bibliolhècpie royale qui affirmait ne pas V avoir vendu, l'autographe a été (après on premier jugement qoi déboutait cette administration de sa demande), restitué en 18/(6 à la Bibliothèque, par suite d*an arrêt de la Cour royale qui déclarait :
1** Que ledit autographe ayant été mentionné par M. Tascherean, en 1825^ comme appartenant à la Bibliothèque royale, il fallait considérer ce dernier fait comme constant ;
2^ Que les ouvrages manuscrits, plans, autographes et autres objets appartenant à la Bibliothèque royale, 9oat inaliénables et imprescnptibîes, etc.
On a TU plus haut, à propos du manuscrit des poésies des troubadours que M. Valéry dit avoir rencontré au Vatican , tandis que ce manuscrit était à Paris, et Ton verra plus loin, à propos d'un autre sujet non moins important, qu'il ne faut adopter quelquefois qu'avec réserve et sous bénéfice d'inventaire, les assertions des bibliographes, lorsqu'ils affirment qu'un livre no se trouve pas, ou qu'un manuscrit se trouve dans telle ou telle Bibliothèque.
Nous renvoyons au Moniteur du 28 juillet 1845, à la Lettre de M. Naudet à M. Libri (p. 23-26) ainsi qu'aux nombreux ouvrages sortis de la Bibliothèque royale qu'on trouve dans le commerce ou chez des particuliers (1) avec cette estampille : Double vendu, les personnes qui s'imagineraient naïvement, que parce que le tribunal a déclaré que les ouvrages manuscrits, plans, autographes et autres objets appartenant à la Bibliothèque royale sont inaliénables, on n'a pas vendu, échangé, cédé, aliéné de ces objets en grand nombre.
Il e«t vrai que dans sa Lettre à M, Libri (p. 26), M. Naudet re-
(i) Voyez, par exemple, le célèbre Lancelot du Lac, exemplaire de madame de Pompadour, qui porte le titre : double vendu^ et que M. Tadministrateur de la Bibliothèque nationale, auquel M. P. Lacroix Toffrait en pur don, n*a pas pu faire rentrer à la Bibliothèque, faute de savoir à quelle époque il avait été vendu; (P. Lacroix, les Cent et une, l'e série, 2« livraison, p. 63 et suiv.) Voyez aussi le catalogue si curieux de deux cent trois volumes provenant presque tous des bibliothèques de France et d* Italie, adressés de Londres avec les factures des libraires qui les lui ont cédés, à M. le ministre de rinslruction publique, par M. Libri. (Lettre à M. de Falloux, p. 195 à 23o.}
poussant les assertions positives de M. Feuillet de Conches sons-directeur au ministère des affaires étrangères, et de M. Fossé d'Arcosse, ancien magistrat, conseiller honoraire à la cour des comptes, qui afârment que la bibliothèque avait vendu des autographes (ce dernier citait même quelques-unes des pièces qu'il avait achetées) ; — il est vrai, dis-je, que M. Naudet déclarait hautement que c ces mes- « sieurs doivent savoir ce que n'ignorent pas des enfants; — que le « bureau d'un conservateur n'a jamais pu devenir un comptoir de « marchand (1) ; — qu'on n'a jamais vendu aucune pièce, ou du moins « qu'on n'a jamais pu en vendre légitimement de la main à la main, « dans un département de la Bibliothèque ; — qu'il y a des formes a établies pour les aliénations; mais par voie à* échanges, etc., etc. »
J'avoue que cette déclaration si nette, si formelle, me frappa vivement, et que je la trouvai d'un grand poids. Ce fut afin de la contrôler (non que je doute, à Dieu ne plaise, de la véracité de l'honorable M. Naudet ; mais tout le monde peut commettre une erreur, et écrire une inexactitude), que je résolus de m'adresser, pour obtenir à cet égard quelques renseignements, aux plus anciens employés de la Bibliothèque royale, à ceux qui, ayant devancé de trente ans M. Naudet dans cet établissement, doivent en connaître à fond, beaucoup mieux à coup sûr que lui et moi, les vieux us et coutumes. Tous se souvinrent parfaitement de ces ventes et furent d'accord non seulement sur leur réalité, mais sur leur publicité.
La Bibliothèque, en effet, ne s'administrait pas alors comme aujourd'hui. Tout se faisait un peu irrégulièrement peut-être, mais paternellement. Les conservateurs y agissaient en bons pères de famille, au mieux des intérêts de l'établissement, se souciant fort peu des règles de la comptabilité, et si sûrs de leur conscience, que, comme après tout il fallait cependant que la dépense de la Bibliothèque passât sous les yeux de la Cour des comptes, ils allaient, quand ils avaient dépassé tel
(i) A la page 23 du même écrit, M. Naudet dit aussi : > Il est de toute note- « riélé que radministration de la Bibliothèque, et à plus forte raison un cou- « servateur en particulier, ne peut pas vendre une portion quelconque des colt lections acquises au service public. »
ou lel crédit, quand il y avait erreur, inexactitude en un point, jusqu'à simuler de fausses dépenses, jusqu'à faire Ggurer dans leurs comptes des factures ûctives. Je tiens le fait d'un ancien collègue de M. Fossé d'Arcosse, qui a eu quelquefois de ces pièces entre les mains. Aujourd'hui cela serait considéré comme très grave ; mais à cette . époque on n'y attachait pas une grande importance ; cela paraissait tout simple, tant on était persuadé, et avec raison, que si la bonhomie régnait dans cette manière d'agir, il en était de même de la probité.
« Après ce notable commentaire qui m'est échappé d'un flux de caquet, je m'en retourne, • comme dit Montaigne.
Parmi les employés qui devaient, selon mol, être parfaitement au courant de ce qui avait lieu jadis à la Bibliothèque, il faut mettre au premier rang M. Duchesne aîné, conservateur du cabinet des estampes, dont le nom a été cité publiquement en témoignage par M. Feuillet de Conches (Lettre de M. Libri à M. de Falloux, p. 259-261), à propos de la vente de pièces autographes niée par M. Naudet. M. Duchesne n'est pas seulement l'homme qui connaît le mieux l'histoire de la gravure, le savant laborieux et modeste qui a mis en ordre et classé la plus immense collection d'estampes de l'Europe ; c'est encore un homme droit, véridique et parfaitement désintéressé dans la question. Je résolus de faire appel à ses souvenirs. Je lui demande pardon de le mettre ainsi en scène sans avoir obtenu son assentiment ; mais j'ai pris en sortant de chez lui bonne note de ses paroles, et je suis certain de les citer ici d'une manière à peu près intégrale. Or, voici ce que je tiens de sa propre bouche :
a Tout ce qu'a dit M. Fossé d'Arcosse, dans sa lettre réimprimée « par M. Libri (lettre à M. de Falloux, p. 261-262 ), sur la vente c< des autographes effectuée à la Bibliothèque royale, est parfaitement « exact. Seulement les demi -kilogrammes ne se vendaient pas 3 fr., a ni même 2 fr. 20 (p. 263) ; mais M. Dacier eu céda à 38 sols, « 2 francs, 42 sols, etc. Cela dépendait entièrement de lui et de son « humeur. M. Dacier ne tenait d'autre compte du produit de ces « ventes qu'une note sur un cahier de papier qui a disparu à sa mort. « A mes instances pour qu'il eût une comptabilité moins personnelle « et plus régulière, M. Dacier répondait en souriant, comme un
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a bonhomme qu'il était : « Bah ! laissez donc ! quand j'étais à l'Acadé- « mie, chez le secrétaire perpétuel d'alors, tous les ans, au premier c( jaoï^ier, le roi envoyait la bourse des jetons, pour l'année à venir. « C'était un vieil usage. Chaque jour d'académie, le secrétaire allait « aux séances, avec 20 à 25 jetons qu'il distribuait aux membres « présents. A la un de Tannée je ramassais, moi, tous ceux qui res- « talent, et je les emportais. C'était mon bénéfice particulier. »
Telles étaient les mœurs de nos pères. Que les nôtres vaillent beaucoup mieux, je le veux bien, pour nous faire plaisir; mais de ce que les premières n'existent plus, ce n'est pas une raison de croire et de soutenir qu'elles n'ont jamais été pratiquées.
L'autographe de Molière ne fut réclamé par l'administration de la Bibliothèque nationale qu'à l'aide d'une indication qui se trouvait dans un ouvrage deM.Taschereau; car cet autographe n'ayant jamais été ni estampillé, ni catalogué, rien n'aurait prouvé, sans la mention de l'éditeur de Molière, qu'il eût jamais appartenu à la Bibliothèque du roi. Or^ admirez la certitude des jugements humains. Il y a dans V Isographie le fac-similé d'un autographe de Raphaël avec une note portant que cet autographe se trouve à la Bibliothèque royale^ ou, par parenthèse, il est parfaitement inconnu, car il n'y est jamais eàtré. En attendant qu'à l'aide de cette note M. l'administrateur de la Bibliothèque nationale se fasse restituer cet autographe, je vais donner l'historique de celte pièce, que je savais avoir disparu du dépôt qui la contenait, mais que j'étais loin de supposer avoir éprouvé des aventures aussi nombreuses que celles delà fiancée du roi de Garbe.
Ayant vu cet autographe mentionné dans V Isographie comme appartenant à la Bibliothèque royale, et l'ayant demandé vainement au département des manuscrits, je m'adressai à M. Duchesne, qui avait été un des éditeurs de V Isographie, pour obtenir le fin mot de cette affaire. M. Duchesne m'en raconta le fond et le tréfond avec beaucoup d'obligeance, et il m'apprit que malgré l'assertion de son livre, la précieuse page que je recherchais n'avait jamais appartenu à la Bibliothèque royale.
Arrivée à Paris, à la suite de nos guerres, avec les objets d'art pris à l'Italie, celte pièce inappréciable devait entrer naturellement au Lou-
vre. Klle n'y fut point déposée, ou du moins n'y fil qu'une apparition, et passa dans la Bibliothèque d'un des conservateurs de ce palais. X sa mort on la trouva parmi ses autographes, et on allait la mettre en vente avec lesdits autographes, lorsque M. Dobots, depuis directeur du Musée égyptien, qiu remplissait à cette vente les fonctions d'expert, et qui est mort il y a quelques années, fit observer au fils du défunt que, bien évidemment, cet autographe n'appartenait pas à son père, mais à l'État, à la nation, au iifusée da Louvre, et qu'il était de son devoir de le rendre. Celui-ci hésiu, répondit qu'il verrait, et retira la pièce de la vente. Sur ces entrefaites^ M. Duchesne, qui éditait alors V Isographie, eut connaissance de ce débat et de l'existence de la pièce; il alla trouver le détenteur de cette dernière, se la fit prêter et la fît lithographier pour son livre. Quand il vint la remettre à la personne qui la lui avait communiquée, celle-ci le pria, pour éviter tout désagrément, de ne pas dire de qoi il la tenait, ni à quel établissement elle avait pu appartenir. Ce fot alors qpie les éditeurs de l*/sographie mirent au bas de leur fac-similé que l'original se trouvait à la Bibliothèque du roi.
Depuis, il paraît que la personne qui détenait cette pièce, pressée par M. Dubois, consentit à la lui remettre pour qu'il la restituât au Louvre, ce qui fut exécuté.
Ici recommence pour cet autographe l'histoire des trente-cinq feuillets du manuscrit grec n° 107, rendus par lord Harley.
Le Louvre, prévenu par une première et longue éclipse de son Raphaël (le seul autographe de ce grand homme que l'on connaisse à Paris), aurait dû veiller avec un soin filial pour en empêcher une seconde. Mais point : ùis repetita placent, et un matin le bruit se répandit que la fameuse page publiée par M. Duchesne avait de nouveau disparu.
Ce bruit dura quinze ans. — J'en étais, comme tout le monde, à me demander ce qn^i! y avait de vrai ou de faux dans cette rumeur, lorsque la révolution de Février arriva. Je négligeai un peu cette affaire ; mais il y a quelque temps (depuis les circonstances qui ont donné lieu au présent travail) je résolus de savoir à quoi m'en tenir, et je m'adressai directement au nouvel administrateur du musée
du Lou?re, M. Jeanron. J*appris de lui, à ma grande satisfaction que l'autographe de Raphaël avait reparu depuis peu. Pour les détails, il me renvoyait à M, Koloff, directeur de la calcographie, qui m'a communiqué avec beaucoup d'obligeance, non seulement la pièce, mais encore le dossier original qui l'accompagne.
Voici au sujet de tons les deux quelques détails assez curieux.
1<* Sur la chemise qui renferme l'autographe et qui est du temps deJa première République, on Ht : « Pièce originale du marché que « Raphaël avait fait pour le tableau de,... à ... (1) qui était entre (( les mains de Vàbesse du couvent. »
2*» Dans l'intérieur de la chemise, on trouve d'abord la lettre que voici (ce qui suit est imprimée jusqu'au mot Paris inclusivement) :
« A Venise, le premier jour complémentaire de la République française.
« COMMISSION « des Sciences et des Arts