ACTE II, SCÈNE V
ALFRED^ à part.
Est-ce que ma visite de ce matin. •• {Haut. ) Comn^ntdonc?
MADAME DE RAINYILLE.
Ne vous alarmez pas , mon ami ! . . . Cependant , il me semble que, depuis quelques jours, vous ne vous occupez plus de Marie aussi exclusivement j je vous trouve distrait... et.,.
Eh bien ! soit, ma chfere belle-mère ! Cette explication, je ne l'ai pas provoquée, mais elle me plaît, je m'en félicite... et du fond de l'âme, je remercie M. de Rain ville d'une franchise que la mienne va surJe champ justifier! Je suis à peine connu de vous, M. Eugène... Tout entier à vos études sérieuses , à vos voyages scientifiques. . .
EUGÈNE
Scientifiques?
ALFRED
Oh ! madame votre mère m'a dit toute votre stu- . dieuse persévérance...
EUGÈNE, bas.
Que vous êtes excellente !
ALFRED
Jç vous en fais juge, M. de Rainville; est-il une position plus embarrassante que celle d'un homme qui fait ce qu'on est convenu d'appeler sa cour ! On veut qu'il plai^, qu'il aime, et on lui interdit; tous les moyens de plaire et d'aimer. Me voyez-vous depuis
5p UNE LIAISON.
trois grands mois soumis à l'examen ^ à l'inquisition de ces dames? On commente tous mes gestes^ on interprète mes paroles et même mon silence. Si, par hasard, je me permets un mot quelque peu tendre, si je m'avise d'effleurer la main de mademoiselle Marie, tout aussitôt madame de Rainville me lance son foudroyant regard de maman ! Si, au contrairei je me conforme à ses pudiques intentions, on m'accuse de distraction , de froideur. Il faut pourtant savoir à quoi s'en tenir. .• Voulez-vous que je lui tourne la tête, que je me fasse adorer? ouvrez-moi le champ libre , et vous verrez ! • .
EUGÈNE
Certainement, vous êtes assez aimable pour réussir.
ALFRED
Qu'est-ce que tout cela prouve ? qu'il faut nous marier au plus vite ^ et qu'une fois bien convenu , un mariage ne doit jamais traîner en longueur^ car enJSn j'ai terminé toutes mes folies... et je ferai un excellent mari, comme il arrive toujours... Mais, avant la cérémonie, s'il me survenait quelque retour de jeunesse, et si j'allais m'éprendre à Vienne de je ne sais quelle passion...
MADAME DE RAINVILLE
Alfred, VOUS plaisantez...
ALFRED
C'est une plaisanterie , ce ne peut être qu'une plaisanterie .. Mais, je le répète, mariez-nous... abrégeons tous les délais, et mariez -nous! Si nous partions tous pour Paris, en famille... Qu'en dites-vous, M. de ' Rainville ?